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Full text of "Jean des bandes noires, 1498-1526"

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L'ITALIE DU XVI» SIÈCLE 



JEAN DES BANDES NOIRES 



DU MÊME AUTEUR : 

XVI* SIÈCLE. 

L'Italie du xvi" siècle. — L'Arétin. 1896, i vol. in- 12. Li- 
brairie Hachette. 

— Notes sur Bernardino Luini. « Gazette des Beaux-Arts. » 
1899-1900. 

Etudes sur le XVP siècle. 1893, i vol. in-12. Librairie Lecène 
et Oudin. 

En préparation : 

L'Italie du xv^ siècle. — Bartolommeo Colléone (1400-14^5). 

ROMANS : 

Ouvrages déjà parus : 

La Danaé, i885, i vol. in-12. (épuisé). 

L'âge Incertain, 1898. Librairie Ollendorff. 

Ombres d'Amour, 1899. (Collection OllendorfF illustrée.) 

La Dame du Lac. 1900. Librairie OllendorfF. 

Sous presse : 
Amours factices. 

Banlieue. 

En préparation : 

La Tragédie bourgeoise. 

Les Terriens. 

Le Maître. 



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Jean des Bandes Noires 

(d'après le buste attribue' à F. de San-Gallo, Musée du Bargello à Florence) 



(Gravure extraite de la Revue de VArt ancien et moderne) 



L'ITALIE DU XVr SIÈCLE 



JEAN DES BANDES NOIBES 



1498-1526 



PIERRE GAUTHIEZ 



DEUXIÈME ÉDITION 




PARIS 

SOCIÉTÉ D'ÉDITIONS LITTÉRAIRES ET ARTISTIQUES 

Librairie Paul OllendorJJ 
5o, CHAUSSÉE d'antin, 5o 

I90I 

Tous droits réservés. 



// a été tiré à part 

cinq exemplaires sur papier de Hollande 

numérotés. 






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LA VILLE DE FLORENCE 
Un hôte reconnaissant dédie ce livre. 
1896- 1900. 



GIOVANNI DELLE BANDE NERE 



Dans la Marche d'Ancône ou les plaines lombardes, 
Toujours le casque au front, toujours la lance au poing, 
Il fut le cavalier qui ne s'arrêtait point, 
Méprisait l'arquebuse et bravait les bombardes. 

Sous sa cuirasse fruste, aux larges passegardes, 
Fils de Sfor\a, dont un plastron fut le pourpoint, 
Il combattait sans trêve, entrevoyant au loin 
Ce songe, qui hantait ses prunelles hagardes : 

Etre prince ! être duc ! être roi dun quartier 

Dans cette âpre Italie oit l'univers entier 

Se ruait, comme les troupeaux sur l'herbe mûre! 

— Ni duc, ni roi, ni prince, et maître des plus grands, 
Il s'endormit, avant trente ans, dans son armure, 
Modèle souverain des généraux errants. 



M 



JEAx\ DE8 1]AM)E8 NOIRES 



CHAPITRE PREMIER 

DE LA. NAISSANCE AU MARIAGE 1,1498-1516) 



Pendant la nuit du 6 avril 1498, Catherine Sfona, 
comtesse de Forli et d'Imola, mettait au monde un fils 
dans la citadelle de Forli. 

C'était celui qu'on appela d'abord Ludovic, en l'hon- 
neur de Ludovic Sforza, son oncle; puis, après la mort 
de son père Jean de Médicis le Populaire, l'enfant prit le 
nom de Jean. Et ce Jean devint le dernier des grands 
condottieri, le dernier des grands tueurs d'hommes dans 
les combats à l'arme blanche ; celui que le peuple et 
l'histoire ont nommé, d'après les harnais de ses milices, 
Jean des bandes noires. 

Par sa mère, il était Sforza de la branche régnante. 
Par son père, il tenait à la branche cadette des Médicis. 
On remarqua plus tard la date de cette naissance, la nuit 
même où la Seigneurie de Florence décidait que Savo- 
narole serait soumis à l'épreuve du feu ; et les flatteurs 
des Médicis écrivaient : « il naquit deux jours avant la 

1 



2 JEAN DES BANDES NOIRES 

raorl de Charles VIJl; ce qui était assurément du plus 
heureux augure ; en effet, l'auteur de la ruine d'Italie s'é- 
tant éteint lors de ^a naissance, il était destiné à rendre 
au pays son antique lustre, si la mort ne l'eût enlevé à 
la fleur de ses ans... » 

Sa mère était la fille naturelle de Galéas Sforza, duc de 
Milan, et d'une belle Milanaise, Lucrèce Landriani, 
femme de Pierre Landriani. Galéas avait dix-sept ans 
lorsqu'il séduisit cette Lucrèce. Catherine Sforza ne ces?a 
d'aimer fidèlement sa mère, elle la tenait auprès d'elle 
le plus souvent qu'elle pouvait. Les naissances illégiti- 
mes n'écartaient point, alors, la tendresse et la protection 
de la famille régulière. Ce fut Blanche Viscouti, sagrand'- 
mère, qui éleva Catherine après l'avoir légitimée ; puis, 
la jeune fille trouva dans sa belle-mère, Bonne de Savoie, 
une autre affection aussi vive. 

Enfant d'amour, Catherine avait la vigueur du sang 
Sforza. Race de guerre et d'aventures, anoblie à peine 
depuis deux générations, par l'épée et par la conquête. 
Le vrai nom, c'est Attendoli ; Sforza, sobriquet de ba- 
taille, veut dire : « Force! enfonce ! » La souche de cette 
famille, fruste et robuste, est romagnole, sort du peuple; 
paysans, soldats, enfin capitaines d'aventures. On se trem- 
pait, aux premières époques, par les querelles de clo- 
cher ; les anciens Attendoli-Sforza luttaient avec les Paso- 
lini leurs rivaux. Une aïeule, Elisa, qui fit vingt et un 
enfants, élevait ses fils en guerriers, toujours sur le qui- 
vive : « En ce temps-là, ou pouvait voir dans la maison 
des- Attendoli, les salles et les chambres décorées non 
point de tapisseries, mais de boucliers et de cuirasses, et 
aussi des vastes lits, sans linceux, dans lesquels dor- 
maient pêle-mêle en troupe ceux de la famille, en harnais 
de guerre... » 

Catherine Sforza méritait, comme son héroïque et fé- 
conde aïeule, l'éloge de Paul Jove : « C'était une femme 



JEAN DES BANDES NOIRES 3 

d'àaie virile ! » Les ambassadeurs vénitiens reconnais- 
saient en elle la personne « de grand sens pratique » et 
certainement, disaient-ils, on la pouvait nommer une « vi- 
rago, c'était bien la sœur du duc de Milan, Ludovic, et 
qui ne dégénérait point de la race de ses ancêtres. » Les 
chroniques françaises admiraient cette « dame Katherine 
Sforce, qui sous corps féminin montra masculin courage. » 
Même parmi les femmes de la Renaissance, elle apparaît 
altière, magnifique et redoutable. 

Jean le Populaire était son troisième époux. Le pre- 
mier, Jérôme Riario, neveu du pape Sixte IV, lui avait 
laissé six enfants, Blanche, Octavicn, César, Jean-Livio, 
Galéas et François, surnommé Sforzino. Catherine le vit 
périr assassiné, comme elle avait perdu déjà son père 
le duc Galéas. Après de brèves amours avec un Antoine 
Ordelaffi, elle se mariait avec Jacques Féo,qui lui donnait 
un fils, Bernardin-Charles. Tous ces demi-Sforza, l'enfance 
et la jeunesse de Jean des Bandes noires les évoque de 
ti?mps à autre. Mais le vrai Sforza, le vrai fils de Cathe- 
rine, ce fut la troisième union qui le fit naître : Jean 
de Médicis, fils de Jean, c'était l'enfant de la guerrière, 
l'enfant de la « virago », le pur sang des condottieri. 
D'ailleurs, Catherine peut épouser Jacques Féo après Jé- 
rôme Riario, Jean le Populaire après Jacques Féo : elle 
est, pour tous, uniquement et toujours, Catherine Sforza. 

Une légende, rapportée par Machiavel avec la libre in- 
décence qui convenait à l'auteur de la Mandragola, mon- 
tre Catherine Sforza répondant, à ses ennemis qui la me- 
naçaient de tuer ses fils tombés entre leurs mains, si elle 
persistait à se défendre : « Eh, tuez-les, j'en ai plein le 
ventre I » Si la parole n'est pas vraie, Catherine était 
femme à la prononcer et à la tenir. Ce fut le dernier de 
ses fils, ce fut Jean, qui fit tressaillir dans ses entrailles 
de guerrière tout le sang des Sforza. 

Le père, Jean le Populaire, le plus bel homme de son 



4 JEAN DES BANDES NOIRES 

temps, avait été choisi par l'astucieuse Florence afin d'a- 
gir sur une femme telle que Catherine Sforza. Médicis 
de la tête aux pieds, politique, affable, tranchant du sei- 
gneur et s'appuyant sur le peuple, il avait suivi la tra- 
dition de sa famille jusqu'en prenant le surnom de « de' 
Popolani ou de' Popoleschi, » pour nuire à la branche 
aînée, à son cousin Pierre de Médicis, le fourbe aristo- 
crate ; il avait même, de concert avec son fière aîné 
Laurent, enlevé l'ccusson officiel des Médicis sur les 
palais et les villas, aprè? que Pierre fut chassé de Flo- 
rence : au lieu des fameuses />«//«?, des six petites boules 
ou balles rondes, besants qui parsèment l'écusson fami- 
lial, on vit les armes même du peuple florenlin, !a croix de 
gueules sur champ d'argent. Jean se présentait à Forli, 
l'an 1496, puis, encore, en 1497, comme ambassadeur et 
avec le titre de commissaire florentin pour toutes les 
possessions que la République avait dans la Romagne. 

Ce citoyen de la riche Florence payait son hospitalité 
par des présents fort magnifiques, c'étaient des brocarts, 
des velours, les soieries de Por Santa Maria, un nouveau 
présent chaque jour, une féerie qui ruisselait dans la fa- 
rouche citadelle. 

Les Sforza de- Milan s'inquiétaient de la faveur que 
Catherine témoignait au beau Florentin. Elle écrivait à 
l'ambassadeur de Ludovic le More, afin de faire tomber 
les bruits qui se répandaient trop : « Je ne suis pourtant 
plus en âge que l'on doive estimer que régnent encore 
en moi ces juvéniles appétits. » Elle espérait cacher 
son amour; elle l'avait espéré déjà, pour Jacques Féo ; 
cette passion nouvelle, plus ardente, éclatait malgré ses 
efforts pour la dissimuler. 

L'ambassadeur milanais doutait encore, il estimait que 
« Madame pourtant se serait avilie en épousant un ci- 
toyen marchand ; » mais le podestat, qui avait une plus 
ancienne expérience de la terrible comtesse, répliquait : 



JEAN DES BANDES NOIRES 5 

« Oh bien ! ou ne regarderait mie à cela ! » Quant au doge 
de Venise, en sage patricien qui sait la vie, il concluait 
que « la qualité du sexe féminin l'excuse. » En homme 
prudent, il ajoutait que « l'on ne doit pas se fier davantage 
aux femmes qu'aux prêtres. » On surveillait, on question- 
nait sous main. Un vieux chroniqueur écrit que « l'an 
1498 s'était faite une alliance ^de Forli) avec les Floren- 
tins, grâce au magnifique Zohani de Médicis, avec lequel 
était si bien incorporée Notre Dame Catherine Comtesse 
de Riario. que rien ne voulait-elle ouïr d'aucune autre 
puissance. » 

Si bien « incorporée » en effet, que l'àpre comtesse, dont 
c'était la manie favorite, voulut légitimer ses amours; 
elle épousait l'ambassadeur son hôte, qu'elle avait com- 
mencé par mettre dans une chambre contiguë à la sienne 
et sous sa main. Ainsi naquit Jean " L'Italie », Jean des 
B>mdes noires. 

Catherine Sforza dut tenir son mariage secret « pour 
l'amour du gouvernement de Forli. » La République flo- 
rentine le connut pourtant, et le 21) juillet 1498 elle 
accorda le droit de cité à la comtesse Catherine et à ses 
fils nés ou à naître. Jean des Bandes noires avait à peu 
près quatre mois. Jean de Médicis le Populaire ne fut 
pas nommé ; le cardinal Raphaël Riario, beau-frère de 
Catherine, était aux aguets, et tout prêt, dès la moindre 
preuve publique, à déclarer sa belle-sœur déchue de la 
tutelle de ses fils et du gouvernement de l'Etat. 

Alors, François Tranchedini, qui dès le 10 octobre 
1496, avait écrit à Ludovic le More, « elle le caresse 
beaucoup, et des personnes sérieuses ont supposé qu'elle 
pourrait -bien l'avoir épousé, pour contenter son appé- 
tit », alors les Vénitiens, et les mille espions de cour ne 
doutaient plus. Dans Forli même, un chroniqueur écri- 
vait : « Je ne sais trop comment cela se fait, mais je 
m'avise que le magnifique Zohanni de Médicis eut un fils 



6 JEAN DES BANDES NOIRES 

de la dite et susdite madame. » On u'en osait parler. 
Le peuple de Forli « se taisait et restait tranquille ». 
Depuis dix-huit ans, sa comtesse lui en avait fait voir 
bien d'autres, et elle l'avait façonné de rude main à 
« se taire et rester tranquille ». 

Jean le Populaire a vécu peu de temps après la nais- 
sance de l'enfant qui devint Jean des Bandes noires. Et 
il a disparu dans la gloire de sa deuxième femme et de 
son fils. Ce n'était pourtant pas un homme insignifiant 
ni banal, ce Médicis du second rang. Déjà Laurent le 
Magnifique l'avait choisi pour épouser Louise, la der- 
nière fille que lui avait donnée Clarice Orsini; de cette 
première union, Jean n'avait pas eu d'enfants. Il ve- 
nait, par son autre mariage et la séduction de Catherine 
Sforza, de donner à Florence l'amitié d'un Etat voisin, 
Etat médiocre par la grandeur et l'importance militaire, 
mais qui était la clef de l'Italie inférieure et supérieure, 
et surtout de la Toscane, puisqu'il fermait la route du 
Val di Lamone. Les Romagnols, s'ils n'étaient pas nom- 
breux, étaient les meilleurs soldats de l'Italie. Tout cela, 
places, alliance avec un peuple valeureux, Jean le Popu- 
laire l'assurait à Florence. Et, sans le savoir, en mou- 
rant, il lui laissait celui qui devint son héros, Ludovic- 
Jean, Jean des Bandes noires. 

Jean de Médicis le Populaire n'était point indigne d'u- 
nir les pal le et le lys à la a guivre qu'on voit en champ, 
au blason milanais. » Les richesses qu'il partageait avec 
son frère Laurent, plus de cent cinquante mille écus, et 
des biens énormes qui comprenaient le grand palais de 
Florence, un palais à Fiesole, des villas comme Castello, 
Cafàggiolo et le Trebbio, toute cette opulence, dans un 
temps où la vie était libre et corrompue, n'empêchèrent 
point Jean le Populaire de se mêler à l'action et aux af- 
faires durant sa courte carrière. Partisan de la France, 
afin de faire échec à Pierre son cousin qui tenait pour le 



JEAN DES BANDES NOIRES 7 

roi de Xaplos, il avait montré publiquement ses sympa- 
thies; c'est chez lui, dans le Mugello, que l'ambassadeur 
(le Charles VÎII avait logé. Florence s'i'tait ('mue de celte 
démonstration, encore fortifiée par l'escorte que les deux 
frères avaient faito le lendemain à l'évèque français. On 
leur fit des reproches, et Jean ré{)liqua fièrement : 
(( Vous demandez pourquoi, sur quelles raisons nous 
avons osé accaparer l'hôte de la cité, ou entretenir des 
relations avec des princes réputés médiocrement amis 
de la République "^ Donnez-nous temps et lieu d'aller jus- 
que chez nous, à la maison, et nous vous ferons voir ces 
raisons. » On apprit bientôt que Charles VIII les avait 
faits dès longtemps ses gentilshommes, Jean recevant le 
titre de maître d'hôtel du Roi, avec une pension de deux 
mille écus par année. « Vous voyez, ajouta Jean le Po- 
pulaire, comment nous eûmes raison de faire ainsi, 
comme nous avons fait, et nous voulons faire toujours 
franche profession de servir lo roi Charles, quoi qu'il en 
puisse advenir. » Cette réponse lui valut d'être empri- 
sonné : la question d'Etat fut soulevée, et l'on parla de 
confisquer aux deux frères leurs biens, meubles et im- 
meubles, de ra<!er les tours de leurs palais, et de leur 
appliquer, à eux, les derniers châtiments. Pierre de Mé- 
dicis ne pouvait laisser se poursuivre une pareille procé- 
dure contre des parents, même hostiles; il les fit sortir 
de prison, et Ips peines furent réduites à un bannisse- 
ment léger, dans un rayon d'un mille autour de Flo- 
rence. 

L'approche de Charles VIII rendit bientôt cet exil 
même, — un exil à Castello, et sous les murs de Flo- 
rence, — tout à fait illusoire. Les deux Médicis populaires 
festoyaient avec leurs amis et se recrutaient des partisans 
parmi les ennemis de Pierre. x\près Charles VIII, ce fut 
Ludovic le More, et après Ludovic le More, le marquis 
de Mantoue, qui leur donnaient une amitié politique. 



8 JEAN DES BANDES NOIRES 

C'est alors que s'était trouvée cette ambassade auprès 
de Catherine Sforza, si heureuse pour Jean le Populaire, 
et pour ril^lie, puisque Jean des Bandes noires en naquit. 

S'il était fastueux et politique, Jean le Populaire an- 
nonçait un caractère vigoureux. 11 avait, une nuit de 
fête, poignardé son cousin Pierre, qui lui avait arraché 
son masque dans un bal ; question de femme : tous les 
deux aimaient la même noble dame ; question politi |ue, 
aussi, populaire contre aristocrate. Cet homme à la main 
prompte et vive aimait son pays. Dans un temps où de 
telles paroles sont rares, il parlait à Catherine Sforza, au 
cours d'une lettre familière, de « cette pauvre Italie. » 
(lettre du 6 juillet 149G.) 

Le séjour à Forli n'avait pas rétabli les affaires de 
Jean le Populaire, appauvri par les présents qu'il prodi- 
guait, et par une absence qui l'empêchait de réparer une 
fortune ébranlée à travers les événements de l'époque. 
Le notaire Léonard Strozzi écrivait^ le 7 septembre 1498, 
« les affaires sont en désordre et ont besoin d'être sur- 
veillées, comme je l'ai déjà écrit au Magnifique Jean. » 

Mais le Magnifique Jean, dévoré par sa terrible épouse, 
était au moment de mourir. Il écrivait, de son bain, à 
Saint-Pierre-aux-bains, près Padoue, une station célébrée 
par Rabelais, et par Montaigne : « J'espère revenir à ma 
santé première. » C'était le 2 septembre ; dans la nuit 
du 14 au 15 septembre 1498, avant que sa trente-et- 
unième année fût arrivée, il expira, loin de Catherine, 
et laissant son fils Ludovic âgé de six mois à peu près. 
Dès lors, Ludovic devint Jean : « Le nom de Jean, dit 
Catherine Sforza, fut toujours en grand honneur dans la 
maison des Médicis, en outre je désire que la valeur de 
celui qui avec si grand los a défendu Scarperia, ressus- 
cite en ce fils. » Jean des bandes noires devait attaquer 
et défendre d'autres murailles que celles des bourgades 
perdues au fond du Mugello, comme ce Scarperia que 



JEAN DES BANDES NOIRES 9 

sauvait, en l3ol, le premier Jean de Mddicis, aïeul à 
demi fabuleux. 

On prétendit que Jean le Populaire était mort « de 
l'excès du boire et du manger, attendu qu'il était de 
complexion extrêmement chaude, et que, buvant, man- 
geant toutes sortes de mets fort chauds, cela finit par être 
cause de sa mort. » Un autre biographe insiste sur « la 
splendeur de ces banquets. » Cette passion pour la chère- 
lie, son fils devait, aussi, la « ressusciter ». 

Catherine, en même temps qu'elle voulait donner, à 
son enfant, le nom d'un Médicis guerrier, était forcée à 
guerroyer pour elle-même. 

Le suprême orage de sa vie se formait et grondait ; 
c'est alors que les Borgia menaçaient, puis envahissaient 
les biens des Riario; le vautour planait pour dépouiller 
rorfrai«% César Borgia se préparait à venir prendre, en 
fils du pape Alexandre VI, ce qu'avaientpris etacheté ja- 
dis Jérôme Riario, Pierre Riario, neveux du pape Sixte IV. 

Catherine était contrainte de confier ses affaires privées 
et les intérêts de son fils dernier-né au factotum de la 
maison Riario Sforza, François Fortunali,curé de Cascina 
près Pise, chanoine de Saint-Laurent à Florence. Ce con- 
seiller à toute épreuve, cet ami fidèle, est mêlé très 
intimement à l'enfance et à la jeunesse de Jean des Ban- 
des noires. Agent de la comtesse, qui lui confiait même 
les négociations politiques, surveillant des intérêts et des 
biens, et, lorsque les Franciscains de l'Observance se re- 
tirèrent, confesseur de Catherine, il a passé, comme il 
était nécessaire et naturel, pour l'amant de la dame. Il 
suffit qu'on trouve partout sa main prudente, ses conseils 
experts et son affection presque paternelle pour Jean. 
Sans relever des fables indécentes, et ridicules par leur 
banalité, l'on peut voir, dans rattachement de François 
Fortunati, cette espèce de sentiment dévié, tendresse 
et dévouement profond, qui s'éveille chez les personnes 



10 JEAN DES BANDES NOIRES 

auxquelles leur état interdit les joies naturelles. Le curé 
de Cascina «e trouvait auprès de Jean le Populaire, dans 
les derniers jours, à Sainl-Pierre-aux-bains. Et dès après 
la mort du père, il commençait à s'entremettre pour 
les intérêts du fils; on avait tout à craindre de Laurent, 
l'oncle du petit Jean, dans la liquidation des biens. 

Pendant que s'ouvrait la succession compliquée de 
Jean le Populaire, Catherine Sforza, dans son petit Etat 
serré parmi les autres peuplades italiennes, connaissait 
toutes les angoisses. Vénitiens, Milanais, ici Florence que 
servait son fils Octavien Riario, là-bas Rome oii les Bor- 
gia s'apprêtaient à la spolier. Elle fortifiait ses places, 
elle recrutait ses soldats, pour elle, pour son fils, pour 
son frère le duc de Milm. Sa vie était toute « militaire ». 
Elle chevauchait en armes, auprès de Gaspard Sanseve- 
rino, le fameux condottiere qu'on surnommait Fracasse; 
elle remettait tout sur le pied de guerre et de défense. 

Rien ne l'arrêtait; son fils tiendra d'elle une prodiga- 
lité sans bornes, pour « l'honneur et la gloire, « quotiès- 
cumque de honore agitur. » Chaque jour, à cheval, 
(( moitié femme et moitié soldat, » elle dirigeait les ma- 
nœuvres de son infanterie, de ses hommes d'armes, elle 
se lançait, à la tête de ses chevau-légers, avec une ardeur 
effrénée. C'est bien elle, qui naguère, à peine relevant 
de couches, cavalcadait, bride abattue, à travers les plai- 
nes fangeuses ou les montagnes escarpées de la Romagne, 
d'une place forte à une autre, d'une citadelle à un châ- 
teau. 

Pendant que l'héritage des Riario se mettait en cause, 
l'hoirie de Jean de Médicis, a travers mille obstacles, 
se liquidait peu à peu. On avait inventorié les effets de 
Jean le Populaire; une promesse intervenait entre Ca- 
therine Sforza et Laurent, fils de Pierre-François, pour 
les intérêts commerciaux. Les anciens comptes, même 
ceux de Pierre de Médicis avec son cousin, étaient exhu- 



JEAN DES BANDES NOIRES H 

mes. Tandis que Florence rendait lionneur à la mi-moiro 
du mort, que son frère Laurent avait ramené de Forli, 
le notaire s'entendait avec Fortunati, et louait la fermeté 
d'àaie de Catherine. La comtesse, nommée tutrice de Lu- 
dovic-Jean, le mercredi 14 août 1409, avait, d'un accord 
réciproque avec les Médicis, rendu public son mariage ; 
l'acte de tutelle fut passé par devant maître Jacques Al- 
drovandi, de Florence, sous caution de deux cent cinquante 
mille ducats donnée par Catherine Sforza. 

Mais Laurent, l'oncle paternel, en bon et vrai collaté- 
ral, prétendait ruiner son neveu. Catherine prit cette 
pl.ume qu'elle maniait comme une épce, elle écrivit à For- 
tunati, qui s'occupait de l'héritage ;\ Florence, une lettre 
menaçante pour Laurent et les Florentins « qui se plai- 
saient à la ruiner ». 

« Xe prenez point ceci pour paroles, concluait-elle ; 
attendu que ma nature n'est point d'en user beaucoup; 
mais vous en verrez les effets ! » (de Forli, 18 janvier 
1499.) 

Elle rejeta les premières propositions, et le notaire 
Léonard Strozzi lui en exprimait son regret, « attendu 
qu'il en devait suivre l'avantage commun et un bien non 
petit pour Ludovic. » Il ajoutait que le choix d'un tuteur 
était chose fort malaisée, que la justice n'était point gra- 
tuite à Florence. Ce qu'il sous entendait, Fortunati se 
chargeait de l'expliquer à Madame, de vive voix, (du 7 
avril 1499.) 

Mais Fortunati lui-même n'était pas à l'abri des bour- 
rasques. On le mettait au désespoir, et il écrivait avec 
une amère éloquence pour assurer de son dévouement: 
« Consentez, je vous en prie, à ce que je voie notre pe- 
tit Ludovic, et le touche et le baise tant plus que jamais; 
je vous affirme que sans ce souverain contentement, je 
ne puis (ni ne croirais oncques pouvoir) vivre; Votre Sei- 
gneurie sait très bien que c'est moi qui l'ai baptisé; et 



12 JEAN DES BANDES NOIRES 

que, ayant été comme vous savez que je fus auprès de 
son bon père, j'y porte un certain intérêt I Ne me le re- 
fusez donc pas, ni de faire à ma fantaisie, car c'est tout 
le bien qui me reste ; car je vous certifie que si je retourne 
sans cette satisfaction à Castello (et de toutes manières 
j'y retournerai sous peu de jours) j'en deviendrai déses- 
péré! » (de Florence, 19 avril 1499.) Et, quatre jours plus 
tard il parlait encore du petit, que l'on appelait toujours 
Ludovic, en famille, jusqu'au moment où l'emprisonne- 
ment de Ludovic l' More, son oncle maternel, au château 
de Loches, fit abandonner tout à fait ce prénom de mau- 
vais augure. 

Catherine répondait qu'elle « était contrainte à s'occu- 
per plus des affaires de Ludovic que des siennes propres ». 
L'oncle Laurent, le bel esprit qui avait écrit l'Invention 
de la Croix, moralité pieuse et démocratique, ce Laurent 
ami de Politien et qui revivra dignement en son petit- 
fils Lorenzino-Lorenzaccio, ce parent disert et lettré ten- 
tait de spolier son neveu, jusqu'au jour où il prétendra 
le séquestrer et le supprimer. Un mémoire, écrit de sa 
main, exposait « ce que le curé (Fortunati) avait à dire 
à Madame de sa part, au jour du 9 de juin 1499, le curé 
retournant à Forli avec M. Jean de la Jalle. » Et huit 
autres brouillons de lettres prouvent encore le souci qu'il 
prenait. 

Un mois après, à la fin de juillet 1499, il pouvait es- 
pérer que ce neveu disparaîtrait. Ludovic-Jean était ma- 
lade, et à l'extrémité. La peste régnait à Forli, combat- 
tue énergiquement par les ordonnances et par les soins 
de Catherine Sforza. Mais un enfant languissait dans cette 
ville malsaine. Et Nicolas Machiavel, secrétaire des Dix, 
envoyé par Florence afin d'affermir l'alliance avec Cathe- 
rine Sforza, pouvait écrire à la Seigneurie: « Ce jour est 
venu me trouver Antoine Baldraccane^ et il m'a d'abord 
fait excuse sur ce que Madame n j m'avait point expliqué 



JEAN DES BANDES NOIRES 13 

proprio ore ses desseins, alléguant que Sa Seigneurie est 
indisposée et en très mauvais contentement à cause de 
la maladie grande qui a i)ris Ludovichino, son fils et 
celui de Jean de Médicis... » 

Au mois d'août, l'enfant se mourait. Il se rétablit ce- 
pendant, et devint gaillard, et robuste, un vrai Sforza, 
massif de carrure, !< s orbites larges et fortes, le menton 
grand, comme sa mère, face d'énergie, de carnage et de 
volupté. Il subsiste, à ce qu'on peut croire, un premier 
portrait de lui, dans cette peinturu attribuée à Melozzo, 
ou mieux encore à Nicolas Roi.diiielli de Ravenne, et qui 
est conservée à Forli. La Vierge serait Catherine, et 
l'Enfant Jésus, Ludovic- Jean. La construction du visage, 
la qualité de la chevelure et des chairs, semblent confir- 
mer la tradition. 

Enfin, le 14 oclobre 1499, « Catherine Sforza, vicom- 
tesse de Riario, tutrice et curatrice temporaire de Ludovic 
son fils, qu'elle a eu de Jean (fils) de Pierre-François de 
Médicis, constitue Nicolas (fils) de messire Barthélémy 
de Crémone en qualité d'administrateur des biens que 
son pupille a en commun avec Laurent (fils) de Pierre - 
François de Médicis. A la requête de Spinuccio (fils) de 
François de Aspinis de Forli. Signature légalisée du no- 
taire, par les anciens de Forli, et sceau de ladite com- 
mune. » C'était l'effet d'une lettre brève, impéralive, 
que Catherine avait écrite, le 2 septembre, en réponse 
au grimoire diffus de son beau-frère Laurent; elle avait 
signifié qu' « elle était non moins désireuse que Sa Gran- 
deur de voir les affaires de petit Ludovic se terminer, et 
qu'elle ferait son devoir et office ». 

Mais à peine Machiavel avait exercé dans Forli l'art 
subtil de sa politique, et son prince-modèle, le sublime 
duc de Valentinois, César Borgia, se mettait en campa- 
gne. On était à la mi-novembre quand il envahit la Roma- 
gne. Alexandre VI avait publié des bulles où il déclarait, 



14 JEAN DES BANDES NOIRES 

entre autres, les seigneurs d'Imola, de Forli, déchus de 
leurs fiefs. César commença par entrer sans coup férir 
dans Imola, qui lui ouvrit ses portes sans attendre une 
sommation. La citadelle résista jusqu'aux premiers jours 
de décembre. 

Forli ne résista pas plus qu'Imola ; comme disait un 
chroniqueur du lieu, « les affaires des grands seigneurs 
sont moult malaisées à comprendre », et le peuple, cer- 
tain d'être pillé, saccagé, dépecé, pendu, jeté par les fenê- 
tres, accroché sur les créneaux, brûlé, torturé ou banni, 
sous un tyran ou sous un autre, passait de mains en 
mains avec une bestiale indifférence. 

Mais dans la citadelle de Forli, César trouvait Cathe- 
rine Sforza. Les Français de Louis XII, qui appuyaient 
les troupes du Pape, avec des Suisses commandés par le 
bailli de Dijon, ces hommes rompus à toutes les guerres, 
durs comme leurs corsets de fer, ne pouvaient assez ad- 
mirer cette femme toujours à cheval, en armes, « à es- 
carmoucher tant, disaient-ils, qu'on voudrait ne point la 
vaincre. » Elle « montrait un caeur viril et vertueus, car 
oncques, pour nu! danger, tant luy fust-il proche, ne mit 
en arrière la marche. » Elle allait ainsi, « grande, forte, 
de belle face, parlant peu; vêtue d'un habit en velours 
fauve avec une traîne de deux brasses ; un chaperon de 
velours noir à la Française, une ceinture d'homme et l'es- 
carcelle pleine de ducats d'or. Un fauchon en manière 
de braquemart au côté; et parmi les soldats, à pied ou 
à cheval,, on la redoutait extrêmement, pour ce que cette 
dame ne connut oncques la peur, et, avec les armes en 
main, était féroce et cruelle. » 

Mais cette lutte forcenée, héroïque, était sans espoir. 
Le château de Forli fut pris le 12 janvier 1500; et Ca- 
therine, vaincue, blessée dans les dernières escarmou- 
ches, fut traînée à Rome et jetée aux prisons du chàtca-i 
Saint-Ange. Une lamentable complainte que l'on a com- 
posée pour elle, lui faisait dire tristement : 



JEAN DES BANDES NOIRES 15 

(( Me suis mise en la forteresse, 

Avec vivres, artillerie, 

Et grant gent et grant richesse. 

De commandant il n'est point d'autre 

Que moi-même en ma personne. 

Je te jure par le Chresme 

Ne me fye qu'en moj'-mesme... 

Ecoute cette désolée 

Catherine de Forli. » 

l'ersoniie n'avait écoulé ; la l'orteresse était rendue, et 
la comtesse prisonnière des Borgia. 

Ses autres enfants étaient à l'abri dans le château du 
•Trebbio, sur le domaine florentin. Mais le dernier-né, le 
plus aimé, Ludovic Jean, était maintenant en puissance 
de son oncle Laurent. Tandis que le Pape jouait avec 
elle « comme le chat avec la souris », Catherine, à demi-' 
morte d'anxiété morale et physique, songeait qu'on lui 
avait ravi lâchement ses droits sur son fils. Le vingt-neuf 
avril quinze cent, un bel et bon acte en due forme, ob- 
tenu par le « Magnifique Homme Laurent fils de feu 
Pierre-François fils de Laurent de Médicis, citoyen llo- 
renlin, constitué en sa personne », déclarait et exposait 
que « susdite dame Catherine tutrice, a subi la plus forte 
deminulio capitis, (\\i'ç\\q a perdu sa liberté, son droit de 
cité, principalement parce qu'elle a été menée prison- 
nière à Rome, et que là même, ainsi qu'il est notoire, 
auprès du Souverain-Pontife elle est captive, et a été et 
demeure détenue. Et, attendu que par ces causes la tu- 
telle dudit Ludovic, aujourd'hui nommé Jean, a péri, 
expiré, et fini... à demandé et demande ledit Laurent 
qu'on le donne, constitue et ordonne en qualité de tu 
leur. » 

Pendant que les Borgia cherchaient à la tuer par le 
chagrin et la réclusion, quitte à mieux faire et plus 
promptement dès qu'ils le pourraient, Catherine Sforza 
songeait au danger qui menaçait son fils Jean. Par bon- 



IG JEAN DES BANDES NOIRES 

heur, les prières, les vœux de toute sorte, les bonnes 
œuvres qu'elle prodiguait avec une frénésie croissante, 
parurent mériter un peu de consolation à la cruelle dame, 
que son infortune domptait. Le petit Jean avait été re- 
mis aux soins de sa demi-sœur, Blanche Riario, sonie 
tout exprès d'un couvent où elle devait retourner ensuite 
jusqu'à son mariage avec Troïle de' Rossi, comte de San- 
Secondo. 

Blanche Riario, fille aînée de la comtesse Catherine et 
de son premier mari Jérôme Riario, était une jeune fille 
de vingt-trois ans ; on la dit « belle et douce. » Pour la 
beauté, il faudrait n'avoir jamais vu sa médaille; non, 
elle n'est point belle, avec son nez accentué, qui exagère 
le profil maternel, sa lèvre inférieure qui déborde sur 
la lèvre supérieure trop courte, sa bouche entr'ouvt rte 
comme si des dents y manquaient. Les traits sont mas- 
culins, le crâne trop développé. C'est une imaga de sa 
mère, déformée et grossie. Mais elle avait une douceur, 
une bonté qui donnent à ce visage peu gracieux un véri- 
table attrait, par la suavité du regard. Elle soigna fidèle- 
ment le petit Jean, et sa vertu de sœur ne laissa point 
ingrat celui qui devint le maître des bandes noires; pour 
défendre Blanche Riario devenue veuve, et ses fils dé- 
pouillés par les seigneurs voisins, Jean des bandes noires 
a toujours prodigué sa force. 

Dans le moment où Catherine Sforza touchait au dés( s- 
poir, Yves d'Alègre, ancien gouverneur de la Basilicate, 
capitaine général des troupes françaises, entrait à Rome, 
le 20 juin, avec trois cavaliers ; il quittait l'étrier au Vc- 
lican, et montait droit chez le Pape, réclamer Catherine 
Sforza comme étant « personne appartenant au roi ». 
D'après le pacte conclu par le duc de Yalentinois, elle 
devait demeurer libre dans Rome. D'Alègre exigeait la 
mise en liberté. César Borgia, le nouveau duc de Roma- 
gne, s'opposait de tout son pouvoir à pareille requête. 11 



I 



JEAN DES BANDES NOIRES 17 

craignait de se retrouver aux prises avec celte femme qui 
l'avait appelé naguère en combat singulier; c'est grâce 
h. l'armée de la France qu'il l'avait vaincue, il redoutait 
de la voir libre de reprendre les armes. 11 avait défait 
Jean Sforza, le 20 octobre loOO, Pandolphc Malatcsla, 
dix jours auparavant, le 10 octobre, Astolphe Manfredi 
le 25 avril 1501, et Jacques d'Appiano devait tomber 
à la fin de cette seconde campagne. Mais il n'avait pas 
fallu moins d'une expédition tout entière pour réduire 
la comtesse. On la tenait, on la gardait. 

Seulement, Yves d'Alègre affirmait, au nom de la 
France, qu'on « n'emprisonne pas les dames ». Et l'ar- 
mée française arrivait de Viterbe, elle était derrière les 
cavaliers qui venaient d'entrer à Rome. 

Aussi, le 30 juin 1501, Catherine Sforza, suivie d'une 
petite escorte, sortait du château Saint-Ange. Elle de- 
meurait quelque temps à Rome, au palais Riario, puis 
s'embarquait sur le Tibre jusqu'à Livourne, remontait 
le pays pisan, et, vers la mi-juillet, elle arrivait à Flo- 
rence. 

Le premier acte de sa libération avait été de signer 
une renonciation à ses Etats, en son propre nom et au 
nom de ses fils. Sa première démarche avait été pour re- 
mercier son sauveur Yves d'Alègre, le bon capitaine qui 
tomba, l'année 1512, aux côtés de Gaston de Foix, dans 
la bataille de Ravenne, après avoir décidé la victoire où 
venait de périr son second fils. 

Celle que le badaud peuple de Florence voyait entrer 
par la Porte Romaine, un jour de juillet, n'était plus la 
fameuse «. virago » dont la légende effraie encore les 
petits enfants des Romagnes. Elle avait, dans les seize 
mois de captivité, souffert tout ce qu'on peut connaître 
sans mourir : « Si j'avais le courage de tout écrire, disait- 
elle, j'étonnerais le monde. » Maigrie de fièvre et de 
blessure, pâlie par la nuit des prisons papales, exténuéa 

2 



18 JEAN DES BANDES NOIRES 

de jeune et de chagrin, la terrible comtesse n'était plus 
qu'une vieille dame. 

Elle revenait à Florence au milieu de ses filsRiario, — 
Octavien, César, Galéas, François Sforzino, — et de son fils 
Foo, — Bernardin-Charles. — Les Riario, sous une appa- 
rence de soumission et de respect, l'avaient mal satis- 
faite par leur attitude pendant sa captivité. D'abord, les 
premiers jours, au Belvédère, puis au fond du château 
Saint-Ange, elle avait eu la douleur de voir leurs lettres 
doucereuses, hypocrites, faire l'éloge du « Magnifique 
Laurent, » lui remontrer, à elle, qu'elle était « dans l'er- 
reur )) ; ne l'avaient-iis pas priée de descendre jusqu'à 
mendier au Pape, qui la torturait en sa geôle, « la chose 
rouge, quella cosa rossa », le chapeau de cardinal. 11 est 
(( très juste et très clément », écrivaient-ils. Et Fortunati 
ne pouvait se tenir de leur reprocher, à cet Octavien, à 
ce César, d'être « la fable de la ville et la joie de leurs 
ennemis ». Il souhaitait « que Dieu pardonne tant de 
perfidie, mais il croyait vraiment que le diable leur avait 
enlevé sentiment et mémoire. » Ils restèrent toujours 
les mêmes, ces fils qu'elle avait voulu faire capitaines et 
condottières ; Octavien, qui s'était laissé souffleter par 
son beau-père Jacques Féo, Octavien, auquel Jeanne de 
Montefeltro refusait de donner sa fille, parce qu'il était 
« démesurément gras », le prince bouffi des fresques du 
Palmeggiani, ne fut bon qu'àfaire un évêque de Viterbe, 
comme sou frère, César, un archevêque de Pise, par pro- 
tection de leur oncle paternel, le cardinal Raphaël Riario. 
Galéas, plus docile et meilleur, végétait encore. Sforzino, 
et Bernardin-Charles Féo sortaient à peine de l'enfance. 

Mais celui qu'elle allait revoir, celui qu'elle sentait «on 
fils, entre ses fils, le vrai Sforza, le sang de bataille et 
d'audace qui réussirait cette vie de conquête, manquéepar 
elle, et reprendrait l'épée qui tombait de ses mains, à 
elle, c'était le petit Jean, c'était l'enfant que lui avait 



JEAN DES BANDES NOIRES 19 

gardé, dans le palais de Julien Scali, sa fille aînée, Blan- 
che Riario. La cavalcade passait l'Arno, prenait la rue 
Por Santa Maria, la Vachereccia, tournait sur la place 
de la Seigneurie et frôlait le Bargello. Sans doute, Paul 
Riario, Kortunali, parents, amis, avaient écrit à la pri- 
sonnière du Pape que « son petit Ludovic s'était fait grand 
et qu'il était un très bel enfant et gaillard ». Les lettres 
de Blanche, gardienne de l'enfant, avaient montré des 
soins tt un respect fidèles. iMais elle n'avait pas revu son 
petit depuis plus d'un an. 

Reçue par l'huissier de la Seigneurie, la petite troupe 
arrivait enfin au Faubourg dei Pinti : Catherine était li- 
bre, librede reprendre son fils, de l'élever, d'en faire son 
bien et sa vengeance, elle, qui venait de s'écrier : « A.h ! 
mes étals; c'est maintenant les murs de Florence! » 

Elle n'avait plus à penser que jamais la Romagne la 
rappellerait comme souveraine. Déjà, Machiavel avait dit, 
au temps de sa puissance : « Mieu.x lui vaudrait moins 
de haine et moins de forteresses. » Réduite à gérer les 
débris de ses biens et à gouverner ses gentilhommières 
et ses fermes, elle n'avait pas même la possession paisi- 
ble de ce douaire dérisoire. Affaires avec le Pape, dont 
Augustin Chigi lui écrivait, affaires pour ses fils aînés, et 
surtout, une lutte opiniâtre et cruelle avec son beau- frère 
Laurent, voilà ce qui devait lui prendre le reste des for- 
ces déjà diminuées par sa catastrophe. 

Elle s'appuyait sur tous ceux qui donnaient une lueur 
d'espoir, sur le marquis de Mantoue, sur des conseillers, 
sur les restes de la maison Sforza. Le jour où elle était 
rentrée à Florence, Laurent de Médicis avait affecté de 
l'attendre, au Palais Scali, pour la remettre en posses- 
sion des biens appartenant à la succession de Jean le Po- 
pulaire. Mais à mesure que le temps passait, les ancien- 
nes querelles se ranimaient : la tutelle de Jean revenait 
en question, des lettres acerbes, des saisies, toutes les 



20 JEAN DES BANDES NOIRES 

ressources de la haine procédurière exaspéraient Cathe- 
rine, et le petit Jean retombait aux mains de l'oncle, qui 
devait faire craindre tout, même un crime. 

Elle le reconquit, pourtant, mais elle ne le sentait pas 
encore en sûreté. Son bras n'était plus assez ferme, ni 
sa puissance assez certaine. Princesse de la Renaissance, 
elle sauva son petit héros par un subterfuge imité de l'an- 
tique : tel Achille parmi les femmes, celui qui deviendra 
Jean dos Bandes noires passera huit mois revêtu des 
vêtements religieux, petit moine ou plutôt petite moi- 
nessedans le couvent des Dames d'Annalena, maison fon- 
dée en lioo par Anne-Hélène Malatesta. Sous l'habit des 
Dominicaines, il échappait à. tout danger. La faveur qu'il 
leur conserva fut perpétuée jusqu'à la fin, par les grands 
ducs ses descendants. 

Laurent proposait un accord. « N'en faites rien, sup- 
pliait l'oncle maternel de Jean, l'évêque OctavienSforza, 
n'en faites rien, ma sœur, si vous m'en croyez, et même 
n'en parlez pas, car je suis sûr que vous triompherez en 
ce procès et qu'à leur dépit ils vous donneront votre fils 
et tous vos biens, quand la barbe leur en crèverait (tom- 
berait), pensez bien que s'ils vous demandent accord, 
c'est qu'ils se voient acculés à un lieu où ils endiable- 
ront... » 

Mais enfin, Laurent trépassa, « d'angoisse et crève- 
cœur, ayant fort perdu de sa bonne renommée ». Le fils 
qu'il laissait, Pierre-François, débile et mou, destiné à 
mourir jeune et d'un mal ridicule, faible de cœur et d'en- 
trailles, ne pouvait soutenir la lutte : Catherine Sforza 
rentra dans sa villa de Castello, « si commode pour le 
voisinage de Florence » ; elle avait dû la quitter à la 
hâte, fuir devant les menaces, après avoir déclaré qu'elle 
« n'en sortirait que par morceaux. » C'était là, mainte- Ç 
nant, ses batailles f elle descendait aux querelles de mé- 
nage et de buanderie. Elle, qui veillait sur le linge de 



t 



JEA.V DES BANDES NOIRES 31 

ses enfants même lorsqu'ils étaient en France, elle en 
avait été réduite à mendier des draps et des serviettes à 
Octavien Riario, avec six fourchettes et six couteaux, 
« afin de calmer sa peine, le tout ne valant pas six du- 
cits ». 

Mais enfin, elle rentrait en maîtresse dans son cher 
Castello, « charmant par ses sources qui germent de tou- 
tes parts », situé « sur la pente d'une colline », et qui. 
soixante-dix-huit années plus tard, émerveillait Montai- 
gne et ses compagnons, bien « qu'ils y fussent en la sai- 
son la plus ennemie des jardins ». Il est bien vrai que la 
maison « n'a rien qui vaille ». C'est une grande bâtisse, 
fort commode et laide, une de ces grosses maisons qui 
ressemblent à une ferme et où la vie doit être aisée. 
Villa ducale, villa royale maintenant, Castello n'a pas 
changé, sauf les jardins et les annexes, où la verve du 
Tribolo, ce fabricant de jeux aquatiques, s'est exercée. 
Le délabrement où retombent des jardins trop aménagés 
autrefois, rend à Castello quelque chose de sa noblesse 
antique, perdue sous les ducs et les rois. Les fleurs sau- 
vages reparaissent dans ses pelouses désertées, et l'om- 
bre du passé revient où les princes ne viennent plus. 

C'est là que commença l'éducation de Jean. Catherine 
Sforza, très instruite, d'une culture aussi classique et 
aussi parfaite que l'exigeait sa naissance, prétendait faire 
de son fils un homme lettré, « le former à tous les la- 
lents, en tenant près de lui des maîtres qui le pourraient 
rendre expert à tout exercice convenable à son rang. » 
Le frère du cardinal d'Araceli, Antoine de' Numai, et 
Antoine Baldraccani, son fidèle chancelier au temps où 
elle gouvernait, commencèrent l'entreprise de cette édu- 
cation, ^lais l'enfant, sauvage, féroce, « battait nourrice 
et maître ». Dès le premier âge, il aimait à saisir un 
couteau, pour l'enfoncer dans la peau des animaux do- 
mestiques; il se plaisait à voir couler le sang, et demeu- 



22 JEAN DES BANDES NOIRES 

rait fasciné lorsqu'il le voyait. Aussi les précepteurs 
s'usaient aussi vite qu'il usera les cuirasses el les épées. 
Catherine Sforza parvenait seule à le faire obéir. 11 mé- 
prisait les lettres, il lui fallait des chevaux à dompter, 
une rivière à traverser, des batailles avec les gars du do- 
maine. Catherine, qui surveillait tout el tous, entourée de 
son frère naturel, l'évêque de Lodi, de Fortunati, des an- 
ciens conseillers, s'occupait sans cesse à faire instruire 
Jean. On avait, dès 1505, songé à traiter un mariage pour 
le petit prince. Mais, quel que fût ce projet hâtif, le choix 
du maître importait beaucoup plus. Le Dominicain Zeno- 
bio Acciaiuoli, le 11 septembre 1503, envoyait, pour lui 
faire apprendre par cœur, une pièce de vers latins à la 
louange du cardinal Ascagne Sforza. En 1507, Barthé- 
lémy Massaconi posait ses conditions pour le préceptorat; 
il ne lui fallait pas grand'chose, pas plus « qu'à un petit 
oiseau », mais il demandait des égards. Le choix était 
difficile, car Nicolas Serristori disait : f< Vous savez com- 
bien il y a de mauvais garçons parmi ces maîtres! » 

Jusqu'à là cour de Rome, et parmi les monseigneurs, 
on s'intéressait paternellement à l'enfant indompté qui 
semblait promettre un grand Sforza. Tandis que les pi- 
teux Riario mendiaient, on cherchait un cheval pour le 
garçonnet de neuf ans. C'est à cela que s'employaient 
ses anciens maîtres, et aussi Baccino de Crémone, ce per- 
sonnage mystérieux dans l'existence de Catherine Sforza. 

Jean pouvait être cruel sans étonner sa mère : elle 
avait vengé ses maris et ses amants avec une férocité 
qui renaissait dans son fils préféré. Fortunati, désespé- 
rant de trouver l'homme assez puissant pour pHer l'en- 
fant, dès l'année 1604, semble avoir eu ce rêve étrange, 
de lui attacher Michel-Ange. Vraie ou non, la lettre qui 
fait preuve laisse à l'imagination ce grand spectacle : 
Michel-Ange maître de Jean des Bandes noires. Le sculp- 
teur refusa, préférant tailler le David. Il considérait 



il 



JEAN DES BANDES NOIRES 23 

celle charge de Jean comme un fardeau, « pondus », 
trop lourd, même pour ses épaules. 

Mise en paix, louchanl ?es pires inijuiétudes, grâce à 
un accord amiable avec Pierre- François son neveu, Ca- 
therine dépensait les restes de son activité dans l'admi- 
nistration de sa famille et de ses biens. Elle gardait, elle 
élevait ses petits-fils, les enfants de Blanche Riario, ceux 
que défendra Jean des bandes noires. Les oies et les ca- 
nards de ses domaines étaient présents à son esprit infa- 
tigable. Tout devait passer par ses mains, sous ses yeux. 

Aussi Jean fut-il maintenu sous son autorité puissante, 
jusqu'au dernier jour. Mais elle ne pouvait plus vivre 
longtemps. Elle avait usé sa vigueur en la dépensant à 
outrance. Malgré son chirurgien hébreu, Maître Lazare, 
malgré les recettes de ce recueil manuscrit où les secrets 
pour empoisonner à terme, pour faire avorter, se mêlent 
à la manière de faire peser « grand poids à un écu ou à 
un ducat d'or sans se grever la conscience », la com- 
tesse déchue, vaincue, souffrait du pied, puis des reins, 
du foie. Le corps robuste et surmené se dissolvait. Au 
mois d'avril 1.j09, elle était malade à Gaslello. Son fils 
Oclavien se plaignait qu'on ne lui eût point envoyé de 
courrier, à son évêché de Viterbe, quand sa mère « était 
à la mort ». 

Elle se rétablit pourtant ; mais, rentrée à Florence, elle 
se mit au lit pour ne plus se relever. Soignée par Julien 
d'Anlerigoli et Jean de Malingegni, couverte d'emplâ- 
tres bouillants, elle mourait, dans les tortures d'un corps 
vigoureux dont tous les ressorts grinçaient en se brisant. 
Une inflammation de la plèvre, une péritonite, et peut- 
être une adhérence du rein droit au foie, maux atroces, 
mal des ardents, la mettaient au supplice. Mais la vo- 
lonté survivait au débris du corps. Elle fît appeler mes- 
sire Pierre del Serra, notaire, et devant trois témoins, 
elle dicta son testament. 



2'i JEAN DES BANDES NOIRES 

Elle voulut être enterrée, sans cérémonie et sans faste, 
(]ans le couvent des Murate. Les religieuses lui avaient 
envoyé, pendant que le Borgia la tenait captive au châ- 
teau Saint-Ange, un panier de grenades et de fruits ve- 
nus dans leur jardin. Ce vieux couvent, dont on a fait une 
prison, lui paraissait un bon asile pour sa dépouille; une 
autre Catherine de Médicis, la future reine de France, 
née en 1519 comme le petit-fils de Catherine Sforza, fut 
enfermée chez ces Recluses en 1527 el put voir la pierre 
tombale qui couvrait la terrible Sforza. 

Citoyenne de Florence, elle n'oubliait ni la ville, ni 
Sainte-Marie de la Fleur, ni les couvents de Fiesole. Le 
legs capital, celui des biens existant dans la ville et 
l'Etat de Florence, était fait, avec quelques charges, 
«à Jean, son fils aimé, qu'elle désirait voir grandir hon- 
nête et modeste selon les us et coutumes de sa patrie ». 
Elle le confiait, jusqu'à sa dix-huitième année, à Fortu- 
nati et à Jacques Salviati. Au cas où ses volontés ne se- 
raient pas observées par son fils, qu'elle entendait ma- 
rier le plus tôt possible, les biens revenaient à l'Arte 
del Cambio. Elle lui laissait encore une esclave maures- 
que, « nommée Mora Bona, de laquelle il pouvait disposer 
librement selon sa volonté. » En outre, le château de 
Castel del Bosco, qu'elle donnait à Galéas Riario, et, à 
son défaut ou à celui de ses héritiers naturels, à Sforzino 
Riario, devait, au cas où ce dernier mourrait aussi sans 
héritiers, revenir à Jean. 

Ayant mis ordre à ses affaires, la comtesse ne lutta 
plus contre la mort. Le vingt-huit mai 1509, elle trépas- 
sait, au bruit des cloches qu'on sonnait à l'église de Saint- 
Laurent, derrière le Palais Alédicis, pour annoncer son 
agonie. Elle avait quarante-six ans, ses cheveux étaient 
blancs, sous son large voile de veuve. 

Elle laissait h son fils Jean, outre ses biens et sa renom- 
mée, son grand amour de l'Italie, fondement de la mai- 



JEAN DES BANDES NOIRES 



SOU Sforza, sa vaillance et son énergie. Elle lui avait 
transmis an sang dont les ardeurs même allaient le ren- 
dre glorieux avant de le lairo immortel. 



II 



Jean de Médicis se trouvait, à onze ans et deux mois, 
remis à' la double tutelle de François Forlunati et de 
Jacques Salviati. Le « vénérable messire François fils 
de feu Thomas Fortunati, curé », malgré quelques bour- 
rasques auxquelles il avait cédé, n'avait fait que gran- 
dir dans la confiance de la comtesse Catherine ; c'est à 
lui qu'elle avait légué ses « livres, écritures, lettres, et 
toutes autres écritures publiques ou privées et tous li- 
vres et écritures et lettres quelles qu'elles soient en sa 
possession, telles qu'elles pourraient exister », et c'est 
grâce à lui, fidèle gardien de ces vastes reliques et de 
ces documents énormes, qu'une histoire exacte est pos- 
sible. L'autre tuteur « spectable messire Jacques fils de 
feu Jean des Salviati, citoyen florentin », était l'un des 
plus illustres et des meilleurs parmi les membres de cette 
famille Salviati, si intimement florentine par l'esprit et 
par la conduite. Il prêtait de l'argent à Machiavel pen- 
dant sa légation près de César Borgia; et il lui succédait, 
en janvier 1503, auprès du duc de Yalentinois; il devait, 
en 1512, être un des trois ambassadeurs qui traitaient 
le retour des Médicis, à Prato. Caractère subtil et ferme, 
très pénétré de ses devoirs envers Florence, et rompu, 
sous lexpérience de la richesse et des afl'aires, aux ma- 
nœuvres d'une époque difficile, c'était un guide pour 
Jean de Médicis, le seul qui pourrait essayer de tempé- 
rer cette force élémentaire. 



26 JEAN DES BANDES NOIRES 

Tandis que Forluiiati, suivant le désir de Catherine 
Sforza, donnait ordre aux papiers laissés parla comtesse, 
sans que personne y portât la main, et brûlait, déclii- 
rait suivant les dispositions convenues, Jacques Salviali 
mettait son pupille en possession, et surtout le mêlait 
à ses propres enfants, pour l'adoucir et l'accoutumer. 
Jean s'attachait à un autre Jean, Giovanni Salviali, ce- 
lui qui sera cardinal de Léon X, et dans cette grande fa- 
mille de frères et sœurs, il trouvait celle qui. deviendra 
sa femme, sept ans plus tard, Marie Salviati, Maria- 
Magdalena-Romola, qui avait été baptisée le mercredi 17 
juillet 1499 au Baptistère de Saint-Jean ; elle était née le 
même jour, à neuf heures. Les deux enfants, du même 
âge, et de caractères opposés, s'aimèrent avec passion, 
la fougue de Jean se calmait à la douceur inquiète de 
son amie, et malgré qu'elle fût un peu plus jeune, Ma- 
rie se regardait comme la gardienne maternelle de l'é- 
cervelé : « Je ferai, dira-t-elle en devenant veuve, je 
ferai faire le récit des quatorze années premières de sa 
vie, en commençant depuis les langes {dalle fascie), où 
je l'ai élevé, et reconnu des signes en lui, qui pronosti- 
quaient son âme invaincue et magnanime, et tout ce 
qu'il a si glorieusement accompli. » 

Jean, tel que le montre aux Offices un petit portrait 
du Bronzino, court et vigoureux, avec les traits lourds des 
Sforza, ne voyait dans son héritage que les exemples 
guerriers de sa mère, et la possession des châteaux et 
des chasses. Fortunati démêlait les affaires d'hoirie avec 
les Riario. Le testament était en forme, les prélats Oc- 
tavien et César accumulaient les compliments d'amitié 
fraternelle : « Nous avons, écrivait Octavien, tenu conseil 
à Rome, entre nous quatre frères. Voulant Jean pour notre 
bon frère ainsi qu'il est juste, s'il le veut, lui, jamais 
cela ne lui faudra de notre part; ni de partager l'héri- 
tage de Madame ainsi que doivent faire les bons frères 



JEAN DES BANDES NOIRES 27 

en paix et amour, cinquième partie par cinquième, hor- 
mis les dettes. » Après les phrases de mandement pas- 
toral, venaient les périodes comminatoires : « Conseillez 
Jean, qu'il fasse comme nous, et tout ira bien ; autre- 
ment je vous assure que les choses n'iront pas bien, parce 
que nous ne sommes pas pour supporter de graves at- 
teintes à la justice. » Fortunati, qui avait vu l'évêque 
de Viterbe pleurnicher, mendier un secours^ ne s'éton- 
nait guère de ce rabâchage, farci en un latin clérical. Il 
arrivait lettre sur lettre. Mais une sentence judiciaire 
rendait l'éloquence des frères tout à fait inutile. 

« Au nom de Dieu, Amen. Léonard fils de Rainier Bo- 
nafe (de) hospitalier de l'hôpital Sainte-Marie-Neuve à 
Florence, arbitre et choisi pour arbitrage et élu par l'of- 
fîcialité des pupilles et adultes de la commune de Flo- 
rence, tuteurs étant et temporairement curateurs de 
Jean fils de feu Jean fils de Pierre- François de Médicis, 
etc. etc. » 

« Ensemble, contre les Riario, vu le testament de Ca- 
therine Sforza, examiné le testament de Jean fils de Pierre 
François et fait le partage des biens tant meubles qu'im- 
meubles, » décide que « légitimement est laissée à Jean 
fils légitime et naturel né de l'illustre testatrice... la 
possession de tous biens meubles et immeubles, droits 
et actions de l'illustre dame existants et existantes en 
l'état, tant dans la cité de Florence qu'en les districts 
de la comté florentine. » Jean se trouvait tenu à quel- 
ques dettes et legs, sa mère en ayant stipulé plusieurs, 
et notamment à payer deux mille florins d'or larges à sa 
demi-nièce, Cornélia, fille d'Octavien Riario et d'une 
femme d'Imola, lorsqu'elle serait à doter. Cette dette 
reparaîtra le 6 août 1520. En attendant que cette fille 
fût nubile, le légataire devait la faire élever au couvent 
de Sainte-Marie-des-Recluses, où Catherine Sforza venait 
d'être enterrée. Dans le cas où elle entrerait en Reli- 



28 JEAN DES BANDES NOIRES 

gion, la dot était réduite à trois cents florins. Le demea- 
rant de la sentence disposait le partage avec les Riario. 
Ce qu'il faut retenir, c'est le souci de Catherine Sforza, 
fille naturelle, pour sa pelite-fille naturelle Cornélia. 

L'arbitrage de l'Arcispedale, de l'hôpital principal 
Sainte-Marie-iVeuve, apparaît au commencement des af- 
faires à régler pour Jean. Il aura plus d'une fois recours, 
dans les embarras où le mettront ses dettes militaires, 
à l'hospice opulent, qui est le grand établissement de 
prêt florentin : fondé par Folco Portinari en 1285, admi- 
rable dans le temps où le père de Béatrice le fit édifier, 
sordide et suranné maintenant, l'Arcispedale, que les 
Médicis protégèrent, s'enrichit d'âge en âge par les legs 
et les déshérences, et fit valoir son patrimoine en prêtant 
à gros intérêts ; le peuple de Florence a fait un proverbe 
à ce sujet : c Pilules et béquilles, richesse des familles. » 

Et le Lasca, dans sa Sorcière, cette comédie florentine 
entre toutes, disait à propos d,"un jeune homme qui par- 
tait en guerre : « Sa mère et son oncle savent bien qu'il 
risque beaucoup de mourir, et que s'il décédait sans 
enfants, tout reviendrait à Sainte-Marie-Neuve, et eux 
resteraient dans la misère ; aussi font-ils tout pour le re- 
tenir. » Jean de Médicis était encore sous l'arbitrage de 
l'hospice ; il sera biontùt débiteur. 

Pour le moment, il se plaisait à vivre dans ses do- 
maines florentins. Castello, c'était encore bien près de 
la ville, trop calme, et bon pour le curé Fortunati. Son 
château préféré, ce fut le Trebbio, nid de proie, perché 
sur une colline escarpée, dans la vallée du Mugello ; un 
vieil inventaire décrit cette aire de faucon, jadis créne- 
lée par Michelozzo pour Cosme l'Ancien : « Un palais 
fortifié, situé dans le Mugello, comté de Florence, au 
district de Sainte-Marie ou Saint-Nicolas-des Morilles, 
lieu dit le Trebbio, comprenant une habitation de maî- 
tre, avec tour et petit pré, et jardin, et écurie, et autres 



JEAN DES BANDES NOIRES 29 

bàtimenls, ensemble une clôture, c'est-à-dire un lieu 
clos pour les animaux silvestres, avec une maison au- 
près, apte à conserver le grain, et un cellier, et une 
écurie, et plusieurs bâtiments de moindre imporlance, 
et une vigne inculte sur les derrières, et des châtaigne- 
raies, et une église, auprès du dit palais, et une fon- 
taine. » Le sort avait bien fait les choses: an mol et va- 
létudinaire Pierre-P'rançois, Cafàggiolo, villa de plaine 
cl de repos, ornée et douce ; à Jean, la forteresse sur son 
pic. 

AuTrebbio, qui avait gardé pendant la tempête de 141)9 
les enfants et les biens de Catherine Sforza, Jean de Mé- 
dicis retrouvait l'épée des Jluzio Attendolo et des Fran- 
çois Sforza. Futur condottiere, il avait le manoir des 
condottieri; comme l'exemple de sa mère, le spectacle 
de ses domaines favoris le faisait revivre au xv^ siècle. 
Brunetto Latini disait autrefois : « Les Italiens qui sou- 
vent guerroyent entre ans se délitent en faire hautes 
tours et maisons de pierre. Et se c'est hors de la ville, 
ils font fossées et palis et murs et tournèles et ponts et 
portes coleices, et sont garnis de mangoniaux, et de saet- 
tcs et de toutes choses qui appartiennent à guerre... » 
Tel était, et tel est resté le Tr( bbio. Dans le recensement 
des biens fait en 1499 à la mort du Popolano, les armes 
conservées dans le château tiennent une grande page. Il 
y a deux cuirasses, deux escopettes en bronze, quatorze 
escopettes enfer, trois arquebuses de fer, vingt heaumes, 
quatre arbalètes, trois épées, une grande arbalète en 
bois, deux poignards, neuf larges, une bombarde, vingt- 
et-une lames longues, et le reste. « Arsenal, vigie », 
pour surprendre, et pour résister à un coup de main. 

Jean trouvait là des habitudes primitives, patriarcales 
et féroces. Un seul amusement, la chasse. Dans un pays 
très montueux, que couvraient alors des forêts épaisses, 
aux rudes broussailles moutonnant jusqu'aux portes de 



30 JEAN DES BANDES NOIRES 

Florence, et parmi les racines, les épines et les rochers, 
Jean faisait voler ses autours et découplait ses lévriers. 
D'autres fois, on chassait au chien d'arrêt, longtemps et 
rudement. C'était toujours ces équipées d'où, jadis, Lu- 
dovic le More pouvait envoyer, comme prémices, à sa 
mère la duchesse Blanche, soixante-dix cailles, deux per- 
drix et un faisan, extrait de tableau fort honnête pour 
une chasse d'adolescent. 

Dans ce Mugello, « pierreux et rocheux partout », le 
gibier le plus abondant, c'était les tordi, les excellentes 
grives de Toscane, chantées en un sonnet par Machiavel, ^ 

qui les prenait à l'oiseau près de San Casciano. Le curé 
Fortunali réclamait à son élève ce fin gibier nourri d'ar- 
bouses et de genièvre. Mais à Jean de Médicis, après ces 
jeux d'écolier ou de bourgeois en vacances, il fallait les 
chasses à courre; on descendait du Trebbio, pour fouiller 
les vallées. « Par la vertus Dieu, les bons gentilshommes 
par raison de leur estât s'exerçaient à la volerie et à la 
chasse pour plus estre en temps de guerre escorls et jà 
endurcis au travail. Car venalion est comme ung simu- 
lachre de bataille. » Catherine Sforza léguait à son fils 
l'amour des chevaux agiles, vîtes, maniables; elle lui 
avait transmis l'adage des Sforza : « Ne monte jamais un 
cheval dur de bouche, ou sujet h se déferrer. » Elle qui 
demandait jadis, à la duchesse de Ferrare, « des lévriers | 

grands coureurs, une paire de bons chiens courants or- € 

dinaires, et une paire de braques pour l'autour », elle 
avait laissé le Trebbio sur un bon pied, avec équipages 
et gens. Dans un temps où César Borgia découplait sur 
un lièvre, en pleine étape militaire, il paraissait à Jean 
qu'il se faisait un peu soldat aux fanfares de la poursuite. 
Chiens rapides, de trente mois au moins, nourris de pain 
choisi, le col râblé, le museau fin, l'allonge grande, la 
poitrine vaste, belle échine, un peu hauts sur pattes, 
poil de velours, un air fort noble, bien jambes, de taille 



i 



JEAN DES BANDES NOIRES 31 

moyenne, perspicaces, et doux à la couple, voilà ce qu'il 
fallait, avec des tiercelets robustes, de plume rousse, 
bien pennés, de vol bien franc, les jambes courtes, bien 
féroces, la gorge ramassée, beaux sur le gant, aisés à 
coiffer. Alors le jeune maître du Trebbio se sentait animé 
par celte joie du sang qui l'enivrait depuis sa plus petite 
enfance; il était fils de gens qui tuent, il savait qu'il tue- 
rait un jour. Il s'exerçait, c'était bien faire. Un poète de 
princes dira-t-il pas, dans ce même siècle : 

Chasse l'oysiveté, la mère de tout vice. 

Et, grand seigneur, appren les mestiers d'un soldait, 

Sauter^ luiter, courir_, est honneste exercice. 

Bien manier chevaux et bien lancer le dart. 

Xi les livres, ni les propos, ne récréaient Jean. Il était 
peu parleur, nullement Florentin pour le bavardage. A 
Florence mcme^ ce qu'il cherchait, c'était les rixes, le 
jeu du pa.llone, le ballon pesant, ferme, ovale, qui vole 
haut et frappe roide. Il y avait même la palla al calcio, 
espèce de foot-ball, avec toutes les brutalités de partie 
qu'il faut : cela se jouait sur le pré très vaste qui était, 
dans la ville même, avant la Porta al Pralo. 

Dans les domaines, Jean savait se faire aimer. Les 
fattori, fermiers-intendants, se seraient ruinés pour lui 
plaire. 11 avait les façons allègres et barbares qui leur con- 
venaient. Au Trebbio, le romagnol Antoine Vaïni, d'une 
famille enracinée à Imola, reconnaissait le sang de « Ma- 
dame », de Catherine Sforza, formée à la bonhomie des 
mœurs lombarde?, et qui avait, dit la chronique, « tou- 
jours mis le pauvre auprès du riche », si bien que ses 
paysans affrontaient pour la sauver jusqu'aux supplices 
des Borgia. Quand le jeune maître partait, on le comblait 
de friandises, poires, oranges, macarons ou biscuits'. On 
s'éjouissait d'apprendre que « Jean ne veut ni lire ni rien 
faire que des farces » à Castello et à Florence, et « que 



32 



JEAN DES BANDES NOIRES 



Fora », fidèle serviteur dont il ne se défera point, « l'a 
mené un soir au bordel » ; il avait un peu moins de 
douze ans ; la Mora Bona, léguée par la prévoyante Cathe- 
rine Sforza, ne suffisait peut-êlro plus. « Là, Jean s'est 
mis à envoyer des pierres contre la maison, et un ruffian 
est sorti, qui a voulu le maltraiter : « Ilalte-là, dit-il, je 
suis Jean de Médicis I » 

Madame Lucrèce Salviali, la sœur du cardinal Jean de 
Médicis, la fille de Laurent le Magnifique, aimait l'enfant 
qui devait devenir son gendre; elle prit mal cette aven- 
ture, et gourmanda la valetaille. On essayait de contenir 
le garçonnet en lui met: ant l'habit civil, l'habit bourgeois, 
sans cape et sans béret, celui que Clément VII imposera 
plus tard à Cosme. Mais il voulait la cape ou le caban 
du cavalier, en drap ou en serge, suivant la saison. Il 
rejetait sa coiffure de bourgeois sur la tête d'un camarade 
auquel il prenait son béret, il accommodait son manteau 
comme une cape, et il partait avec sa troupe de bons 
drilles pour les combats à coups de pierre, ;\ coups de 
poing, « suivant les us de la cité ». 

Mais il bousculait tous les jeux, il bouleversait la cité. 
Parfois, il frappait trop fort. Il assomma jusqu'à la mort 
un autre garçon, dans ce temps où les Médicis n'étaient 
pas maîtres ; et puis, on l'aimait trop, parmi ceux qu'il 
ne rossait pas. Le gonfalonier, ce brave Pierre Soderini, 
modèle de toutes les vertus nuisibles ou inutiles à un 
homme qui gouverne la patrie de Machiavel, ce dernier 
chef de la dernière République florentine, se fâcha tout 
rouge, et voulut bannir l'enfant terrible. Heureusement, 
Jacques Salviati, gonfalonier d'avant-hier, avait la main 
dans les affaires publiques, et Soderini comptait avec 
lui. Jean reçut la défense de rentrer à Florence; mais il 
restait libre de vivre au Trebbio, qui n'est pas loin, et à 
Castello, qui est tout près. 

Son amour pour la Cité ne fut pas affaibli par cet exil 



JiiAX DKS BAXUES NOIIU-IS 3-{ 

temporaire; il avait l'àme franche et libre, sous le bouil- 
lonnement d'une vigueur brutale. Un jour, un llalleur 
lui disait : « Vous serez seigneur de Florence ». Il mit 
la main à son poignard : « Comment oses-tu croire que 
je descende oncques à telle pensée? » Il voulait luor le 
malavisé. « C'est vrai, dit-il en regardant ceux qui le 
retenaient, je me sens une âme royale, si grande que je 
m'attaquerais à toute autre emprise ; mais jamais au dam 
de Florence, ni pour opprimer une patrie aimce : au con- 
traire, pour la défendre de ses ennemis, pour les exter- 
miner; et je ne voudrais autrement posséder ni domai- 
nes, ni Etats ! » 

Son tuteur Salviati le connaissait bien. « Chassez tout 
ennui, écrivait-il à Fortunali, on a dit qu'il était mort 
d'une chute, mais il est bien vivant, notre Jean, et de 
bonne humeur, » à Pise, à Livourne, où l'on a passé 
cin([ jours, il a vu pays, « car le temps était beau, et 
Jean l'a voulu ». Peut-être que l'on reviendra par Luc- 
ques, Pistoie, au Trebbio : « il faut le traiter comme on 
fait pour le vin blanc, le transvaser beaucoup de fois ; il 
s'amuse de tout son cœur. » 

Heureuse enfance! Les affaires de son héritage et de 
son domaine se faisaient pendant qu'il était banni dans 
la banlieue, ou, plus cruellement, à Pise. Pour avoir mis 
à l'agonie un enfant « de sa taille, et de bonne maison », 
il se promenait, un peu loin de la ville : ses incartades 
lui valaient des vacances. Et les flatteurs le comparèrent 
à Coriolan, Alcibiade, ou « Patroclus, compagnon d'Achil- 
les, qui fut banni petit enfant pour avoir tué un autre 
enfant, comme dit Homerus ». 

S'il laissait à son « maître de sa maison » le gouver- 
nement de ses biens, il savait déjà réclamer lloiins et 
ducats ; il allait où il lui plaisait, et quand on voulut 
renvoyer le Fora, qui le menait chez les Macettes, il ré- 
sista, même à Jacques Salviati. Seigneur très capable, à 

3 



34 JEAN DES BANDES NOIRES 

douze ans, de recevoir le cardinal Jules de Médicis au 
Trebbio, « avec l'honneur possible ». 

Le pauvre curé Fortunali lui prodiguait les conseils : 
« Le bruit de la mort était une invention de ceux qui te 
voudraient voir exterminé, lui écrivait-il; si la lettre de 
Ser Jacques et celle de Messer Thomas n'était venue, je 
crois bien qu'à cette heure je ne serais plus en vie... Que 
Dieu tienne ses mains sur ta tête, et ne permette point 
que lu fasses rien qui te puisse ôler la vie. Présentement 
on me dit que l'on a su que tu es banni, et que ces Huit 
(les huit magistrats chargés de la police"» t'ont banni là- 
bas à Pise pour quelques mois ; aussi, Jean, si jamais tu 
veux me taire plaisir et te bien servir toi-même, je te 
" prie, les larmes aux yeux, de vouloir bien venir ici incon- 
tinent, et de faire voir à chacun que tu es en vie, point 
banni, et libre d'aller et demeurer où tu veux... » Ici, 
c'était à Gastello; le curé redoutait pour Jean le cruel hi- 
ver, les pluies, les pluies italiennes! les neiges, les boues 
des plaines pisanes et liguriennes. Son cousin Pierre- 
François, déjà malade, le réclamait. Et pour le mettre 
en belle humeur, on lui envoyait six ducats, en lui re- 
commandant de ne point les jeter au vent. « Fais-en 
tenir un compte à Ser Jacques, de toutes tes dépenses; 
néanmoins ne te prive pas de tes fantaisies, afin que l'on 
n'aille pas dire encore que tu es un pingre, un avare, 
mais qu'on te voie magnifique et libéral, comme il con- 
vient à ton état. » 

La dernière phrase était inutile. L'argent n'eut jamais 
de bourreau plus joyeux. Tout ce qui fait fondre les du- 
cats et sauter les florins, des femmes, des chevaux, des 
jeux, des bouffons, des festins, Jean aimait avidement 
toutes ces belles choses de la vie ; en attendant mieux, 
c'est-à-dire les soldats et la renommée militaire à sou- 
tenir, gouff're sans fond, où disparaîtra toute la fortune 
en peu d'années. 



JEAN DES BANDES NOIRES 35 

Il voyageait déjà dans une escorte assez nombreuse. 
Et c'était des serviteurs qui prenaient largement la vie ; 
avant de s'engai^er, les valets de chambre stipulent qu'ils 
n'iront point à la « stufa », à l'étuve, car c'est contraire 
à leur tempérament. 

Jean revint au Trebbio ; son humeur soufflait en bour- 
rasques, violentes mais vite apaisées. Il y a des jours où 
Fortunati, pour avoir déplu, recevait un billet de trois 
lignes : « Je ne viendrai pas à Florence, et puis, je vous 
fais savoir que je n'entends plus habiter avec vous. Assez 
comme cela. » Mais une autre fois, il avait la satisfaction 
d'apprendre que « Jean prenait plaisir à faire travailler 
au Trebbio, et à travailler de sa main ; c'est une joie de 
le voir travailler et commander; et il dit qu'il ne veut 
plus toucher à la poudre pour des escopettes, ni jouer 
avec cet engin. » Alors, le château se mettait en fêle; et 
Jean était le boule-en-train. Il faisait à la mode de ces 
gentilshommes qui « les jours de fêle, dansent tout le jour 
au soleil avec les vilains, et avec eux jouent à lancer la 
barre, à lutter, courir et sauter. » 

Ses grandes affaires, outre les indispensables « florins 
d'or larges », et les chevaux turcs dont il réclamait le har- 
nachement, c'était ces plaisirs de campagne, simples et 
turbulents. Les vieux serviteurs de Catherine Sforza de- 
vaient lui livrer des batailles « nuit et jour », sans ve- 
nir à bout de briser sa vigueur ; on lui peignait des dia- 
bles noirs pour l'effrayer à Gafàggiolo. Mais il méprisait 
tous les diables, et disait : « Je ferai tout ce que je 
veux. » Il grondait contre ceux qui lui résistaient, et il 
leur donnait des nasardes. 

C'était toujours 'ce mauvais Fora, son favori, qui le 
dissipait et le mettait en méchant cas. En plein cœur de 
juillet, n'allaient-ils pas descendre la roide côte du Treb- 
bio pour se baigner dans la Siève? Il y a, s'exclamait 
Antoine Yaïni, « de quoi prendre une maladie et crever 



36 JEAN DES BANDES NOIRES 

comme une bêle. J'aimerais mieux me faire dix ennemis 
de celle espèce que de rester ici en voyant des choses 
pareilles, j'éclaterais avant! et je ne suis pas homme à 
nommer la chatte minette, j'appelle un chat un chat! Je 
m'en laverais plutôt les mains, et je partirais au diable, 
oui, plutôt que d'appeler la chatte minette ! Ces gars-là 
le laissent aller se baigner tous les jours, il est à moitié 
cuit par le soleil ; et je trouvai là le Fora, qui se bai- 
gnait avec lui, et je dis au Fora : « Sortez de l'eau ! » il 
a fini par en sortir, et Jean, après avoir un peu bargui- 
gné, est sorti aussi, puis il y est rentré. Je ne peux me 
souffrir ainsi, à voir tout aller mal; tant mieux pour lui, 
s'il avait des gens pour lui remontrer son bien^ ainsi que 
j'ai fait; il m'a prié de me baigner, je n'ai point voulu 
jamais me baigner, je lui ai dit que je ne voulais pas 
prendre ce tort sur moi... Baccino l'a pris, avec Ser Ja- 
copo, serviteur de Pierre-François, et Jean ne veut rien 
savoir, si bien que je lui ai fait de grands reproches, tant 
qu'il a blasphémé contre moi cinquante fois et je ne sais 
comment il ne m'a pas renvoyé cent fois. Revenu là-haut, 
je lui dis : Croyez-vous que je vous dise cela pour le 
mal? et lui me dit que non, et il m'a fait les plus gran- 
des caresses du monde. » 

C'était un diable, mais bon diable. Et Jacques Salviati, 
qui le connaissait, pouvait dire : « Ne le mettons pas au 
désespoir, il s'amende un peu. Ilfaut, mon cher curé, le 
suivre avec quelque patience, durant cette Heur de ses 
années, bien que je ne laisse pas de lui donner du mors, 
adroitement, pour le diriger autant que se peut. » 

Afin de mieux le diriger, Salviati, qui était alors am- 
bassadeur à Rome, le fit venir auprès de lui. Ce n'était 
plus le moment des promenades au Trebbio, les temps 
étaient changés. Florence désarmée au milieu des tem- 
pêtes qui bouleversaient l'Italie, « nef sans nocher dans 
la grande bourrasque », Florence découragée par son mé- 



JEAN DES BANDES NOIRES 37 

diocre gonfalonier, trop honnête, trop vertueux, trop ti- 
moré, Florence était retombée sous le joug ridicule des 
Médicis. 

C'est le 4 novembre 1494 que Pierre Capponi se levait, 
au Cons il de la Seigneurie, et disait : « Il est temps de 
sortir de ce gouvernement d'enfants. » Et,. depuis dix- 
huit années, les Médicis de la branche aînée vivaient en 
exil; les biens avaient été confisqués, Pierre de Médicis, 
l'homme « peu sage » que méprise Comines, après s'être 
enfui « en pourpoint, ou sous la robe d'un valet » avait 
fini par périr misérablement, dans un transport d'artil- 
lerie SUT le Garigliano. Mais pas un seul jour, le cardi- 
nal Jean, ni les autres, n'avaient cessé d'entretenir les 
voies d'un retour à Florence. 

Ils y rentraient, éclaboussés de sang par le massacre de 
Prato, ramenés par les armes étrangères, ainsi qu'il con- 
vient à des princes, bourgeois ou non. Ils y rentraient, le 
14 septembre 1512. Et bien vite, Jacques Salviali deve- 
nait, suspect au parti des nouveaux seigneurs. Sa femme, 
Lucrèce, la sœur du cardinal Jean, la fille de Laurent 
le Magnifique, avait travaillé, par toutes les ressources 
d'une habileté souveraine, à gagner l'esprit des Floren- 
tins, à préparer l'opinion en faveur d'un retour, « avec 
une prudence singulière, et une aclivil" virile^ elle n'a- 
vait point laissé perdre une occasion, si petite qu'elle 
fut, où. elle pourrait accroître le renom de la famille, et 
rallumer les anciennes affections des citoyens. » Le car- 
dinal Jean, qui préludait à sa fortune postérieure, n'avait 
pas eu de meilleur soutien à Florence. Mais les partisans 
des Médicis, les Pallesques, ne pouvaient pas oublier que 
Jacques Salviati faisait autrefois figure de Fratesque, et 
visitait, et conseillait le Frate, ce Jérôme Savonarole 
dont la parole avait balayé la dynastie médicéenne. 

Même les plats historiens qui écrivirent avec les de- 
niers des princes sur leur table, sont obligés de recon- 



38 JEAN DES BANDES NOTRES 

naître que « Jacques Salviati paraissait chercher à rendre 
le gouvernement des Médicis le moins odieux et le plus 
durable possible ». Et les amis d'une réaction outrancière, 
ne pouvant supprimer cet homme ni le heurter de front, 
à cause de sa parenté, de sa grande situation, songèrent 
au vieux, à l'éternel, à l'excellent moyen : ils le firent 
ambassadeur à Rome, auprès de Jules II, et lui donnèrent 
pour second le meilleur de ses amis, Mathieu Strozzi. 

Tout était bien ainsi : les Médicis avaient, pour cadeau 
d'adieu, en 1494, c'est Comines qui l'a écrit, « dessaisi 
les Florentins de toute leur force, et de tout ce qu'ils 
avaient conquis en cent ans ». En lol2, leur don de 
joyeux avènement, c'était les dépouilles des victimes 
massacrées à Prato, que l'on exposait à l'encan sur la 
place du Baptistère. Et Julien de Médicis avait fait, afin 
de mieux plaire aux Florentins, le sacrifice de sa barbe! 

L'ami de Jacques Salviati, l'anarchiste Savonarole, 
tribun de Jésus l'anarchiste, n'avait-il pas dit, dans son 
prêche à Sainte-Marie de la Fleur, le 1" juillet 1496, 
octave de Saint-Jean, cette parole impérissable : « Les 
princes de l'Italie lui sont envoyés pour la punir : le ty- 
ran est donné par Dieu pour les péchés du peuple. » 

Les chroniqueurs florentins, Pitti, Yettori, Nardi, 
Guichardin, tous les partisans, tous les sceptiques, tous 
les Machiavel de la légation ou de l'écriture, d'ordinaire 
opposés entre eux, s'accordent ici pour avouer un regret. 
C'est le soupir involontaire d'hommes qui, selon le vers 
de Machiavel « retournent en pleurant à leur ancienne 
chaîne ». Le froid Guichardin, en venant à cette honteuse 
journée où Florence « dépassera de beaucoup » dans ses 
élans de servitude l'attente même des Médicis, l'histo- 
rien élégant et compassé va jusqu'à dire : « Ainsi fut op- ç 
primée par les armes la liberté des Florentins. » Et Yet- 
tori, l'âme vendue des Médicis, confesse que: « La Cité 
se réduisit à ne faire que ce que voulait le cardinal de 



JEAN DES BANDES NOIRES 39 

Médicis. On ap[)elle celle façon la vraie lyrannie; mais, 
parlant des choses de ce monde sans préjugé et selon la 
vérité, je dis que si l'on faisait une de ces Républiques 
écrites et imaginées par Platon, ou, comme l'écrit Tho- 
mas Morus l'Anglais, telle qu'on en a trouvé en Utopie, 
peut être celles-là pourraient se vanter de n'être point 
des gouvernements tyranni(jues. Mais toutes les Répu- 
bliques ou les Princes dont j'ai connaissance par l'his- 
toire, ou que j'ai vus, il me paraît qu'ils se sentent de 
tyrannie. » Après ces phrases d'humanistes, Florence, 
qui a tant choyé celte espèce de serviteurs, peut se ren- 
dormir : une fois encore, en 1327, une convulsion suprême 
la secouera, et Michel- Ange lui reconstruira des mu- 
railles; puis, c'en sera fait pour toujours. 

Qu'importe à Jean de Médicis? La servitude de Flo- 
rence lève son bannissement, annule ses peccadilles; 
un Médicis cadet,. et un jouvenceau, qui s'en souviendra 
maintenant, pour le blâmer? Salviati l'emmène à Rome, 
où le cardinal Jean, qui deviendra bientôt son oncle par 
alliance, fera venir les Florentins à la curée. 

« A chacun est besoin de bien remplir la gorge. » C'est 
Machiavel qui l'assure, et il le sait. Voyez ce que Jean 
de Médicis emporte à Rome; la liste du trousseau sub- 
siste, écrite par Fortunati. 

« Inventaire des objets qu'e^nportera par devers lui 
Jean de Médicis en allant à Rome. 

JÉSUS 

i 

« Deux coffres à la lombarde, couverts en cuir, noir, 
vernis, armés de fer élamé, à couvercle carré. 

» Six chemises godronnées, en linon, neuves, pour le 
jour. 

» Six serviettes essuie-mains, savoir deux à raies Tune 



40 JEAN DES BANDES NOIRES 

plus grande que l'autre, avec points à jour droits ; et, 
de travaillées sur un rang, l'une à raie blanche, l'autre 
à raie noire ; et une à raie blanche, grenue à trois rangs. 

» Six mouchoirs à main à un entredeux, neufs. 

» Dix mouchoirs de linon, usagés, quatre fourres à 
oreiller, deux oreillers de plume couverts en taffetas 
changeant. 

» Dix paires d'escarpins. Un poignarda manche émaillé 
et brodé. 

Un pourpoint de satin, en manière de simarre {al 
lucco) large, pour le jour, neuf. 

» Un pourpoint de velours cramoisi, neuf. 

» Un pourpoint de satin noir, usagé. 

» Un pourpoint de damas gris, usagé. 

» Un pourpoint de satin violet, usagé. 

» Un pourpoint de velours cramoisi, usagé. 

» Un poarpoiot de velours rouge, usagé. 

» Une grande robe de velours cramoisi avec le collet 
fourré de chats d'Espagne, neuve. 

» Une grande robe de velours noir fourré de vair, 
avec le collet, neuve. 

» Un justaucorps de velours azur doublé au revers en 
brun, neuf. 

» Un justaucorps de damas noir doublé de brun foncé, 
neuf. 

» Un justaucorps de damas brun rayé à bandes de ve- 
lours noir, doublé de brun, usagé. 

» Une cape de drap violet évêque, doublée de damas 
gris argent, le capuchon à l'espagnole. 

» Une cape en drap couleur de moine gris, fourrée de 
damas noir, à l'espagnole. Ensemble la capuce neuve, 
et un justaucorps de feutre gris argent, rayé de damas 
noir, pour l'eau. 

» Une cape à l'espagnole, violette, avec la capuce à 
raies de salin noir, usagée. 



JEAN DES BANDES NOIRES 41 

» Une pairo de chausses lucquoises, neuves. 

» Une paire de chausses noires, neuves, et une paire 
de blanches, en drap, neuves. 

» Une paire de souliers de velours, cl une paire en 
maroquin. 

» Deux bonnets noirs, avec un pli autour. 

» Deux escoffîons d'or, beaux et neufs. 

» Deux coëffes de soie noire. 

» Un chapeau doublé de taffetas noir, neuf. 

» Un chapeau h poils, blanc, neuf. 

» Un peigne d'ivoire, et deux de buis. 

» Une boîte ouvragée. 

)) Une épée toute garnie d'or. 

» Un cor d'ivoire pour la chasse. 

» Une paire de bottines en maroquin. 

» Une paire de bottes fortes, en vache. 

» Deux grandes valises de vache, pour porter la li- 
terie. 

» Un loudier, rayé, et un lit de plumes de 80 livres. 

» Deux matelas de coton, l'un rayé, et l'autre, à usage 
d'oreiller, blanc. 

» Deux paires de draps. 

» Deux oreillers avec leurs fourres doublées en taffetas 
changeant. 

» Un bois de lit de camp avec ses sangles, ses acces- 
soires et garnitures. 

» Une courtine pour entourer le dit lit, à la française, 
composée de six pièces de taffetas violet, et gris-brun, 
avec le ciel de lit frangé et blasonné. 

» Une courte-pointe pour le dit li!, en taffetas brun et 
noir, pleine de coton. 

» Un couvre-lit pour iceluy lit, en damas violet et gris- 
brun, avec la frange grande. 

» Une petite valise en cuir pour mettre sur la selle 
d'ar nés {selio.) 



42 



JEAN DES BANDES NOIRES 



» Deux couvertures à mules en drap à bandes violet- 
tes et blanches et rayées avec les franges, pour la maison. 

» Un camail de voyage de taffetas avec bandes de ve- 
lours noir. 

» Un camail de voyage de drap couleur moine gris 
avec le collet en taffetas. » 

Au revers : « Inventaire des objets qu'a portés J. d. 
M. à Rome {de manu Fortunati.) » 



Le 21 mars lol2, il était dans la Ville Eternelle. 11 y 
avait précédé sa maison et ses chevaux. 11 se recrutait, 
•sans attendre, une suite nombreuse, et il s'était mis tout 
au plus fort de la vie romaine, tumultueuse et corrom- 
pue. « Le séjour n'est point à propos pour lui, gémissait 
son tuteur, car je ne puis veiller sur lui, courant comme 
il fait; il faudra fatalement qu'il gaspille son bien, ou 
qu'il n'y touche point et ne s'acquitte d'aucune dette, ce 
qui lui serait à grand déshonneur; enfin, par aventure 
on pourra changer ces façons, ce qu'à Dieu plaise. » Sal- 
viati ne s'était pas assez redit la sentence de son ami 
Savonarole : « à Rome, les hommes et les femmes se 
sont faits courtisanes », et qu'un garçon de quatorze ans, 
maître de son bien, fds de SPorza, n'irait pas prier au 
Latran, ni soigner son avancement auprès du Pape. Jean 
faisait des amis : « à qui rien ne se pouvait refuser », et 
aussi des lettres de change, jusqu'au jour où ses bijoux 
s'engageront. 

Parmi les pièces de son bagage, c'est le lit blasonné qui 
servait le moins. 11 ne couchait guère chez lui. Pour rom- 
pre une débauche aussi vigoureuse qu'habituelle, Salviati 
le laissait partir à Naples; il est permis de se demander 
si la retraite était bien choisie. Mais enfin, les frasques 
ne se feraient plus sous les yeux même des Salviati, 

« Je vous dirai, seulement, et non sans un grand dé- 



JEAN DES BANDES NOIRES '1} 

plaisir, comment j'ai autorisé le voyage de Jean à .\a- 
ples, pour ce seul motil' que je voyais qu'ici à Rome il 
se conduisait de manière à perdre la vie et l'honneur en 
même temps, et de plus d'une manière Là-bas, et dans 
le chemin, il s'est comporté si bien, qu'on ne saurait dire 
plus; il est vrai (|u'il a dépensé pour un cheval et cer- 
taines autr( s cochonneries (zfichere'i cent trente ducats 
en carlins, ce qui a été une folie : mais ce sont choses 
auxquelles on peut remédier. Ce qui me peine, c'est que 
depuis son retour ici, il est presque toutt s les nuits de- 
hors et couche avec quelque putain, chez laquelle il fait 
tant d'excès, qu'il est impossible qu'il puisse vivre, 
outre le danger de pareilles allées et venues; le jour, il 
est avec des coupe-jarrets, il fait le fou, et Dieu veuille 
qu'il ne fasse point d'autres choses, que j'ignore; et qui 
conviendraient mal à son rang. J'ai tellement de déplai- 
sir, que je ne vous le saurais oncques dire et pour lui, 
et pour mon honneur, qui me semble se dégrader non 
moins que le sien. Je cherche à l'admonester affectueuse- 
ment, et de moi à lui, comme j'ai fait mainte autre fois. 
Mais, attendu qu'il n'est quasi jamais ici, à la maison, ni 
oi^i je suis, je ne l'ai pu faire : je le ferai ; et s'il ne s'y voit 
point autre remède, je ferai qu'il retourne à Florence. » 

Il y revint, avant deux mois. Car les courtisanes ro- 
maines, les Muses qui inspireront l'Arétin, ne le lâchaient 
pas plus que l'ombre. Jacques Salviati les nommait par 
leur nom, en vrai Florentin, et licencia son pupille, qui 
devenait par trop celui de ces dames. Pour dissiper les 
souvenirs de Rome, Jean retrouvait à Florence les afTai- 
res de partage et son sage cousin Pierre-François, l'homme 
des comptes et des inventaires. Mais quoi ? tout cela re- 
gardait Fortunati. Libre à Pierre-François d'écrire avec 
sagesse au bon curé : 

« Mon très-cher messire François, vous savez comment 
maintes fois on a parlé de partager les biens de la mai- 



■Vi JEAN DES BANDES NOIRES 

son, el que les parts sont déjà faites; mais, en apprenant 
cela, Monseigneur Révérendissime (Jules, archevêque de 
Florence, puis cardinal, enfin Pape Clément VII) m'a dit 
que pour bonne raison l'on sursoie quelque jour au par- 
tage, mais qu'on y pense bien... A présent, attendu que 
l'état où vit Jean présentement m'est fort incommode et 
très peu satisfaisant, je vous fais assavoir de venir de- 
main choisir tels appartements que vous croirez conve- 
nables pour Jean, et lui pourvoyez sa maison de sorte 
qu'il vive en homme du bon air. » 

Jean se souciait bien de maison et de ménage! il ne 
manquait pas, à Florence, de dames qui l'accueillaient 
bien, jours et nuits; il écrivait un barbouillage de trois 
lignes, le remettait à Toso, son valet, il lui fallait sur-le- 
champ « dix fiasques de vin, et au moins huit ducats, 
sans manquer, autrement on le blâmerait. Car on dé- 
pense, vous savez, pour les fêtes. » 

En effet, dans ce printemps de 1513, Florence était en 
liesse. Les Médicis lui faisaient célébrer leur retour; c'é- 
tait leur tradition, un grand carnaval pour étourdir le 
peuple. « Ce soir, écrivait Jean à son curé, les triomphes 
sortent dehors; ainsi, venez, si vous voulez les voir! » 
La Compagnie du Diamant, sous les ordres de Julien de 
Médicis (bientôt duc de Nemours), et celle du Tronc de 
Laurier, commandée par Laurent, qui deviendra le duc 
d'Urbin, représentaient ces triomphes; le plus beau fut 
celui de l'âge d'or. Jacques Xardi, que l'on proclame le 
seul historien vraiment partisan de la République^ écri- 
vit de sa plume austère et démocratique les Chants du 
Carnaval princier, et dirigea la mascarade pour le Tronc 
de Laurier. André Dazzi, maître de grec et latin, avait 
ordonné toute une pompe à la romaine, pour ceux du 
Diamant. Les trois chars, où Andréa di Cosimo et André 
del Sarte avaient mis la main, avaient été peints par le 
f*onlormo, dans la première fleur de son succès. Laurent 



JEAN DES BANDES NOIRES 'i5 

voulut surpasser les magnificences de son rival : Xardi 
commanda six IriomplK s au lieu de trois; ce fut ei core 
Jacques de Pontormo qui les peignit, la niytliologie et 
l'histoire s'épuisèrent à marier l'or, l'argent, les Heurs 
toscanes, les broderies ouvrées, avec les beaux feuillages, 
les vases da vermeil, les armes, les torches, Us animaux 
vivants ou fabuleux, buffles, chevaux, bœufs accoutrés 
en oritlans, et Saturne, et Janus, et le roi Xuma, Man- 
lius Torquatus, César, Cléopàtre, Auguste, Trajan, des 
héros, des poètes, des légistes fourrés en vair, des no- 
taires, des copistes, toutes les espèces de gens qui écri- 
vent. On dora tout, même un enfant, le petit d'un bou- 
langer, qui représentait l'Age d'or : il en fut payé dix 
écus, et mourut de cette dorure, Oa chantait des veis 
composés par Nardi, mauvais comme s'ils avaient été de 
Politien : la grande époque renaissait;, les iMédicis fê- 
taient la ville, et la puissance rendue à leur « cupidité 
séculaire ». Pour l'aurore de ses quinze ans, Jean n'a- 
vait pas beaucoup d'exemples à devenir moins prodigue. 
Lorsqu'en de telles chevauchées il ne lui faut que « deux 
paires de bons chapons, quelques grives si c'est possi- 
ble, dix fiasques et huit ducats », il ne semble pas exi- 
geant. 

Pendant que la dynastie triomphante « renaissait du 
tronc du vieux laurier », une gloire suprême se préparait 
pour les Médicis. La créature, le « factotum » des Médicis, 
ce subtil Bibbiena, venait d'écrire que « viendrait le temps 
nouveau, où Florence aurait les trois couronnes et les 
deux clefs ». Et le mois de Mars n'était pas fini, que les 
deux clefs étaient entre les mains du cardinal Jean, élu 
pape sous le nom de Léon X. Les Florentins, qui avaient 
jeté bas leurs armes à Prato, les Florentins, que l'on venait 
d'insulter sans les rendre rebelles, en leur ôtant le ma- 
gistrat qu'ils avaient librement élu, les Florentins ivres 
des fêtes et de l'or prodigués par leurs tyrans bourgeois, 



't6 JEAN DES BANDES NOIRES 

se remirent à banqueter en l'honneur de leur Pape. Un 
gentilhomme génois, certain David Lomellino, les regar- 
dait faire, et trinquait en souriant : « Vous autres Flo- 
rentins, dit-il tranquillement, vous avez moult raison de 
festoyer pour cette dignité nouvelle de la Papauté, car 
jamais, je m'assure, vous n'eûtes encore de Pape; mais 
avant que vous en ayez eu autant que la ville de Gênes, 
vous pourrez reconnaître quel effet ont produit ou peu- 
vent produire les grandeurs des Pontifes en des cités li- 
bres. » Il ne se trompa que d'un mot : Florence n'él.ait 
plus libre; on était à l'époque où les Florentins : « gou- 
vernant leur Etat d'après un signe de tête fait par le 
Pontife romain, ne faisaient rien sans son arbitre ». 

Le nouveau pontife, athénien par toutes ses mœurs, 
laissait à Florence, pour au revoir, deux têtes coupées; ce 
Mécène, qui « dépensait un trésor «devenait féroce quan.d 
il avait peur. Il étranglera ses cardinaux; il fait décapi- 
ter, pour l'heure, Pierre-Paul Boscoli, Augustin Capponi, 
compromis par une liste malencontreuse. Machiavel, que 
l'on avait mis sur la même liste, est emprisonné, tor- 
turé, mésaventure qui augmente son désir d'être em- 
ployé « par Notre Seigneur et les Médicis, quand bien 
même pour commencer on lui ferait rouler une pierre. » 
Les ^lédicis avaient raison; ce peuple avait une manière 
un peu trop vile d'être pauvre. Il n'était bon que les 
mains ouvertes et la tête baissée. Ils lui mirent leur or 
dans la main, et leur pied sur la tète. 

Les Salviati revinrent à Rome, Jean de Médicis y était 
déjà, dès le 4 mars. Il avait vu, le G, le cardinal papa- 
ble arriver au Conclave dans la litière qu'un mal illustre 
lui rendait indispensable. Puis, ce fut ce couronnement 
splendide, d'un faste inouï. Parmi tant de pompes accu- 
mulées, Jean de Médicis eut la gloire de briller par la 
magnificence de ses équipages, par le llixe de ses habits 
surtout; il monta des chevaux sans pareils, qui faisaient 



JEAN DES I3ANDKS NOIRES M 

valoir sa hardiesse rt sa vigueur. Le Pape ne l'oublia pa«. 
Le tuteur Jacques Sjlviali devenait ambassadeur d'obé- 
dience; et Jean de Mrdicis était traité conrinne un fils par 
madame Lucrèce Salviati de Mi'dicÎF, la sœur du Pape 
nouveau. Bientôt, demain, il prendra place parmi les 
étoiles nouvelles, (ju'a décrites Joathini du Bellay : 

Force nouveaux seigneurs, dont les plus ap[)avens 
Sont (le Sa Sainteté les plus proclies parens! 

La curée commençait; Julien, frère du Pape, devenait, 
malgré sa nature peu belliqueuse, gonfalonier à Home 
et capitaine de la Sainte Eglise ; Laurent, en espérant 
mieux, « se contentait du gouvernement de Florence » ; 
Jules, l'archevêque tiré d'un cavalier de Rhodes, atten- 
dait le cardinalat. En retournant pour gouverner Flo- 
rence, au mois d'août, Laurent prit avec lui Jacques 
Salviati ; l'ambassadeur était déçu, le chapeau rouge 
qu'il attendait pour son fils Jean Salviati lui avait été 
refusé, cette fois. Le Pape différa jusqu'à la promotion 
des ïrente-et-Un; il ne voulait pas se souvenir que lui- 
même avait été créé cardinal à treize ans, et qu'il avait 
revêtu la pourpre, à quinze ans, dans le couvent de 
Fiesole, sous les yeux de son beau-frère Salviati. 

Jean de Médicis fut heureux de quitter la brûlante 
Rome pour ses chères villas toscanes. Dès le 11 juin, il 
écrivait à Fortunati : 

« Mon père, honoré et très vénérable. Ceci sera pour 
vous avertir comment j'ai reçu votre lettre du 4 courant, 
où j'ai vu tout ce que vous avez fait, assavoir que vous 
m'avez mis ma chambre en ordre. De quoi j'ai reçu très 
grand plaisir : je désire venir retrouver ces eaux fraîches, 
et aussi ces ortolans ; soyez assez bon pour me les garder, 
je vous prie, le plus qu'il est possible, afin que j'en 
puisse user selon une fantaisie mienne, laquelle je vous 



48 JEAN DES BANDES NOIRES 

dirai de vive voix, quand je serai là; et j'estime qu'il 
vous paraîtra que j'ai bien fait en vous prévenant de les 
conserver ; je crois que sous dix jours en tous cas je serai 
arrivé là-bas, et aurai expédié l'affaire qui nous concerne. 
Recommandez-moi, je vous prie, à ma chère dame Lu- 
crèce, et aussi bien à la Marie, et dites leur que je vais 
bien et que j'espère qu'il en est ainsi pour Elles. C'est 
tout. Je me recommande à vous. Dieu vous conserve. 
Rome, le 11 de juin, 1513. » 

11 dictait de pareilles lettres, mais il les signait de sa 
main, d'une main rude et roidie par les exercices violents. 

La Marie, c'est la fille de son tuteur, il l'épousera dans 
trois ans; et, malgré tant d'incarlades, il ne l'oublie point, 
et elle pense à lui depuis les premières années d'enfance, 
11 est aimé dans sa famille d'adoption, autant qu'un fds 
par les parents, et mieux qu'un frère par Marie. 

Bon pour les fils manques de Catherine Sforza, pour 
des Riario mitres, de songer aux affaires et de griffonner 
en procureurs. Lui, ses très rares autographes ont qua- 
tre lignes, désordonnées et barbouillées, oii, les taches 
d'encre éclatent comme des bombes; la signature est fière, 
avec un panache; c'est pour des habits, pour des armes 
qu'il écrit, parade et guerre. Car il commence à se for- i, 

mer au métier du capitaine. f. 

Julien de Médicis l'a pris dans ses milices, avec le plus ^ 

belliqueux des Salviati, Pierre, qui deviendra prieur de 
Rome. Et Laurent, qui va saisir le duché d'Urbin, le 
surveille, et le fait instruire aux armes quand il est à * 
Florence : 

« Très aimant fils, salut! écrit Lucrèce Salviati à son •; 

cher Jean. J'ai ta lettre du 30 passé ; et, comme en i 

ce moment où tu recevras ceci je sais que sera arrivé >; 
mon fils Pierre, auquel j'avais dit de vive voix ce que je ^ 
ne voulais pas confier à une lettre, je pense donc qu'il 
t'aura tout rapporté. Et toi, prête foi à tout ce qu'il a 



JEAN DES BANDES NOIRES 'i!» 

(lit, et crois que c'est la vi'rité, car je ne pense pas moins 
h toi que je ne fais à mes propres fils, attendu fjue c'est 
ainsi que je te liens et considère, et ainsi que je veux 
toujours te traiter; d'autant que la nature môme du bien 
est d'être désiré par tous. Je dis cela parce que j'apprends 
chaque jour comme tu te conduis bien et que lu es tou- 
jours avec le magnifique Laurent, dont j'ai grand plaisir et 
consolation. Je t'encourage à continuer de la sorte, at- 
tendu que tu y trouveras louange, honneur, profit, et sa- 
tisfaction chaque jour davantage. 

« Quant à ta venue en ce lieu, j'approuverai toujours 
en ceci ce qui te pourra plaire; attendu que jamais en 
telle chose je" n'ai voulu ([ue ce que tu veux. Je serai 
toujours la même, que lu sois ici ou là ; j'entends, pour 
penser et pour faire tout ce qui te sera nécessaire, et 
avantageux à ton corps et à ton âme; ainsi, sois de bon 
courage et de bonne volonté, tu es sans ce?se dans mon 
cœur; mais il faut en toutes choses laisser le tem])s les 
mener; et rien ne se fait sans lui. Songe à te tenir en 
santé et bonne humeur, et à bien faire, comme je m'assure 
que lu fais ; et Dieu ne t'abandonnera point. Si tu veux 
de moi quelque chose plus particulièrement, ne crains pas 
de me l'écrire, je te contenterai comme mon fils ; que 
Dieu te garde et conserve. — Rome, 8 avril loli. — Fais- 
moi donner tes lettres on mains propres. Je le recom- 
mande la Marie, va souvent la voir. 

« Celle qui est comme ta mère, 

« Lucrèce S.\lvi.\ti de Médicis. » 

Mais les visites à la Marie, à la petite fiancée qu'il 
avait le bonheur de voir à Florence pendant que sa mère 
le lui conseillait de Rome, ne suffisaient pas aux seize 
ans de Jean. 11 lui fallait la guerre, il voulait montrer 
son épéeet mener les hommes qu'il exerçait pour Julien 
et pour Laurent ; c'était là cette affaire que Lucrèce 



50 



JEAN DES BANDES NOIRES 



Salviati devait solliciter pour lui. La main de Marie lui 
était accordée d'avance ; mais une compagnie à faire 
guerroyer, un champ de combat pour déployer sa science 
toute fraîche et son courage héréditaire, il voulait, il 
cherchait cela, de tout son cœur. Seulement, le proverbe 
dit qu'à Rome : « il faut trois choses, pain, parure et 
patience. » Il devait l'apprendre toute sa vie. 

« Tout me fait parler, lui disait encore Lucrèce Sal- 
viati, et te dire l'amour que je te porte comme à mon 
fils... et d'autant plus, que c'est aussi par amour de 
ma Marie, que je te recommande. Cet excellent Véri de 
Médicis (del Bene) fuit la toile (se dérobe) le plus qu'il 
peut : je fais toute diligence à lui retirer des mains tes 
affaires... Aie soin de vivre de telle sorte que tu puisses 
arriver à ce qui se projette pour toi. » 

Femme d'un banquier qui était le correspondant d'A- 
goslino Chigi, Lucrèce, du sang Médicis, s'entendait 
doublement en affaires. Elle apparaît comme une femme 
experte, vaillante, très fine et très allègre dans le gou- 
vernement d'une maison double, de dix enfants et d'al- 
liances princières, sans parler des cardinalats et des 
priorats obtenus ou achetés à beaux deniers. Elle aimait 
à voir Jean, son favori parmi les gendres qu'elle se pré- 
parait, vivant à Florence auprès de 3Iarie. Jl se dissipait 
moins qu'à Rome. Il reprenait même, à présent, la tra- 
dition de Catherine Sforza, pour la surveillance des do- 
maines ; et l'apprenti condottiere savait écrire, en bon 
fermier de ses biens, à l'intendant du Trebbio : 



« Messire Antoine. Par votre précédente lettre, j'eus 
avis que vous me deviez envoyer du vin et quelques pai- 
res de poulets. Vous n'avez point envoyé les poulets. Je 
ne sais la raison. Faites que bien exactement vous ea 
envoyiez quatre ou cinq paires, et autant et plus de pai- 
res de pigeons, et envoyez demain du Trebbiano, une 



JEAN DES BANDES NOIliES :>l 

charge d'une. El envoyez une marmite de paindoux et 
le reste de la farine. C'est tout pour aujourd'hui. 

Florern-e, le 3 juillet lôli. » 

[>es alliances entre les Florentins accourus à Rome et 
les seigneurs avides de capltr les bonnes grâces et les 
dotations commençaient alors; Léon X aimait les fêles 
et toutes ses faveurs t'-taient pour les nouveaux-venus. 
Son féal Ballhasar Turini décrit les noces faites entre 
Emilie Ridolfi, nièce des Salviati, et Jacques V d'Ap- 
piano, seigneur de Piombino, veuf de Marie d'Aragon, 
et le même qui épousera encore èïr troisièmes noces Hé- 
lène Salviati, avec 20^000 ('eus de dot. 11 faudrait une 
lettre pareille, pour décrire, deux ans plus tard, le ma- 
riage entre Jean de Médicis et Marie Salviati. Du moins, 
si le tableau n'est pas fait pour eux, il figure une même 
cérémonie,, pour des parents au même titre. 

(( Le matin, 20 août 1514, dans le Palais, dans la 
grande Salle des Papes, celle qui est en face de la Cham- 
bre de Notre Seigneur, s'est fait le repas nuptial; et 
avant que l'on vhit à table, en présence de Sa Sainteté 
et des sept cardinaux nommés dans la liste qui suit, le 
sire de Piombino donna l'anneau à madame Emilie, au 
doigt : et ce soir elle lui en donnera un autre à un au- 
tre endroit; et la cérémonie fut telle que suit : devant 
Sa Sainteté était madame Emilie entre ses père et mère, 
et vis-à-vis le sire de Piombino; et Ser Philippe de San 
Miniato a été le notaire; et les accords faits, madame 
Emilie prononça le oui ; et à ce oui, le Sire de Piombino 
et tous les quatre répondirent en baisant les pieds du 
Pape; et mention a été faite que la dot est de trente 
mille ducats de carlins du Royaume, en mode et forme 
que sont convenues les parties..^ Et ceci fait, on se ren- 
dit au repas et tous se placèrent à table de la façon que 
Votre Seigneurie verra dans la liste ; le repas fut ordi- 



52 JEAN DES BANDES NOIRES 

uaire, et rien de somptueux : Maître Christophe de Los 
Ries avec ses balelages, et un sermon matrimonial après 
le repas; Romanello et Cathellaccio, bouffons, ont amusé 
la compagnie jusqu'à ce que Notre Seigneur se retirât en 
sa chambre, et la fête fut terminée vers les xix heures. » 

Si Laurent de Médicis, à qui la lettre est adressée, la 
faisait lire à Jean, le fiancé de Marie Salviati pouvait se 
figurer d'avance ses noces à venir. Sur l'autre feuillet de 
la lettre, on voyait que la table du Pape comptait dix 
personnes, la deuxième table, neuf, la troisième, dix, et 
une quatrième, de jeunes gens, quatre. Parmi ces trente- 
trois convives, il y avait Hippolyte de Médicis, son père 
l'archevêque Jules, Madeleine etvAlphonsine de Médicis, 
Lucrèce Salviati et son fils Laurent. 

Au milieu des fêtes, on n'oubliait point les affaires. Le 
14 octobre, Lucrèce Salviati pouvait écrire à Fortunati : 

« Très cher curé. Ne vous étonnez pas si je n'ai point 
fait réponse à votre lettre ; c'est à cause que je n'ai point 
d'émissaire de confiance. Les lettres vont mal par inter- 
médiaires. A présent, grâce à Salvador, je puis vous sa- 
tisfaire. Dites à Jean qu'il se tienne en bonne humeur 
et se prépare à venir ici, vite, vite. Mais que néanmoins 
il ne parte avant que j'aye écrit. Car j'attends une con- 
clusion qui est prochaine, et puis j'aurai un poste hono- 
rable pour lui. Je veux que vienne céans la femme de 
mon fils Laurent. Et la Marie en tous cas, et vite. Nous 
resterons ici jusqu'à Pâques. 

Rome, 14 octobre 1514. » 

Et elle signait fièrement : « Lucrèce S(alvia)ti, sœur 
de notre Sérénissime Seigneur le Pape. » 

Jean se liait à Rome, avec des capitaines comme ce 
Pochintesta da Lugo, qui devait perdre la vie dans la con- 
juration ourdie par le joli cardinal Alphonse Petrucci, 



JEAX DES BANDES X(JlRES 53 

son parent, parce qu'il avait proitosé doccire Léon X. 
C'était on attendant mieux, des échanges de ciievaux 
sardes, des cadeaux, chiens d'arrêt ou éperviers. Les 
liasses de cette époque sont pleines d'achats pour la monte 
et la chasse au vol. Et déjà, les capitaines signent leurs 
lettres ou h s adressent : « au seigneur Jeannin de Médi- 
cis, mon snpérieur tr6s honoré. » Lui, de sa part, écrit 
au trésorier de Julien pour savoir « quand part notre 
Sire et commun maître; » et les premières demandes 
de harnachements militaires apparaissent ; deux dou- 
zaines de gants de gentilhomme, un collier de cheval 
et une têtière d'acier, un beau chanfrein. 

Par malheur, le mal qui devait emporter bientôt Ju- 
lien de Médicis réduisait son rôle de capitaine général à 
demeurer honoraire. « Il va de bien en mieux, chaque 
jour », disait Fortunati. Mais ce n'était qu'une convales- 
cence, et peu solide. Aussi les équipements de Jean, sa 
force de jeunesse restaient inutiles, au ïrebbio : « Tu 
devrais m'envoyer des perdreaux, écrivait le curé, ou au 
moins des poissons, on médit que tu en prends beau- 
coup; si demain tu m'en envoies à Castello, pour dîner, 
ô qu'ils me seront chers ! et je dis des gros. Moi, je l'en- 
verrai de bonnes pastèques, et des concombres, de la 
bonne sorte. Fais bien attention de ne pas tomber ma- 
lade, car pour tout le reste on y pourvoira très bien. » 

La vie de Jean était réglée sur les ordres et les allées 
et venues de Laurent, chef de Florence, et de Julien, 
chef de l'armée pontificale. 

11 devenait beaucoup plus ferme dans sa conduite ; il 
convoquait même Fortunati pour une assemblée, un con- 
seil de famille où les intérêts avec les Riario devaient 
se débattre. Et bientôt, sur l'ordre du Pape, il allait 
s'installer à Rome; c'est là que son mariage sera décidé ; 
c'est là qu'il obtiendra ses premiers grades éclatants 
dans la carrière des armes. 



54 JEAN DES BANDES NOIRES 

Cet appel que lui adressait Léon X « lui plut beaucoup, 
dit la chronique, car il avait déjà les os durs, le corps 
gaillard et l'àme vivace. » Toute une maison, fortement 
montée, le suivit. 

Le trente mars 1516, on faisait encore un inventaire: 

« Du curé Fortunati. — Inventaire des effets remis au 
curé pour envoyer à Ro?ne au Magnifique Jean. 

» In primis six couteaux d'argent à fleurs; six four- 
chettes d'argent avec les palle (les besants en relief des 
Médicis.) 

» Deux salières d'argent. Vingt-cinq serviettes de toile 
fine, dont une mauvaise. 

» Trois paires de draps de toile superfine pour le lit 
du maître. 

» Quatre paires de draps de quatre lés grands, pour 
un lit de cinq brasses, en toile du pays, avec les entre- 
toilles, pour honorer gens de condition. 

» Six paires de draps de quatre lés pour les gens de 
maison. Quatre grandes nappes de toile fine, quatre ser- 
viettes pour essuyer les mains. 

» Envoi d'Antoine (Vaïni). Six paires de grands draps 
pour les gens, quatre grandes nappes pour les gens, 
seize serviettes ficelées ensemble. 

» Du curé. — Un courtinage en tapisseries de figures, 
doublé de toile bleue, en six pièces, cinq grandes et une 
petite formant pente. 

» Une pièce de tapisserie à figures soie et or, avec les 
histoires d'Abraham. 

» Quatre pièces de dossiers de chaire en tapisserie à 
verdures, deux grandes aux armes des Riario et deux sans 
les armes. 

» Quatre tapis : un grand, de table, avec les palle; 



JEAN DES BANDES NOIRES .')C) 

un pour crédence, plus petit; et deux petits ù neuf 
bandes. 

» Deux chemises, une au maître, l'autre ù Georges. Six 
mouchoirs de linon au maître. Une épée avec le ceintu- 
ron en taffetas. 

» Une armure blanche avec le heaume, les brassards 
et les gantelets. 

» Une veste de satin noir, doublé de taffetas, cousue 
de cordons. 

» Un rouleau décrilures de Jean Vespuce. 

» Une paire de coffres couverts de cuir blanc velu, 
ferrés, et leurs clefs. 

» Deux sacs^ avec dedans des harnachements de che- 
vaux. 

» Deux grandes piques dorées avec les gaines de cuir, 

» Un bonnet de brocart avec six coquilles d'or, et une 
image garnie en or. 

» Un collet de satin jaune fourré de peau. » 

Et, sur une dernière feuille, biffée de quatre barres, 
on lit encore : 

» De Castello — quatre morceauxde tapisserie à fleurs; 
deux aux armes des Riario. 

» Deux petits tapis. 

» Quatre paires de grands draps. 

» Quatre nappes de toile fine. 

» Quatre touaïlles, ou essuie-mains, à la parisienne, 
en toile fine. 

» Vingt-cinq serviettes en toile fine. » 

Jean de Médicis, quinze jours avant ce départ pour la 
Ville Eternelle, avait figuré dans des funérailles illus- 
tres. Le frère du Pape, Julien de Médicis, était mort le 
dix-sept mars, à trente-seplans, dans cette divine abbaye 
de Fiesole qui n'avait pu remettre, par les caresses de sa 
lumière et de ses brises, une santé ruinée, et peut-être 



56 JEAN DKS BANDES NOIRES 

même dévastée par le poison. N'avait-on pas soupçonné 
l'envieux Laurent, le neveu qu'il gênait dans son ambi- 
tion? Durant celle époque, pas un personnage ne meurt, 
que le poison ne se devine, et qu'un sifflement de rep- 
tile ne passe au milieu des regrets et des pompes offi- 
cielles. Julien, comme Léon X, comme Jean de Médicis, 
a dans les plis de son chevet, dans ses remèdes, dans 
le vin qu'il a bu, dans les vêlements qu'il endossait, la 
main douteuse d'un parent, d'un rival, d'un allié, qui 
sait les secrets des ricettarii, pour se faire plus large sa 
place au soleil. 

On alla chercher sans apparat le corps du défunt à 
Fiesole, pour le déposer au couvent de Saint-Marc, dans 
le monastère de l'AngeJico, de Saint Antonio, de Sas'o- 
narole ; c'était un cloître révéré, fréquenté par les' Médi- 
cis de tous les âges. Florence regrettait Julien, affable et 
courtois ; ce joli prince, galant et lettré, personnage du 
Cortegiano, ni très vicieux ni sanguinaire, Médicis de la 
bonne race dans sa prodigue passion pour les arts de 
tous genres, « fait pour la cour mieux que pour la 
guerre », maître sans morgue, et si prodigue, flaltait 
l'amour de la Cilé. Michel-Ange a fait son image, et l'on 
voit bien que son armure, décolletée, est de parade 
comme son bâton de commandement; il a la lèle nue, 
son visage apollonien et las se détourne à demi, par un 
mouvement gracieux, il y a de la mièvrerie dans son 
geste; c'est l'homme « grand, blanc, au col long, penché 
en avant, les bras longs », que décrit un chroniqueur, 
« avec des yeux bleus, grave non seulement dans sa dé- 
marche mais dans son parler, bénin, humain, plaisant, 
gentil, ingénieux, simple, aimable, de débile complexion, 
miséricordieux et libéralissime. » Figure de la Renais- 
sance qui va finir, et d'une race trop usée pour rien don- 
ner que des malades ou des monstres. L'autre, dans la 
même chapelle de Michel-Ange, c'est Laurent, le Pe?i- 



JEAN DES BAXDKS NOIRES ÔT 

sieroso ; nous disons le Penseur, mais cela veut dire, en 
réalité, le Soucieux, ei celui-là, Michel-Ange, en lui sup- 
})riniant le crâne, enfonce sur sa tète un casque à bec de 
reptile; toute la face aux yeux errants disparait sous la 
gueule du saurien héraldique, et la main gauche est re- 
levée, une molle et flexible main de traître, que lonsent 
visqueuse : c'est pour cacher la bouche, et remplacer la 
visière inférieure du casque. 

On les regarde, ces deux princes, on pense que l'un, 
ce parent plein d'ombres étranges, a peut-être pré[)aré 
pour l'autre, le garçon frêle aux belles boucles, la lente 
agonie de dix mois. Eh! s'il fallait tirer hors des sépulcres, 
dans le vestibule ou dans la chapelle d onyx, do lapis et 
d'albâtre, toutes les cendres des victimes ou des assas- 
sins, qu'est-ce qu'il resterait, après cela, des Médicis? 

Léon X, en perdant ce frère qui n'avait pu lui donner 
la joie de combattre les Français, renonçait à l'ambition 
de créer pour son plus proche parent quelque duché de 
Modène et Parme. Les obsèques furent splendides. Après 
que le corps fut resté deux jours au couvent de Saint- 
Marc, on le menait à Saint-Laurent, par cette via Larga 
que borde le grand palais des Médicis élevé par Miche- 
lozzo, décoré par Donatello, par Masaccio, par Gozzoli. 
Laurent de Médicis suivait le corps et conduisait le deuil, 
il était revêtu du grand capuchon que Ion voit aux 
pleureurs des anciens tombeaux ; suivait la maison de 
Julien, duc de Xemours, et de madame Philiberte de 
Savoie, son épouse depuis peu de mois ; tous étaient en 
capuches noires. Au milieu des flambeaux et des torches 
flottaient les drapeaux que le Duc navait jamais pu dé- 
ployer sur un champ de bataille; derrière les files épais- 
ses des citoyens et de la maison ducale. Jean de Médicis 
se montrait, à cheval, avec un manteau de taffetas noir, 
il élevait entre ses mains la grande bannière carrée de 
la Sainte-Eglise; l'autre étendard était porté par Pierre 



58 JEAN DES BANDES NOIRES 

Salviali, neveu du Pape. La foule reconnaissait lt3S deux 
jeunes condoUieri sous les plis des larges drapeaux. Ils 
étaient précédés par la bannière de Léon X et par le 
gonfanon du peuple florentin, à croix de gueules sur 
champ d'argent. Suivait le heaume ducal, tenu sur un 
fut d'armes par un page dessus son destrier caparaçonné ; 
le sceptre, enrubanné de deuiJ, était aux mains du sire 
de Piombino, lequel, velu de brocart d'or par-dessus 
son armure, avait l'épée, les éperons, et comme marque 
et insigne de la dignité ducale, il ceignait par-de?sus son 
bonnet le cercle d'or, aux pierreries et aux huit fleurons 
d'àche d'or, posés sur pointes aussi d"or. L'oraison funè- 
bre fut dite par le secrétaire de la Seigneurie, Marcel 
Adriani; et le bon peuple échangea « force considérations 
sur la vanité des mortels ». Déjà, lors de l'entrée du 
Pape en octobre; Florence avait montré son goût pour 
les splendeurs des mascarades. 

Jean de Medicis était revenu dans Rome, reportant les 
enseignes vierges de son premier capitaine. Il n'y chôma 
pas longtemps. A défaut de ce frère qui trompait par sa 
mort tant d'ambitions, Léon X repDrtait sa faveur sur 
les Médicis survivants. Tous étaient bien jeunes; mais 
dans cette fin de la Renaissance, tous ceux qui occupent 
la scène du monde sont adolescents, ou à peu près. 
En 1.^10, sous un Pape de trente-neuf ans, François I" 
a vingt-deux ans, Charles-Quint seize, Henri VIII vingt- 
quatre. Et puis, le Souverain Pontife a t-il cure de Fàge 
ou des qualités chez ses créatures? « Déjà, dit ce pau- 
vre bavard de sacristain, le maître des cérémonies, Pa- 
ris de Grassis, ce n'était plus un homme parmi nous, 
mais comme un demi-dieu. » C'est à Rome qu'il appe- 
lait les parents trop libres dans leur conduite, les can- 
didats aux duchés, qui sait, aux royaumes? Laurent 
brûlait d'y revenir. Jean de Médicis précéda le vice-gou- 
falonier et se prépara pour entrer à son service. 



JEAN DES BANDES NOIRES Tj!» 

Le Pape l'essaya d'abord à de p(.'tites entreprises. 11 lui 
laissa battre les Orsini, si follement qu'un jour il voulait 
se jeter avec une douzaine de compagnons, sur deux 
cents adversaires. Puis il le lâcha contre ceux qui usur- 
paient le domaine d'un seigneur ami, qui était un Orsini, 
poirlant, mais un Orsini bien pensant, Camille, seigneur 
de Sermonetla. Pour reprendre ce bourg malsain, juché 
près des Marais Pontins sur un escarpement, quelques 
troupes, avec Tristan le Corse, capitaine de confiance, fu- 
rent bastantes. Dès le premier jour les bandes de Jean 
de Médicis se recrutent parmi les Corses ; ces hommes 
au sombre courage sont ses soldats d'élection. 

« C'est mon père, écrivait plus tard Cosme I''' à Phi- 
lippe II, qui commença d'employer celte nation, jusqu'à 
lui peu connue pour la guerre en Italie ; et il le fit parce 
qu'il les trouva courageux et aptes à soutenir toute fati- 
gue, et ils se conduisirent en sorte qu'ils lui firent hon- 
neur, et il en mit un grand nombre hors de pair, et en 
fit moult capitaines, et les combla de bienfaits. » 

Pour tout cela, beaucoup d'argent devenait nécessaire. 
Léon X en donna sans doule ; mais Jean commença les 
emprunts qui dévorèrent sa fortune jusqu'à la fin. Une 
plus illustre entreprise l'appelait, dès le mois de juil- 
let 1516 ; c'est pour elle qu'il lui fallait cinq cents du- 
cats. C'était cette guerre d'Urbin, retardée par la douceur 
de Julien; maintenant que le gentil prince pleuré par 
l'Arioste était mort, le Pape cédait aux conseils d'Alphon- 
sine Orsini, la mère de Laurent, et à ceux de Laurent 
Wi-même, aussi rapace que sa mère. 11 oubliait qu'il 
avait dit, à Jean Lapucci de Poppi qui lui annonçait l'é- 
lection forcée de Laurent à un autre grade : « Ainsi, j'ai 
fait deux capitaines, ni l'un ni Paulre n'a d'expérience et 
ils sont dans un poste qui veut des hommes capables ; si 
l'on en a besoin, je ne sais comment ils feront, » Al- 
phonsine et Laurent lui auraient riposté ; « Quand le 



60 JKAN DES BANDES NOIRES 

Pape Alexandre VI voulait faire une entreprise, il n'a- 
vait ni scrupules, ni respect, ni dépit. Cela ne sied pas 
aux grandes âmes. » Et Laurent, on l'avoue déjà, sera le 
César Borgia du nouveau Pape. 

Neveu du pape Léon X contre neveu de Jules II, Médi- 
cis contre Rovère, comme Borgia contre Montefeltro ou 
Riario, c'était de règle. La guerre dura vingt-deux jours. 

Lisons les lettres et les autres documents originaux qui 
restent de ces guerres-là; mais, pourquoi les décrire par 
le menu? Les exemples d'énergie ou les traits de mœurs 
qu'on recueille sur les feuillets écrits par les hommes 
du temps importent seuls. Pour toutes les autres folies 
qui encombrent les livres, à quoi sert de les exhumer? 
Faut-il raconter ces sottises obscures, ces luttes de prin- 
cipicules, ces assauts de bourgades, ces massacres pour 
un donjon, ces haines pour une bicoque? Ramassons les 
reliques et les armures ; mais laissons la cendre aux 
vers. Sans la gloire des arts, qui donc se soucierait de 
ces villes-là? c'est la revanche dos artistes, que les cités 
italiennes sont immortelles par leur nom. Ce qu'ont fait 
les hommes de guerre a passé comme la poussière. 

Dans les guerres qu'il fait combattre, Léon X ne saura 
montrer que ses tares morales ; on les sent, à trop péné- 
trer, comme ceux qui venaient trop près de ce Pape sen- 
taient aussi ses tares physiques. La guerre d'Urbin ne 
fut pas moins absurde qu'injuste. Le 18 août lolG, une 
bulle d'investiture créait le nouveau duc Laurent. Mé- 
prisable seigneur, seigneur éphémère, fidèle à la nature 
qu'il tenait de sa mère, une Orsini, de sa grand'mère, 
une Orsini ; baron romain, bien plutôt que citoyen de 
Florence. 

Jean de Médicis devenait un instrument de cette for- 
tune. Dès lors, et pour toujours, il est et reste le condot- 
tiere, l'entrepreneur de batailles, le dresseur de soldats. 
le fournisseur de bandes, au service de l'un, de l'autre, 



JEAN DES BANDES NOIRES 01 

suivant les pactes : figure nécessaire dans celle Italie 
du xvi° siècle, champ-clos d'ambitions étrangères et de 
factions intestines. 

En dépouillant cette dynastie d'Urbin qui avait élevé 
Laurent, accueilli Julien durant l'exil, en forçant à fuir 
vers Mantoue le neveu de Jules II, l'ancien Préfet de 
Home, Léon X inaugurait celte politique dont Jean-Jac- 
(jues Trivulce avait dit: « Qui chasse tous les lièvres 
n'en prend point. » Comme Guidobaldo devant le Ror- 
gia, François-Marie I^^ coupable d'avoir servi la France, 
cédait au Médicis, que les armes françaises appuyaient 
de leur puissance : il savait que son peuple le verrait 
bientôt revenir dans la ville démantelée, que les Papes 
sont éphémères, les poisons actifs et les invasions chan- 
geantes. Ennemis d'aujourd'hi^ la veille amis, demain 
complices, telles sont les mœurs politiques de ce temps 
et de tous les temps. 

Pour Jean de Médicis, le livre des comptes relié en 
peau blanche fleurdelysée, et qui fut celui de « l'Illus- 
trissime Seigneur Laurent duc d'Urbin », conserve à la 
page quatre-vingt-dix-septième, sur le revers, la note de 
la solde due. 

Et dès le premier juillet 15 lo, dans le relevé de tous 
les gentilshommes à la solde de Laurent;, parmi les che- 
vaux recrutés par lui, figure un roussin turc, un de ces 
légers chevaux barbes que Jean préférera toujours. 

Si la guerre avait trop peu duré pour que Jean de Mé- 
dicis eût vérifié le proverbe toscan : « on y va plein de 
deniers, on en revient plein de poux et plein de vices », le 
séjour de Rome, auprès de Laurent, avait pu le remettre 
dans sa première vie romaine^ parmi les orgies, les dé- 
bauches, les querelles et les chevauchées à la mode des 
Orsini. C'est avec Laurent qu'il connut les courtisanes 
dont les lettres décorent sa correspondance ; la Nicolosa. 
maîtresse favorite celte année-là pour le duc d'Urbin, une 



02 JEAN DES BANDES NOIRES 

juive espagnole, deux fois ardente et doublement féline, 
la « dipinta Xicolosa ». \icolosa la Peinte, célébrée dans 
une Pasquinade. le Triomphe de la Luxure ; fameuse dès 
1513;, elle était arrivée à Rome dans le début même de 
Jean, et il l'avait vue. telle que Pierre l'Arétin l'a dé- 
peinte : « Nicolosa de la Tribu de Juda, — c'est son ori- 
gine, — laquelle inaugura cette pompeuse façon d'aller, 
avec quatre ou six suivantes, des fards sur le visage pour 
le prix d'un ducat, et l'éventail aux mains, par les égli- 
ses, en lisant les Psaumes en langue hébraïque. » L'é- 
ventail, l'église, les Psaumes, toutes les mœurs de l'Es- 
pagnole se révélaient h Jean. D'autres encore, celte illus- 
tre Lucrèce-Maman-ne-veut-pas, la filleule de l'Arélin, 
qui prétendait l'avoir lanc>'e : « Avant-hier, elle crevait 
de faim. Qui l'a fait débuter, sinon moi-même? lu dois 
bien te recorder la cause qui l'a fait nommer Maman-ne- 
veut-pas. un nom qui subsiste encore ; c'est moi qui lui 
ai procuré cet ami, donné son crédit, et, a'. tendu qu'elle 
est accorte et vivelelle, l'ai mise en mains à force riches, ^ 

et peu à peu l'ai mise en vue : si bien qu'elle a pris chair, 
elle qui était fort maigre, et s'est enrichie, tant qu'à 
hanler chez les prélats elle a reçu de quoi'se vêtir, et en 
même temps appris à bien parler. » 

Elle savait en effet Pélrarque et Boccace par cœur, et 
force Virgile, Horace, Ovide, tous les bons auteurs, en 
latin. Ce n'est pas là ce que cherchait près d'elle Jean de 
Médicis. Les femmes lui faisaient connaître la prostitu- 
tion de ce temps, si rudement, si largement décrite dans 
les dialogues de l'Arélin, qu'elle en conserve comme une 
tragique beauté. Le condottiere de dix-huit ans avait 
parcouru tous les cercles de l'Enfer infâme, et connu 
celui qui les décrira, cet Arétin qui fut « son frère )>. et 
son Patrocle, et son Euryale. Pourquoi croire que l'Aré- 
tin attendit d'être chassé pour connaître Jean de Médicis 
et se réfugier à son camp ? il fut, dès la première étape. 



i. 



JEAN DES BANDES NOIRES 03 

son pourvoyeur et son ami, pourvoyeur de Lucrères à la 
romaine, ami suivant les modes florentines. 

Alors, entre deux guerres, on miria Jean, Pendant 
({ue Léon X chassait du côté de Vilerbe, à courre, au 
vol, ou s'amusait à pêcher, avec ses cardinaux, les Sal- 
viati allaient et venaient entre Rome et Florence, pour 
préparer deux choses : le mariage di' leur fille Marie avec 
Jean de Médicis leur pupille, et la nomination de leur 
fils Pierre au Priorat de Rome. Klles se firent toutes deux 
en même temps, ou à peu près. A la fin d'octobre. Lu- 
crèce Salviati était à Rome, elle assistait Clarice Strozzi, 
sa nii'ce, qui mettait au mond^ une fille ; puis elle re- 
venait à Florence avec Ji^an Corsi Jean de Médicis était 
demeuré à Florence d'où il écrivait quelques jours au- 
paravant à madame Alphonsinede Médicis. Comme Lu- 
crèce Salviati revint à Rome une fois encore au commen- 
cement de novembre, le mariage dut se faire vers le 
milieu de ce mois. Un inventaire des biens à liquider, 
avec Pierre François, fat établi le 7 octobre. 

Il est étrange que les fouilles les plus obstinées n'aient 
pu faire rendre aux Archives une pièce originale sur la 
date et sur les détails de ce mariage, qui fut celui du père 
et de la mère auxquels Gosme de xMédicis premier grand 
duc, doit la naissance. Peut-être lacéré par l'incurie du 
xviii" siècle, ou bien envoyé au pilon parmi les actes du 
Contrat de la Gabelle, le contrat écrit n'existe probable- 
ment plus. 11 ne faut pas croire du reste, que le mariage 
florentin fût conclu parle fait des noces. Les noces sont 
une cérémonie que les accords ont précédée, et de long- 
temps. Il y avait deux années, et peut-être bien davan- 
tage, que Jean et Marie avaient fait promesse, par de 
vaut témoins et sous la foi de l'autorité ecclésiastique. 
Lorsque François Guichardin, qui épousait en novembre 
1508 une autre Marie Salviati, fille d'x\lamaEno cousin 
germain de Jacques, conclut son union avec elle, la dot 



64 JEAN DES BANDES NOIRES 

est Stipulée par écrit depuis le 14 janvier 1 506-1307, par 
l'entremise d'Ange dei Bardi. 

« J'avais dit à Marie, dans toutes mes lettres, écrivait 
Pierre Salviati le 26 novembre 1516, de me recomman- 
der à Votre Seigneurie, et sans retard elle m'a répondu 
l'avoir fait. J'ai appris depuis que vous aviez fait vos no- 
ces, dont j'ai pris un plaisir extrême et le plus grand 
contentement que m'ait pu donner chose désirée en ce 
monde. Je prie Dieu qu'il vous concède la grâce de pou^ 
voir longtemps conjouir ensemble ; et bonne chance! Dites 
de ma part à Marie qu'elle vous caresse bien... » Et il 
lui annonçait, de Home, en lui offrant tout son crédit 
nouveau, sa nomination à ce « beau bénéfice» du Priorat 
qui avait tant réjoui ses parents et lui-même, et qu'il 
transmit par la suite h son frère Bernard. 

Jean de Médicis et Marie Salviati, le matin de leurs 
noces, 'avaient entendu la « messe du conjoint » dans 
l'antique paroisse de San Brocolo, sur laquelle l'épouse 
était née près de dix-huit années auparavant. Eglise de la 
vieille ville, dans ces rues noires qui coupent entre le fau- 
bourg des Albizzi et la rue des Gibelins, Saint-Procule, 
qui fait le coin de la rue de l'Eau et de la rue des Pan- 
dolfîni, avait été décorée par les anciens peintres sien- 
nois ; on y voyait des œuvres de Giolto, de Filippo Lippi, 
et les Salviati, si voisins, y avaient leur chapelle parti- 
culière, à la droite du maître-autel. Le marié de dix-huit 
ans, robuste, trapu, le visage et le corps déjà marqués 
par l'embonpoint des Médicis, mena la mince Floren- 
tine de dix-sept ans, fluette et pâle, avec ses larges yeux 
faroucheS;, sa figure aux traits palpitants, à la bouche 
passionnée : image d'une femme aimante et livrée à tous 
les orages d'un amour unique, Marie Salviati, qui a fait 
ce miracle de donner un peu de talent à Vasari, semble 
une amante et une épouse des âges modernes. Et elle 
épousait, elle aimait un seigneur des temps révolus. 



JKAN DES BANDES XolIiES <!."> 

Il la conduisait au Palais de la rue du Corso; Jacques 
Salviali l'habilail encore et le leur laissa lorsque son pa- 
lais neuf l'Ut été fini. C'est uue maison d'opulents Flo- 
rentins, elle venait d'èlre refaite par Bramante Lazzeri ; 
la cour à colonnade composite, dans le style de Miche- 
lozzo, vit entrer le cortège, et le large escalier s'ouvrit, 
couvert des tentures aux « palle » et de celles qui figu- 
raient le râteau d'argent des Salviati sur champ de sa- 
ble ; vrai symbole de banquiers florentins. 

La sœur de Marie, la princesse Hélène de Piombino, 
reçut vingt mille ducats d'or. Mais le cardinal Jean paya 
sa pourpre quatre-vingt mille, 11 est aisé de croire que 
pour avoir un Médicis, Jacques Salviali dota bien sa fille. 
Dès lors commencèrent les comptes entre le gendre et 
le beau-père. 

Le soir, Jean donna l'anneau, cérémonie suprême. 
Puis, en vrai guerrier, il voulut fêter sa jeune femme par 
des joutes et des tournois. Il y fut admirable, et tous les 
jours, et dans toute épreuve : c'était un seigneur magni- 
fique, et sa forte main, large ouverte, attirait mille com- 
pagnons, une jeunesse turbulente. Marie Salviali regar- 
dait, avec ses grands yeux de victime, ces jeux épiques, 
très semblables à la guerre. Jean allait lui montrer bien- 
tôt, à la nouvelle épousée, comment il était de ceux qui 
ont « épousé la cuirasse » tolto la corazza pei' moglie! 



CHAPITRE II 

LES PREMIÈRES GUERRES (i517-15-21) 



Le Palais, où Jean et Marie s'étaient unis, occupait 
l'endroit même où Dante avait vu Béatrix. La maison 
de Folco Portinari, qu'on avait abattue, y laissait un 
mur, et dans ce mur était la niche où l'on voulait que 
le précoce enfant-poète fût venu « guetter et veiller » 
pour celle dont « l'image était sans trêve auprès de lui. )> 

Les amours de la Vlta yova ne planèrent point sur 
les noces du condottiere. Dans celte vie d'armes et de 
chevauchées, les rêves de l'art ou des lettres n'ont point 
de place. 

Que l'on parle à ce neveu de Léon X ; il lui faudra 
parler batailles. Le Pape ne cherchera point à l'ama- 
douer, celui-là, par ces plaisirs de la beauté, qui étaient 
un si merveilleux instrument de son despotisme. 11 lui 
donnera des chevau-légers, des drapeaux, et des lances. 
Oui, ce Médicis, ce Sforza, pas une lueur d'art en Toute 
sa vie ; il eût vécu dans un nid d'aigle, au fond de l'A- 
pennin, au lieu de grandir à Florence, à Rome, dans 
la rayonnante apothéose de ce siècle, qu'il ne serait pas 
plus étranger à tout ce qui est de l'esprit. Sur cet homme 



JEAN DES BANDES NOIRES 07 

d'airain, la Renaissance n'a pas prise : ses yeux bigles 
regardent dans la poussière d'une bataille, ils cherchent 
le sang d'un meurtre ou le fracas d'une nuit-franche. 
Croirait-on jamais qu'il a pu feuilleter avec son cousin 
Pierre-François le bel exemplaire de Dante, sur parche- 
min, historié par Sandro Botticelli pour Laurent? et 
qu'il fut sans cesse, à la villa de Castello, devant les 
deux plus beaux ouvrages du Botticelli, la Naissance 
de Vé/nis et la Primavera, peintes pour le Popolano? 

Même Marie Salviati ne le gardera point. Que la 
femme veille aux maisons, aux villas, qu'elle mène à 
bien les affaires d'intérêt, les démarches auprès du Pape 
ou des Ducs, la paix nourrira la guerre. Mais lui, c'est 
pour guerroyer qu'il est né. Son père, Jean le Populaire, 
usait avec Catherine Sforza des formules les plus civiles : 
« Illustrissime et Excelleutissime Seigneurie, mon uni- 
que espérance, très précieuse. » Lui, quand il écrit de 
sa main, ce qui est rare, il dit : « Ma femme I » 

Jean fut malade peu de temps après ses noces. Il ne 
fallait pas moins pour le retenir au logis : mais bientôt, 
dès le milieu de décembre, ces mariés de l'automne passé 
ne sont plus ensemble. Le 3 janvier 1516, Marie Salviati 
écrit sa première lettre à son mari, qui attend l'ordre de 
départ à Rome, auprès de Lucrèce Salviati ; elle lui an- 
nonce que ses chapeaux seront bientôt prêts, et se recom- 
mande à sa mère. 

La paix de Noyon a rendu libres les troupes espa- 
gnoles, et les meilleurs condottieri; François-Marie de 
la Rovère est aiguillonné par Frédéric de Gonzague de 
Bozzolo, l'ennemi personnel de Laurent et celui-là même 
qui a pris à Ra venue le cardinal Jean; François-Marie de 
la Rovère sent avec lui Lautrec, « l'ennemi des prêtres ». 
La fragile couronne d'Urbin va-l-elle échapper à Laurent 
de Médicis? Les premières escarmouches, la lenteur in- 
téressée de ses capitaines, lui ont appris, au duc nouveau, 



GS JEAN DES BANDES NOIRES 

que l'argent, même gaspillé par Léon X, peut faire trahir 
les gardiens des places fortes, mais ne crée pas les vrais 
soldats. Il sait que Jean de Médicis, avec ses cent chevau- 
lëgers, qui faisaient huit cents hommes, forme le meil- 
leur de ses troupes. C'est Jean qui va se remettre en 
campagne des premiers. Il a. ira jusqu'à seize cents sol- 
dats sous ses ordres, en chevau-légers ; et cinq cents 
fantassins, qui sont nouveaux pour lui. 

On lui écrit que tout va bien, que sa femme est bien 
portante, « grasse et fraîche » ; elle travaille à un cha- 
peron d'autour, à une tapisserie, sa sœur Hélène lui tient 
compagnie. 11 est, alors, à Bologne avec sa troupe. Et 
il écrit pour demander de l'argent, à Fortunati : 

« Mon très cher, comme père. Je vous avise de ma 
bonne santé. Il a plu au seigneur Laurent me donner 
une compagnie de chevau-légers. Aussi je vous prie de 
vouloir bien me pourvoir de deux cents ducats. Faites 
que je n'en manque pour rien au monde, attendu que 
c'est présentement que j'en ai besoin. Quand bien même 
je devrais mettre en gage les joyaux de ma femme, je 
lui écris une lettre à elle, et qu'elle veuille bien faire ce 
que vous lui direz. Je vous prie de n'y point manquer, 
et débrouillez cela le plus vite possible. Le porteur de la 
présente sera Jean-Philippe de Faënza, donnez-lui ce qui 
est vendu. Je me recommande à vous. Christ de mal 
vous garde. 

» Jean de Médicis, 
» de sa main. 

» 13 janvier 1.517, à Bologne. » 

Et voilà les lettres d'amour que recevait Marie Sal- 
vlati. 

En mars, Jean gardait le passage de l'Apennin toscan, 
à Firensuola, pour arrêter les Espagnols, qui arrivaient 



JEAN DES BANDES NOIRES 69 

de la Haute-Italie à l'appel de François-Marie. « Nous 
sommes ici, qui veillons, » écrivait-il au duc d'Urbin. 
La {guerre, dans ces âpres lieux, était dure et coûteuse. 
Elle ne le fut pas moins lorsqu'il passa dans les monta- 
gnes des Marches. A Pesaro, devant cette mer qu'il de- 
vait écumer plus lard, il manquait de tout : 

« Mon révérend curé, comme père etc. Je vous envoie 
Toso mon serviteur, avec un cheval barbe, dont vous 
ferez prendre soin suivant qu'il vous dira. Et puis, 
comme c'est l'usage à la guerre, ceg jours passés j'ai 
perdu mes mules avec le peu de bagatelles que j'ai em- 
portées de la maison. Aussi vous direz qu'on m'envoie 
cape, saie, pourpoint, et chemises, et ce que j'ai à moi 
dans la maison. Et si l'on les a déjà donnés, vous m'en 
ferez faire d'autres. J'ai reçu de Madame quatre chemi- 
ses, des vieilles, et deux neuves ; cela ne suffit pas. Vous 
m'en ferez envoyer d'autres. 

» Et puis, attendu que je me trouve mal sur mon 
cheval, vous verrez à m'envoyer des chevaux turcs de 
la plus grande taille et les meilleurs que vous puissiez 
avoir à Florence, car les miens sont tous malades. 

» Et puis, vous prendrez une trompette pour mon 
trompette, qui soit bonne, et qui sonne clair, et vous 
ferez faire un pennon à mes armes. 

» Aussi ferez-vous faire un sceau avec le cimier, et 
mon nom, les lettres petites d'un côté et sur l'autre 
face plus grandes pour les patentes et les sauf-conduits. 
Rien d'autre à dire. Songez à rester en santé, et me re- 
commandez à Ma Dame Madame Marie. 

» Votre Jean de Médicis, autant que fils. 
» A Pesaro, le li avril 1517. » 

Fortunati faisait ce qu'il pouvait, et presque davan- 
tage, pour combler le gouffre des dettes, qui commen- 



70 JEAN DES BA.NDES NOIRES 

çait à s'élargir; mais la guerre dévorait tout. Dans sa 
lettre du 3 janvier, le curé glissait un papier fort peu 
militaire : cN'tait un billet pour réclamer à Fra Barto- 
lommeo délia Porta le tableau d'autel qui était resté 
dans les mains de l'ancien gonfalonier Soderini. 

Cette (cuvre, qui est maintenant à Florence, avait été 
allouée par décision de la Seigneurie le 26 novembre 1510, 
au peintre suave, à ce mystique ami de Savonarole et de 
Raphaël ; dans son exil très tempéré^ sous la protection 
du Pape qu'il minait sournoisement, Pierre Soderini gar- 
dait le tableau de « Baccino »; ce n'est qu'une grisaille, 
mais qui laisse entrevoir un chef-d'œuvre. 

Florence était avide, et les Médicis plus encore, de re- 
prendre ce grand ouvrage où la Vierge et l'Enfant sont 
entourés par Saint Jean-Baptiste et Sainte Anne, dont les 
yeux adorent la Trinité glorieuse au milieu des Anges, 
tandis que les Saints protecteurs de Florence entourent 
le trône et les marches où s'asseyent deux angelots. Le 
deuxième saint, à droite, est Frère Barthélémy lui-même. 
La mort, survenue pour lui le 6 octobre 1517, ne lui 
laissa pas achever son tableau; placé d'abord à Saint- 
Laurent, dans la chapelle funéraire, l'œuvre est au Musée 
des Offices ; l'ambassadeur qui intervint pour son retour, 
c'est Jean de Médicis, au moment de partir en guerre. 

Cette seconde lutte entre Laurent et François-Marie 
n'était plus une promenade armée comme la première. 
Elle dura huit mois, elle fut rude. Le duc dépossédé pas- 
sait pour un excellent capitaine, il avait eu la bonne 
fortune de trouver une armée entière toute prête à le sui- 
vre, et ses sujets, avec l'étrange affection des Italiens 
pour leurs maîtres, se sacrifiaient fidèlement au bonheur 
de le retrouver. Lutte contre les Espagnols, sobres, cruels, 
et rapaces, lutte contre les paysans qui harcelaient les 
troupes, inertie calculée des condottieri loués par le Pape 
et le duc d'Urbin, et qui menaient la guerre en vrais 



JEAN DES BANDES NOIRES 71 

fonctionnaires, uniquement soucieux de leurs intérêts. 
Qu'importait h Henzo de Gcri, à Vitello Vilelli, à Guido 
Rangone, à Jean-Paul Baglioni la fin d'une guerre qui les 
entretenait, eux et leurs hommes? 

Là-dedans, Jean de Médicis, qui payait avec son ar- 
gent, avec ses peines, ne gagnait que la renommée. Il 
battait l'estrade en Roraagne, il gardait le revers de l'A- 
pennin qui donne sur l'Adriaticjue, ou, sur un ordre, 
s'enfonçait dans le dédale des montagnes ; il alla jusqu'aux 
portes de Forli, à Ronco ; voulut-il revoir le château ? 
sans doute il ne s'en souciait pas plus que le vautour de 
son vieux nid. Il allait, de Cortone à Césène, de Césène à 
Montefeltro, logé dans des bourgades montagnardes qui 
se rebellaient, avec de belles patentes sur papier ponti- 
fical scellées par les protonolaires, par le cardinal Bib- 
biena, pompeuses et inutiles. « Plaise à Dieu nous don- 
ner partout la victoire », écrivait-il au cardinal Jules de 
Médicis durant une halte à Florence, où il s'occupait de 
ses protégés, pour repartir « dans le moment même. » 

Mais cette victoire, qu'il avait préparée par ses ordon- 
nances et son autorité, la lenteur des prêtres qui gou- 
vernaient l'armée l'empêchait de la poursuivre. 

En effet, après bien des tâtonnements dans un pays 
hostile, après des escarmouches comme la prise de Sor- 
bolungo, qui prouvait une fois de plus la rapidité déci- 
sive de Jean de Médicis et la lenteur des autres chefs, 
Laurent duc d'Urbin s'était fait blesser, le 4 avril, devant 
le fort château de Mondolfo. Blessure grave, disent ses 
flatteurs; mais Nardi lui-même avoue qu'on le crut « plu- 
tôt offensé par le vent de la balle ». Le précieux duc se 
fit porter dans Ancône, et Léon X, par la plume élégante 
de Bembo, lui avait écrit peu après : « Rien ne pouvait 
nous être apporté de plus agréable et de plus doux que 
tes lettres, où lu écris, que, selon l'avis unanime des 
médecins, ta blessure n'a point pénétré. » Malgré qu'il 



72 JEAN DES BANDES NOIRES 

écrivit « d'une main ferme et avec des caractères nulle- 
ment petits ni trembl s », Laurent fît trois mois le ma- 
lade. Abimé par le mal napolitain (c'est le même que 
les Italiens nomment le mal français), il sentait déjà les 
douleurs qui le firent agoniser durant la moitié d'une an- 
née avant sa mort. 

Le cardinal Bibbiena, fm politique, subtil comme l'air 
de son pays natal, le Gasentin, auteur obscène et gra- 
cieux, le « factotum des Médicis » et le plus cher et plus 
ancien appui de Léon X qui l'empoisonnera cinq ans 
plus tard, l'élégant Bibbiena, prélat de cour et de comé- 
dies, ne connaissait rien à la guerre. Les capitaines des 
armées pontificales s'exécraient et s'entravaient ; le ra- 
massis bigarré des soldats en venait aux mains. Il avait 
fallu diviser l'armée du Pape en trois parties : les Italiens 
à Pesaro, les Gascons dans la plaine qui est à un mille de 
la cité, le reste sur le mont dell' Impériale, divisé en trois 
parties encore : Espagnols sur la cime, Allemands sur la 
pente, Corses au pied. Cette disposition, fort bonne pour 
les cultures maraîchères, ne valait rien pour une armée. 
François -Marie dérangea l'ordre de ces soldats en espa- 
lier, les Espagnols, tournant casaque, s'unirent à lui, 
les Italiens et les Allemands furent menés fort rudement 
jusque dans Pesaro ; la plupart des Gascons avaient trahi 
suivant l'exemple des Espagnols. 

Parmi ces équipées burlesques, les vrais soldats, comme 
Jean de Médicis, payaient h'S frais du désordre et de l'in- 
curie : 

« Illustrissime et Excellentissime Seigneur, mon uni- 
que seigneur, écrivait-il au duc Laurent qui suivait la 
guerre au fond de son Palais dans Florence, j'adresse 
cette lettre à Votre Excellence afin de lui faire savoir ce 
qui arrive : Monseigneur le cardinal de Bibbiena, pour 
m'avoir fait muser par-ci par-là, en disant qu'il me vou- 



.ÎKAN DES BANDES NOIRES 73 

lait donner 200 fantassins, afin que j'aliaspe à Saint-Lron, 
a éti' cause que ji^udi dans la nuit, comme je me trou- 
vais ;\ lin endroit que l'on appelle les Bourgs (i Rurghi), 
et logé là dans des villas avec ma compagnie, les senti- 
nelles mises et les vedettes, ainsi que c'est toujours mon 
ordre et coutume, les ennemis avec 20(1 chevaux et 400 
fantassins conduits par des voies détournées par les vi- 
lains de ce lieu, et aussi par le propriétaire de la maison 
où j'étais logé, sont venus m'assaillir, et m'ayant cerné, 
c'est avec difficulté que je me suis retiré sain et sauf. On 
m'a tu' mon valet, et un garçon d'écurie, et fait pri- 
sonnier mon frère Charles (Féo), et César d'Imola, l'un 
de mes compagnons; les mules et les équipages, suivant 
l'ordinaire, ont été perdus avec tous mes chevaux, hor- 
mis deux, c'est-à-dire le barbe bai que me donna V. 
Excellence et un autre barbe très bon : je remercie Dieu 
d'être en vie, sain et sauf, et je me retrouve à Lonzano 
près de Césène, environ à G milles. Tout cela pour avis. 
Je me recommande sans trêve à V. Excellence, que Dieu 
conserve heureusement. 

» A Lonzano, le 2o de juillet 1517. 

» D. V. Exe. 

» Le serviteur Jean de Médicis à l'Illustrissime et 
Excellentissime Seigneur Sire Laurent de Médicis Gipi- 
taine Général et duc d'Urbin. » 

Le secrétaire de Jean, le prudent François Suasio, qui 
a rédigé cette lettre de sa belle et claire écriture et l'a 
signée au nom du maitre^, atténua probablement la dictée 
du soldat berné par un prêtre. Lorsque Jean écrit en per- 
sonne, ce qui est rare, c'est une écriture emportée, aux 
mots tronqués, aux gros jambages en coups de sabre, et 
dans dix lignes il y a six fois le même ordre : « subite ! » 
tout de suite, tout de suite, tout de suite, tout de suite, 
tout de suile et tout de suite! 11 veut avec fureur, l'im- 



74 jI':an des bandes noires 

pulsion, le désir l'envahit comme s'il était possédé : 
pour un pareil homme, l'acte suivait la poussée de l'i- 
mage dans le cerveau, comme la foudre suit l'éclair. 

Pendant que Jean chevauchait sur l'antique voie Emi- 
lienne ou déferrait son barbe bai dans les rocailles es- 
carpées, son beau-frère Jean Salviati prenait la pourpre, 
dans la « copieuse promotion » des Trente-et-Un. Léon X^ 
le 20 juin, avait mis toute cette pourpre devant les ca- 
davres du cardinal Petrucci, étranglé, de son secrétaire 
torturé, du chirurgien Baptiste de Verceil, mort dans les 
tortures, pour avoir voulu lui envenimer sa fistule. Les 
cinq cent mille ducats que leurs barrettes coûtaient aux 
nouveaux cardinaux servirent à continuer la guerre; 
l'ancien duc d'Urbin n'avait pas les mêmes ressources. 
Plus lard, à la mort de Léon X, il fut reconnu que le 
Pape devait 80.000 ducats au seul cardinal Jean Salviati; 
encore l'avait-il traité en bon parent. Le Santi-Quattro 
et l'Armellini se trouvaient à découvert de 150.000 cha- 
cun. 

Quand sa blessure ne fut plus vraisemblable, Laurent 
d'Urbin revêtit les belles armes que Michel-Ange lui 
dessinait de si mauvais gré, et vint jusqu'à Borgo San 
Sepolcro, pour diriger de plus près la guerre. Dès le len- 
demain de la plainte envoyée par Jean, le cardinal Bib- 
biena lui donnait de belles lettres patentes pour Sauf 
Arcangelo. Les relations du soldat avec ces prêtres sont 
étranges; quand il s'agit d'affaires privées, un peu avant 
le mariage, c'est monseigneur Goro Gheri, l'homme de 
confiance pour les Médicis Orsini, qui déclare « ne pas 
entendre ses lettres ». Et il est certain que les phrases 
interminables et courtoises de ces prélats ne ressemblent 
pas au heurt de mitraille qui est le style de Jean. Et 
quand Dovizi de Bibbiena menace, suivant la formule, 
quiconque ne logerait pas les chevau-légers de l'illustre 
Jean de Médicis, et suspend sur les délin(juants et les 



JEAN Di:S BANDES NUlRES 75 

rebelles « l'indignation de X. S^ le Papeet notre justice », 
on ne peut s'empêcher de croire que Jean suffisait à 
faire lespecter Jean, et même encore N. S^ le Pape et 
Bibbiena, par dessus le marché. 

La bourse se vidait toujours, et l'écurie se dépeuplait, 
dans ces marches et contre-marches. C'est aux chevaux 
que pensait d'abord Jean. 11 écrivait au plus célèbre pro- 
priétaire de haras, au marqnis François de Gonzague, 
pour obtenir une saillie. Le marquis François, condot- 
tiere habile à servir qui voulait y mettre le prix, ne pou- 
vait avoir de haine pour Jean de Médicis, bien qu'il lût 
pour l'heure ennemi de François-Marie de la Rovère; 
sans doute Elisabeth de Gonzague. fille du marquis, femme 
du duc dépossédé, avait dû se réfugier chez son père, et 
François-Marie lui-même ne la voyait qu'en secret et sous 
un déguisement, durant cet exil. Mais en ce temps, 
comme en bien d'autres, les princes, même se combat- 
tant, avaient des égards mutuels. 

Pourtant, la précieuse saillie fut refusée, ou différée 
sous un prétexte. Le marquis, fier de cette race de pur- 
sang qu'on lui enviait, ne voulait prêter l'étalon qu'à une 
cavale tout à fait digne d'un tel honneur. Celle qu'on lui 
envoyait ne lui plaisait point : 

« Monseigneur Jeannin, répondait-il à la demande, 
par la lettre de V. Seigneurie nous avons vu comment 
vous m'écrivez en m'envoyant ici une poultre pour notre 
haras. Nous estimons que présentement tout le monde 
sait que depuis vingt-six années nous n'avons oncques 
cessé de chercher, pour notre dit haras, des cavales et 
des étalons de la plus grande beauté, et bonté, pour ame- 
ner la race à une vraie perfection, n'épargnant nulle 
peine ni dépense, achetant tel étalon jusqu'au prix de 
deux cents ducats, pour la race barbe, en telle façon que 
nous l'avons à présent d'excellente qualité, et que le Roi 



76 JEAN DES BANDES NOIRES 

Très-Chrélien n'a point dédaigné, et le Catholique (l'Em- 
pereur) non plus que le Sérénissime Anglais (le roi d'An- 
gleterre) chevaucher nos chevaux que nous avions oc- 
troyés à Leurs Majestés. Et pour ce qui est de vouloir 
maintenant mettre à l'étalon celle cavale envoyée par 
V. S. je dirai : qu'elle est rétive, et que sa race ne paraît 
point celle qu'il faut, et qu'il ne paraît pas qu'il fût à 
propos, ni convenable d'en priver Y, S. car nous ne la 
voudrions pas mettre au service par la suite. Ainsi nous 
vous la renvoyons, regrettant bien extrêmement de ne 
nous point trouver avoir de cheval de l'espèce qu'il fau- 
drait pour elle, car bien volontiers nous vous eussions 
été agréables, mais nous avons disposé et fait largesse 
au dehors de tous les étalons faits que nous avions, il ne 
nous est resté que poulains ineptes h rien faire ; si nous 
pouvions être autrement agréables à V. S. nous vous fai- 
sons toutes nos offres. 

« François, marquis de Mantoue. 

« Gapriano, 6 août 1517, 

» A Jean de Médicis, notre bon frère très cher, sous 
les Gonfalons (du Pape.) » 

Après les coursiers, les bannières. Jean se consola de 
sa déconvenue pour la cavale en commandant un beau 
drapeau : « Salut! écrivail-il de Césène, à Fortunati. 
J'aurais désir que vous me fassiez faire une bannière de 
taffetas blanc et violet, à raies. Et, faite, que vous me 
l'envoyiez si possible ; dès qu'elle sera confectionnée vous 
la donnerez au porteur. Je vous en prie. J'apprends que 
ma femme est malade. Réconfortez-la pour l'amour de 
moi. Si je pouvais partir meshuy je la viendrais voir. 
Faites-lui mon excuse. » Il reçut, quatre jours après, 
l'étendard. Le fidèle Jean-François des Albizzi, son chan- 
celier, qui ne le quitta plus jamais, le lui apporta, beau 



JEAN DES BANDES NOIRES 77 

et blasonné, avec « cent ducats en or, larges » et un 
« barbe Irès-bien en forme ». Il apportait également les 
confidences, doléances, remontrances de Fortuiiati. Le 
curé se lassait de toujours payer sur des ordres impé- 
rieux., sans que rien couvrît la dépense. Car Jean de Mé- 
dicis était un homme de lance et d'épée, qui méprisait 
le pillage; il s'appauvrissait à ces guerres que les autres 
considéraient comme de fructueuses entreprises; ce grand 
fauve tuait, mais ne touchait pas à la proie, une fois par 
terre. Il laissait faire ses soldais; il dédaignait sa part. 
Mais les trous, les brèches, les fuit,es se multipliaient dans 
les biens des Médicis et des Salviali; même une dot de 
cette époque, où elles avaient tant augmenté, n'y pou- 
vait résister longtemps. Le curé^ qui était avare et ie 
faisait, dès loOO, menacer d'excommunication pour non- 
paiment par le Pape Alexandre VI, le brave Fortunati, 
bon pour se faire exempter de redevances et recueillir 
les bénéfices, tremblait pour son pupille et pour lui- 
même. 

« Il me reste à dire seulement, écrivait le parcimo- 
nieux Florentin, que si Votre Seigneurie ne prend une 
autre conduite en ses affaires, nous perdrons ici tout 
crédit. Votre Seigneurie sait combien libéralement et 
volontiers l'hôpital, sur un mot, m'a servi, et combien 
de fois, et de quelle somme ; et oncques ne lui a été rendu 
un denier: et toute échéance est passée, et l'on n'y 
pense mie, et l'on ne saurait y rien dire ici, car le grain 
ne vaut pas 20 sous. Il faut que je perde crédit, et que 
V. S. n'ait plus cette aide et refuge. Patience! Si vous 
n'y pourvoyez, vous n'aurez à vous en prendre qu'à 
vous même, et j'en aurai d'autant plus de deuil, que je 
n'y pourrai remédier, attendu que je me trouve chargé 
par les impôts, et ne puis que m'abandonner moi-même, 
et à plus forte raison Votre Seigneurie : et il n'est homme 
qui dise pour moi une parole ; je vous prie donc, si vous 



78 JEAN DES BANDES NOIRES 

voyez moyen de me rétablir, qu'il vous plaise en user, 
car j'en ai besoin, je vous l'assure ; et si quelqu'un doit 
venir, que ce soit promplement, je vous en supplie. 

» Marie a deux accès de fièvre tierce, et ne se remet 
point, et l'on ne saurait montrer plus de douleur en son 
cœur, qu'elle n'en montre. Que Dieu lui vienne en aide, 
puisque nul autre n'y met œuvre ! 

» En celle-ci je ne vois plus rien d'autre à dire, que 
me recommander à V. S. et lui rappeler avec tout res- 
pect qu'EUe veille sur sa santé, que Dieu vous conserve 
toujours. 

» Tout vôtre F. F. curé de Cascina. 

» Et, comme V. S. pourrait dire : « Comment te puis-je 
aider? » je lui dis que les commissaires d'iceux impôts 
sont le Prieur Général de Yallombrosa, et votre Messire 
Léonard de Médicis, frère d'Antoine; auxquels V. S. 
peut écrire, ou bien qu'Elle permette que nous écrivions 
en son nom, et voyions moyen d'être aidés, parce que 
j'entends, quand bien même je devrais en parler au Duc 
ou en écrire au Pape, me relever en quelque façon que 
ce soit; car je n'ai plus un sou; et pourtant, il semble 
décent que V. S. puisse venir en aide à une de ses créa- 
tures, quand le premier faquin venu obtient toutes les 
faveurs qu'il veut : souffrez donc, au moins, que j'use 
de votre nom quand besoin sera, et répondez-moi Fans 
tarder, en ordonnant à don François (Albizzi) de faire 
en ceci ce que je dirai. » 

De fait, les écritures prouvent qu'il y a force dettes 
avec l'hôpital Sainte-Marie-Neuve, et qu'en sept ans, à 
dater du mariage, Jean de Médicis redevait aux Salviati 
plus de trois mille huit cents florins d'or. 

Fille de banquiers, qui geignaient d'un tel gaspillage, 
femme de condottiere, qui la délaissait pour toutes les 
équipées, la pauvre Marie Salviati « femme de grand 
cœur et de toute estime », pleurait la fièvre. Et ce n'est 



JEAN DES BANDES XOIKES 7'.i 

pas seuleiiieiit les tracas d'argent (jui l'accablaient. Ses 
dix-sept ans devinaient bien., après les épreuves de Rome 
où elle avait vu la conduite de son fiancé, que son fou- 
gueux mari ne disait pas toujours : « Il n'est ombre que 
d'étendards, » Il suivait le précepte di Savonarole aux 
soldats : « Pour guerroyer, il faut renoncer à tout : c'est à 
savoir: à son épouse, à ses amis, à la crapule, à l'ivresse, » 
mais il s'arrêtait là. Le moine avait encore dit : « aux 
courtisanes », Jean ne savait pas renoncer à cet autre 
(( fardeau gênant, bon pour énerver le corps. » 

La première lettre de femme, qui n'est point de Marie 
Salviati, apparaît entre ces papiers de guerre et de dette, 
comme une Heur au milieu des cuirasses et des protêts. 
Elle n'est signée que d'un G, stellé de quatre points. Elle 
est datée de « sept heures ». 

Dès lors commence, autour de Jean de Médicis, une 
bacchanale de femmes. Le génie voluptueux de la Re- 
naissance surxit dans ces lettres : écfitures splendides 
des courtisanes, griffonnage des femmes nobles, et, pour 
attendrir au milieu de pareilles fêtes, le grossoyement 
lamentable, les lignes tremblées et tombantes de l'épouse 
découragée. Marie Salviati, comme une Florentine de 
race pure, multiplie désespérément les i, devant toutes 
les lettres qui s'y prêtent, elle mouille ses consonnes et 
ses diphtongues avec la même constance qu'une Véni- 
tienne aurait mise aies zézayer. Qu'elle se plaigne pour 
les femmes : elle pourra se plaindre aussi pour ks mi- 
gnons ! c'est un Jean de la Slufa, c'est un Pierre l'Aré- 
tin, très voyants ceux-là, bien en scène, presque officiels, 
camarades à la ville et au camp; et c'est d'autres « Al- 
cibiades platoniciens », comme les appelle Monseigneur 
Paul Jove, des seigneurs ambigus, que l'on voit passer 
çà et là, dans un mot, au coin d'une phrase, comme un 
ange dans un tableau. 



80 JEAN DES BANDES NOIRES 

« Montrés doux Seigneur, écrivait la femme aux Qua- 
tre Points, Dieu vous conserve! — Seulement ces lignes 
informes à Votre Seigneurie, pour lui faire entendre com- 
ment mon amie, pour me faire peine, dit qu'elle avait 
fait en sorte que Votre Seigneurie ne devait plus venir 
céans, sinon que ma présomption a été si grande que je 
n'ai eu cure de leur déplaire plutôt qu'à Votre Seigneu- 
rie, et que je ne devais point vous donner audience, et 
qu'ils ont résolu à toute force que vous ne veniez point 
céans. Et voilà la cause qui m'a fait m'assurer d écrire, 
parce que vous devez penser, mon Seigneur, que, privée 
que je suis de voir Votre Seigneurie, tout mon bonheur 
m'est enlevé, et sans vous le paradis m'est un enfer et 
avec vous tous les tourments me sont joies. Je vous prie, 
mon très doux seigneur, ne veuillez point pour chose 
qui soit au monde me mépriser, moi votre très humble 
servante fidèle, car vos bénignes et amoureuses paroles 
et votre gracieux aspect m'ont enchaînée : vous savez 
que je n'en ai point été cause par mon fait, puisque de- 
puis hier je n'ai fait que me lamenter en moi-même sur 
mon pauvre et malheureux sort, car je paierais au prix 
d'un verre de mon meilleur sang la faveur de ne vous 
avoir jamais connu, s'il faut être sitôt privée de vous. 
Vous savez bien, très doux Seigneur, les paroles que 
vous me soûliez dire, que vous n'étiez pas pour m'aban- 
donner jamais, sinon quand je vous donnerais licence. 
Et c'est là tout mon réconfort. Et si je suis digne au re- 
gard de Votre Seigneurie d'obtenir une grâce, que je vous 
demande avec crainte et vergogne, c'est celle-ci, que 
d'ici à dimanche je voudrais vous voir, si cela ne vous 
ennuie pas trop, parce que j'ai besoin de vous parler 
bouche à bouche. Et pardonnez-moi si j'ai usé de trop de 
présomption à votre égard. Le porteur de celte lettre-ci 
est fidèle, au cas où vous voudriez m'envoyer ce que vous 
savez. Je veux vous prier de ne pas montrer pour rien 



JEAN DES BANDES NOIRES 81 

au monde, la présente à Agnolo délia Stufa. Je ne dirai 
rien davantage, sinoa que je me recommande une infi- 
nité de fois à Votre Seigneurie. Que Dieu vous rende 
heureux. 

» Faite à 7 heures. 

•G- 
Au revers « • S ■ • G • » 

Leà délia Stufa ne pouvaient, assurément, voir avec 
faveur les amitiés féminines : ils avaient contre elles 
toutes les haines de la concurrence. 

La guerre même ramenait Jean de Médicis vers Flo- 
rence. François-Marie de la Rovère voulait, afin de ruiner 
ses adversaires, attaquer encore le domaine de Florence, 
qui leur fournissait des subsides. Laurent de Médicis, 
pour fêler sa guérison, n'étail-il pas revenu d'AncAne et 
de Pesaro en poste, afin d'imposer à Florence un emprunt 
de 50.000 florins? 

Jean de Médicis fut rappelé, pour couvrir la Toscane. 
Dès le 20 aoùf_, Goro Gheri se plaignait au Légat que l'or- 
dre envoyé par le Duc n'avait pas encore reçu ^on effet. 
« Qu'il vienne, avec les Florentins qui sont dans la com- 
pagnie de son Excellence, par le plus court chemin, à 
Florence. Ces citoyens serviront beaucoup ici dans la 
Cité. » Le 21 , nouvel ordre du Duc : « Laissez votre com- 
pagnie de chevau-légers et montez à cheval pour venir 
ici dès le reçu de cette lettre. » 

Et Gheri double l'estafette en appuyant : « Tout de 
suite ! » 

Ces craintes étaient excessives. Tout le monde en avait 
assez de cette guerre « la plus mal conduite qui se fût 
vue depuis maintes et maintes années. » Les adversai- 
res, épuisés, n'en pouvaient plus. On s'accorda, la haine 
au cœur. François-Marie se retira, mâchant la bile qui 
jaunit sa figure décharnée sur son portrait de Titien; il 

6 



82 JEAN DES BANDXS NOIRES 

devait venger, par le poison peut-être, sur LéoQ X, et 
en tous cas par sa conduite envers Clément VII, dix 
ans plus tard, au sac de Rome, les affronts de ces Mé- 

dicis. 

Celte guerre de chicanons, « plus doctoresque que 
militaire »,, inaugurée par une couardise de Laurent, 
achevée par un traité qui ne contentait personne, avait 
coûté huit cent mille ducats au Pape ; soit cent mille 
ducats par mois. Florence paya presque tout; avec moins 
dallégresse qu'elle n'avait soldé les frais de l'entrée so- 
lennelle, de la mascarade pontificale en l'automne de 
1515 (30 novembre). La République reçut en dédom- 
magement la forteresse de San Leo^ « lieu tant abrupt 
qu'il y faudrait des ailes » ; ensemble, le Montefeltrin, 
et la paroisse de Sestino. 

Mais, dans cette guerre où tout est petit, les intérêts 
en jeu, les batailles, les capitaines et le champ même, 
Jean de Médicis a grandi. L'apprenti condottiere, dans 
ces épreuves mesquines, a pris conscience de sa force et 
vu clairement les moyens de l'exercer. Il n'a pas été bien 
traité : les favoris, ou les parents plus habiles, qu'il 
trouvera toujours sur sa route, ont pris les fortes paies 
ot les commandements puissants; Camille Orsini, qu'il 
avait rétabli dans ses domaines, vient d'obtenir sept 
cents chevau-légers, et même à un moment jusqu'à neuf 
cent cinquante; c'est trois et quatre fois ce qu'il a vu 
lui-môme sous sa bannière. Camille Orsini fut « condot- 
tiere des Florentins ». Mais qui donc parle de TOrsini, 
devant Jean de Médicis? 

^ Il n'est pas courtisan, ni tendre en paroles : il ne s'est 
pas gêné, le lendemain de Sorbolungo, pour entrer, à 
Orciano, chez le duc Laurent, et faire une algarade à 
ceux qui l'avaient entravé : « C'est vous, a-t-il dit rude- 
ment à Jean-Baptiste de Stabbia et à Brunoro de Forli, 
c'est votre faute, votre négligence ou votre couardise 



JEAN DES BANDES NOIRES 83 

qui nous a fait perdre l'occasion de la vicloire! » VA il 
les regardait en face, lés di'fiaul et les bravant. 

Mais celte guerre, si confuse que les auteurs anciens 
n'y marquent presque point de date aux combats, cette 
guerre d'escarmouches enchevêtrées lui a tout révélé : 
le prix de la rapidité, les moyens de la discipline. Homme 
d^^une seule vocation, né, créé pour combattre et faire 
combattre, toujours, partout, sans nul instinct étranger 
ou supérieur, il s'est forgé son instrument, comme tous 
les grands inventeurs de la matière ou de l'esprit. A la 
lourde cavalerie, aux harnachements massifs, aux des- 
triers qui feront jirendre François I^"" à Pavie, il substitue 
les chevaux barbes maniables et fringants, les équipe- 
ments sommaires, un essaim léger de genêts et de demi- 
sang très robustes, avec leurs cavaliers coiffés de bour- 
guignotes ; troupe agile, qui coûte peu. Il rénove les 
anspessados, formées par des hommes d'élite, à haute 
paye, qui composent un état-major à leur capitaine et 
unique chef reconnu. C'est la pépinière de ces grands 
lieutenants qui uniront étroitement leur nom au sien ; fa- 
mille militaire, qui va l'entourer jusqu'à sa tombe. Ces 
vertus d'organisateur, qu'il développera plus tard tout 
entières dans l'admirable agencement de ses Bandes, il 
les a montrées déjà, dans l'été de 1317, au milieu des 
embuscades tendues par les vilains, dans les courses à 
travers les montagnes et les châteaux-forts d'un pays 
grand comme la main. 

Cettepelite guerre, aussi, révélait beaucoup plus decho- 
sesqu'il ne semblait. De même qu'une crise physique, ou 
une querelle futile en apparence, font jaillir la lumière 
dans les profondeurs d'un mal ancien et obscur, éclairent 
le travail accumulé de sentiments profonds, la misérable 
guerre aura son retentissement dans les lignes de Guichar- 
din : « Ce fut le malheur de notre destin, ou bien encore 
parce que l'Italie est divisée entre tant de princes, et en 



8'i JEAN DES BANDES NÛIUES 

tanld*états, qu'il est comme impossible, par les volontés 
différentes et les intérêts de ceux qui l'ont en maifi, qu'elle 
ne soit point soumise à des malheurs perpétuels. » 

Ces malheurs, Jean de Médicis allait les partager jus- 
que près de leur dernier terme. En attendant, la paix 
venait. On avait payé les frais de la guerre, le Pape, sa- 
tisfait d'avoir rançonné Florence, avait encore vendu les 
trente-et-un chapeaux; déjà, sous Sixte IV, Baptiste de 
Mantoue n'avait-il pas dit en vers latins : 

... Tout est à vendre en ce lieu. 
Nos temples, nos autels, nos prêtres, nos couronnes. 
Nos pompes, nos encens, nos prières, nos feux, 

Notre ciel même, et notre Dieu I 

Et Pasquin ne dira-t-il pas, peu de temps après : « Celte 
dulcissime et très agréable création de trente cardinaux, 
chère au Pontife, qui a ramassé cinq cent mille ducats, 
a chassé François d'Urbin de son trône ducal. » 

Seul, parmi tant de Médicis, Jean n'avait rien vendu, 
que ses biens, et ne rapportait rien, que les premières 
flammes de sa gloire et sa bannière déployée sur tous 
les chemins du Vicariat et de la Romagne. Il ramenait 
aussi des soldats qui le proclamaient un illustre et fier 
capitaine. Ils savaient, car ils l'avaient vu, qu'il était le 
premier d'entre eux, capable de les vaincre tous, lui qui 
leur donnait la victoire. Ils l'avaient vu, dans une escar- 
mouche fameuse, face à face avec l'Albanais André Gano, 
que l'on vantait comme un cavalier sans rival, fondre 
sur lui, lui arracher sa masse d'armes, et le réduire en 
un moment. Ils comprenaient que ces audaces se dou- 
blaient de réflexion, que le jouteur était un stratège, en 
le voyant estimer ceux qui lui faisaient connaître le prix 
de la victoire, ces mêmes Albanais, ces Levantins, par- 
faits cavaliers, féroces et agiles, dont il va remplir ses 
compagnies; un Théodore Gondora, un Démétrius Lavisa, 



JEAN DES BANDES NOIRES -Sô 

et Georges Cappozomadii, et Alexis Lascaris, maint au- 
tre. Les gens d'armes sont pour la montre. Il a, lui, ces 
troupis véloces qui sont capables de le suivre, d'escor- 
ter à bride abattue ce capitaine encore imberbe, et qui 
leur a montré leur maître. 

Il revient au gîte, ayant accompli son désir : « servir 
un prince de son sang, et en qualité de parent, plutôt 
qu'un roi barbare, comme étranger et inconnu, surtout 
à ces débuts dans les armes. » Il apprendra bientôt (ju'un 
parent est un méchant patron, que les « rois barbares » 
ne gaspillent point la valeur à des entreprises sans gloire. 
Et plût au ciel qu'il eût suivi les barbares dont Léon X 
et Machiavel rêvaient l'extermination, plutôt qu'un duc 
Laurent d'Urbin, plutôt qu'un pape Clément Yll ! Il eût 
trouvé des chevaliers plus dignes de l'entretenir. 

Marie Salviati, qui voyait la guerre finie, aurait voulu 
reprendre son héros. Elle lui faisait écrire par l'inten- 
dant du Trebbio, l'immuable Antoine Vaïni ; devait-elle 
aller rejoindre à Florence le capitaine délivré de la cui- 
rasse qu'il venait de porter huit mois? ou viendrait-il au 
Trebbio? 

Florence, c'était la maison, sans grande diversité dans 
l'existence, point de batailles, les dettes criardes, de l'es- 
pèce la plus vulgaire, envers des gens qui réclamaient 
pour « leur grain, leur vin, leur bois et leur viande ». 
C'est là ce que lui renvoyaient les échos de Borgo San 
Sepolcro, voilà ce qu'il avait rapporté de ces rudes es- 
carmouches. 

11 ne voulait point, malgré tout, restreindre sa dé- 
pense. Et, si l'on y veut réfléchir, il ne le pouvait point, 
sous peine d'abdiquer. Un condottiere sans soldats n'exis- 
tait plus; il lui fallait au moins garder l'élite de ses 
bandes. Et la paix, la paix ruineuse le contraignait à 
entretenir des guerriers qui ne guerroyaient plus. Flo- 
rence était, en cette fin d'année 15i7, aux mains de ce 



86 JEAN DES BANDES NOIRES 

Toscan habilp, monseigneur Goro Gheri, de Pistoie ; c'é- 
tait le secrétaire de Laurent d'Urbiu, un serviteur des 
Médicis; il imitait jusqu'à leurs maux, dans sa fidélité. 
Internonce de Léon X auprès des cantons helvétiques, en 
novembre 1513, le Pape avait écrit à son neveu Laurent 
de le « croire comme lui môme ». Ancien gouverneur 
de Plaisance, il devint évêque de Fano, gouverneur de 
Bologne; son activité, qui allait à l'extrême, lui donnait 
sur Laurent une forte influence, dont il n'usait pas mal, 
mais que diminuait auprès des Florentins une morgue, 
à peine explicable chez un prince, et déplacée chez un 
serviteur de cette dynastie marchande. 11 s'était formé, 
de sa propre autorité, une manière de conseil composé 
par vingt citoyens, âmes damnées des Médicis. Ce politi- 
que tatillon s'effarouchait de voir la vie que menait Jean. 
Il a laissé, dans son copie-lettres diffus et rabâcheur, une 
chronique très complète d'un épisode scandaleux, dont 
le condottiere, exaspéré par l'oisiveté, fut la cause. Il ne 
fallait pas plus tenir Jean de Médicis au repos qu'il ne 
faut laisser les chevaux sans courre, les chiens sans chas- 
ser, et les sacres sur le perchoir. 

11 alla passer quelques jours à Pise, avec son demi- 
frère Charles Féo, qui avait, la guerre finie, retrouvé sa 
liberté. Dans ce déplacement de chasse, les deux voya- 
geurs recevaient des lettres; le même jour, il en arriva 
deux pour eux : une de Marie Salviati, elle était pour 
Charles Féo ; l'autre d'Angélique, un nom cher à l'Arétin : 
elle était destinée à Jean de Médicis. 

« Très cher parent, écrivait Marie Salviati à Féo, il 
me parait que l'air pisan fait changer le caractère; j'ai 
une lettre de vous, où il me semble voir que vous avez 
très bien appris à faire la tête à l'envers; vous m'avez 
promis une chose, et vous en écrivez une autre, vous 
êtes si bien occupés après les bêtes fauves, que vous en 
oubliez de vivre civilement. Ecrivez à propos; et les li- 



JEAN DES DANDES NOIRES iS7 

mons et biscuits seront aussi les très-bien vonus. Songc^ 
à vos santés, et je vous recommande mon Jean, pressez- 
le de s'en revenir, et Dieu vous garde. * A Florence, le 
8 de décembre 1317.) » 

Il aurait mieux valu } our elle ({ue « son Jean » courût 
les gibiers du pays pisan, car son retour à Florence ne 
devait guère apporter de joie à Marie Salviati. \'n trop 
grand scandale était proche, qu'elle ne pouvait pas 
prévoir. 

Au reste, dans Florence même, son Jean se conduisait 
fort peu comme un mari près de sa femme. En ce même 
moment, à Pise, il décachetait une lettre venue par le 
même courrier, frottée à celle de sa femme : 

« Très illustre Seigneur, salut! Avis à Votre Seigneu- 
rie; depuis votre départ il me parait bon de vous aviser, 
comme étant la personne en qui j'espère, et où j'ai placé 
et remis ma foi tout entière, qu'il m'a été fait du nou« 
veau ; c'est toujours ce qui m'arrive lorsque Votre Sei- 
gneurie est absente. Le septième jour de novembre, qui 
fut lundi soir, on m'a brûlé les châssis de mes fenêtres, à 
toutes les trois, après minuit : attendu que je ne fais 
déplaisir à personne, cela me cause du chagrin. Je crois 
bien deviner qui ce peut avoir été, je ne le sais pas avec 
certitude; mais, parce que je neveux point faire plaisir 
à un ou deux individus, je suis certaine qu'ils me brû- 
leront au logis, car j'en ai vu plusieurs signes de mal- 
heur, comme s'il plaît à Dieu vous eu serez entièrement 
informé par moi de vive voix. Je ne vois rien d'autre 
pour celte fois-ci, que de me recommander mille fois et 
offrir comme la moindre chose appartenant à Votre Sei- 
gneurie. Nec aliud, hene valele. 

» Data Florentine, die octo decembris MDXVll. 

» Angelica, votre servante. » 



88 JEAN DES BANDES NOIRES 

Elle habitait seule, elle barbouillait le latin; c'est en- 
core une courtisane. Si l'on veut songer que Florence, 
auprès de ses palais massifs, avait alors des maisons bas- 
ses et petites, au toit de paille, closes de châssis en pa- 
pier et de volets en bois brut, on comprend mieux la 
terreur de l'Angélique ; un vieil auteur du xiv* siècle 
conseillait gravement de tenir toujours prêts : « douze 
grands et bons sacs pour déménager quand le feu pren- 
drait dans le voisinage ou tout près, ou dans ta maison, 
ainsi qu'une corde de chanvre longue comme du toit à 
terre, afin de pouvoir dévaler par n'importe quelle fenê- 
tre ». Les individus qui voulaient brûler vive l'Angelica 
rebelle à leur plaisir avaient des lettres ; ils avaient lu 
Paul de Certaldo ; pour empêcher qu'on ne sortit par les 
fenêtres, ils y mettaient le feu. 

Dans cette Florence encore turbulente, Jean de Médi- 
cis, entouré d'hommes qui l'aimaient, qui l'auraient 
servi sans solde ni gain, était, en pleine ville, un chef 
de bandes. Cette vigueur qui éclatait en lui, qui le fai- 
sait sauter en croupe d'un cheval avec un prisonnier en- 
tre ses bras, était comprimée dans Florence, et grondait, 
bouillonnait avec fureur. Le proverbe florentin dit : 

Vénus dort, quand Mars veille. 
Si Mars dort, Vénus veille. 

El c'est, sans doute, une ancienne affaire de femmes 
qui fit montrer griffes et dents au condottiere. Goro Gheri 
sentait venir le scandale : 

« Monseigneur, — écrivait-il le 9 janvier 1518 à Lau- 
rent qui préparait, à Rome, son prochain mariage, — 
Monseigneur, je dirai à Votre Excellence une chcse sur 
laquelle nous avons moult conféré et raisonné, Sa Sei- 
gneurie xMadame, et moi : à savoir, qu'il paraîtrait bon, 
vu la manière de vivre et les mœurs de Jean de Médicis, 
de penser à son cas, afin que la chose n'arrivât point à 



JEAN DES BANDES NOIRES 8!t 

l'extrémité, et de crainte qu'il fût ensuite malaisé d'y 
pourvoir. Jean s'est jeté dans une vie du seigneur ; il 
entretient dans sa maison cinquante bouches ; dans l'é- 
curie, lorsqu'il réside à Florence, plus de trente che- 
vaux, et tout autant de chiens de chasse arrivent avec 
lui ; dans sa maison, autour de lui, il n'y a point une 
personne de bon conseil ; lui, il est jeune, tout le monde 
lui donne du « Seigneur », et pas encore autant les 
srrvileurs que son épouse ; il n'a plus à lui que deux 
mille ducats de revenu, lesquels ne lui sont point bas- 
tants pour six mois de l'année : faisant le grand et tran- 
chant du Seigneur, avec cette manière il se trouvera 
vile au bout de son crédit. Quand un de ses pairs, et un 
jeune homme, se conduit de sorte qu'il est réduit au be- 
soin ou poussé à bout, il devient dangereux ; nous pen- 
sions donc que ce serait fort bien fait si Notre Seigneur, 
à double effet, d'abord afin de l'aider et d'éviter sa perte 
et ruine, et ensuite aussi pour fuir les inconvénients qui 
en pourraient résulter, que Sa Sainteté, dis-je, le pour- 
vût de quelque poste convenable et honorable ; car enfin, 
il est après tout du sang de votre maison, et des Médi- 
cis ; et, ce faisant, on produirait les effets que j'ai dits, 
et on montrerait à cette, cité tout entière que Sa Sain- 
teté et Votre Excellence tiennent compte de leurs intérêts ; 
et, attendu que sa manière de vivre fait craindre tout ce 
que j'ai dit, en lui procurant quelques beaux avantages, 
il s'ensuivrait qu'il ne se perdrait point ; et qu'il serait 
content; et qu'il serait un bon ut utile parent, et servi- 
teur de Votre Excellence, et ce que nous pensions, c'est 
que Notre Seigneur le fit capitaine de la garde de Sa 
Sainteté, place que l'on a toujours eu coutume de donner 
justement à des parents, et personne n'aurait à s'en 
plaindre ; et puis, Monseigneur, attendu que cela ferait en 
même temps les affaires de Votre Excellence et celles du 
dit Jean, il me semble que Sa Sainteté, en raison de ceci, 



90 JEAN DES BANDES NOIRES 

approuverait aisément celte opinion. J'ai voulu le rappeler 
à Votre Excellence; et aussi de la part de Sa Seigneurie 
Madame, et si le projet convient à Votre Excellence, Elle 
fera ce qui lui semblera bon pour l'amener à réussite. » 

Sa Seigneurie Madame, Alphonsine Orsini de Médicis, 
l'impérieuse mère du Duc Laurent, favorisait Jean ; elle 
l'avait vu combattre pour un Orsini, elle aimait, avec sa 
fougue d'Agrippine bourgeois-', ce soldat frénétique ; les 
terribles vingt ans de Jean n'effrayaient pas la tumul- 
tueuse matrone qui « se sentait devenir rouge de vergo- 
gne » ^à la moindre déception, et poussait son fils aux 
partis extrêmes, partout et toujours. Mais Laurent, lassé 
de querelles et miné par son mal, mais le Pape, qui vou- 
lait vivre en liesse et se tenir en joie, n'approuvèrent 
aucunement le projet. Un pareil brouillon, et si brave, et 
toujours flamberge au vent, à la tête de la garde ponti- 
ficale, c'était la Rome d'autrefois envahissant la Rome 
épicurienne de Léon X; Jules II aurait pu songer à celte 
proposition ; Léon X, qui faisait ouvrir ses palais au peu- 
ple pour lui faire entendre l'Accolti, les tziganes et les 
bouffons, le Pape qui craignait le bruit et la bataille, ne 
voulait point un capitaine ausei militant; son neveu 
Pierre Salviati lui suffisait pour se tenir en alerte. La 
réponse fut envoyée, pour décourager Madame Alphon- 
sine et Gl.eri, sans larder d'un jour. Dès le 14 janvier, 
le secrétaire répondait à son tour : 

(( Au sujet de Jean de Médicis, j'entends ce que Votre 
Excellence me dit, et puisqu'on ne lui peut donner le 
poste de capitaine de la garde, qu'on lui donne quelque 
autre place et qu'on l'ôte d'ici, je crois que ce serait fort 
à propos ! » 

Fort à propos, en effet. Car JeuU ne se contentait plus 
de ces farces un peu grosses, chères aux Florentins, de 
ces bw'le communes aux artistes et aux gentilshommes : 
ce n'était plus le temps où il clouait sa porte à Jean- 



JEAN DES BANDES NOIRES f>l 

Marie Benintendi qui lui avait retenu trop longtemps un 
cheval prêté ; si bien que le lendemain, il fallut faire ap- 
peler des charpentiers pour rouvrir l'huis barricadé de 
main de maître. 11 n'avait même [)lus assez de proposer 
à Giannozzo Pandolfini cette équipée admirable : tomber, 
à douze, sur le guet de la ville, c'est-à-dire sur une grosse 
troupe de sbires bien armés. Le jeu devenait sérieux : 
l'adversaire était un seigneur, et la cause, ancienne ou 
présente, c'était sans doute une femme. Mais l'affaire 
tourna très mal. On va voir comme. 

Le 2o novembre 1^>17, Jean de Médici?, par un cartel 
dont il reste quatre exemplaires, nppelait en duel Ca- 
mille d'Appiano d'Aragon, résidant à Piombino : 

« Seigneur Camille. Ces jours passés, arrivant à Piom- 
bino un homme qui est à mon service, et se nomme le 
Petit Corse {cl Corset to) lequel venait là-bas pour ses af- 
faires, il te parla plusieurs fois; et puis, comme il allait 
partir, il vint te demander si tu désirais quelque chose 
de notre part icy. Tu le fis attendre : ensuite tu lui don- 
nas cinq ou six blessures, en ta maison, avec d'autres 
compagnons que tu avais à la maison. Et tout cela que 
tu as fait, je te laisserai à penser si ce sont traits d'un 
gentilhomme; que le plus grand gredin du monde n'eut 
point fait si honteuse action. Et pour te faire apercevoir 
de ton erreur, je te fais assavoir que tu as fait mal et 
ignoblement, comme un homme vil et de bas étage; et 
cela, je te veux le faire voir et connaître avec toutes ar- 
mes qui se requièrent à tout bon soldat. Et tu n'as plus 
rien à penser meshuy qu'à te trouver les armes à la main 
avec moi, qui ai l'espérance de te faire subir pénitence 
de ton péché. Et si tu es homme qui estime l'honneur, 
tu ne manqueras en ceci ; bien que je doute qu'ayant fait 
une si honteuse action, lu acceptes de me combattre ; et 
si tu acceptes le combat, je t'enverrai un rendez-vous 



ÎJ2 JEAN DES BANDES NOIRES 

sûr, ainsi qu'il sied aux gens de notre sorte ; et si tu 
n'acceptes pas le combat, je ferai ce qui convient envers 
un pauvre sire de ton espèce. Et que ceci te suffise; et 
je te donne un terme de quinze jours, à dater du jour où 
tu recevras ma lettre. 

« Fait le 25 novembre 1517. 

« Moi, Jean de M dicis, c'est moi-même qui mande ceci. 

» Présents, et témoins soussignés : 

» Moi, Dominique Marlelli, Je fus présent à l'écriture 
que dessus. 

» Moi, Bernard, fils de Félix del Bechuto, je fus pré- 
sent à ce qui est inscrit ci-dessus. » 

Une querelle avec le parent de Jacques V devait être 
d'autant plus pénible au Duc Laurent qu'il désirait gar- 
der envers cet ancien rival des apparences très courtoi- 
ses, ce raffinement d'égards que l'on a pour ses ennemis 
d'autrefois. 

Camille d'Appiano contre Jean de Médicis, c'était le 
duel entre deux sangs qui se mêlaient de tous côtés : 
par Sémiramide d'Appiano, jadis épouse de Laurent fils 
de Pierre-François, par Emilie Ridolfi, par les Salviati 
bientôt. Sous cette avanie faite au Petit Corse et sous 
la réplique tranchante de Jean, une ancienne rancune 
se sent, peut-être rapportée de Rome, quand on vivait à 
la manière des enfants perdus, avec Philippe Strozzi, 
Jean Bandini, François del Nero, François Albizzi l'in- 
séparable de Jean de Médicis, et tant d'autres bons dril- 
les qui hantaient la paroisse de Saint-André, fertile en 
Camille la Pisane, en Alexandrine la Florentine, en 
Béatrice la Ferraroise, et autres dames accueillantes aux 
jouteurs experts et nombreux. Peut-être aussi la rivalilé 
n'était-elle pas aussi vieille, pour faire ainsi hausser le 
ton. Puis, Jean de Médicis était bien homme à prendre 



JEAN DES BANDES NOIRES 93 

fou sur la nouvelle d'un affront fait à un de ses servi- 
teurs et soldats; il marchait toujours, en campaj^aie, en- 
touré de vingt hommes-liges ; les toucher, c'était le tou- 
cher. Pourtant, des chroniqueurs ont voulu voir l'ombre 
d'une femme derrière ce duel : et pour qui connaît 
Jean, la chose est plus probable qu'impossible. D'autres 
encore, qui écrivaient pour les Grands Ducs ses descen- 
dants, attribuent la querelle à des différends survenus au 
sujet des chasses, ces belles chasses enviées des Marches 
pisaries, que Jean fréquentera toujours. 

Quoi qu'il en soit, Jean ne pensait plus qu'à mettre 
Camille d'Appiano sous son épée. Le 18 décembre, il se 
faisait délivrer un sauf-conduit par le marquis Louis de 
Gonzague, le même qui devait plus tard prêter son pa 
lais à ses derniers moments. 

(( Louis de Gonzague, marquis, et comte de Rodigo, 
capitaine général de César en Italie, etc. Ayant le Sei- 
gneur Zuane de Médicis et le Seigneur Camille de Piom- 
bino à décider avec les armes à la main, telles qu'ils 
en tomberont d'accord, des différends qu'ils ont ensem- 
ble, il nous plaît, par le moyen des présentes, leur con- 
céder le champ libre, sûr et franc, pour tout passage sur 
nos terres, principalement à Gazzolo; statuant que le 
propre jour de leur rencontre doive être l'entière jour- 
née du seize février prochain de l'an qui vient 1518 : 
auquel terme chacune des parties pourra voir à faire son 
devoir ; permettons que pour leur compagnie ils aient 
faculté de conduire jusqu'à vingt-cinq cavaliers de cha- 
cune part, lesquels nous assurons de pleine sécurité 
tant pour leur séjour que pour leur retour, autant que 
s'étend notre juridiction. Et pour que se puissent faire 
les préparatifs nécessaires, voulons être avisés si nos 
présentes patentes seront acceptées ou non par l'adver- 
saire : et cela, dix jours avant le terme ; lui faisant en- 



94 JEAN DES BANDES NOIRES 

tendre que nous ne voulons être juge que de ce que nous 
verrons dans le cliamp-clos. Et nous voulons qu'ils se 
maintiennent d'accord sur leur combat, avant d'arriver 
au champ par nous désigné, parce que, s'ils n'étaient point 
d'accord, nous nous refuserions à être leur juge, consen- 
tant, seulement en ce cas, à faire foi de ce qu'ils auront 
fait dans le champ clos d.' notre dite terre de Gazzolo. 

» En foi de quoi nous avons fait dresser le présent 
acte, enregistré et scellé de notre sceau ordinaire. 

» Doané à Gazzolo, le 18 déceml)re 1517. ":§ 

En bas : « Alexandre Bossi, chancelier, par ordre. » 

Tout se passait selon les règles, avec une suite et une 
promptitude où l'on reconnaît l'impulsion de Jean ; les 
plus épineux législateurs en matière de duel n'avaient 
rien à dire : deux adversaires qui viendraient, l'un de 
Florence et l'autre de Piombino, pour se battre à Gaz- 
zolo, qui est tout auprès de Mantoue, ne pouvaient être 
soupçonnés de tiédeur. Carlcl et réponse se croisaient 
comme il sied. Mais entre les deux adversaires, il y 
avait leurs suzerains, Laurent d'Urbin et Jacques V. 
Jean de Médicis n'avait pas observé les formes requises, 
envers le seigneur de Piombino. 

« Magnifique parent notre très cher, lui écrivait Jac- 
ques V d'Appiano le 14 janvier, nous avons entre les mains 
une lettre de V. Seigneurie, du 28 du mois dernier. 
Pour ce qui répond à la n')tre, et sur ce qui concerne les 
chiens, nous nous tenons pour satisfaits. Outre cela, vous 
vous étonnez que nous ayons refusé de laisser présenter 
par votre trompette au sieur Camille notre cousin votre 
lettre de défi. A ceci je réponds, que nous n'avons pas 
autorisé ledit trompette à présenter ladite lettre, autant 
parce que nous ignorions que. entre Votre Seigneurie et 



JEAN DES BANDES NOIRES 05 

le Seigneur Camille, il y eût aucuiif^ raison de venir ainsi 
ex a(h)rupto à une telle extr(^milé, surtout n'ayant au^ 
cune lettre de vous-même, autant, dis-je, que pour le 
degré de parenté que vous avez avec nous et avec le 
dit Seigneur Camille, si bien que tout considéré nous 
avons cru qu'agir ainsi, c'était faire notre devoir. A 
telle fin que chacun put n'arriver à un tel effet qu'avec 
une préméditation pkis longue; à présent que nous ap- 
prenons le désir de V. S. comme nous n'avons point cou- 
tume, ni pas un homme de notre maison, de manquer 
à notre honneur, nous vous signifions que toutes et 
quantes fois vous enverrez votre trompette, vos lettres 
seront les bien accueillies, et lui-même bien caressé, et 
qu'on vous répondra suivant les lois militaires. Nous nous 
offrons à V. S. 

» Piombino, 14 janvier 1518. 

» Le Parent de V. S. 
» Le seigneur de ^'I0.^1liI^■o. » 

Irrité par tant de lenteur, Jean de Médicis s'en allait 
à Ferrare, et il écrivait à son adversaire : « j'y suis allé 
pour que tu puisses t'entendre sûrement avec moi pour 
le champ clos, e!, que ni le Duc Laurent ni le Seigneur 
ton frère (cousin) n'y mette empêchement. » Sa missive 
se croisait avec la réponse de son adversaire : « Je ne 
suis pas étonné, disait Camille d'Appiano, de te voir 
ému à m'écrire de la sorte, sur une cause injuste, con- 
trairement aux lois des armes ; ce fut et c'est ton habi- 
tude, tu n'as point égard aux bienséances. » Il expli- 
quait que le Corsetto n'était qu'un Antonin de Cola, ca- 
labrais, vassal dePiombino, lequel avait voulu les brouiller 
ensemble. Il avait rossé le maraud, il l'avait bless»', mais 
à lui tout seul ; il n'avait besoin de personne pour ces 
offices-là. Suivaient les formules habituelles : « tu en 
as menti par la gorge; » il se louait de son action, « et 



96 



JEAN DES BANDES NOIRES 



qui l'appellerait délit, n'aurait pas bien considéré ce 
qu'exige le métier des armes. » 

Comme appelé, Camille avait le droit de choisir les 
armes : « Pourvois-loi de toutes les armes et chevaux 
qu'il convient à un homme d'armes, et armé à la légère ; 
et semblablement de toutes les armes qui se peuvent 
employer à pied : réservé pour moi tout choix et liberté 
de pouvoir augmenter et diminuer les armes offensives 
et di'fensives, et de pouvoir combattre et à pied et à 
cheval, armé et désarmé, selon mon sentiment et bon 
plaisir. » Quant au champ clos, il y fallait réfléchir : 
« Je te fais souvenir que nous ne sommes pas des parti- 
culiers, fantassins à pied, et qu'il sied, pour nous pour- 
voir et nous conduire honorablement, ainsi qu'il con- 
vient à nos pairs, de prendre le temps convenable. » 

Le temps convenable, quand on était déjà parti pour 
Ferrare, afin d'abréger! Jean de Médicis étouffait dans 
ces procédures, A Florence, comme à Piombino, tout 
conspirait à l'entraver. 

C'était des prélats qui traitaient son affaire, de con- 
nivence avec ce Duc Laurent, qui refusait les cartels 
pour son propre compte. Goro Gheri raconte toutes les 
péripéties à son cher compère Balthazar Turini, de Pes- 
cia ; celui-ci, favori du Pape, un autre lui-même, collec- 
tionneur raffiné qui achetait des Vinci, présidait la chan- 
cellerie Pontificale ; ces clercs ne pouvaient rien com- 
prendre aux fureurs de Jean offensé. 

« Pour ce qui est du défi de Jean de Médicis et du 
seigneur Camille de Piombino, Son Excellence le duc a 
différé d'abord pour attendre ce qui sortira de cette af- 
faire et s'ensuivra, afin de voir à la faire se terminer : 
car en vérité il n'était point à propos, ni honorable^, 
qu^une pareille affaire se poursuivît; mais, maître Jean 
est jeune, il a sa tête ; il ne se conseille et ne prête foi 
qu'à des écervelés, ce qui me cause un grand dépit. » 



A.IAS DES liANDKS NOIl;l-:s '.17 

C' S écervelés étaient dans Ja plus proche intimité de 
Jean. C'était Jean-François des Albizzi, d'une vieille fa- 
mille très « pallesque )),un drille joyeux, riche en lettres 
de courtisanes, et qui suivit jusqu'à la mort de Jean cha- 
cune de ses étapes: il était trésorier, comme G. B. Té- 
daldi fut chancelier, comme François Suasio fut secré- 
taire, et pour le moment il se trompait dans ses comptes 
et suppliait son maître de pardonner à ?on « petit servi- 
teur », servulus. C'était encore Paul Luzasco, de Vérone, 
un capitaine que Jean avait sauvé dans la guerre d'Urbin, 
et qui s'attache à sa fortune, jusqu'au jour où il passe au 
Duc de Mantoue; celui-là lui écrivait de Rovère-en-Man- 
louan, le 12 février : « Je voudrais une de ces masses 
d'armes à la turque » telle qu'on en trouve à Florence. 

Au reste, bons ou mauvais conseils, Jean n'entendait 
rien ; dans cette nature fruste, chez ce prince qui savait 
tout juste lire et écrire, et dont tous les plaisirs étaient 
guerriers, le sang féroce parlait seul et commandait. Le 
Ij février, il envoyait le rendez- vous définitif à son ad- 
versaire. Il était rentré dans Florence, il piaffait et ron- 
geait son frein, éperonné par l'idée fixe qui le hantait. 

Et pendant ce temps, on traînait ces négociations éter- 
nelles qui l'humiliaient. Ce n'est pas impunément que 
l'on comprime certaines forces : un hasard déchaîna la 
pire tempête. 

<( Maître Ballhasar, écrivait Gheri le 10 février, je veux 
vous narrer une étrange aventure, qui vient d'arriver 
tout à l'heure. Il se trouvait ici deux hommes apparte- 
nant au sire de Piombino, pour le sujet du différend 
qui existe entre Jean de Médicis et son frère (cousin) : et 
Sa Révérence le Duc ne songeait à rien tant qu'à voir 
les moyens d'étoufferet de calmer ce différend, et comme 
Jean se trouvait là, son Excellence craignant quil ne s'en 
allât Dieu sait où cette nuit, bien qu'il eût dit et promis 
au Duc qu'il se représenterait devant lui demain matin, 

■ 7 



9<S JEAN DES BANDES NOIRES 

pourtant Son Excellence, afin d'être tranquille, envoya à 
tous les guichetiers des portes un de ses ettafiers avec 
un huissier à targe. qui a coutume de se tenir là pour 
qu'on ne laisse sorfir âme qui vive hors de la ville ; et ce 
brave Jean s'en alla d'auprès le Duc, et lui dit que de- 
main matin il reviendrait devant Son Excellence. Et tout 
d'un trait il s'en fut à l'auberge du Gant, où étaient ces 
deux en 7oyés du Sire de Piombino^ et il leur a donné 
force blessures, si bien que l'un ne sera sans doute plus 
en vie demain matin, et que l'autre aussi se trouve fort 
mal en point. » 

Cette auberge du Gant était derrière le Palais-Vieux, 
dans une rue qui va de l'Arno à la Rue des Noirs; le 
chancelier de Piombino s'y était mis pour être mieux k 
portée de conférer avec le Duc et le conseil. Il y était 
sous la foi de Florence, et se croyait en sûreté : mais il 
avait eu la langue trop longue, il s'était échappé sur le 
compte de Jean. Tout se sait à Florence. Jean ne rumi- 
nait que vengeance. 11 prit avec lui le Petit Corse, pre- 
mière cause de la querelle, entra dans l'auberge, et de- 
manda les gens du Sire de Piombino ; l'hôte, épouvanté, 
désigna leur logis : le chancelier était au ht, Jean le 
perça de coups, assassina l'autre homme par surcroît, re- 
prit son cheval à la porte de l'hôtellerie, traversa Flo- 
rence jusqu'à la porte de San Gallo, passa sur le ventre 
de l'huissier à targe, bouscula le guichetier, et piqua 
des deux vers Castello. 

Laurent d'Urbin, qui préparait ses noces avec Magdf- 
leine de Boulogne, et ce voyage en France où il devait 
être, au nom du Pape, le parrain du Dauphin François, 
Laurent, qui voulait éclipser aux yeux des Français les 
pompes de César Borgia, maudissait cet enfant terrible, 
ce trouble-fètes qui compromettait ses chefs et venait 
de lui jeter une telle affaire sur les bras. Les malheurs 
viennent par troupes, la veille du meurtre, on avait in- 



JEAN DES BANDES NOIRES 00 

cendié le palais de la Via Larga, la façade principale 
avait eu des dégâts importants, et dans le même temps 
l'archevêché, et les cuisines à Poggio-Imperiale, hrù- 
laient aussi. C'était les auspices funèbres des « froides 
noces » que Laurent allait contracter en France : ces 
noces doù devait sortir, en échange du « mal français », 
Catherine de Médicis. 

On assembla les citoyens, si Ion ose appeler ainsi les 
Florentins de 1518. Le Duc avait commencé par faire ar- 
rêter et mettre aux Stinche, l'affreuse prison de la ville, 
le serviteur, ce petit Corse qui avait soufflé cet orage. 
Jean de Médicis. quon croyait à Mantoue. avait pris la 
route de Ferrare. « C'est pour sauvegarder mon honneur 
que je pars, » avait-il écrit au Duc, dans le moment où 
il remontait à cheval pour quitter Gastello. 

Et en effet, les lois formelles des duels disaient que 
a les cavaliers sont résolus à vouloir bien mettre leur 
vie en tout péril pour leur Seigneur, mais que l'honneur,, 
ils se le veulent conserver immaculé. » Le pouvoir du 
suzerain sarrêtait devant ce scrupule. Il restait au Duc 
la ressource des parlementages. On peut croire qu'ils ne 
manquèrent pas. Goro Gheri, qui n'était pas fâché de la 
mésaventure advenue au gendre de son ennemi Jacques 
Salviati, personnage hostile au Duc lui-même, se fait le 
chroniqueur prolixe de tous ces conciliabules. 

« Tous les principaux citoyens sont venus ici au Pa- 
lais, et Son Excellence le Duc a conféré avec eux sur ce 
cas. et a demandé leur avis, comment il leur paraît que 
l'on se doive gouverner; tous, d'un avis unanime, ont dit 
que le cas était grave et d'importance ; et que, si l'on ne 
sévissait point, ce serait mettre le peuple au désespoir, 
car si l'on ne tenait pas compte d'un tel méfait, per- 
sonne ne serait plus en sécurité : et pour ces motifs, 
qu'ils opinaient qu'il serait bon et nécessaire de tirer 
quelque châtiment, pour l'honneur de S. E. le Duc, le- 



100 JEAN DES BANDES NOIRES 

quel parait avoir été grièvement offensé dans ce fait, et 
encore aussi pour le public honneur de la cité. Pour ce 
que le coupable était un Médicis, ils disaient bien qu'ils 
avaient d'autant plus regret de la chose, et qu'en cette 
t'amille il se fut rencontré quelqu'un capable de commet- 
tre une action de nature à être punie; mais nonobstant, 
en pensant combien il importait à l'honneur de l'Etat, de 
la Cité et du Seigneur Duc, tous exprimèrent l'avis qu'il 
était bon d'infliger quelque punition et aussi de montrer 
quelque miséricorde : et nous avons conseilla, à la majo- 
rité, d'en donner avis à N. S. P. le Pape et d'attendre 
là-dessus le bon plaisir de Sa Sainteté. » 

Le vieux remède du bannissement, frime légale, ap- 
paraissait déjà, que le mort n'était pas refroidi et que le 
blessé râlait encore. On ne peut toucher plus à fond la 
vilenie de ces conseils. Guichardin les a baptisées, ces as- 
semblées de complaisants, « quelle chiaccherie vecchie ». 
ces bavardages surannés ou séniles, d'une nation qui ra- 
dote. 

Le seul qui parle comme un homme, c'est Jean de 
Médicis. Jl a fait mentir la sentence de Comines, que 
« jamais homme cruel ne fut hardy, et ainsi se voit par 
toutes histoires. » 11 est cruel encore, de cette cruauté 
qu'il va dépouiller en sortant de l'adolescence et de la 
toute première jeunesse. Mais qui donc reste plus hardi? 
S'il a pris la fuite c'est pour garder la liberté de se bat- 
tre. Il est à Ferrare. dans la maison des Strozzi, et de 
là, son manifeste vient apprendre à l'Italie la raison 
de cet exil volontaire : 

« Moi, Jehan de Médicis. je fais assavoir à toute per- 
sonne qui les présentes lira, comment pour pouvoir ter- 
miner le différend que j'ai avec le seigneur Camile {sic^^ 
de Piombino. je me suis parti de Florence à celte fin que 
le seigneur Laurent de Médicis ne me puisse en rien as- 
treindre. Et je me trouve meshuy à Ferra^-o, où je dois 



JEAN DES BANDES NOIRES lUl 

demeurer quelques jours. Aussi je prie toule [tersonne, 
tant seigneur (jue cavalier, gentilhomme ou soldai, vou- 
loir par courtoisie faire savoir audit seigneur Camille, et 
mon départ de Florence, et (|ue je me trouve à Ferrare; 
et que je prie Sa Seigneurie qu'il lui plaise quitter Piom- 
bino, ainsi que j'ai quitté Florence, à ce que nous puis- 
sions finir notre diff-rend les armes à la main ; que s'il 
refusait de partir, ou s'il ne ne voulait pas que mes en- 
voyés se présentent à lui dans ledit Piombino. ainsi que 
ces jours passés il a fait pour. un de mes trompettes, que 
je lui députai avec une lettre et la patente de champ- 
clos au terme voulu, et m'a écrit là-dessus le 23 janvier 
dernier; je tiendrai pour certain qu'il use de ces ater- 
moiements afin de ne pas accepter le rendez-vous où je 
pourrai le châtier des mauvais procédés dont il a usé en- 
vers un mien serviteur. 

« Si Si Seigneurie estime Phonneur, comme il le doit, 
et comne il dit le vouloir par sa lettre du 23 janvier, et 
en tenir compte, il fera son devoir en partant, et mon- 
trera qu'il a désir de co.-nbattre avec moi. S'il fait autre- 
ment, je serai forcé de publier qu'il manque à son hon- 
neur. 

« Jean Bellaghaio de Ghirico voudra bien, si quelqu'un 
veut, enlève ou désire enlever la présente lettre qu'il 
porte affichée, la laisser dépendre, pourvu que pour l'a- 
mour de moi il se fasse auparavant donner foi que l'on 
ira dire le tout au Seigneur Camille, selon qu'il lui im- 
porte. » 

Jean ne pensait même plus au double meurtre qu'il 
avait laissé derrière lui. Mais d'autres y songeaient pour 
lui. Les craintes et les jalousies fomentées par ses en- 
nemis étaient libres en son absence. Et toute la famille 
s'employait pour le faire venir à composition. Marie Sal- 
viali: d'abord : 



102 JEAN DES BANDES NOIRES 

« Illustre époux honoré, dictait la pauvre femme au 
secrétaire Suasio, par messire Bencio et par Mezzoprete, 
Y. S. aura su ce qui présentement arrivait, et elle se 
sera décidée pour son salut; qu'à Dieu plaise! J'ai reçu, 
depuis, une lettre de V. S. contenant une autre à S. E. le 
Duc, et j'ai mis à effet ce que vous me commettez, et par 
don François Fortunati j'ai fait présenter au Duc votre 
lettre et la mienne, lesquelles il a vues de très bon gré, 
et après avoir lu il l'a fait voir à Monseigneur Cibù, et à 
Jacques mon père, montrant qu'il lui plaisait de voir que 
V. S. regrettait sa faute, et il a dit ces paroles : « Si Jean 
fait son devoir, c'est dans son intérêt qu'il le fera, et je 
n'aurai garde de l'abandonner. » Aussi, mon Seigneur, 
je prie V. S. de bien vouloir sur-le-champ écrire à Son 
Excellence et loyalement se recommander à Elle, en lui 
montrant que jamais vous ne vous départirez de votre 
soumission envers Elle. Et veuillez le faire en effet, afin 
que le Duc ne se trouve point berné. Autrement, tenez 
pour certain que tout ira mal, et que nous serons perdus, 
je dis perdus, et sans ressource. En y pensant, mon cœur 
se fend. Et si je ne puis en ceci m'assurer de votre pen- 
sée, je tous certifie que je mourrai d^'sespérée, et toute 
pleine de larmes je veux me jeter dans un monastère 
pour n'en plus sortir, si je n'ai quelque réconfort de V. S. 
Je vous prie, supplie et adjure de ne vouloir vous perdre, 
et moi aussi du même coup. Voici qu'il se trouve une 
voie pour la grâce, veuillez la prendre, n'attendez point 
meilleure fortune, je crains qu'elle ne revienne jamais 
plus. Mon cœu" se crève, je ne sais plus que devenir, il 
me paraît que je suis une bète brute. Songez à nos inté- 
rêts, mon Seigneur, je vous promets qu'ils en ont besoin ; 
et dites-moi ce qu'il faut faire, et bien vite. Et rappelez- 
vous sans cesse. 

« Votre épouse désolée, qui se recommande à vous le 
visage couvert de larmes. » 



JEAN DES BANDES NOIRES 1 0-S 

Jean tout à son courroux, avait redoubl<'» son manifeste 
par une lettre directe à son adversaire, il expliquait qu'il 
avait tuô les d 'ux hommes pour deux raisons : « Je leur 
ai donné telle mort : premièrement, pour venger l'acte 
que vous aviez commis envers mon serviteur; et puis, 
pour vous donner du ressentiment, et vous donner motif 
d'en venir à l'effet avec moi. » 11 lui fallut déchanter, 
sous la pression du Pape, de Laurent, de sa femme, de 
tous les siens. On lui proposait d'écrire au Duc la lettre 
suivante : 

« Très illustre Prince, mon Seigneur unique, j'entends 
dire que V. Excellence va en France; et comme je dé- 
sire me consacrer entièrement à son service, je la prie, 
le plus fortement que je puis, de daigner consentir que 
je l'accompagne; et que d'ailleurs Elle seule me donne 
tel châtiment qui lui semble pour la faute que j'ai com- 
mise ; j'assure V, Excellence que, bien que je ne cherche 
pas à excuser mon erreur, je puis dire pourtant que ce 
que j'ai fait, ce fut uniquement pour me venger d'une si 
grande offense; j'en ai regret jusqu'au fond de l'âme, 
car j'apprends que Votre Excellence en est si vivement 
froissée, et d'autant plus que je reconnais avoir failli 
pour n'avoir pas bien compris Votre Excellence, sans quoi 
je ne serais jamais tombé dans une erreur pareille; je 
prie donc votre Illustrissime Seigneurie, avec tout mon 
ciBur, et par la miséricorde de N. S. Jésus Christ, de dai- 
gner m'octroyer Elle seule mon pardon, me punir et 
m'accepter avec Elle dans son voyage; ce que V. Excel- 
lence peut faire d'autant plus aisément, que tous les amis 
de sa maison ne doivent être récompensés ou punis par 
nul autre supérieur que Lui. » 

Cette épitre, on la lui dictait. Le nom de Jésus-Christ, 
invoqué par devant ce Pharisien, décèle la main du curé 



lO'i JEAN DES BANDES NOIRES 

Forlunati dans cette minute de lettre. On aperçoit aussi 
la prétention des nouveaux seigneurs : éliminer toute 
justice, ne relever que de leurs parents et amis. On pi-ut 
croire que Laurent, le prince maladif, subtil, aux yeux 
spirituels que montre le portrait des Offices, se soucia 
médiocrement d'adjoindre à sa suite un brouillon et un 
casse-cou. D'ailleurs, il convenait de faire un simulacre 
de justice. 

Marie Salviati s'était retirée au couvent de Sainte-Ur- 
sule. Le secrétaire Suasio porta la lettre d'excuses à ma- 
dame Alphonsine, qui remplaçait le duc son fils, reparti 
de Florence. « J'aime à voir Jean dans ces dispositions, 
dit la matrone, tu le diras à Marie, qu'elle ne se cha- 
grine point. » Et elle parla longtemps encore, en vérita- 
ble mère. Naturellement, le « ribaud » de Petit Corse 
avouait tout, même la prén.éditation : et l'on allait lui 
« faire faire la fête », c'est-à-dire le pendre. On attendait 
la réponse du Pape. Elle arriva le 26 février, c'est un 
bref en latin d'humanistes. 

« A Jean de Médicis, afin qu'il vienne à Rome. 

« Cher fils etc. Il n'a pu manquer de nous être pénible, 
aussi bien d'apprendre, d'abord, qu'avec notre cher fils 
Camille, frère du Seigneur de Piombino, avec lequel lu es 
lié par son amitié et par devoir, tu étais venu à certain 
différend, et ensuite aussi, que la chose en était arrivée 
à ce point d'avoir des conséquences impossibles à remé- 
morer sans douleur. Bien qu'il fiit de ton devoir de con- 
sidérer notre état et le tien et celui de toute la famille 
afin de te comporter plus modérément, néanmoins notre 
paternel amour envers loi et nos sentiments nous as- 
treignent à prendre soin de loi, comme si lu étais né de 
nous. Toujours en effet nous avons souhaité que tu suives 
une telle conduite que nous puissions espérer fortement 
te voir être l'honneur de nous et de ta race; et nous nous 



JEAN DES BANDES NOIRES lUô 

assurons qu'il en sera suivant notre désir; mais afin de 
pouvoir mieux veiller, dans ces événeme[ils qui se sont 
produits, à toi et à ton salut, nous t'exhortons et en vertu 
de notre autorité nous te prescrivons et mandons que 
dès le reçu des présentes tu viennes auprès de nous, et 
que sans nul relard tu aies à le liAler de te rendre en 
notre présence, comme en celle de ion père. 

Donné à Rome, 23 lévrier 1518, année v*' de notre 
Pontificat, etc. » 

Jean, chez les Strozzi qui le recevaient à Ferrare, de- 
venait plus pacifique. Il demandait pardon avec des ins- 
tances plus vives : « même si le Duc voulait le bannir 
en un bois, aux galères, ou bien en lel lieu qu'il lui plai- 
rait choisir. » Parmi ces lettres officielles, les chasses 
aux faucons dans le giboyeux pays de Ferrare, les mi- 
gnons, les lettres de Jean de la Stufa, servaient à le tenir 
en joie et santé. On s'enhardissait, Marie Salviali faisait 
même recommander ce pauvre Corse qu'on voulait met- 
tre à mort : Goro Gheri trouvait la démarche « un peu 
singulière. » De fait, on coupa la tète au vilain. 

On avait soin d'entretenir Jean de Médicis dans de 
bonnes dispositions; dans la même lettre où elle lui de- 
mandait « ce qu'il fallait faire des chiens à Caslello, qui 
dévoraient trois boisseaux de pain par jour, ce dont on 
n'avait point affaire, » Marie Salviali protestait que si 
« Jean ne faisait pas ce qu'il lui avait promis avant de 
partir il serait cause qu'elle s'occirail de ses propres 
mains. » Elle restait à Sainte-Ursule : « Privée de mon 
mari, disait-elle, mon àme ne souffre point d'être dans la 
familiarité d'autrui. » Toujours inconsolée, celte femme, 
qui devait divenir si sage, se lamentait éperdùment. 

Son père Jacques Salviali venait à la rescousse, pen- 
dant que les conciliabules se continuaient à Florence. 11 
mettait Jean, qui n'avait point d'arrière-pensées, en 



106 JEAN DES BANDES NOIRES 

g irde contre les faux amis, ces éternels confidents qui le 
c )iiseillaienl pour le perdre. On parlait déjà de la grâce 
piochaine, « après que l'on aurait fait voir à la Cité et à 
tout le monde qie la justice est observée indifférem- 
ment pour toute personne. » Le supplice du Petit Corse 
avait été très agré ible, à Florence comme à Piombino. Le 
Seigneur de Piombino, fort pratique, profilait de l'évé- 
n^ïient pour réclamer d'anciennes dettes aux Salviali. 

Les « citoyens » se résolurent au bannissement. Comté 
d'Arezzo? pays de Cortone ? Pise, les environs de Pise, 
jusqu'à San Miniato al Tedesco? on hésitait sur la con- 
trée à clioisir. Piso, à cause des étudiants de l'Université 
rjuverLe par les MéJicis, était un séjour bien scabreux. 
Jacques Salviali confiait à Gheri que son gendre pourrait 
bien ne pas observer les limites. « S'il ne les observe 
pas, répliqua le secrétaire indigné, c'est à lui qu'il nuira 
p'us qu'aux autres, ce châtiment qu'on lui veut donner 
est plutôt un avertissement paternel qu'une punition 
judiciaire... Et il ne sied pas que cet Etat et son Excel- 
lence aient toujours à être bouleversés et à supporter 
une vie comme celle que fait Jean. Et je lui alléguai, 
dit-il encore, huit ou dix homicides qu'il a commis, au 
su de tous, félonnement et sans raison aucune. » 

Jean allait partir de Perrare pour Sienne. 11 demandait 
qu'on lui envoyât ses ép.^es, un justaucorps de satin da- 
massé noir, qui était chez un usurier en gage pour un 
ducat, et s?s gantelets d'acier. Pendant que le cardinal 
Jean Salviati, de concert avec son père, entretenait la 
bonne volonté du Pape, Jean, qui avait été reçu princiè- 
rement dans Ferrare, caressé par la noblesse et comblé 
d'offres de service, tenait table ouverte dans le palais de 
Guido Strozzi ; il commençait d'ailleurs à observer cer- 
tains égards : à Philippino Doria, qui voulait le visiter, 
il faisait répondre de n'en rien faire, attendu que les en- 
nemis du Duc Laurent ne pouvaient être ses amis. 



JEAN DES BANDES NOIRES 107 

Le 10 mars, l'anniversaire de ce jour où il était à 
Firenzuola, l'année précédente, la lame au poing, sa 
femme lui écrivait, de sa main, pour le pré-parer à la 
sentence qui allait être prononcée par les Huit. Le ban- 
nissement ne serait qu'une épreuve, et le Duc l'aimait 
« comme son propre frère. » Elle menaçait de « se 
faire religieuse » s'il n'obéissait point. « Ne va pas per- 
dre courage, disait Jacques Salviali, tout cela sera fait 
uniquement pour satisfaire le public, et pouvoir à plus 
juste titre te rappeler, lorsque les temps le permet- 
tront, » 

Et ce prolixe fonctionnaire de Gheri donnait à Turini 
la primeur de la se;itence : « Bannissement pour cinq 
années, avec permission de séjour dans tout le domaine 
de Florence, sans pouvoir approcher de la Cité plus qu'à 
dix milles de distance, sous peine de la tête, et de la 
confiscation des biens. » 

En effet, le lundi 15 mars 1518, les « Spectables Huit 
de Garde, assemblés servaiis servaiidis et obtenlo par- 
tito, suivant les règlements, ont délibéré ainsi que 
suit : 

« Item, ayant appris et connu que Jean, fils d'un au- 
tre Jean fils de Pierre-François de Médicis.... au mois de 
février passé, en la Cité de Florence, a fait et commis 
force délits, scandales et irrégularités, contre le droit et 
la justice, et contre l'honneur et bon gouvernement de 
la Commune de Florence, et contre les bonnes mœurs, 
vu l'absence dudit Jean, lequel est contumax... 

» Ont condamné et relégué le susdit et sous désigné : 
» Jean, fils d'un autre Jean, fils de Pierre-François de 
Médicis, à se rendre, se tenir et demeurer hors la ville 
de Florence, et loin de la susdite ville à distance de dix 
milles et au delà, tout alentour, en se tenant nonobstant 
et en demeurant dans le domaine tout entier de Flo- 



108 JEAN DES BANDES NOIRES- 

rence, et dans le ressort de la juridiction florentine, et 
non au dehors, d'aucune manière que ce soit ; et qu'il 
ne puisse en aucun cas aller, se tenir ni habiter dans 
la ville de Pise, ni dans la ville de Volterra, ni dans 
la terre de Campiglia... 

» Cela, pour le temps et le terme de cinq années, à 
diter du jour même où le susdit Jean se présentera aux 
confins... » 

On lui octroyait quinze j )urs pour être touché par l'ar- 
rêt ; et un mois, à dater du jour où expirerait le délai de 
signification, lui était concédé pour faire savoir aux Huit 
de Garde sa présence dans les limites indiquées. Il y al- 
lait « de la peine de la tête et amputation de la tète, et 
confiscation des biens et application des tous biens con- 
fisqués à la Commune de Florence. » 

Telle (Si la smlence, noyée dans le grimoire éternel 
et international de la justice, si je puis ainsi parler. Pise 
était interdite à Jean « respect aux étudiants, attendu 
que s'il y était allé, comme les écoliers sont jeunes et 
dangereux, et qu'il est, lui, tel que vous savez, il eût 
pu s'en suivre quelque désordre. Pour Campiglia et Vol- 
terra, c'est que ces deux terres confinent à l'Etat du sei- 
gneur de Piombino : et il importait d'éviter l'occasion 
d'un pire scandale. » 

Dès le lendemain, Pierre-François de Médicis, Jacques 
Salviati, redoublaient leurs instances auprès de Jean. 
Puis le cardinal Innocent Cibô revenait à la charge. Sans 
doute le proscrit avait pour plus agréable la lettre où 
le marquis François de Gonzague, après l'avoir remercié 
pour un cheval, lui envoyait une lice pleine; il écrivait 
à M:irie Salviati, sans rien promettre encore: 

« Ma femme. Votre lettre m'a fait savoir que vous 
allez bien. J'en ai granJ plaisir. Je vous prie de m'en- 



JEAN DES BANDES NOIRES lOU 

voyer deux chemises et deux nappes de tallft et deux 
nappe^ de daim, et de mes draps, et un matelas, et deux 
paires de draps, et deux salières, et une coutelière, et au 
moins six écuellcs, tasses et (juatre plats. C'est tout. Je 
me recommande toujours ;\ vous. Recommandez-moi à 
votre père. Adieu. 

« Le 19 murs 1517-1518. 

» Votre mari : 
)) Jehan dk Méoicis. 

» A ma femme, Marie de Medi-tis, 

» à Florenlze (sic) » 

Malgré qu'il écrivit ceci de sa main, avec des conson- 
nes étranges et des lettres qui se hérissent comme des 
piques, il renâclait à suivre la sentence, et faisait le ma- 
lade. Charles Féo négociait, les parents de Rome insis- 
tèrent. Enfin, le 4 avril, Gheri, qui avait « beaucoup 
conféré », reconnaissait comme un triomphe que Jean de 
Médicis s'était présenté aux confins, « et ce jour même 
était arrivé au Tebrio (Trebbio) à douze milles de Flo- 
rence. Ce qui moult plait. » 

Ce qu'avait souffert, et devait souffrir, jusqu'à l'année 
suivante, où leur naquit un fils, la pauvre Marie Sal- 
viati, une lettre de Fortunati le montre encore; la simple 
éloquence du curé garde la trace, et comme l'écho vi- 
vant de ces émotions disparues; impression directe, 
très rare dans l'histoire des mœurs, où la vérité se dé- 
robe et se fausse presque toujours. L'antique brouil- 
lon sans date, glissé parmi les épaisses liasses, au milieu 
de papiers relatifs à la guerre, et bien postérieurs, évo- 
que les peines giièves de celte femme qui resta jusqu'à 
la fin une amoureuse; femme moderne, de passion et de 
nerfs, comme dépaysée entre ces armures, cesépées, c:s 
bruits de meurtre et de batailles. 

» Post-scriptum, glissait Fortunati dans une feuille 



110 JEAN DES BANDES NOIRES 

prêle à cacheter. Et que Votre Seigneurie lise et garde 
ceci en son particulier : 

« Je ne puis me retenir de dire à Votre Seigneurie les 
paroles que m'a dites sa Marie, attendu qu'elles sont 
vraiment d'importance, et bien dites : comme je lui de- 
mandais d'où venait qu'elle était ainsi affligée et mal 
contente, elle me répondit : 

» Qu'est-ce qui peut me réjouir, alors que je vois sans 
cesse la vie de mon Jean en échec, que je n'ouïs passer 
personne ni venir personne céans, sans que le bruit des 
pas me donne un coup de couteau dans le cœur? car je 
me figure que l'on m'apporte quelques tristes nouvelles 
de lui. Quel besoin a-t-il de mettre chaque jour sa vie en 
danger? à quelle fin est-il, le jour et la nuit, en tel péril 
et travail? Est-il au monde jeune homme plus heureux 
que lui? Pouvait-il lui advenir aucun mal, que par cette 
voie? Je ne viens jamais à penser, sans que le cœur m'en 
crève, que s'il avait des enfants, je ne dis pas de moi, 
non, d'une autre femme! je ne ressentirais pas le tiers 
de la torture que je sens : car, si quelque fortune adverse 
arrivait TqueDieu l'en garde!) en quel état resteraient ses 
affaires? y aurait-il personne pour se souvenir de son 
àme et de son corps? mon cœur se fend lorsque j'y pense, 
je connais qu'il fait plaisir et joie à qui lui veut du mal, 
je connais que je n'y puis rien, et suis réduite où vous 
voyez? Qu'il ait égard au nom de Dieu, une fois! si c'est 
son plaisir d'avoir des enfants, et il a eu qui en a ; qu'il 
coure dehors à son gré, qu'il fasse ce qu'il veut: à tout 
événement, il aura du moins eu et laissé un fruit de lui- 
même, qui se recordera de lui ! 

» Lesquelles paroles, Monseigneur, sont de telle im- 
portance et considération, que je n'ai pour rien au monde 
consenti à les omettre. Aussi, que Votre Seigneurie les 
lise et relise bien ; tout son salut, sa paix et son conten- 
tement s'y trouvera toujours contenu. » 



JEAN DES BANDES NOIRES 111 

Paroles de femme, tendresse de femme; Jean n't^cuu- 
tait guère. Un an après, le petit Cosme naîtra ; puis, une 
autre grossesse, malheureuse et sans lendemain, laissera 
Marie Salviali malade du mal (jui frappait tant de ces 
pauvres femmes, le (lux de sang qui amenait Alphonsiue 
de Médicis aux l)ains de la Porretta, et dont mourait ma- 
dame Clarice. Marie Sulviati fera de son fds unique un Cuc 
de Florence et de Sienne, et le prince des (ils ingrats. 

Pour l'heure, elle se reprenait à la vie; Jean lui reve- 
nait, au Trebbio. loin des folies et des hasards ; son frère 
le Cardinal la félicitait d'une obéissance ({ui effacerait 
les erreurs passées; François Sforza, qui guettait dans le 
Trentin l'occasion de revenir en son duché, commençait 
à pratiquer des intelligences avec son valeureux cousin. 
Jean, dans son château, remettait sur pied sa meute et 
sa fauconnerie; il savait le moyen de faire sa cour au 
Pape : il lui envoya des faucons, ou plutôt des éperviers. 
C'était le moyen de triompher dans les négociations que 
Tagent François Suasio emportait à Rome, avec les oi- 
seaux de chasse. 

Léon X, que François I*^"" se conciliait en lui offrant des 
engins et des chiens pour ces longues chasses oîi il se 
plaisait, ce Pape qui avait remis en honneur la vénerie 
et faisait garder jalousement ses terres à gibier, reçut 
avec joie le présent de son neveu. On essaya les éperviers 
à la satisfaction de tous; et le fauconnier du pape, Jean 
Lazare de Magistris, surnommé le Serapica, ou le Mous- 
tique, les prit en garde; Jean se conciliait le camérier 
secret, le favori. C'était un coup de maître. L'effet ne se 
fit pas attendre : le 27 juin, il recevait le permis désiré, 
qui lui rouvrait Castello pour quinze jours, c'est-à-dire 
pour un temps indéterminé. 

Il n'en abusa point ; c'est encore au Trebbio qu'il reçut 
la nouvelle d'une naissance qui réjouissait une dernière 
fois son triste cousin, Pierre-François : celle d'un fils. 



112 JEAN DES BANDES NOIRES 

Et puis, il partit pour Viterbe, son demi-frère l'évê- 
que Octavien l'y recevait; ils conféraient ensemble sur 
un projet de mariage pour Cornélia Riario, si chère à la 
sollicitude de Catherine Sforza. Jean, qui devait fournir 
la dot, se donna la peine d'écrire à Florence que l'on 
examinât bien par toute la cité, « et qu'on trouvât 
trois ou quatre maris, et là-dedans, on choisirait. » 
Marie Salviati s'employait à ces recherches, toujours 
agréables pour les femmes, et qui devaient se mener 
« sans bruit ni tumulte. » 

En même temps, elle demandait à son mari de l'aider 
à réparer les brèches do leur garde-robe. « Je vous prie 
bien de ne m'oublier mie, et de vous souvenir, durant 
que vous êtes à Viterbf, de m'envoyer deux asnées de 
bonne toile de lin... Je viens de vous envoyer un diamant 
par Ramazzotlo. Je pr'ésume qu'il sera parvenu entre 
vos très délicates mains. Ecrivez-moi de temps en temps 
pour ma consolation et avisez-moi si vous avez reçu le 
diamant. — (Castello, 4 octobre 1318). » 

Etait-ce le même diamant qui avait jadis été rais en 
gage? L'embarrasdes affaires croissait toujours, tellement 
que la pauvre femme souhaitait parfois « de n'être ja- 
mais née. » Peu après, Jean se dirigea vers la Toscane. 
Après s'être arraché de Viterbe, la ville aux belles fontai- 
nes, aux belle fille?, aux bons éperons, il avait sanss doute 
pris part, sur le divin lac de Bolsène, à ces pêches où 
Léon X se plaisait si fort. Puis vint l'hiver, un hiver 
d'oisiveté, qui ne valait rien à cet homme capable, lui 
aussi, de dire: « Cordieu, si toujours quelcque acte hé- 
roïqu#ne fays, la nuit je ne peux dormir I » 

A défaut d'actes héroïques, il faisait des actes cruels. 
On prétendit qu'il avait mis à mort le barigel de Rome, 
durant un séjour ([u'il avait fait dans la ville, auprès 
du Pape, et de Laurent. C'était encore pour défendre un 
de ses serviteurs. L'histoire était fausse. Il avait seule- 



JEAN DES BANDES NOIRES l Vi 

ment dit, par bravade, qu'il tuerait l'estafier du barigel. 
Mais 011 le connaissait, et ses paroles seules faisaient 
l'impression de blessures. 

11 ne s'en tint pas aux paroles. Dans la nuit du premier 
au deux décembre lois, comme il chevauchait dans 
Florence, avec Malatesta de JMcdicis et d'autres compa- 
gnons, en armes, la bande rencontra, vers la place des 
Agli, le fils de Pierre Alamanni, Boccacino ; c'était un 
redoutable drille, une des plus fines lames qu'il y eut 
alors dans Florence, brelteur, viveur et affronleur. Il 
n'en reçut pas moins trois blessures, dont une sur la tête, 
qui « coupa tout le premier os » ; le médecin, maître 
Annibal, réservait son pronostic sur la fracture du second. 
Il fallut s'excuser encore auprès de Gheri : « Nous ne 
l'avons pas reconnu », protestaient Jean et Malatesta. 
Comme il s'agissait d'une affaire privée, ils en furent 
quittes avec une semonce. Le blessé, qui ne mourut point, 
devint chanoine et se rangea. 

« Si vous vous conduisiez en gens civilisés, au lieu de 
faire cha(|ue jour quelque bravacherie nouvelle, leur dit 
le sentencieux évêque de Fano, de pareils scandales 
n'arriveraient pas, vous ne vous mettriez point des affai- 
res pareilles sur les bras, et vous n'en donneriez non 
plus le fardeau à votre maison. » Jean s'excusa beaucoup, 
et voulut bien dire qu'il regrettait son escapade. 

Mais l'accident mit en lumière le brave Pierre Ala- 
manni, père du blessé. Ce personnage, un ami de Michel- 
Ange, était chevalier à l'éperon d'or, et Léon X avait été 
créé Pape sous son deuxième gonfalonat. C'était un par- 
tisan fervent des Médicis. Gheri lui fit présenter des ex- 
cuses. Il répondit fort sagement, en bon serviteur, dans 
toute la valeur du mot. Il l'avait toujours été. Puis, le 
lendemain, il vint en personne assurer qu'il ne dirait 
rien, qu'il ne voulait pas laisser dire : « un Médicis vient 
de frapper le fils de Pierre Alamanni. » Il trouva mieux 
encore: . 8 



ll'i JEAN DES BANDES NOIRES 

« J'estime, dit-il, l'honneur de la maison Médicis au- 
tant que mes propres enfants. » Et, les larmes aux yeux, 
le père continua : « Suppliez N. S. Père, suppliez Mon- 
seigneur Révérendissime le Cardinal Jules que si, par 
malheur, mon fils Boccacino mourait. Sa Sainteté daigne 
me réserver ce peu de bénéfices qu'il possède. » 

On demandait au duc d'Urbin une lettre pour consoler 
le père, et, sans doute, pour le rassurer sur les bénéfices. 

Certes, lorsque Jean de Médicis frappait ces gens-là 
de l'épée, il leur faisait par trop d'honneur: un bâton, 
le fouet, ou la botte auraient été bastants pour une pa- 
reille canaille. 

Tous étaient pareils, de la chair à princes; quand les 
gens de la compagnie détournent les chiens courants que 
François Guichardin, gouverneur à Reggio d'Emilie, en- 
voyait à fon frère Jacques, le volé réclame humblement, 
d'un ton piteux, en demandant pardon pour la liberté 
grande, avec l'assurance que si ces chiens lui paraissaient 
un présent digne d'un Médicis, il en ferait don au Sei- 
gneur. 

Enfin, Léon X excédé de plaintes, et qui voyait Jean 
toujours plus recherché par les cerveaux brûlés de l'ar- 
mée et de la noblesse, conférait avec Jacques Salviati, 
payait les dettes, dégageait les biens et tenait le jeune 
capitaine auprès de lui. Jean retrouvait à Rome les mê- 
mes factions, plus rudes, les mêmes amitiés, plus nom- 
breuses et mieux armées. 11 était aussi dangereux. 

Il importait de donner un emploi guerrier à cet homme 
uniquement né pour la guerre. En outre, l'horizon de 
l'Italie redevenait sombre; de pareils capitaines, on n'en 
avait pas à foison. Et dans les projets que le Pape celait 
aux plis de son gros visage et dans l'eau trouble de ses 
yeux incertains, la guerre, des guerres au Xord, au Midi, 
s'agitaient toujours. 

En mars loIO, Jean eut cent hommes d'armes. Il n'a- 



JEAN DES BANDES NOIUES 113 

vail jamais licencié ses meilleures bandes. Malgré son 
renom de sévérité, les soldats attirés par sa valeur et sa 
justice, par son amour de leur honneur et de leur bien, 
affluaient vers lui. Les seigneurs même, et les plus in- 
fluents, un conseiller du duc François Sforza, voulaient 
voir leur fils à cette école. 

Au milieu de chefs dangereux, douteux comme les 
Vitelli, les Baglioni, les Kangone, le soldat préférait le 
jeune chef qui frappait rude, (jui parlait franc. Il avait 
des élans terribles; mais il revenait avec la môme fierté. 
Il voyait, UQ jour, un soldat corse mal à l'alignement. 
Il mit la main à son épée. Le Corse lui dit, en face: 
«Approchez-vous, Monseigneur! Si vous approchez, je 
vous tue ! » Jean de Médicis repoussa son fer au fourreau, 
cette audace l'avait séduit, comme Scanderberg en un 
cas semblable ; il admira ce soldat qui n'avait pas peur, 
même de lui, le Corse fut choisi pour être auprès de sa 
personne, ces deux hommes s'aimèrent pour avoir vu 
la mort passer entre eux, et le rebelle fut mis à la tête 
d'une compagnie. 

De telles aventures le faisaient vite populaire. Son im- 
portance allait grandir encore, par la mort de Laurent 
d'Urbin, et par la naissance du fils qui devint Cosnie I^''. 

Le Duc Laurent avait fait son voyage en France, où 
Jean ne l'accompagna point; parrain de Dauphin, cou- 
sin de roi, il avait voulu rappeler l'éclat d'un César Bor- 
gia; trente-six chevaux convoyèrent ses présents, où la 
Sainte Famille et le Saint Michel du Sanzio se mêlaient 
à des objets trop somptueux, qui sentaient leur fils de 
banquier, des lits en nacre et en écaille, merveilles dignes 
d'un roi nègre. Puis, sous couleur.de dévouement filial, 
il était revenu, très vite, en poste, il avait dit que c'était 
pour soigner sa mère : il reprenait le joug du Pape, plus 
lourd encore et plus serré. Du reste il se mourait. Rongé 
par un mal venimeux, torturé d'atroces douleurs, contra- 



116 JEAN DES BANDES NOIRES 

rie dans ses projets parJa tyrannie de Léon X, les vices, 
la rancœur, les mille fatigues d'un état misérable sous 
les apparences de l'éblouissante fortune, le terrassèrent 
après une longue agonie de six mois. Il mourait, le 
4 mai, entre un bouffon et son cousin Philippe Strozzi. Six 
jours avant, sa femme était morte, et laissait vivante, 
pour la honte et pour le malheur des mœurs, de l'art, 
des lettres, de l'esprit en France, Catherine de Médicis. 

Alphonsine Orsini de Médicis, aussitôt que son fils fut 
mort, vendit à l'encan jusqu'aux chemises de Laurent; 
lorsque « Boia, — dit ce terrible corbeau d'Arétin, — 
pendit Pochintesta, favori de.PandoIfe Petrucci, on lui 
vit sur le dos le plus précieux pourpoint du feu Duc. » 
D'un Médicis à un bourreau, les mesures étaient les 
mêmes. Le pourpoint allait à miracle. 

Cosme naquit moins de deux mois après la mort de 
Laurent, le 12 juin 1519, à une heure trois quarts de 
la nuit, dans le palais du Corso ; Marie Salviati voulut 
faire ses couches à Florence. D'autres disent qu'il naquit 
au lever du soleil. L'heure et le jour restent en blanc 
dans la lettre qui fut portée à Jean ; le curé Fortunati 
l'avait préparée dès la veille, il laissa la place pour met- 
tre la date : mais les couches furent longues, laborieuses, 
et, dans l'effarement de la naissance, le bon curé ca- 
cheta le pli sans en compléter la teneur. 

Le valet ïoso partit à franc étrier, alla sans débrider 
à Rome, et Jean prit de ses mains un papier scellé, qui 
disait : 

« Jésus-Marie. 

« Illustre Seigneur unique, 

» En ce moment, que nous sommes à heures le 

Madame Marie, votre épouse, a mis au monde un 

bel enfant mâle, et jusqu'à présent tout va pour le 

mieux; ainsi soit-ill . 



JEAN DES BANDES NOIRES 117 

» Veuillez ordonner ce qu'il faut faire, qui doit le te- 
nir sur les fonts, et quel doit être le parrain; si, comme 
je l'ai déjà dit, vous vouliez bien prendre pour parrain 
N. S. P. le Pape et tout le Sacré Collège, ce ne serait pas 
pour déplaire ; nous attendons l'avis de V. S. et comment 
il faut se conduire. Et, comme Madame Marie désire vous 
voir, ayez pour agréable de nous aviser quand ce sera, 
et par grâce spéciale en demander licence à N. S. P. le 
Pape. 

» Durant ces couches se sont trouvées auprès d'elle 
Madame Lucrèce femme d'Alamanno Silviati, la Cathe- 
rine des Xerli sa sœur, la Marie femme de Pierre-Fran- 
çois, l'épouse du Brutto de Médicis, la femme de Pierre, 
fils de ïolosin des Médicis, la femme de Gaspard Boni, 
et toutes les autres dames de la famille. 

» En hâte, parce que ïoso rendra compte sur toutes 
choses de vive voix, je ne vous dirai pas autre chose ; 
me remettant à lui pour tout, priant V. S. de se souve- 
nir de moi, et de me recommander à Madame Lucrèce 
(Salviati) et à Monseigneur Révérendissime son parent ; 
et à tous ceux qui sont là-bas, parents ou amis de cœur; 
et si cela ne vous ennuie point de recommander votre 
brave sourd à N. S. P. le Pape, faites-le, je suis bien sur 
qu'il ne s'en plaindra pas. Et, comme l'enfant ne vient 
pas encore dehors, je vais cacheter la présente, et pour 
le jour et l'heure je m'en remettrai entièrement à ce que 
rapportera Toso. Je me recommande toujours à Mala- 
lesta, à Maître Paul, et à tous, que Dieu tienne toujours 
en joie. 

» Florence, 11 juin 1519. » 

Jean ne lut pas toute la lettre. Le curé lui importait 
bien? et les femmes! et les amis! il avait un fils! Il alla 
droit chez le Pape : « Saint Père, dit-il, j'offre en pré- 
sent à V. Sainteté mon premier-né, je viens d'apprendre 
sur l'instant sa naissance, » Léon X épanouit son gros 



118 JEAN DES BANDES NOIKES 

visage: c'était un Médicis de plus! « Je l'accepte, dit-il, 
pour mon propre enfant, mais je veux, et j'ordonne, que 
pour faire revivre le plus sage, le plus prudent et le plus 
valeureux homme qu'ait eu jusqu'à présent la maison 
des Médicis, on lui donne le nom de Cosme; faites re- 
partir le même serviteur qui a porté cette nouvelle, et 
qu'il aille annoncer de ma part comment je lui donne ce 
nom; les parrains seront le Cardinal de' Rossi, et le Sei- 
gneur Malatesta Baglioni ; je recommande expressément 
qu'on récompense bien celui qui nous a porté cette bonne 
nouvelle. » 

Toso revint bride abattue à Florence, où le trésorier 
François Albizzi lui fit donner une armure, deux bons 
chevaux, vingt-cinq écus, un habit neuf, et d'estafier le 
fit monter au grade de chevau-léger, et l'achemina sur 
la Marche pour l'enrôler dans les bandes de leur com- 
mun maître. 

Les paysans du Trebbio n'avaient pas sitôt reçu la 
nouvelle que le petit Seigneur était né, et déjà les feux 
de joie flambaient sur toutes les collines, couronnaient 
toutes les montagnes. Le Mugello s'illumina ; les mon- 
tagnards, voyant de loin monter les flammes d'allégresse, 
firent, eux aussi, des bûchers, d'autant plus grands qu'ils 
ne savaient pas pourquoi Ton allumait. C'était sûrement 
une joie, ils se réjouissaient aussi. La Romagne floren- 
tine, en apercevant ces lueurs dans la contn'e de Flo- 
rence, ne voulut pas rester en arrière, et fit de plus 
grands feux encore: Césène, Faenza, Ravenne, toute la 
Romagne papale se dit : « La Toscane illumine, c'est que 
N. S. Père le Pape, qui est Florentin, vient d'avoir un 
bonheur nouveau, quelque grande joie. Allumons I » Et 
ce soir-là, du Mugello jusqu'à la mer Adriatique, le ciel 
d'été fut éclairé par des lumières toujours plus magnifi- 
ques, à mesure que le pays était plus loin de la Tos- 
cane. Reflets de sang, dignes du père et dignes de l'en- 



JEAN DES BANDES NOIRES 11'.) 

fant. Allèrent-ils jusqu'à Sienno, pour annoncer le Duc 
sanglant de l'année looo, le complice des Espagnols ? ce 
filleul de Malatesta Baglioni ne mentira jamais à pareil 
parrainage. 

Laissant vagir son petit prince dans ce berceau qu'il- 
luminaient tant de flammes triomphales, Jean de Médi- 
cis avait repris son existence favorite : au milieu de ses 
bandes qu'il instruisait dans les Marches, c'était le tra- 
vail de la guerre ou la chasse à courre et au vol; à 
Rome, où il revenait à son loisir, c'était la fête et la dé- 
bauche. Pendant qu'il était dans la ville, ou bien à la 
chasse, la soldatesque commettait des excès ; mais il fal- 
lait bien accoutumer le peuple à ces peccadilles. 

Flore de Padoue était-elle une courtisane, telle qu'en 
produisait en nombre et qualité Padoue, ville de sanc- 
tuaires et d'Université? Etait-ce pas pour elle que Pierre 
l'Arétin écrivait, dans un dialogue qui est le nobiliaire 
de ces dames? « Quand la Padouane se montre à l'église, 
on voit l'y suivre ses caissiers et ses Siennois ? » Médio- 
cre clientèle, et qui prouverait une déchéance. Dans le 
mois d'août, morte saison, Flore écrivait à Jean de Mé 
dicis 

u Illustrissime, et de moi très désiré Seigneur et 
maître. Celle-ci, je l'écris à Votre Illustrissime Seigneu- 
rie pour l'aviser comment pour l'heure je me trouve ici 
à Rome, avec Léonard Trente de Lucques, lequel, à cause 
qu'il a été banni de Lucques et du pays là-bas, s'est ré- 
fugié à Rome, où il a voulu que je vienne aussi avec lui ; 
et bien qu'il montre de l'amour pour moi et ne me man- 
que en nulle chose au mondp, néanmoins, comme je me 
trouve grosse, et fort près de ma délivrance, et que je 
tiens pour certain que je suis grosse des œuvres de Y. Sei- 
gneurie, (si vous daignez faire bien le compte du temps 
où vous m'avez quittée, vous trouverez indubitablement 



120 • JEAN DES BANDES NOIRES 

que c'est ainsi), attendu que ledit Léonard m'a donné, 
comme je l'ai dit autiefois à Y. S,, une certaine propriété 
dans le Lucquois, et, sachant sûrement que je ne suis 
pas grosse de son fait, moi, qui ne connais pas son cœur, 
je me trouve inquiète, et je crains qu'il n'attende le temps 
de me faire quelque mauvais traitement, ce qui lui sera 
facile quand je serai en mal d'enfant, où il me pourra 
faire déplaisance ou me faire en autre manière aller à 
mal avec mon fruit. Aussi, uniquement pour ma sécurité 
et mon contentement, loin que je veuille aucunement 
rançonner Votre Seigneurie, je lui demande en grâce de 
vouloir bien écrire au susdit Léonard une lettre, une 
bonne lettre, qui lui fasse voir que V. S. n'a rien su par 
moi, et l'exhorte et le presse par les meilleures paroles 
que croira V. S. de vouloir, par respect pour Elle, me 
bien traiter comme par le passé et d'autant plus que je 
me trouve à ce terme, et aussi quand je serai pour ac- 
coucher, et qu'il ne me veuille manquer; je suis sûre 
qu'il se piquera de faire ce que V. S. lui écrira, en dai- 
gnant lui montrer ainsi qu'Elle ne fait plus compte de 
me tenir à cœur, moi son indigne servante. Et cela, pour 
mon contentement, et afin que je puisse avoir l'esprit en 
repos, et pour mon salut et celui de la créature que je 
vais mettre au monde, laquelle malgré tout sera de vo- 
tre sang, ainsi que vous pourrez clairement et complè- 
tement vous en éclaircir. Je n'écris rien autre, sinon que 
j'attends avec un désir extrême cette lettre, qui, j'en 
suis sûre, fera bon effet, et j'en demeurerai à jamais l'es- 
clave reconnaissante de Votre Illustrissime Seigneurie, 
pour m'avoir ôté en même temps du danger et du soup- 
çon, car si ce Léonard me traite bien, rien de mal ne 
peut m'arriver. 

» Je me recommande toujours à V. S., en la suppliant 
de nouveau d'envoyer le plus tôt possible cette lettre, 
en l'adressant à celui qui lui mandera la présente, c'est- 



JEAN DES BANDES NOIRES IM 

à dire messire Jeaa-Malhieu, secrétaire du Révérendis- 
sime cardinal de Médicis ou Messire Ainéric de Médicis. 

» Rome, le... août lolU. 

» La très-fidèle servante de Y. III'"® Seigneurie. 

» Fi.oHE lŒ Pakoue. » 

» Je vous en prie, de grâce, veuillez me répondre. » 

Cette femme au style essoufflant avait de belles con- 
naissances. Jean-Mathieu, c'est ce Giberti, ce dataire, ce 
cardinal, qui restera près de Jules de Médicis devenu 
Clément YII, sera légat, suivra la destinée de Jean, et, 
peut être par une sourde rivalité de bons offices, sera 
cause que l'Arétin recevra des coups de poignard et quit- 
tera Rome à jamais. Les manches épiscopales portaient 
d'étranges plis. Quant au moyen de la grossesse, éter- 
nel et classique, il est ici curieusement mis en œuvre; 
on peut espérer pour Jean de Médicis qu'il se tenait en 
garde contre de pareilles historiettes, et savait les vers du 
Pasquin : 

« Laisse là les courtisanes 

Si tu ne veux te ruiner : 

Ce sont, aussi, des câlins, 

Mais leur fruit se verni plus cher! » 

Seulement, il dut avouer que Flore était ingénieuse, 
et protégée par Saint Antoine, pour retrouver telles mer- 
veilles et savoir quel était le père de son enfant. 

Il s'occupait plus des chevaux à offrir, et qu'il en- 
voyait à Frédéric de Gonzague, il songeait davantage à 
son équipement, à ses bonnets noirs, ou à ses dettes, 
qu'il payait trop largement, lâchant les trente écus quand 
il devait vingt-sept. Il surveillait, dans les bourgades 
aux alentours d'Ancône, à Osimo, ces bandes qu'il vou- 
lait tenir en haleine, et fourbies comme une épée que 



122 JEAN DES BANDES NOIRE-; 

l'on va tirf;r. A Home, il «urveillaif les pages; le Pape 
rjonnait un jour 4i)0 ducats, 200 un autre. C'est François 
Albizzi qui rec/îvait les lettre» rie change, à les). 

iJan» Home, le quartier d'attache était le grand pa- 
lais Salviati. Sa fernme eût aim^; l'y rejoindre. Mais il 
faisait la sourde oreille. Il parait que la douce, et tendre, 
et trop sensible jeune femme l'ennuyait. Pauvre Marie! 
elle devait trop airner, trop [deurer, vouloir plaire en 
^rtant soumise, attentive : elle ignorait trop que certains 
hommes, et la plupart, se retiennent par le contraire de 
l'amour et de la vertu conjugal*. Hans ses lettres d«;li- 
cieuses, le drame de son pauvre cœur, meurtri contre 
cette cuirasse, éclate en accents désolés ; non seulement 
il lui fallait subir l'absence, mais cette femme élevée 
parmi tant de frères turbulents, et qui voyait clair, sen- 
tait qu'elle était évincée par des rivalités abjectes : 

« TrcH illii-itre Seigneur mon époux très honoré, di- 
rait-elle le 12 novembre, par J^an -Antoine j'ai reçu une 
lettre de V, S. le i de ce mois, ou j'ai appris votre bonne 
santé, ce qui m'a fait grand plaisir; il en est de même 
pour Cosrne et pr)ur moi, Ijieu merci. \e vous émerveil- 
lez point que je ne vous écrive pas, je n'ai rien à écrire ; 
et puis je n'ai personne pour écrire et me faire service 
céans; mais je n'en ai guère souci, car je suis bien assu- 
rée que vou^ désireriez me voir bien plus mal en point 
que je ne >ui.s: quant à venir à Home, vous ne pouviez 
trouver mr-illeur moyen pour m'empècher d'y venir que 
d'y emmener Jean de la Slufa; c'est \k tout votre dé- 
sir; je sais bien que vous l'avez mené pour me faire dé- 
plaisir, et de crainte que je ne vienne; mais ayez l'es- 
prit en repos, je n'y serais oncques veuna, parce que je 
connais que voire d<'sir e>t en d'autres que rnoi, et 
sachez bien fjue je h- -ais. Niais je suis sûre, rnoi, rpj'il 
n'est personne au u\()t\'\<t fiour vous aimer comme je fais, 



JEAN DES BANDES NOIRES 1-24 

bien que vous aimiez beaucoup mieux ce» autres-Iâ que 
moi ; je le sais par ex[>érience; et lenez que je m'en suis 
aperçue maintes fois. Mais je n'en ai cure, attendu que 
je sais que je suis, en tous cas, votre épouse, que vous 
le veuilliez, vous, ou non. Je crois que vous savez com- 
ment vous m'avez laissée sans deniers sans grain, sans 
rien ; et sachez qu'ici je n'ai pas un grain à vendre, c'est 
à peine si l'on aura de quoi manger, et tout ce que 
vou? demandez, c'est que l'on vous procure des lic<,'s, et 
que je vous envoyé les chiens et Messire Benc(î)o; et 
je vous les ai envoyés, de telle sorte que Je suis demeu- 
rée sans un sou, et je ne sais d'où j'en pourrai tirer, lie 
cec vingt ducats qu^^ me laissa François (Alhi/zi), j'en 
ai remis une partie à dom François (Forlunati), une autre 
partie s'est dépensée à la maison, et le reste a passé 
pour vous envoyer ces chiens et cet homme là-bas. Ici, 
j'aurais besoin de toile de lin pour faire des draps, car 
il n'en reste plus un seul ; vous m'avez promis de m'en 
envoyer de là-bas, je sais que vous n'en ferez rien: si 
vous voulez dormir, il faudra que vous en envoyiez^, je ne 
puis tirer de H toile de moi-même. Je vous ai envoyé 
deux vestes, deux pourpoints et un justaucorps, avecque 
deux sachets de roses parfumées pour tenir sur votre lit 
(ils sont parfumés) : on me dit que vous en avez grand 
besoin, par rapport à la saleté de votre cher Jean. 

» Rien d'autre pour celle-ci. seulement il me reste à 
me recommander toujours à vous; c'est temps perdu, je 
lésais bien; et pour le petit Cosme, je ne dirai rien, si- 
non que vous l'aimiez; je sais que vous l'aimez encore 
moins que vous ne feites pour moi, l'on ne saurait dire 
mieux! Si vous voyez quelque chose à faire, dites-le 
moi, je vous servirai beaucoup plus que vous ne le ferez 
pour moi ; c'est que je vous aime bien plus que vous 
ne m'aimez; c'est là tout mon mal. 

» Faite le i2 novembre 151&. 



13't JEAN DES BANDES NOIRES 

» Et si VOUS m'aimez, je vous prie de me faire un grand 
plaisir^ prenez Balde qui était écuyer tranchant du Duc 
(Laurent); il vous fera l'office de tranchant et de cré- 
dencier, et vous me ferez grand plaisir. 

» Y. épouse, Marie Salviati de Médicis, 

» à Florence, 

)) de sa main propre. » 

Elle l'adorait, c'est certain ; et elle l'ennuyait par ces 
récriminations sempiternelles. Une ménagère amoureuse, 
au fils de Catherine Sforza! Le temps, peu à peu, cal- 
mant l'un, assagissant l'autre, en fera deux associés qui 
cherchent à se diriger dans la vie pleine de périls, d'em- 
bûches et de rivalités qui est celle d'un condottiere et 
d'un prince. Les grandes guerres formeront, élèveront 
Jean ; la renommée de son mari, le soin du fils qui va 
grandir oteront à Marie cette âpreté dans la tendresse, 
et l'accoutumance viendra pour les dettes et les hasards. 
Mais quand sa main de vingt ans, malhabile et trem- 
blante, grossoyait ces pages couvertes d'une écriture 
fruste, et tachées de larmes qui ont mêlé les lettres, fait 
couler les énormes pleins qui se chevauchent laborieuse- 
ment, elle avait le cœur qui creVait, comme elle l'a dit, 
dans une grosse nuée d'orage. Un chagrin d'enfant l'a- 
vait prise devant son palais déserté, ses armoires vides, 
en face de ce lit auquel on préférait la couche où se 
vautrait un Jean de la Stufa. 

Elle devait apprendre que les secrétaires pontificaux 
tels que Jean-Baptiste Sanga, et que Jacques Salviati 
lui même, oui, Jacques Salviati son père, appelaient de 
telles espèces : « mon cher frère », elle devait voir plus 
tard Jean de la Stufa, légat de son oncle le pape Clé- 
ment VII, prendre solennellement possession d'Arezzo 
pour la seigneurie de Florence. Elle devait voir tant de 



JEAN DES BANDES NOIRES 13r> 

choses, que ses yeux ne pleurèrent plus. Mais alors elle 
avait vingt ans, et elle se plaignait encore. 

Lui, tout entier à ses milices et à ses chasses, à ses 
amis ou à ses femmes, dépensait le reste de sa folie; 
puis il sera fort et mùr pour les grandes guerres qui se 
préparent lentement, comme une tempête. 

Léon X trouvait un double avantage à tenir Jean de 
Médicis à sa solde, hors de Florence ; pers<jnne n'aurait 
su mieux défendre les Marches et tout ce domaine de 
l'Eglise, qu'envahissaient sans cesse, dans leur va-et- 
vient de bandits entre la Lombardie et Naples, ou les 
reîtres helvétiens ou les terribles Espagnols; et puis, 
après la mort de Laurent d'Urbin, le gouvernement de 
Florence était entre les mains du cardinal Jules : le fu- 
tur Clément YIL aussi flottant et indécis comme gou- 
verneur qu'il le fut comme Pape, réussissait à merveille 
lorsqu'il fallait, en ménageant les uns et les autres, mé- 
contenter tout le monde. Il avait bien licencié, dès le 
début de sa mise en possession, les soixante-dix anspes- 
sades et les gentilshommes laissés par le Duc; mais plu- 
sieurs avaient repris service avec Jean, leur turbulence 
avait accru celle des soixante-dix hommes d'armes déjà 
formés autour de lui, il avait partagé ces « reliques de 
Monseigneur le Duc » avec son beau-frère Pierre Sal- 
viati. Neveux du Pape, environnés de compagnons à 
toute épreuve, qu'allaient-ils faire de Florence? Le car- 
dinal « criait, sans rien exécuter, étant trop bon » ; au 
milieu de ce peuple vif et mobile, ce pauvre pantin se 
disloquait, il se perdait dans la profondeur de ses intri- 
gues puériles. Et les menaces s'affirmaient. 

Maintenant, au contraire, Jean de Médicis faisait l'office 
nécessaire de capitaine qui couvrait et surveillait les 
frontières et passages, qui contenait les villes, et surtout 
chassait les seigneurs ! Dans Ancône, que son aïeule Blan- 
che Marie Visconti-Sforza gouvernait jadis, à dix-huit 



126 JEAN DES BANDES NOIRES 

ans, dans lesi, dans Fermo, dans Macerata, dans tous ces 
pays de Marses et de Simnites, à jamais guerriers, Jean 
de Médicis imposait une force supérieure, il tenait sous 
son épée cette âpre lisière des Marclies, oîi chaque pointe 
de roc a son château- fort ; sur tous les faucons de ces 
nids, Léon X avait déchaperonné son aigle. 

Qu'importait à Jean, pourvu qu'il fût payé, loué, 
quels ennemis il devait combattre ? L'idée de la patrie 
commune ne vacillait point encore en son esprit. Après 
avoir, pour se distraire, vérifié le mot du prophète flo- 
rentin, et (( gâté Florence » autant qu'il avait pu, voici 
qu'on lui donnait à battre. Il était heureux. 

On le voit, dans mille papiers qui retomberont au 
néant, mais qui donnent les étincelles de la vie an- 
cienne, on le voit au milieu des comptes militaires, des 
demandes, réclamations, renseignements, prières du 
peuple, ordres du Pape. Force requêtes de soldats, beau- 
coup présentées par les Corses ; et partout, la voix la- 
mentable des Prieurs du peuple, les assurances de fidé- 
lité, puisqu'il est le plus fort, et les supplications de 
villes rançonnées, saccagées par leurs féroces garnisons, 
les « Anciens » au ton pleurard, terrifiés et qui implo- 
rent, de temps en temps, un cardinal légat qui se plaint 
pour la forme et qui dicte une lettre pour satisfaire les 
populations molestées : toute la cuisine d'une existence 
agitée, influente, et déjà préparée pour les actions déci- 
sives, est dans ces feuilles cachetées d'armoiries ; les 
anecdotes sont flétries, mais les traits de mœurs, les 
traces vives du caractère, méritent d'être conservés. 

Le petit nombre des soldats permettait de les tenir 
tous dans une surveillance eff'ective. Les patentes étaient 
scellées sous les yeux du chef, il dictait une lettre pour 
un cheval ou des ducats, et c'était une manière de vivre 
à peu près féodale, les lévriers, les limiers et les autours 
mêlés aux détails d'équipement. La grosse aff'aire était 



JEAN DES BANDES NOIRES 127 

la solde, toujours rii retard. D'ordinaire, à la moindre 
alerte, au plus léger retard, les hommes désertaient ; 
nullement soucieux, du parti qu'ils servaient, mais tout 
entiers à leur grain. L'épée était un instrument de tra- 
vail ; l'armée, un métier comme un autre. Il n'y a là 
rien d'héroïque ; ce n'est plus un service de vassaux, ce 
n'est pas encore un service de citoyens. Des mercenaires, 
les plus vils de mœurs, c'est les soldats de ce temps-là. 
(( Je veux des chiens, quand vous les devriez voler », 
c'est le chef qui le dit, et ce qu'il jette en plaisantant, 
lui qui ne pille jamais, ils le feront, eux autres, partout, 
et pour tout. Au reste, leur vie est difficile ; le pays est 
contre eux. Ancone soutient un hobereau que Léon X 
fera pendre, Amadei, seigneur de Recanati. Le plu&rude 
des tyranneaux est à Fermo ; Jean de Médicisle connaît, 
ils ont combattu tous les deux dans la seconde guerre 
d'Urbin ; c'est Ludovic Ufîreducci, fils du seigneur Olivier; 
il donne raison au proverbe toscan : 

« Quand Fermo veut tenir ferme 
Toute la Marche fait trembler. » 

Mais Ludovic, malgré toute sa bravoure, fut écrasa. 
Un de ses anciens lieutenants qu'il avait mal contenti'. 
Jérôme Brancadoro, défît le hobereau rebelle, sur le 
plateau de Monte Verde, et le blessa si grièvement qu'il 
mourut quelques jours après. Il eut la gorge ouverte 
jusqu'au milieu de l'épaule, et l'on exposa son cadavre 
sur la grand' place do Fermo. Il n'en fallait pas moins 
pour contenir une ville sourdement rebelle, où l'on mur- 
murait qu'on voulait casser la tête aux Papalins. Jean 
de Mi'dicis savait qu'il pouvait s'en remettre à ses Cor- 
ses, à Cosimo Magalotti qui tenait le donjon de Maenza, 
à ceux qui enlevaient Roccagorga, qui menaçaient les 
Gaëtani; lui, souvent à Rome, il était « leur procurateur 
auprès de ces prêtres. » Il se faisait rendre un compte 



128 JEAN DES BANDES NOIRES 

précis de tous ses hommes : « Je voudrais bien spéciale 
ment savoir comment s'est passée cette journée contre 
Messire Ludovic, et qui s'est comporté vaillamment, et 
qui, mal. A cause que je veux pouvoir discerner le vrai 
du faux, et les poltrons des gens de bien. Et que nul ne 
me sabote. Dites-moi comment cela va là-bas. » 

Aussi Marie Salviati le réclame en vain; elle lui écrit 
des tendresses, des excuses, des explications enfantines, 
en son doux parler mouillé de lettres superflues; il ne 
répond pas. En quatre mois, pas une lettre, et il est à 
Rome, et elle est à Florence 1 Elle lui envoie une boîte de 
cédrat, qu'elle avait confit pour lui faire fête: elle lui de- 
mande, pour se faire belle, deux escoffions d'or. Elle a 
failli mourir. Elle va mieux. Il ne répond rien. 

Il la surveille cependant, et veut qu'elle reste au logis 
avec son fils. En lui demandant licence d'aller pour Pâques 
accomplir son vœu à Lorette, elle s'excuse d'avoir pris 
une distraction qui lui a déplu : « On m'a dit que vous ne 
m'écrivez pas à cause que je ne suis pas demeurée à la 
maison, ce qui vous a très fort déplu. Je ne savais pas que 
cela vous déplairait si fort, et je n'en serais jamais sortie ; 
et pour l'avenir je n'en quitterai plus... Pardonnez-moi 
l'erreur passée pour l'amour de votre enfant. » Elle ne 
signait plus, comme au premier jour, « votre chère 
femme » ; et pourtant elle ne songeait qu'à lui. Elle 
l'avait prié de la laisser venir à Rome; il n'avait point 
consenti. Il avait été malade, loin d'elle, mais malgré 
les patenôtres qu'acné lui demandait afin de prier pour lui, 
pas une de ses cinquante lettres n'avait eu réponse. Que 
faisait-il donc? il était sans occupation, au mois de mars, 
et cependant l'appel était demeuré inutile, une invitation 
timide et amoureuse : « Rappelez-vous de nous, venez donc 
ici voir à vous y tenir durant quelques mois : il y a bien 
meilleur air, et plus de bien-être que. dans la Marche. » 

Il se souciait bien de l'air, et du bonheur domestique! 



JEAN DES BANDES NOIUES 1."» 

et puis, il fallait surveiller une grosse alFaire, le Pape 
lui avait promis les dépouilles de la viclime, tous les 
biens de Ludovic UlTreducci. Criait une négociation lon- 
gue, minulieuse, avec ces prêtres sans parole, et jamais 
pressés. Le 29 mars, il croyait les tenir. Et, le bref tarda 
jusqu'au 10 juillet. 

H avait cependant accompli les instructions données, 
arrêté les Espagnols, pris même le marquis de Pescaire, 
qui ne l'oublia jamais; car Jean ignorait les traités se- 
crets, il ne savait que surprendre, combattre et vaincre. 
On lui avait dit que le perfide Ferdinand-François d'A- 
valos d'Aquin recrutait des troupes dans lesAbruzzes, il 
passa le ïronto, tomba près d'Ascoli sur le marquis sans 
défiance et se saisit de sa personne. Pescaire montra les 
conventions secrètes de la Ligue, le bref du Pape, un fil 
de la toile que Léon X ourdissait laborieusement; Jean 
lo remit en liberté. Mais le vindicatif personnage, mi- 
.Napolitain, rai-Castillan, garda sa rancune. 11 avait été 
ridicule, cela méritait une haine. Enfin, « désobéissants 
et suspects » étaient anéantis, les Marches pacifiées et 
fortifiées, les craintes sur l'armée impériale s'évanouis- 
saient. C'était l'œuvre de Guido Rangone et de Jean de 
Médicis : surtout de Jean, plus neuf et plus consciencieux 
dans le métier. En mars, le 21 mars de Carnaval, on 
savait à Venise qu'il « avait eu la main coupée. » C'était 
sa première blessure grave ; il perdit un doigt, l'annu- 
laire, à la main droite, cette main <( pleine, courte et très 
forte. » 

Il avait, au milieu des travaux militaires, des escar- 
mouches et des fièvres, connu plusieurs divertissements : 
le marquis Frédéric de Manloue l'avait appelé à une joute 
d'armes, a pour rompre quelques lances le dernier di- 
manche du Carnaval et les deux jours suivants. » A Rome, 
quelques jours après, il recevait un autre appel. Jean de 
la Stufa lui écrivait : « Mon illustre Seigneur et maître. 

9 



130 



JEAN DES BANDES NOIRES 



La présente est pour faire couverture à l'incluse, que 
m'a donnée madame Nicholosa l'Espagnole, laquelle veut 
que je la mande à V. Illustrissime Seigneurie et vous 
baise les mains comme la servante de V. Illustrissime 
S. quVlle fut par le passé. » Dans cette épîlre ou se trou- 
vaient aussi maints détails sur la politique du Pape et 
ses intentions guerrières. Jean trouvait les grandes pages 
écrites par Xicolosa la Peinte ; en lettres hautes, appuyéep, 
que traçait une main sensuelle et orgueilleuse, bien faites 
pour les mots espagnols qui résonnent avec un poids de 
joyaux et d'or massif dans cette missive impérieuse. 

Célèbre dès 1513, maîtresse de Laurent d'Urbin, Xi- 
colosa la Juive était faite pour correspondre avec Jean 
de Médicis; en confiant ses lettres à de la Stufa, il semble 
qu'elle dérogeait. 

« Illustrissime Seigneur, disait-elle en son beau castil- 
lan, je n'eusse jamais pensé que l'absence de V. Seigneu- 
rie me donnerait autant de peine que j'en éprouve à celte 
heure, nous qui avions eu si peu de commerce entre nous ; 
cette peine, Dieu me sauve, est telle, que V. S. s'émer- 
veillerait si elle savait la vérité, car moi-même je m'é- 
merveille d'être si chagrine, ayant eu, comme j'ai dil, 
si bref commerce avec vous; et ce n'est pas mon ordi- 
naire de souffrir ainsi, à moins d'une longue familiarité 
et d'une amitié prolongée. Je supplie Y. S. de daigner 
m'écrire ou me faire savoir de ses nouvelles, ce serait le 
meilleur prix que je puisse avoir, si je sais que V. S. me 
veut du bien... Si je ne puis jouir de votre vue, que je 
jouisse de vos lettres... Ayez la victoire que je désire, 
qui sera si grande que jamais on n'en vit plus belle,., et 
puisse votre venue être prochaine, afin que je puisse jouir 
de V. S. comme je le désire. 

» De Rome, le 21 janvier (lo20\ la très fidèle ser- 
vante de V. Illustrissime S''^ qui lui baise les mains. 

» Xicolosa. » 



JEAN DES BANDES NOIRES l'M 

Au duc d'Urbin, elle écrivait pour se faire payer. Mais 
Jean se faisait aimer par les femmes comme par les sol- 
dats; on l'aurait servi pour rien, pour l'honneur et pour 
le plaisir. Répondait-il à ses maîtresses mieux qu'à sa 
femme ^ ce n'est pas certain. 

On poursuivait toujours l'affaire de Ludovic Uffreducci ; 
le cardinal Salviali, évêque de Fermo, s'en occupait, il 
envoyait consulter Jean que l'on trouvait « à table, qui 
dînait joyeusement. » Le Pape le « caressait fort. » Et 
le cardinal assurait « que le Saint-Père lui ferait du bien 
s'il avait patience. » La cour de Rome commençait à 
exercer la longanimité de Jean. Deux siècles plus tard, 
un seigneur dira: « Les excuses, que l'on prodigue, ne 
coûtent rien aux ministres de Rome, pourvu qu'ils aient 
fait ce qu'ils ont voulu, et que les excuses n'arrêtent 
point ce qu'ils ont fait. » 

Entre les fêtes de l'an n uf et le Carnaval, on festoyait 
et on se battait à outrance. Lettres de querelles ou lettres 
de femmes s'accumulent, comme les giboulées de Chan- 
deleur. Un jour, c'est Stéphane Colonna qui rend compte 
d'une échautfourée nocturne, où parait ce même Camille 
Orsini qui va se trouver tout à l'heure aux prises avec 
Jean de Médicis. 

« Très illustre Seigneur, et honoré comme un frère 
aîné, etc. écrit le Colonna, j'estime que V. S. aura ouï 
parler de l'affaire survenue entre nous et le S"" Camille, 
C'est la cause pourquoi j'écris à V. S. Illustrissime. 

» Allant nous autres en compagnie de certains gentils- 
hommes à la maison de Julie la Patricienne, nous lui 
commandâmes de préparer à souper. Pendant ce temps, 
Jérôme Maffei, qui se trouvait parmi les susdits compa- 
gnons, était à la fenêlre. Il pouvait être sur les trois heu- 
res de la nuit. Voici qu'arrive le S"" Camille, et il heurte 
à la porte ; le dit Jérôme, par plaisanterie, se mit à parler 
napolitain, sans reconnaître qui était à la porte, le S' 



13:2 JEAN DES BANDES NOIRES 

Camille riposta : « Parle une autre langue que celle-ci, 
tu y as trop mauvaise grâce. » Jérôme reprit : « J'y ai do 
bonne grâce quant et vous. » Alors, le S' Camille lui 
dit : « Maudit pendard I » Et Jérôme : « Tu as menti par 
la gorge! » Le S' Camille s'en alla. J'étais dans la salle, 
à jouer avec Jean-Baptiste de Crescenzi ; en entendant 
ces paroles je me lève du jeu, j'entre dans la chambre, 
et je demande ce que signifiaient ces paroles; un des 
assistants répondit qu'il croyait que ce fût le S"" Camille; 
alors le Seigneur Alexandre, mon frère, se mit devant 
la fenêtre et appela le S' Camille pour l'inviter à souper, 
et aussi pour éteindre les paroles qui avaient été dites, 
en lui criant la vérité, qu'on ne l'avait pas reconnu ; que 
bien au contraire le S' Camille nous était un très cher 
ami, comme le sait l'illustre S' abbé de Farfa; comme 
nous étions ainsi tous en la dite maison, voici que revient 
le S' Camille, et il entre et monte avec beaucoup de mor- 
gue, en aisant : « Qui a dit qu'il me valait bien? » Alors 
je m'avançai, et lui dis : « Ahl Seigneur, arrêtez, de 
grâce, on ne ^ous a pas reconnu, » et le susdit Jérôme 
lui dit : « Seigneur, que Votre Seigneurie me pardonne, 
je ne vous ai point reconnu. » Cela ne lui suffit pas. Il 
dit avec hauteur et orgueil ; « Maraud, pauvre gredin, tu 
n'es pas fait pour me nouer mes souliers. » Et, ceci dit, 
avec arrogance il descendit les escaliers. » 

De pareilles tètes prenaient feu sans cesse ; il y eut un 
second affront, qui se passa dans la vieille église de Saint- 
Silvestre-in-Capite. 

Puis, un peu plus tard, animé par les anciennes ja- 
lousies de la campagne contre François-Marie de la Ro- 
vère, et par toutes ces factions de Rome, Jean de Médicis 
rencontre, sur une place qui est « lieu des barons Orsini » 
un capitaine de leur solde, qu'il exècre; il lire l'épée, et 
le tue de sa propre main, au milieu de ses hommes, à 
lui seul et sans autre secours. 



JEAN DES BANDES NOIRES 133 

Enfin, du capitaine il en vient au maître. Il déteste 
cet homme arrogant,, qu'il a dCi remettre, sur l'ordre du 
Pape, en possession des châteaux que les Caëtans et les 
autres lui enlevaient, ce fanfaron, mieux partagé que lui 
dans la guerre, où il n'a rien- fait. Le mois de mars com- 
mence par une de ces escarmouches qui troublaient la 
Home papale, de siècle en siècle, et menaçaient toujours 
de finir en massacres inexpiables : « Il y a deux soirs, 
écrit Philippe Strozzi à Laurent son frère, il faillit arriver 
un grandissime scandale entre le Seigneur Jean de Mé- 
dicis, d'une part, et le Seigneur Camille Orsini, c'est à- 
dire le Léopard, de l'autre, pour la cause légère d'une 
femme. Mais il semble que la chose ait ses racines dans 
les factions politiques, car le Seigneur Jean fait profes- 
sion d'être gibelin, et il y avait là-dessous quelque haine 
occulte. Cela se passa dans le Borgo; le Léopard se retira 
dans une maison et envoya chercher du monde à Monte- 
Giordano; alors le bruit se répandit, parmi toutes ces 
bandes, que le Léopard était assiégé, et il se forma une 
grosse troupe. Mais la garde du Château (Saint-Ange) ne 
les laissa point passer, de peur d'un grand scandale; 
pendant ce temps, le cardinal Cibô suait d'ahan dans le 
Borgo, pour dissiper le scandale, et il avait avec lui le 
chevalier Carriano, à qui le Seigneur Jean dit une injure 
bien sentie, le traitant de lâche, et le reste. Et il se 
trouve aussi des gens pour dire qu'à l'égard de Cibô il 
ne se comporta point fort respectueusement. En fait, 
Cibô favorise le Léopard, et ainsi tout est plein de haines 
et de rages, et il sera facile qu'un beau jour il advienne 
quelque grand malheur. La garde du Saint-Père prit 
les armes, ainsi que les chevau-légers, et ils vinrent au 
Pont (Saint Ange) bien qu'il fût rempli d'Orsini; à la 
maison du Seigneur Jean s'affolèrent les partisans des 
Colonna; et il n'en fut que cela; de 5 à 7 heures, il n'y 
eut de combat en aucun lieu, parce que le Léopard n'avait- 



184 JEAN DES BANDES NOIRES 

pas assez de forces dans le Borgo, et que ses gens ne 
purent point passer. 11 y eut seulement un serviteur du 
Léopard qui fut blessé à mort; on négocie présentement 
les réconciliations, on mettra là-dessus de mauvais em- 
plâtres. Je n'ai rien d'autre à te dire. Le VI mars 1519 
(1520). » 

Philippe Strozzi négligeait de dire comment Jean de 
Médicis avait regagné son palais; en voyant sur le Pont 
Saint-Ange les deux cents Orsini, tout hérissés de piques, 
tout reluisants de lames, il avait rallié dans le Château 
Saint-Ange l'élite des siens, où brillaient les Corses Jé- 
rôme et Marc-Antoine; beaucoup avaient des épées à 
deux mains, tous étaient armés et en corps de cuirasse. 
Jean fixa sur eux ces yeux pers, qui luisaient dans la 
colère et l'espoir du combat : « Point de retraite. Mon- 
trons-nous. En avant! et passons par force au milieu 
d'eux, afin de les bien bafouer ! » Il fut fait comme il avait 
dit. Les rudes Romains batailleurs et sanguinaires, 
avaient trouvé leur maître. Ils ne se hasardèrent plus. 

Les « mauvais emplâtres » ce fut une lettre du Vice- 
Chancelier, instruit de l'affaire par Jean-Mathieu Giberti, 
et qui l'exhortait au calme. Jean se calmait au milieu de 
ses troupes. C'est alors que Jérôme Morone, l'âme dam- 
née des deux Sforza, le priait d'accueillir son fils et de le 
former à son école. Laissant ses agents déminer ses in- 
térêts à Florence, Jean ne songeait qu'aux stradiots, aux 
chevaux; c'est au trésorier Albizzi que Marie Salviati 
s'adressait à présent pour avoir « une douzaine de gants 
de daim et de veau, beaux et bons, et non point tels que 
ceux envoyés par Ser Bencio, lesquels étaient mauvais 
et l'avaient fort mal satisfaite » ; c'est le trésorier qui 
devait rappeler à Jean que sa femme et son fils « atten- 
daient son retour avec grand désir. » 

Marie Salviati avait fait, à la fin de mars, une fausse 
couche, subite, inattendue, et qui l'avait mise en danger : 



JEAN^ DES BANDES NOIRES 135 

« Souvenez-vous de moi, très cher époux, écrivail-elle 
le 2i mars, ces jours derniers par un soudain accident 
je me suis trouvée en telle extrémité (jue j'ai cru ne vous 
plus revoir: grâce à Dieu me voici tout-à-fait hors de 
péril et délivrée... » L'écriture, altér*'e, petite, était d'une 
convalescente. Elle songeait pourtant à demander de beaux 
chapeaux en or, et priait son mari de lui réclamer ce 
qu'il désirait, car « elle n'avait qu'une idée, faire ce qu'il 
aime. » Pendant ce t^mps, les mille et doux mille florins 
de dette s'inscrivaient sur les livres rouges de Sainte- 
Marie-Neuve. Et les maîtresses se montraient, diverses 
et nombreuses, plus exigeantes et plus tendres. 

C'est Angélique, la Vénitienne, la même qu'on vou- 
lait brûler à Florence. Elle avait échappé, peut-être 
grâce à lui; elle l'aimait toujours. Elle ne craignait pas 
de lui écrire, même en son palais de Florence, où Marie 
Salviati croyait l'avoir reconquis, en juillet. A côté des 
lettres politiques, où Louis de Gonzague avouait « mal 
connaître les secrets des grands princes », si compliqués 
cette année-là, les racontages de la Vénitienne arrivaient 
à Jean dans sa maison du Corso, entre son enfant et sa 
femme, les jours où il ne passait pas la soirée chez les 
Angélique ou chez les Maman-ne-veut-pas, au quartier 
Saint-Jean ou ailleurs. Est- il croyable que ces dames ve- 
naient lui parler, en présence de Marie Salviati? ou bien, 
Marie et Cosine étaient ils à Castello '^ 

« Très honoré et très cher Seigneur, je me recom- 
mande à Votre Seigneurie. Vous savez que, le soir où je 
vins parler à Votre Seigneurie, je a'ous priai de vouloir 
bien faire que je puisse revenir dans le quartier Saint- 
Jean et faire la paix avec la Villanella. Présentement je 
serais venue vous parler ce soir, mais j'ai peur que vous 
ne disiez que je suis venue vous rompre la tête ; pour- 
tant j'ai eu recours à Votre Seigneurie, parce que je ne 



136 JEAN DES BANDES NOIRES 

connais autre maître que vous. Et si Votre Seigneurie 
ne me vient en aide, je ne vois pas de moyen que cette 
Villanelle me laisse vivre, attendu qu'elle a bien su dire 
qu'elle ne fera jamais la paix avant de m'avoir coupé ou 
fait couper la figure. Si bien, Monseigneur, que, ne con- 
naissant autre maître que vous, je vous prie autant que 
je sais et puis faire que Votre Seigneurie daigne envoyer 
un de ses serviteurs à cette femme, afin de voir à nous 
faire faire la paix ensemble. Et cela m'importe plus que 
de retourner dans le quartier Saint-Jean. Et je prie Vo- 
tre Seigneurie de me tenir pour excusée si j'ai pris trop 
de liberté avec vous, c'est la peine qui me fait agir, car 
j'en arrive à ne pouvoir sortir de ma maison une seule 
fois sans être bien accompagnée, et je vis proprement 
dans le désespoir. Tant, que je me recommande autant 
que je sais et je puis à Votre Seigneurie, la priant de 
m'excuser, parce que je sais n'être pas digne d'écrire à 
un si grand Seigneur; mais comme je l'ai dit plus baut, 
c'est le grand besoin qui me fait prendre une pareille 
licence avec Votre Seigneurie. Et pardonnez-moi si je 
vous donne ennui. Dieu vous le rendra pour moi, qui 
n'ai plus la ficulté d'aller un malin à entendre une 
Messe, à cause de la grande peur que me fait cette créa- 
ture. Aussi je me recommande à Votre Seigneurie ; si je 
savais le mal que j'ai fait à cette femme, je n'aurais pas 
tant de chagrin, mais innocente co nme je suis, cela me 
parait moult étrange. Pardonnez-moi, et que Dieu bé- 
nisse V. S. 

» Votre servante et votre esclave. 
» Angélique la Vénitienne, à Florence. » 

Du même temps est cette autre lettre, d'un ton moins 
humble et plus tendre. La plus belle déforme, et la plus 
jolie dans ses càlineries, qu'on trouve parmi toutes celles 
où revit la bande de femmes qui fut au service de Jean. 

« Unique et seule espérance de ma vie, par la grâce 



JEAN DES BAXDKS XOIRES 137 

(le Dieu et de voire coartoisie je me trouve faire réponse 
à une leltre de vous, pleine d'amour ; sans que je vous 
le narre, vous devez penser, mon seigneur aimé, com- 
bien elle me fui agréable, car chose désirée est deux 
fuis chrre! Quant à l'amour que nous ferons céans en- 
semble, il vaut mieux se taire qu'en dire un peu ; si je 
voulais vous narrer une partie de celui que je vous porte, 
tous les chanceliers et les scribes de la chambre aposto- 
lique ne seraient point assez pour en dire la moindre par- 
tie. Bien que je connaisse, mon refuge chéri, que je ne 
■ suis pas digne d'invoquer votre précieux nom: mais 
Votre Seigneurie est tant gracieuse et courtoise que je 
me trouve par Elle un peu enhardie à montrer une 
partie de ce que j'ai dans mon pauvre cœur, et qui tou- 
jours augmente de manière que si je continue ainsi je 
ne vois pas moyen de me sauver. 

» Je finirai mon faible caquet, seulement afin de ne 
point lasser votre noble Seigneurie, à laquelle toujours 
je me recommande ; mais je tiens seulement à vous rap- 
peler qu"on ne promet pas aux dames ce qu'on n'a pas 
l'intention de tenir. Et pourtant vous m'avez promis de 
me venir voir, et puis vous vous en êtes repenti, et 
voici que pour cette fois il me faut avoir patience. Dieu 
vous tienne longtemps heureux. » 

C'est une dame, une rouée, elle ne signe ni ne date. 
Mais oncques plus belle écriture ne gazouilla plus gen- 
timent. 

Pour cette vie d'amours, comme pojr tenir en bride 
les fantassins dont se plaignait Prosper Colonna, il fal- 
lait des ducats. Ils vinrent enfin, le fameux bref d'inves- 
titure pour les biens de Ludovic Uffreducci se signait à 
Rome. Le 14 juillet, François Albizzi, qui surveillait 
l'affaire, écrivait : « Le bref n'est pas encore en expédi- 
tion; nous verrons si d-imain le Saint Père y voudra em- 



138 JEAN DES BANDES NOIRES 

preindre l'Anneau du Pêcheur: il n'y manque rien que 
la signature. 

» Maître Serrapicha est tant adonné à faire voler l'oi- 
seau, qu'il s'y épuise, et quelquefois oublie ses devoirs^ 
et reste dehors jusques à une heure de nuit : il promet 
la réponse, et puis rien ne vient. » 

Léon X sen tirait toujours à 1 1 manière de ceux que 
l'on ne peut ni démentir ni contredire : il niait les con- 
versations, il éludait les promesses. « Je ne me souviens 
pas... Je n'ai jamais rien dit de pareil... Je ne sais ce 
que l'on veut dire. » A peine si l'épais visage avait un 
pli de plus, et si les yeux troubles se voilaient d'une 
ombre plus lourde. Depuis Cosme de Médicis, combien 
de générations avaient fourbe, quel long trésor d'astuces 
et de compromis dans cette race ! 

Enfin, le 16 juillet, le bienheureux parchemin sort de 
la chambre apostolique : 

« LÉON X, PAPE. 

Cher fils, salut et bénédiction apostolique. Attendu 
qu'il ne nous paraît pas moins décent que convenable en 
notre circonspection pontificale, s'il nous est connu que 
certains, en les nécessités du Siège apostolique, n'ont 
point épargné leur fortune propre, de les dédommager 
de leurs dépenses subies par des dons et restitutions et 
de leur permettre quils puissent supporter de plus 
grands frais encore ; pour ces causes, considérant avec 
quelle fidélité et dévotion envers le Siège apostolique, 
contre Louis Eufreducci rebelle et les larrons homicides 
et autres bandits qui le soutenaient en nombre, alors 
qu'il allait ravager et assiéger notre ville de Fermo et sa 
Comté, pour le grand mépris de nous-même et du Siège 
apostolique, tu t'es montré, toi, libéral envers tes trou- 
pes, et as fait des frais en grande quantité ; nous estimons 
équitable de te donner pour tant de dépenses et de frais 



JEAN DES BANDES NOIRES 13'.) 

quelque rémunération. Pour ces raisons, de notre pro- 
pre mouvement et en raison de notre ferme libéralité, 
autorité apostolique, par ces causes, à toi et à tes héri- 
tiers et successeurs en récompense des dits frais et tra- 
vaux, nous concédons, donnons et libéralement remet- 
tons on largosse, à prélever entre les biens immeubles 
dudit Louis Eufreducci et possessions venues tant par 
héritage de feu Baptiste Liverotto. que de Thomas son 
père et de ses oncles paternels, existant dans la Cité et 
Comté de Fermo, et confisqués pour la Chambre aposto- 
lique en raison des excès dudil Ludovic, jusqu'à con- 
currence de la valeur de six mille ducats en récompense 
des frais et de l'argent dépensé pour ceux de tes soldats 
qui dans l'expédition et conflit contre ledit Ludovic sont 
intervenus en fait. » 

Six mille ducats, après tant de peines ! ce n'est point 
avec ses capitaines que Léon X vidait son trésor. Ce bref, 
écrit en un latin qui n'est plus de Bembo. fut présenté, 
comme il appert d'une annotation, le mercredi 8 août, à 
Fermo, devant le vice-régent et le commissaire subdé- 
légué, par Georges Pétri, aliàs le Bossu de Forli, procu- 
rateur de Jean de Médicis. 

El Jean, content ou mécontent, reprit son poste dans la 
Marche. Dans ce pays, tellement plein de repaires qu'un 
même mot, rocca, veut dire rocher et forteresse, il par- 
court toutes les gorges, il hante tous les donjons. Tout le 
monde s'adresse à lui, tout lui revient : pour un petit vase 
de poudre, pour le mariage d'une vilaine, pour les exac- 
tions des soldats, c'est à lui qu'écriront trésoriers, vice- 
trésoriers. Prieurs et Anciens. Et les prêtres le font 
toujours damner ; nullement courtisan, il est leur jouet 
sans le savoir. Il est harcelé par les besoins d'argent. Le 
bref même ne lui arrivait pas sur-le-champ. Le cardinal 
Armellini, qui avait la pièce en main, leurrait de jour 



140 



JEAN DES BANDES NOIRES 



en jour le trésorier de Jean ; il voulait dix ducats, il finit 
par le lâcher pour quatre. Ce même Révérendissime ex- 
citait en sourdine les habitants d'Iesi à massacrer, s'ils 
le pouvaiput, les soldats de Jean : « cela ne me plaît 
point », disait le condottiere^ « il me fera faire quelque 
excès, il n'agit pas en ami. » En outre, le vice-légat se 
mêlait de diviser les troupes, il entravait les paiements. 
Avec cela, riche en belles paroles, en « amour et cour- 
toisie », mais on aurait voulu que « les paroles et les faits 
se missent un peu mieux d'accord. » 

Quel métier pour Jean de Médicis, peu courtisan, qui 
s'achoppa toujours aux pièges d'une politique irrespon- 
sable et hypocrite! 11 ne sul jamais éviter les faux pas 
qui perdent, ou du moins retardent et affaiblissent un 
homme dans une société amoindrie. Soldat, au milieu 
de soutanes, de robes, ou de manteaux couvrant les ban- 
quiers, les procureurs, il s'empêtre et il se débat. 11 est 
toujours en peine de mille ducats; or, c'est le moment 
que choisit Cornélie Riario, mariée à Parme avec Octavien 
de'Carissimi, pour lui annoncer sa grossesse et demander 
« un berceau convenable, car c'est l'usage en ce pays que 
les père et mère de l'épousée, ou les plus proches parents 
y pourvoient pour le premier enfant, ensemble les pare- 
ments qu'il faut. » Et elle spécifie qu'elle se contente- 
rait de six écus d'or filé et autant d'argent, de quatre 
brasses de satin pour se faire une courtepointe, ou même 
d'un habillement déjà porté par Marie Salviati. Son cré- 
dit près de Blanche Riario était épuisé, elle « se jetait 
dans les bras » des Médicis-Salviati. Elle marquait encore 
qu'elle aimerait bien du satin incarnat avec mouchetures 
en brocart. « Ce sera, finissait-elle, un petit cadeau pour 
Voire Seigneurie, et beaucoup pour moi, plus pour l'hon- 
neur que pour la volupté. » Fidèle aux volontés dernières 
de Catherine Sforza, Jean protégeait et tolérait la quéman- 
deuse infatigable, ce digne fruit de Monseigneur Octavien 
Riario, évêque de Viterbe. 



JEAN DES BANDES NOIRES 141 

Il se consolait avec une esclave grecque, Lorenzina, 
qu'il faisait venir; il chassait dans le parc de Caslel-Du- 
rante, prenant cinq daims en un seul jour « avec les plus 
beaux pourchas du monde. » Ce régime ne valait rien 
pour un homme rongé de fièvre, si malade que le bruit en 
venait jusqu'à Florence, et que Rome entière parlait de 
(( cette petite fièvre quotidienne, lente, lente, qu'on juge 
longue et dangereuse, d'autant plus que Sa Seigneurie 
n'en fait nul compte, et n'y a pas le moindrement 
garde. » La fièvre, la peste, on les trouve partout alors, 
en Italie. La peste est passée. La fièvre est éternelle. Et 
la vie que menait un Jean de Médicis était propice à un 
mal qu'on ne traite ni par le courage ni par le mépris. 

Ses amis espéraient que l'on allait le rappeler à Flo- 
rence, et ensuite à Rome, avec le cardinal de Médicis. 
C'était pour les affaires de la Ligue, qui occupait tous les 
esprits. Dans la même lettre, la Bacciaqui habitait Rome, 
faisait réclamer avec instances, par Suasio, son Pélrar- 
quf, elle le voulait, on le lui avait égaré: quelque chose 
man(|uait à ses amours, aux baisers de la Baccia. 

Jean de Médicis se trouvait, lui, au milieu des pires ac- 
cès, (( entièrement guéri, grâce à Dieu. «Avec l'argent, la 
discipline était son seul mal; il la voulait terrible, et 
quand il s'agissait de chevaux, féroce. Le Modénais Mar- 
tin, son maître d'écurie, a fait une faute, il le fait mettre 
aux ceps et aux fers, avec des aulx et des ciboules pour 
manger, et du vin poussé pour boire; il y revient à plu- 
sieurs fois, il s'acharne. Un peu de viande, et les ceps 
enlevés, parce que le prisonnier souffre d'une jambe, c'est 
tout ce qu'il concédera. Encore doit-on mettre les menot- 
tes en échange. » Si les recrues sont mal disciplinées, il 
les fait revenir d'Ancône à Castel-Durante, sous ses yeux 
mêmes. Et les soldats d'Iesi reçoivent l'ordre de ne pas 
bouger. On le connaît, on sait ce qu'il veut dire, en écri- 
vant : « on va me forcer à faire mon devoir! » 



143 JEAN DES BANDES NOIRES 

Il avait été si malade qu'on avait fait courir le bruit 
de sa mort dans la bavarde Rome; « c'est le cardinal 
qui l'a dit de sa bouche, lui annonçait un de ses capitai- 
nes, mais ils mourront eux tous avant Votre Seigneurie î 
Soignez-vous, et point de paix ! » Pour oublier la fièvre 
tierce, et les refus de Jacques Salviati, qui ne lui prêtait 
plus, Jean ne connaissait qu'un remède, les femmes; la 
banque des Salviati, qui garantissait les dots princières 
et traitait avec le roi de France, avait eu de grosses dé- 
penses : « prêter au cardinal pour çon chapeau, marier 
un autre fils, tant d'autres grosses charges, et présente- 
ment encore le mariage d'une autre fille Alvise. » Un 
peu de la rancune que ces refus, ces défaites répétées, 
inspiraient à Jean, retombait sur l'innocente Marie Sal- 
viati. C'est la coutume des ménages médiocres, comme 
le sien. Alors, il écrivait à François Albizzi : 

« Estimable homme. J'apprends que Jean de la Stufa 
doit arriver avec la Lucrèce (je veux dire Maman-ne-veut 
pas), courtisane de Rome, comme vous savez, à cette 
foire de Recchanati; enconséquence, j'ai jugé bon de vous 
écrire les présentes, vous commettant à placer des espions 
ou bien envoyer un exprès à Recchanati, lequel fasse at- 
tention quand eux autres s.eront arrivés là; et, dès leur 
arrivée, vous devrez tenir prête une troupe de vingt che- 
vau-légers de la compagnie, que Jeannot ne connaisse 
point, pour cela prenez tous ces Albanais et autres que 
vous saurez lui être inconnus, mais qu'ils ne portent pas 
ma livrée, ni les capelets albanais; et aussitôt, envoyez- 
les après lui, là où il se trouvera ; faites-lui enlever par 
force cette Lucrèce, et laissez-le nu dans le lit. Et sil y 
a là de ses serviteurs qui veuillent se rebiffer ou faire du 
bruit, qu'on leur donne des coups de bâton; et puis en- 
voyez-moi la dite Lucrèce. Faites encore, qu'on enlève 
tout ce qui se trouvera là-bas. et qu'on ne lui fasse aucun 
mal; mais pas de coups de bâton à Jeannot. 



JEAN DES BANDES XOIRES 143 

» J'écris à Jérôme Agnellet. qu'il ait à faire ce (jue 
vous lui commanderez, exactement. Vuus savez à pré- 
sent votre office, n'y manquez pas. 

» Laissez mener ;\ Romanello le cheval (pi'il a ; et en- 
voyez-le pour espion, il sera bon \h. pour faire ce service 
à Keccanati. 

» Parc de Caste! Durante. 22 sept. I.')2(). 

» Xe manquez en ceci pour rien au monde. 

Ji;a.\ Dii Médicis. 

« Faites, s'il se peut, queMesser Paul n'en sache rien. » 

Messer Paul, c'est ce capitaine Luzasco, qui lui était 
si n '^cessaire pour un commandement disséminé. Ces ca- 
pitaines étaient ses confident?, sts ambassadeurs, ses en- 
trepreneurs de conquête et de vengeance. Ils lui appor- 
taient peut-être de Rome ces billets griffonnés, plies el 
repliés bien menu, pour glisser partout, et qui disaient, 
dans leurs énormes jambages semés sur le papier vélin : 
« Je vous suis esclave, et vous baise les mains, et de 
bon cœur, et sans fin ; si je vous offensai jamais, par- 
don, car je suis votre unique esclave. Ah! par ma foi, 
Monseigneur Jean, vous êtes homme à être aimé. Je suis 
à Milan, où l'on ne parvient pas à me marier. » 

Gomme Vitello Vitelli, comme Albizzi, comme le mar- 
quis de Mantoue, ses capitaines lui faisaient présent de 
chiens ou de faucons; cette année-là, peut-être pour 
dresser le bel étalon que Frédéric de Gonzague lui avait 
donné, la chasse à l'oiseau l'occupait beaucoup; il s'y 
livrait, à Fossombrone, ou dans les environs d'Iesi, la 
ville de Frédéric II, la ville du subtil Gésar qui composa 
lui-même un traité de fauconnerie. 

Ces sauvages plaisirs l'aidaient à se délasser des tra- 
cas que ses bandes trop peu payées, composées de Corses 
ou d'Albanais sanguinaires, lui causaient par leurs dé- 
mêlés avec les populations; les Picéniens toujours farou- 



14i JEAN DES BANDES NOIRES 

ches se battaient avec les soldats. A Tolenlino, le sang 
coulait, un homme des bandes fut massacré. Jean de Mé- 
dicis allait fondre sur la ville, et la mettre à sac : Léon X. 
l'arrêta, par un bref où il enjoignait, sous peine d'en- 
courir, « son indignation, de ne point molester, réelle- 
ment et personnellement, les Tolentiniens, ni ravager ou 
dévaster leurs champs ; en outre, d'obvier aux scandales », 
promettant d'ailleurs que l'on punirait les coupables; 
Lucrèce Salviali supplia ce gendre qui__rairaait toujours. 

Le mielleux Armellini, qui envoya la lettre, ouvrait 
une instruction contrôles habitants; de son côté, Jean dé- 
pêcha le capitaine Paul Luzasco pour soutenir la plainte à 
Rome, tandis que le Cardinal Jules de Médicis la confir- 
mait dans les termes les plus affectueux et honorables 
pour son parent, et pressait la Curie d'abaisser « l'orgueil 
de ces provinciaux. » 

Il fallait en eff'et les tenir sous un joug de fer; pour un 
chien volé, pour un homme que l'on rossait, ils adres- 
saient une plainte en haut lieu. Les hommes de François- 
Marie délia Rovère agitaient le pays ; à Saint-Léon, des 
assassins guettaient Jean de Médicis. 

Avec cela, les gens de Rome ménagaient les villes, au 
détriment des garnirons. Six cents chevaux se disper- 
saient dans des cités encore mal soumises, les coups de 
main ne cessaient pas. Les bandes devenaient l'asile 
d'Italiens bannis, beaucoup moins bons soldats et aussi 
pillards que les recrues de la première heure. Le Car- 
dinal Vice-légat excellait à glisser une réduction d'effectif 
et de solde dans une phrase où le Saint Père disait son pa- 
ternel amour envers son neveu Jean. « Que Votre Sei- 
gneurie, disait-il, sache qu'il n'est pas de serviteur au 
dessus du maître ni de disciple audessus du professeur. » 
Ce latin de sermon, que Jean ne goûtait pas, lui faisait le- 
ver les épaules. Le Pape l'aimait, c'était à merveille: 
mais il le laissait sans appui. Jean, (jui employait les 



JKAN DES BANDES NOIRES l'i.") 

légats, et môme son cousin François Cuicliardiii, à lui 
envoyer des fromages de chèvre, s'irrilail de voir un 
Armellini ]:tnterner ses capitaines,, et maudissait la robe 
rouge qu'on lui enjoignait de révérer « à l'égal du Pape 
lui-même. » 

(( Venez le plus tôt possible à Uo;ne, lui disait le sage 
Cardinal Salviati, son ami vrai. Tenez-vous auprès de 
Sa Sainteté, qui vous désire fort... Les brefs n'étaient que 
pour satisfaire les autres gens. Notre Saint Père m'a dit 
de vous encourager de sa part à bien faire,, comme vous 
faites, et qu'il vous montrerait par effets quelle affection 
il vous porte. » 

Durant ces derniers mois, Cosme avait eu la fièvre 
tierce, au Trebbio, puis il s'était lentement remis. Mal- 
gré les rapports mensongers, il parlait et il marchait 
bien, chose assez peu miraculeuse chez un enfant de 
seize mois, mais qui ravissait Marie Salviati; naturelle- 
ment, elle le disait « plus beau, plus gracieux cha({ue 
jour. » Elle l'eût dit, en bonne mère,, même d'un mons- 
tre : mais il est vrai que ses portraits d'enfance mon- 
trent un joli garçonnet, au beau front, à la bouche ten- 
dre, aux yeux de caresse; la vie, l'ambition, le vice, en 
fera le Grand Duc livide, aux yeux de batracien dans des 
joues bouffies. 

L'année 1520 finit sans que le père allât revoir Flo- 
rence. Tout à ses soldats, à ses dettes, occupé par les dif- 
férends des Gaëtani avec les Colonna, il vit se lever, 
dans la Ville Eternelle, le nouvel an qui devait l'amener 
sur les champs de bataille plus dignes de lui. Il s'égayait 
en des tournois qui ravissaient le Pape, toujours avide 
de spectacles. 

« Magnifique dame, ma maîtresse très honorée, écri- 
vait le chancelier François Suasio à Marie Salviati. Je me 
recommande à V. Excellence sans cesse, et je veux vous 
apprendre ce qui se passe. Le Seigneur Jean est en très 

10 



l'tG JEAN DES BANDES NOIRES 

bonne santé, et dimanche soir il a donné ici à la maison 
un repas splendide à plusieurs Cardinaux, Seigneurs et 
gentilshommes, parmi lesquels se trouva le Cardinal 
Salviali et le Prieur. Et, avant le repas, on a jouté à 
cheval, et ce fut un beau spectacle; et à pied, après 
manger; ces Seigneurs Cardinaux et les assistants y ont 
pris grand plaisir. Et, lors jue X. S. Père le Pape l'a su. 
il a commandé au Seigneur Jean de faire une autre fois 
ce tournoi en sa présence : je crois qu'ils le feront au 
Château (Saint-Ange) où le Pape se tient présentement, 
ou au Belvédère, ou dans le lieu que choisira Sa Sainteté. 
Et pour un camp, le Capitaine était Monseigneur, et 
pour l'autre, Perceval de la Stufa. Ils étaient six cava- 
liers par camp, tous armés à cheval, avec les estocs en 
main. On ne se pouvait faire mal, et ils se frappaient en 
aveugles, tant que les étincelles de feu montaient jus- 
qu'au ciel; et après le dîner, dans le combat à pied, ils 
étaient douze par camp, avec piques et estocs, artillerie, 
trompettes, tambours, cela fît une bataille fort plaisante, 
le plus beau spectacle possible: si bien que dans Rome 
entière on en parle à la grande louange de Monseigneur. 

» Votre Seigneurie aurait vu, dans ces armes et ces 
combats, le Seigneur se conduire comme un autre César; 
tant il faisait brillamment, avec des coups de paladin. 
Et grâce à Dieu personne n'a reçu aucune blessure. Il y 
avait sur les maisons voisines d'alentour une grande 
foule, des spectateurs accourus, jusqu'à couvrir les toits: 
et tous s'en allèrent ravis. A nous demeura la gloire, 
qui pourra en outre produire un fruit non petit. Tout 
cela pour instruire V. S. que Dieu tienne longtemps en 
joie. A Rome, le jour pénultième de janvier 1520 152 1 . » 

Vingt-huit ans après, Rabelais verra des fêles pareil- 
les, à Rome, sur la place des Saints Apôtres. 

L'année J521 commençait, cette année lugubre, « le 
temps de pleurs et de douleurs, » mauvaise à l'Italie, et 



JEAN DES BANDES NOIRES l'i7 

pire encore pour la France dont les forces allaient se 
perdre à ces ineptes guerres. 

Du moins, ce long temps de l'attente armi.'e au milieu 
des Marches a fornii' Jean de Médicis. Et dans ces devoirs 
mesquins, parmi ces luttes médiocres, il a préparé ces 
soldats qui feront le travail de sa gloire. 

Pendant que Léon X, « universelle araignée », a 
tramé les toiles où il va s'empêtrer, lui-même, et dont 
les lambeaux étoufferont l'instable Clément Vil, Jean de 
Médicis a fixé les cadres de sa petite armée fidèle. 

A la tête, il a ces capitaines pour lesquels il va jus- 
qu'à risquer sa vie, car ils peuvent le remplacer au be- 
soin dans les entreprises. Les cadres sont remplis par la 
plus bouillante jeunesse d'Italie, par des bannis, par des 
bandits, c'est le même mot et souvent la même chose, 
par les Albanais, par les Corses. On recherche d'être ac- 
cepté; Dominique le Corse écrit le 13 août 1519 : « Je 
prie V. S. vu les offres qu'Elle m'a faites, de vouloir bien 
me répondre sur ses intentions et ce que j'ai à faire, at- 
tendu que je n'entends pas consentir à servir personne 
sinon V. S. et avec Elle vivre et mourir, parce que j'ai 
déjà éprouvé qu'Elle m'aime et me veut un très grand 
bien; et que V. S. sache que je ne suis pas homme à 
changer un maître pour un autre, si ce n'est avec l'es- 
poir que vous me mettrez à l'épreuve, et m'emploierez à 
quelque faction honorable, et pour vous montrer que 
je suis et serai toujours Voire Serviteur très fidèle. » 

Un capitaine aventurier, albanais au service de la Sei- 
gneurie vénitienne, le comte Mercure Bua, réclamait des 
hommes fugitifs, qui avaient trouvé place dans les ban- 
des du capitaine, « qui vraiment donnait espérance par s-a 
valeur de monter à plus haut grade, et qui montre l'àme 
d'un Scipion l'Africain. » Oclavien Riario recommandait 
deux hommes, des Corses, neveux d'un de ses servi- 
teurs, « l'un appelé Venturuzo, l'autre Marchetti, les- 



148 JEAN DES BANDES NOIRES 

quels désireraient servir S. S. Uluslrissime, I'uq en qua- 
lité d'estafier à pied, et l'autre d'estafier à cheval. » 
Après le fils de Morone, le Duc François Sforza proposait 
encore Pierre-Jean de Berti, de Forli ; au milieu des 
grandes affaires qu'il voyait traiter à Worms, en pleine 
faveur de Charles-Quint, le Duc jugeait l'entrée d'un 
homme en ces troupes d'élite assez précieuse pour qu'il 
s'y voulût employer. Jean-François, des comtes de Cor- 
rège, priait Jean de Médicis « qu'il voulut bien accorder 
au Magnifique comte Charles de Corrège de venir en ces 
bandes », et il insistait longuement. 

Quiconque se présentait pour être enrôlé commençait 
par subir l'examen du maître . s'il plaisait à cet œil aigu, 
sagace et sévère, l'épreuve commençait : une lutte avec 
les soldats formés suivant lee règles de la milice. L'ad- 
mission, lechiffre de paie, dépendaient de cette première 
joute. 

Ensuite, c'était les exercices sous la surveillance di- 
recte du chef, le maniement des armes, les évolutions 
de troupes sur le terrain ; pour arriver à une paie su- 
périeure, il fallait s'être essayé contre Jean de Médicis 
en personne, et vaincre ensuite un adversaire « en esta- 
quade, » dans un duel à pied et à cheval. Les exploits 
menaient seuls aux grades : les lâches étaient renvoyés. 
Au début même, il les tuait de sa main. Puis, il aban- 
donna cette coutume qui avait l'inconvénient de rabais- 
ser le capitaine général au rang de bourreau. 

C'est juste à cette époque, où le sort lui ouvre la vaste 
carrière des guerres nouvelles, que ses bandes sont deve- 
nues « une République bien ordonnée » ; à vingt-quatre 
ans, sa fougue tombe, il ne reste que sa vaillance pres- 
que surhumaine. Il ne frappe plus les coupables, il les 
livre à son juge, qu'il tient maintenant près de lui, en 
permanence, avec un argousin; c'est la loi, l'ordre de 
la guerre, qui remplace le châtiment brutal. 



JEAN DES BANDES NOIRES l'iU 

Sous peine de la potence, les duels doivent rester li- 
mités aux deux adversaires : point de ces « quadrilles », 
qui font tuer ou blesser pour une querelle étrangère des 
seconds innocents. Jean de Médicis est ménager de cos 
hommes qu'il forme lui-même et avec tous ses soins. Il 
sait également (ju'il faut épargner le pays sur lequel ^n 
vit; les dangers les plus meurtriers, à cette époque, ne 
viennent pas des guerres, concertées et peu sanglantes, 
mais du massacre et des guet-apens organisés par les 
victimes du vol, du viol et de l'incendie; les soldais 
fugitifs, les traînards, les isolés, reparaissent bien rare- 
ment : malheur aux vaincus, ou à ceux qui s'égarent., 
les paysans veulent se venger, ils les guettent, ils se- 
ront assommés dans une embuscade ; on ne laissera les 
blessés dans les villes que si l'on a sagement traité les 
citoyens. Et puis, chacun doit vider ses querelles sans 
autre appui que soi-même. 

Tout cela, ce n'est point Machiavel où Jean de Médicis 
le trouve ; il est conseillé par sa vocation et son expé- 
rience. Il sent ce qui lui fait défaut; pour traiter avec 
les Seigneurs qualifiés et les Princes, il entretient auprès 
de lui des lettrés, comme Cesano, comme Raimondi. 
L'Arélin l'amusera, mais il le servira surtout, dans ses 
relations avec François I". 

Après avoir trop bien justifié le mot de Savonarole : 
« Les chefs sont cause de tous les maux qui gâtent les 
cités », Jean de Médicis, hors de Rome et de Florence, 
dans le champ clos où l'Europe va se heurter, ne mon- 
trera désormais que les vertus de ses anciens défauts. 

Et puis, voici les belles guerres avec les beaux histo- 
riens. Au lieu des bavardages patentés, on aura Martin 
du Bellay, on aura Lamarche, et le Loyal Serviteur, et 
Brantôme même ou Montluc, pour faire halte au milieu 
des documents inédits. Ce n'est plus cette histoire com- 
passée, ni cette histoire de collège, d'académie ou debou- 



150 JEAN DES BANDES NOIRES 

tique, œuvre de pédants, de courtisans et de chanoin?s. 
Des seigneurs français, qui ont vu les batailles et les 
affaires, négocié, rompu des lances, rédigé des traités ; 
un style franc, un style sobre et chaud comme les vins 
de France. Et, parmi les Italiens, le froid Guichardin se 
révèle dans sa correspondance exacte, bien plus haute 
que son histoire; les événements sont si forts, qu'ils 
soulèvent même la prose latine de l'évêque Jove. 

Le temps va finir des doubles traités et des clauses 
secrètes ; la lutte séculaire, dans le cha np de bataille 
éternel, entre les Alpes et la mer, va se rouvrir. Jean 
de Médicis est tout prêt. Regardez ses bandes, non plus 
les lourds soldats de l'Uccello, sur leurs coursiers énor- 
mes, avec les madriers peinturlurés qui leur servent de 
lances et les casques de Croque-mitaine dont ils effraient 
les ennemis ; mais une horde agile, dont les cuirasses 
sont conservées au Musée national, tout enfoncées par 
les balles : harnais solide et simple, chapeaux de fer sans 
ornements, adaptés au crâne, fortement tenus par des 
mentonnières, ou bien, si c'est pour un assaut, revêtus 
de larges rebords où l'huile et la poix couleront. Le ca- 
pitaine lui-même a rejeté les armes de parade ; la belle 
cuirasse à ciselures, le grand casque au mézail fantasti- 
que, montrés comme siens dans les vitrines, c'était pour 
les joutes et tournois de paix; l'armure de combat, celle 
qui fut son vêlement au tombeau, celle que San Gallo 
sculpta^ que Titien peignit, c'est la forte cuirasse fruste, 
avec l'énorme passegarde protégeant la spalière gauche, 
au faucre simple, fermée de boucles apparentes, sans 
un ornement. Il la revêtait sur une cotte de mailles, un 
haubergeon,, qui passe sous l'échancrure droite. Et sou- 
vent, lorsqu'il la débouclait à la fin d'une journée, les 
balles aplaties entre la carapace et le corps tombaient, 
grêlaient autour de lui, quand elles ne demeuraient pas 
collées au pourpoint « comme des piastres. » 



JEAN DES BANDES NOIRES 101 

Tel il sera jastju'à la fin, parmi ces soldats, qui sa- 
luent le premier, le plus fort, le plus brave et le plus 
prodigue d'entre eux. Ronsard en voyait de pareils, ils 
passent dans ses vers épiques : 

« Les morions, les piques des solda rs, 
Et les harnois fourbis de toutes parts, 
Et l'émery «les lames acérées 
Frappez menu des llammes éthérées, 
Et du rebat du soleil radieux. 
Une lumière envoyoient dans les cieux... 
Maint estandart ply sur ply se mouvant 
De tous costez se boulîoient par le vent. » 

Ces étendards sont blancs encore, ou rayés de pour- 
pre. Il faut les suivre, maintenant, jusqu'au jour où la 
mort du Pape qui les a fait déployer le premier va les 
mettre en deuil, et donner à Jean de Médicis le nom sous 
lequel il doit survivre dans l'histoire et dans la légende. 



II 



Les événements historiques, pas plus que les actions 
d'un homme, ne se distinguent en ces phases tranchées 
que les traditions factices semblent établir. 11 y a, d'une 
période à une autre, dans la vie des peuples et des 
gens, ces passages qui se retrouvent dans la nature en- 
tière. Avant les guerres déclarées, surtout en ce temps- 
là, mille petits nuagCo montent et se dispersent_, qui, 
plus tard, formeront l'orage. 

Léon X exécrait la France, contraire à ses desseins 
de grandeur excessive. Il avait, du mauvais politique ul- 
tramontain, — ce type éternel, — la rancune, l'avidité, 
l'ingratitude. Il n'avait oublié, d'ailleurs, ni sa capture de 



17y2 JEAN DES BANDES NOIRES 

Uavenue, ni les obstacles opposés à ses désirs les plus 
tenaces. Et puis, la France le frappait au cœur, c'est-à- 
dire à la bourse ; le maladroit Lautrec, gouverneur de 
Milan, n'avait su que jouer au tyran : non seulement le 
successeur de Jules II songeait avec amertume que 
Parme et Plaisance « valeureusement enlevées aux Fran- 
çais », n'étaient plus à la Sainte Eglise, mais encore, et 
bien pis, voici que le gouverneur de Milan méprisait le 
Pape jusqu'à conférer tous les bénéfices de la Lombardie 
sans le consulter, sans lui faire sa part; le Médicis, le 
fils de banquier, voyait les ducats s'échapper, les belles 
provendes se perdre : on avait fait défense de citer et ap- 
peler les bénéficiaires à Rome! 

« Scélérate et déshonnète insolence! » écrit un évêque 
inspiré par le Vatican ; les anciens griefs de la guerre 
d'Urbin, les alliances rompues par la double mort de 
Julien et de Laurtnt, tout fermentait dans l'esprit du 
gros Pape, gonflé de bile et d'humeur. Il ne pensait plus, 
certes^ à faire du Français un roi de Lombardie, et un roi 
de Naples avec l'Espagnol ; ce dernier demeurait seul son 
ami, s'unissait à lui par des trames secrètes^ jusqu'au 
jour où la haquenée blanche s'arrêta devant le Pontife, 
en signe de l'hommage que Charles-Quint lui rendait 
pour Naples. 

Jean de Médicis « condottiere de la Sainte Eghse », 
c'est le titre que lui donne le marquis de Mantoue, passa 
l'hiver dans les mêmes soucis médiocres où son action 
s'était jusque-là dépensée : comme l'Italie elle-même, il 
vivait, il finissait de vivre cette période monotone qui 
précède les grandes crises : lettres de magistrats obs- 
curs, affaires de garnisons, longues épitres pour dix che- 
vau-légers, placets de villes ou tiraillements pour la 
paie, recommandations, assurances d'amitié, tout ce fa- 
tras est mort à jamais. Rien n'en ressort, qu'un mot de 
Pescaire pour avertir comment les Espagnols, épouvan- 



JEAN DES BAXDE5 NOlllES l.')3 

tail de la Curie, passent sagemenlje Tronto, « sans faire 
nul déplaisir aux terres de Sa Sainteté, » malgré la dé- 
plorable méchanceté des paysans, poltrons et fourbes. 
On calomniait Jean auprès du Saint l'ère ; « ne vous en 
occupez point, disait le cardinal Armellini, notre Saint 
Père vous connaît. » Et pour le mieux connaître, on fai- 
sait décacheter ses lettres, môme lorsqu'il le déf(Midait. 

Au reste, il se tenait à Kome le j)lus qu'il pouvait. 
C"est là qu'il attendait l'éclat des événements. Une des 
dernières lettres qu'il y reçut venait de Blanche Riario, 
sa chère sœur, sa mère adoptive durant les mois d'é- 
preuve ; elle le remerciait d'avoir pris part à son mal- 
heur; le comte ïroïle de' Rossi de San Secondo, qu'elle 
avait épousé après un projet de mariage avec Astolphe 
Manfredi, venait de la laisser veuve, chargée déjeunes 
fils, au milieu de voisins terribles, dans le désarroi de 
l'Italie ; Jean de Médicis lui promit son secours, et, moins 
de deux années après, la comtesse Blaiiche éprouva que 
la promesse n'était point vaine. 

Il s'occupait, du reste, avec une vigilance étrange, de 
toute sa famille, et dans le moindre détail. En même 
temps, il suivait le Pape dans ses excursions de chasse, 
à la Magliana, puis à Viterbe. Il apprenait à connaître 
les intrigues, tout en faisant voler l'autour. Voir Guido 
Rangone mis à la tète de l'infanterie, tandis que le mar- 
quis de Maotoue était d'ores et déjà gonfalonier général, 
ce n'était peut-être pas sans amertume pour un Médicis, 
pour le seul Médicis guerrier. Il savait ce que dissimu- 
lait la bonhomie du cardinal Jules de Médicis, et com- 
bien il gênait cet homme à la figure féline. 11 dictait une 
lettre qui fait voir, dans le fougueux Jean, un Jean nou- 
veau, un Florentin avisé, perçant, ironique. A la veille 
d'entrer en guerre, il résume en paroles nettes, d'une 
sagace expérience, ce que la Cour de Rome a su lui mon- 
trer durant les démarches accumulées de mois en mois : 



lû'i JEAN DES BANDES NOIRES 

« Curé, que j'honore comme un père, écrit-il à Forlu- 
iiali. pour répondre à votre lettre, je dois vous dire que 
je suis très certain du bon office que vous m'avez rendu 
auprès de Notre Révérendissime, pour mon exaltation 
et salut, avec votre ordinaire efficacité, amour et foi ; 
mais je tiens à vous répliquer (sans vous imputer rien 
d'ailleurs en ceci) que vous êtes un homme à l'antique, 
trop crédule et prompt à écrire, à rassurer, et à faire 
prendre pour certain ce qui est plus douteux que la voie 
de l'oiseau dans l'air, ^liis pour mon contentement, ou 
pour ma confusion et la vôtre, vous voudrez bien me plus 
particulièrement expliquer sur quoi vraiment mon brave 
curé a fondé sa présente créance, et les assurances et 
espérances qu'il en donne. Laissons de côté un motif na- 
turel, le sang et la chair, que ma sincère foi eut mérité 
de faire valoir en quelque façon; ne prenez pas, je vous 
prie, fondement sur ma naissance, et sur des pronostics, 
ni sur des divinations, cela ne convient ni à votre âge 
ni à votre état; mais, attendu que vous avez touché tout 
à fond, et trouvé le nœud de l'alFaire, dites-moi ouverte- 
ment ce que, comment, par quelle voie et quand, ces 
choses seront (^ha'C erunl) : sans vous laisser leurrer 
pourtant, pour avoir peut-être voulu vous excuser à mon 
égard, avec de pareils morceaux de pain d'épice, de ce 
que vous ne m'avez pas envoyé les deux cents ducats ; 
car la promesse de Durand ou de maître Antoine se pou- 
vait donner sans autre commission de ma part, aupara- 
vant comme ensuite. Vous pourriez pourtant penser, 
curé, que meshuy nous devrions avoir compris les pro- 
cédés et manières dont on use au jour d'aujourd'hui. 
Néanmoins je ne serai jamais téméraire, ni obstine ; et 
je changerai d'avis, si vous me montrez assez prochains 
ce bien, cette félicité et ces grâces que vous me promî- 
tes, combien que je les aye toujours espérés et attendus, 
et jusqu'à présent à mon dam et confusion. Je ne crois 



JEAN DES BANDES NOIRES l-').") 

pas avoir manqué à mon devoir, el jamais je n'y man- 
querai, préférant avoir à me plaindre d'aulriii el Je mon 
mauvais sort, que de voir personne se plaindre de moi. » 

Cet homme s'était assagi ; tandis qu'il suivait le Pape, 
à risle, à Viterbe, ses agents travaillaient pour lui dans 
la Curie. En lui envoyant un chifïre secret, et l'eau chi- 
mique pour les écritures invisibles, ils lui exposaient les 
négociations touchant les patentes du capitanat. Et, le 
sei j[neur était heureux en même temps que le soldat ; un 
de ses chevaux triomphait, présage fortuné, dans les 
courses du palio. 

Montaigne vit ces courses de chevaux dans le Corso de 
Rome, où « il y a un pris qu'ils ajtpelent 6'/yO«/o », dit-il 
en son jargon farci d'italien. « Ce sont des pièces de ve- 
lours ou de drap. Les jantils homes, en certain endret de 
la rue où les dames ont le plus de veue, courent sur des 
beaus chevaus la quintaine, et y ont bonne grâce; car il 
n'est rien que cete noblesse sache si comunéement bien 
faire que les exercices de cheval. L'eschaffaut que M. de 
Montaigne fit faire leur cousla trois escus. » 

Telles que Montaigne les verra en 1582, pour le « Qua- 
resme prenant, » telles étaient déjà ces courses, que 
variaient des luttes d'enfants, de Juifs, ou de vieillards 
« tout nuds », des épreuves de buffles :;t d'ànes. La no- 
blesse qui ne pouvait venir envoyait ses chevaux. C'était 
beaucoup plus magnifique et plus renommé que les palii 
de Florence, courus au Bourg Saint-Laurent, dans une 
ruelle et parmi les cris des ciane, des commères floren- 
tines. 

Les plus fameuses écuries de l'Italie tenaient à hon- 
neur d'y figurer. « Il sied au Prince, disait le Courtisan 
du Castiglione, d'être libéralissime et magnifique, et de 
donner à un chacun sans réserve, attendu que Dieu 
(comme on dit) est le trésorier des Princes généreux; il 
lui sied de faire des festins splendides, des fêtes, des 



156 JEAN DES BANDES NOIRES 

jeux, des spectacles publics, d'avoir des chevaux en grand 
nombre et excellents, pour servir en guerre, et pour le 
plaisir durant la paix, des faucons, des chiens et toutes 
les autres choses qui conviennent au délassement des 
grands Seigneurs et des peuples ; comme de nos jours nous 
avons vu faire au Seigneur François de Gonzague mar- 
quis de Mantoue, lequel en ces matières semble plutôt 
Roi d'Italie que le Seigneur d'une Cité. » 

Frédéric de Gonzague n'avait pas dégénéré de ces cou- 
tumes paternelles ; en janvier, il envoyait à Rome ses 
chevaux barbes, « pour honorer la course des pallii (sic) 
et les festes de N, S. Père le Pape. » C'était Zuccone, 
l'écuyer spécial pour les chevaux barbes, le « barbares- 
cator », qui les menait en personne. Et le marquis les 
faisait précéder d'une lettre à Jean de Médicis, ou il'les 
lui recommandait comme au seul digne de les surveiller 
selon leur prix. 

En des luttes aussi noblement disputées, il était deux 
fois agréable d'être vainqueur. Aussi, les familiers se 
disputaient l'honneur d'apprendre au maître que ses 
couleurs avaient vaincu. C'est Jean de la Stufa qui fut le 
plus prompt; François Suasio disait, non sans aigreur : 
« Je pense qu'à cette heure V. S. pourra avoir eu les 
nouvelles du palio. car Jean de la Stufa me dit avoir fait 
le chancelier à ma place. » La course avait été fort belle. 
On exposait à plusieurs reprises la pièce d'étoffe gagnée, 
(( à cette fin, que les amis se réjouissent, et que les en- 
nemis, s'il en est, crèvent de maie rage. » 

Vraie famille, et vraie République, où le maître sur- 
veillait tout, et dont les membres se sentaient défendus : 
une correspondance entière s'échangeant pour libérer un 
soldat corse, Barinci, compromis dans une rixe de ta- 
verne; le Barigel avait relaxé l'homme en s'excusant 
beaucoup. D'ailleurs, pour un neveu du Pape, la police 
devenait douce. Déjà, dans la course du palio, la victoire 



JEAN DES BANDES NOIRES 157 

avait été donnée à Jean de Médicis par lautorilé muni- 
cipale. 

« -\ous avons le palio, écrivait le chancelier, parce 
que notre cheval a plus et mieux couru ([ue les au- 
tres. Celui de Nicosie est arrivé premier dun quart 
d'heure, parce qu'il a sauté les cordes des barrières; il 
aurait voulu le palio, mais c'était contraire à la règle. 
Le gouverneur et le Barigel, ayant appris que Nicosie 
n'avait pas tenu compte des barrières, ont dit: « Le pa- 
//oest au Seigneur Jean. » Et je puis dire que notre che- 
val et notre garçonnet ont fait bravement. Notre ami 
Morelto alla devant jusqu'au Borgo : puis le nôtre prit 
lesdevants/et nous eûmes un peu à disputer; mais néan- 
moins la victoire se décida vite pour nous; et le Pape, 
en apprenant notre triomphe, faisait une bouche jus- 
qu'aux oreilles, tant il riait de bon cœur. Votre Seigneu- 
rie peut penser que j'ai fait comme il faut : régaler la 
coterie sans y rien épargner, pourboires à la ronde, et 
ducats en bon nombre ; aux trompettes, aux fifres, aux 
tambourins, charpentiers, fabricants de chars, peintres, 
faiseurs de bannières, et tant d'autres; que V. S. soit 
SLire que tout le monde en parle fort. » 

Mais voici le temps où chevaux de courses vont deve- 
nir chevaux de guerre. Prosper Colonna prenait le che- 
min de la Lombardie ; il avait, lors de son passage à Rome, 
un entretien de « trois bonnes heures avec le Pape » ; 
l'ambassadeur d'Espagne, disent les uns, ou, suivant 
d'autres, le dataire Giberli, assistait seul à cette longue 
causerie; ensuite, durant trois quarts d'heure, au jardin 
du Vatican, un tête-à-tête reprenait entre le général des 
troupes pontificales et l'ambassadeur de César. Le mo- 
ment était décisif: et tous les efforts s'unissaient pour ar- 
racher aux avarices de la Curie cette solde qui permettrait 
à Jean de passer par Florence, afin de rejoindre ensuite 
ces vingt mille hommes de pieJ, ces douze cents hommes 



158 JEAN DES BANDES NOIRES 

d'armes, ces quatre cents chevau-légers, qui allaient ou- 
vrir la campagne sous les ordres de Ferdinand d'Avalos, 
marquis de IVscaire, d'Antoine de Ley va, et de Frédéric de 
Gonzague, marquis de Mantoue. Ce pontificat de Léon X, 
au matin joyeux et splendide, s'achevait parmi le fracas 
des armées. 

Le 7 juillet, Jean de Médicis écrivait, en son château 
du Trebbio : « Cette fois-ci, nous partons tous, ce soir 
nous serons à Firenzuola, et demain au soir à Bologne. » 
Le lo juillet, Prosper Colonna l'envoyait à Reggio « pour 
le service de Sa Sainteté. » C'est là qu'il reçut la pre- 
mière lettre de François Guichardin, alors gouverneur 
de Bologne. Pour contenir les gens de la contrée, « dont 
la nature^ outre la facilité que donnent les frontières, est 
telle qu'on ne peut s'étonner de voir fréquemment naître 
des désordres », pour brider la \ille « aux têtes carrées » 
on choisissait le capitaine qui s'était montré dans les 
Marches. La seule crainte de Guichardin, c'était que Jean 
ne frappât trop fort : 

« Il est nécessaire, au temps où nous vivons, — disait 
le prudent gouverneur, — de se conserver l'amitié des 
populations, afin que lors de votre mise en campagne 
vous ne laissiez point un si grand nombre d'ennemis der- 
rière vos épaules; veuillez donc prendre soin que vos 
hommes se logent sans nuire à personne, et vivent à leurs 
frais, sans violence et sans frapper ou battre personne, 
ainsi qu'ils ont, m'a-t-on dit. commencé par faire hier 
au soir. N'employez pas seulement la force, mais le con- 
seil et la prudence; vous le ferez assurément, et je vous 
en fais souvenir fraternellement, non seulement pour le 
bien des affaires pontificales, mais etiampour votre hon- 
neur particulier. » 

Guido Rangone s'employait pour faire nommer Jean 
de Médicis au grade de capitaine général des chevau-lé- 
gers. Mais LéonX songeait surtout à tirer de l'Empereur 



JEAN DES BANDES NOIRES 15'.> 

un Etat pour « ces diantres d'enfants laissas par le duc 
Julien. » Au reste, Jean de Médicis avait cuutun:ie d'em- 
pêcher ses amis de solliciter pour lui: franc et hautain, 
son caractère ne se pliait pas aux intrigues; il s'estimait, 
et il croyait naïvement que le mérite sert à s'avancer 
dans le monde. Pendant qu'il oscillait entre Bologne et 
Fieggio, Pescaire allait à Gênes, Prosper Colonna mar- 
chait sur Milan. Lui, dans undénùment complet, harcelé 
d'ordres, occupé par la dispersion de ses troupes, il se 
proparait à la grande guerre en étudiant les cartes de la 
Lo m hardie. 

« J'ai, lui écrivait Raimondi, fait tenir à M, Li'-andre 
(Signorelli)une Lombardie dessinée, afin que V. S. puisse, 
à son loisir, en sa chambre, voir le pays où Elh' doit 
donner batailles ; bien que cette carte ne soit pas fort 
correcte; il y en a d'imprimées, qui sont excellentes, 
à Venise. Mais ici, à Florence, on n'en trouve point. » 
On lui envoyait cette carte avec des chevaux, un palio, 
des effets, et une fdlette. Grecques ou non, venues de 
Viterbe ou d'ailleurs, il demandait ces fillettes dans maint 
courrier. 

Enfin, le siège de Parme lui donna la première action 
d'éclat qu'il put faire; le passage des troupes dans le 
duché de Milan, après un séjour de six semaines à Reg- 
gio, et d'une quinzaine de jours sur les bords des fron- 
tières, cette invasion si longuement préparée par tant 
de rancunes, avait déclaré la guerre; dans cette plaine 
parmes.ine de la Ghiaradadda, « où se faisaient ordinai- 
rement les plus belles escarmouches qu'il est possible », 
les escarmouches menées par Jean de Médicis surpassè- 
rent toutes les autres. A Florence, à Rome, il n'iUait 
bruit que de ses exploits. « On en parle singulièrement, 
on blâme seulement son trop grand courage, l'excès de 
son audace, et son mépri- pour les périls qui menacent 
sa vie. » Mais, ajoute son fidèle serviteur Suasio, avec 



IGO JEAN DES BANDES NOIRES 

grande sagesse, « on ne saurait à la fois être en sûreté, 
et acquérir le renom d'Hector. » 

Tel se montre Jean, à l'aurore sanglante de ces Ion- ç 

gués guerres, tel il demeure jusqu'au jour où le faucon- | 

neau l'abattra. C'est un paladin, c'est un preux^ il mé- * 

prise l'artillerie, comme Bavard, il ne veut pas connaître 
les armes nouvelL^s; vivre et mourir joyeusement, c'est 
la loi du vrai chevalier, c'est la sienne; et dans les ré- 
cits où se mêlent en un gâchis fastidieux les intrigues et 
les traîtrises,^ les marches, coutre-marches. sièges, traités 
et alliances, le nom de Jean de Médicis résonne, simple 
et formidable, comme un choc de lance, comme un appel 
de trompette. 

Avec ses quatre cents chevau-légers, il est partout, où 
l'on fait bien. Autour de Parme, il a devant lui le Gascon 
Carbon, impétueux, de bonne race, aventurier parent 
des princes, et qui moleste d'ordinaire les gens du Pape : 
ce Carbon, Carbone ou Charbon pour les Italiens, on 
proclame bientôt qu'il ne « flambera plus, car il a trouvé 
l'eau pour l'éteindre. » Un jour, il se trouve lance à lance 
avec Jean de Médicis, et Jean le désarçonne. 

Le 4 octobre, Jean a pris aux Vénitiens quarante che- 
vau-légers, plusieurs hommes d'armes, deux drapeaux; 
le capitaine des cavaliers. Mercure, n'a pu s'échapper qu'à 
grand' peine ; celui des fantassins, Marien de Leccio, est 
pris, et l'on sait qu'il est bon pour une forte rançon. 

Dans la retraite sur Rebec et Pontvic, Jean de Médicis 
fut chargé de couvrir l'armée, de même qu'il avait rompu 
l'effort des stradiots vénitiens à Casalmaggiore, et sur 
rOglio. « Tout le monde l'a dans le cœur, disait Suasio, 
on l'exalte^ on le célèbre, et on l'adore: et on lui promet 
force biens et un grade très honorable. » En attendant, 
on retenait ses soldats à la Cour de Rome. 

Tout allait mal pour les Français; les Suisses, qui se 
sentaient nécessaires, renchérissaient encore sur leur 



JEAN DES BANDES NOII'.ES ICI 

vi'nalilé. sur leurs caprices; « la Toussaint approciiait. 
dit Martin du Bellay, les nuits devenaient longues, plu- 
vieuses et froides; de sorte que nos Suisses s'ennuyèrent, 
et s'en allèrent sans congé. » Quatre mille restèrent, sur 
vingt mille; il est vrai que le Cardinal de Médicis avait 
pratiqué la défection de ces seize mille hommes. Ai)rès 
l'excommunication lancée par Léon X contre le roi de 
France, au 4 septembre 1521. le Cardinal Jules, vêtu de 
pourpre, avec Mathias Schinner, le féroce Cardinal de 
Sion. s'était mis en marche à la tête de dix mille soldats, 
également Suisses, et les avait menés, la croix en tète, 
sur Milan. Depuis lors, il navait cessé de fourber pour 
parvenir à faire déserter ceux de l'armée française. 

Lautrec, affaibli, sans argent et sans confiance, ne sa- 
vait même pas défendre ces positions excellentes, cette 
ligne de places fortes que défendaient des fleuves tor- 
rentueux : il abandonnait les remparts, il laissait fran- 
chir ces fossés naturels, échelonnés dans l'aquatique 
Lombardie, l'Oglio après le Pô, l'Adda après l'Oglio. 
C'est à Vaprio, pour tourner l'armée française, que l'on 
vit Jean de Médicis se jeter tout armé dans l'Adda: il 
avait envoyé des éclaireurs, et il savait que- tous les ef- 
forts ennemis porteraient contre le pont où les Impé- 
riaux devaient passer. Il prit deux cents de ses plus 
vieux chevau-légers ; il avait maintenant toute cette ca- 
valerie sous ses ordres, outre deux mille fantassins et ses 
cent lances du début. « Voici, dit-il à ces soldats délite, 
le moment où je vais connaître la valeur et le courage 
de qui m'aime : prenez chacun votre fantassin en 
croupe, et suivez-moi. » Il tourna vers le fleuve aux 
bouillonnements montagnards la tète de son cheval 
blanc, ce même Sultan qui mourut après la mort de son 
maître sans souffrir jamais un autre cavalier ; l'étalon 
barbe se jeta dans les tourbillons de l'Adda, Jean de Mé- 
dicis ferme en selle, la lance sur la cuisse, et passa la 

11 



10-2 JEAN DES BANDES NOIRES 

rivière sans une faute. Cependant le comte Onuphre de 
Mont d'Oglio, sur l'ordre de Jean de Médicis, avait fran- 
chi plus loin, sur des barques pleines de fantassins, et le 
neveu de Jérôme Morone, Francisque, avec d'autres ca- 
pitaines, traversaient au confluent du Brembo, plus en 
amont. Odet de Foix, qui espérait empêcher le passage, 
était tourné sur ses derrières. Les Français se replièrent 
sur Milan ; trois heures de lutte acharnée n avaient rien 
gagné, l'héroïsme de Jean de Médicis décida tout. 

Voilà les actions que cachent les flatteurs de ducs, les 
valets de Morone, comme Galéas Gapella. De jour en 
jour, Jean de Médicis « allait au ciel, et toute Rome en 
faisait fête, le proclamait unique, et le seul appui des 
armes pontificales. » 

Il était en eflet meilleur capitaine, de combat en com- 
bat ; capable de retrouver ses anciennes colères, on sa- 
vait ce qu'il voulait dire quand il écrivait : a Faites 
ainsi ; ou bien, je me courroucerai ! » Mais il devenait 
pitoyable, il commençait à montrer lame d'un vrai pa- 
ladin : le cruel Prosper Colonna voulait pendre Jérôme 
Cormo le Corse : Jean de Médicis demanda sa grâce, et 
Colonna finit par répondre : « Il faut bien, à un si vail- 
lant capitaine, et de si prompt conseil, et intrépide, 
comme vous êtes, accorder même les choses injustes. » 

Prosper Colonna n'aimait pourtant guère ce jeune ; 

chef, qui se faisait suivre par les meilleurs soldats, j 

brillait partout au premier rang, venait encore d'entrer 
avant tous à Milan, par une artificieuse idée : il avait . 
fait pénétrer des soldats par les bouches ouvertes pour 
l'écoulement des eaux. Si bien qu'il aurait eu la gloire 
d'avoir conquis la ville, si cardinaux, marquis et autres 
ne s'étaient hâtés de la mettre dans leur poche. De là 
les haines, les querelles ; voilà pourquoi Prosper Co- 
lonna lui fit un jour, sous quelque prétexte, des repro- 
ches amers; Jean de Médicis répondit avec son àpreté 



JEAN DES BANDES NOIRKS 163 

coutumière. « Vous ne me parleriez p.is ainsi dans un 
bois, gronda le général en fureur. » — « Dans un bois, 
répliqua Jean, ce bonnet noir que vous avez sur la tête, 
je vous le ferais paraître rouge. » 

Outre ces réponses hardies, Jean avait le défaut de 
se montrer magnanime : dans une armée qui rançon- 
nait les prisonniers, il ne songeait, aprôs la prise de 
Milan, qu'à rechercher son neveu le comte de' Rossi de 
San Secondo, parmi les soldats de Lautrec, afin de lui 
sauver la vie : quand il dégagea Paul Luzasco surpris 
par les Vénitiens, il prit Hercule Poète, capitaine des er.- 
nemis, et le remit en liberté, sans rien en tirer, ni ar- 
gent, ni offense. Prosper Colonna n'aimait pas ces ma- 
nières généreuses. 

Et d'ailleurs, un pareil soldat éclipsait tous les autres. 
Comme l'armée, avec le marquis de Mantoue, s'était 
portée par Chiaravalle vers Pavie, Jean de Médicis par- 
tit un matin pour battre l'estrade ; il traversait une de 
ces vastes prairies du Milanais, noyée })ar les pluies de 
l'hiver, ([uand il rencontra tout à coup un gros de che- 
vau-légers ennemis : on se mit à escarmoucher, et les 
Corses des bandes firent si bien, malgré leur petit nom- 
bre, que les autres plièrent. Mais quelques-uns d'entre 
eux parvinrent, par une fuite simulée, à entraîner, à iso- 
ler Jean de Médicis, qui se lança tout seul à leur pour- 
chasse : il galopait à toute bride, quand son cheval s'a- 
battit dans un de ces fossés qui tranchent les pâturages 
lombards: la bêle faisait des efforts désespérés, elle 
glissa dans la vase, et le cavalier fut pris sous elle; les 
fuyards se retournèrent, et voyant Jean de Médicis écrasé 
sous sa monture en train de se débattre, ils fondirent sur 
lui, l'entourèrent; et ils frappaient sur lui, martelaient 
avec leurs masses d'armes. Brusquement, sous l'averse 
des coups, malgré le poids de son destrier, Jean de Mé- 
dicis se dégage ; Jean de Médicis se relève ; il a sa masse 



164 JEAN DES BANDES NOIRES 

d'armes au poing; l'enclume devient le marteau. Mal- 
heur aux assaillants! il frappe, si fort, si longtemps, que 
ses hommes viennent au bruit, le dégagent, et le remet- 
tent sur ses arçons. Estocs et masses avaient bosselé son 
armure. Le soir, le camp se la montrait, couverte de 
chocs, enfoncée et faussée en plusieurs endroits. 

Maintenant, après la reprise de Milan, après que Lau- 
trec avait perdu presque tout le pays, on pouvait espé- 
rer une rentrée prochaine du duc François Sforza dans 
ses Etats reconquis. Jean de Médicis essaya de se faire 
donner un commandement par le prince son parent: il 
l'obtiendra plus tard, mais pour l'heure François Sforza, 
toujours incertain, et qui veut attendre de fermes suc- 
cès, lui répond : « Nous ne voulons meshuy vous affir- 
mer ni vous assurer que nous faisons état de faire pré- 
sentement l'emprise de notre Etat de Milan. Bien pou- 
vons-nous vous affirmer que la ferons certainement. Et 
aussi nous espérons que ce sera bientôt. Mais pour le 
moment préci=, nous ne saurions actuellement le certi- 
fier. Allez secrètement et silencieusement, nous vous en 
prions, comme si vous n'aviez nulle intelligence avec 
nous, et tenez-vous prêt à venir à notre aide, et nous 
vous promettons notre foi. » Jean de Médicis-Sforza, 
comme l'appelle son cousin, devait être averti par un 
messager spécial, quand l'heure serait venue. 

Dans cette Italie de conjurations et d'intrigues, un évé- 
nement arriva, qui ne dépendait point des hommes; ou 
du moins pas entièrement. Léon X mourut le l^' décem- 
bre 1521, à sept heures de nuit; le 12 novembre, Suasio 
disait à Fortunati, devenu prolonotaire apostolique et 
chanoine de Saint-Laurent : « Le Pape est à la Magliana, 
le cardinal Siilviati et le Prieur, avec la cour, y ont fait 
une belle Saint-Martin, et tout le monde va très bien. » 
Le ii novembre, Léon X reçut, dans ce pavillon favori, 
qui servait aux chasses et aux festins, le messager qui 



JEAN DES BANDES NOIRES 105 

apportait la nouvelle de la victoire devant Milan. La 
soirée se passa dans les réjouissances ; les fenêtres, di- 
sent les uns, laissaient entrer l'air empoisonné des cam- 
pagnes romaines. D'autres, qui virent le cadavre ouvert, 
avec les taches rouges et livides de ses viscères, accusent 
le poison. Le poète du Papegaut et des Cardingaux n'a- 
t-il pas écrit : « A Rome, gens inHnis guaignent leur vie 
à empoisonner... » 

La voix prophétique dont parlait l'Arioste en des vers 
terribles, la voix qui disait à tous ces Médicis emplis 
d'allégresse : « Ainsi que votre joie monta bien vite, 
bien vite elle sera détruite, vous mourrez tous!... » la 
voix fatale avait raison, une fois encore ! 

Fièvre ou poison, le joyeux Pape était mort. Frère 
Marien, son bouffon, espèce de moine mendiant, l'assista 
seul dans l'agonie. C'est lui qui dit à ce Pontife délaissé 
par toute sa cour, cardinaux, neveux et mignons : « Re- 
commandez-vous à Dieu, Saint Père. » On fit arrêter 
aussitôt l'échanson et le bouteiller, le marquis Barnabe 
Malaspina et Riccio. Mais c'était formalité pure. On pilla 
çà et là dans Rome, assez peu ; les traditions se per- 
daient. On commençait à parier sur les cardinaux papa- 
bles; le cardinal de Médicis avait beaucoup de partisans. 

Léon X avait peu servi son neveu Jean ; il fut re- 
gretté par lui comme s'il avait mieux fait, et dès ce jour, 
les bandes changèrent tout ensemble leurs drapeaux et 
leurs baudriers ; de blanches, ou de blanches et pour- 
pres, qui sont les couleurs favorites des cadets Médicis, 
leurs couleurs deviennent noires. 

Et dès lors, Jean de Médicis, déjà « maître d'un nom 
qui le fera rechercher en tous lieux, et accueillir et dési- 
rer » devient, pour le reste de sa vie, et dans sa mémoire 
à venir, Jean des bandes noires. Comme tous les héros, 
son nom, son vrai nom, c'est celui qu'il se crée. 



CHAPITRE III 



CAMPAGNES POUR FLORENCE- — JEAN DES BANDES NOIRES 
PASSE A LA SOLDE DE LA FRANCE. — SIÈGE DE CRÉMONE. 
— LA VIE A REGGIO D'EMILIE. — LES MALASPINA. — 
CLÉMENT VII PAPE. (1521-1524). 



Léon X avait dispara ; son œuvre croulait avec lui, 
jusqu'en ses pauvres fondements, édifiés avec tant de 
peines, tant de ruses, tant d'injustices, de cruautés et de 
parjures. Il ne devait rester de lui, comme c'est l'ordi- 
naire, qu'une renommée tout à fait différente de son 
mérite : celle d'un prince ami des arts et bienfaisant 
pour les artistes. Le Pape qui a négligé l'Arioste pour 
de plats bouffons, le prince bourgeois, plus sensible à 
Fra Mariano qu'à Raphaël et aux maîtres, où il voit seu- 
lement di'S « gens de mestier », ce personnage myope 
et scurrile va passer pour un Périclès; peut-être, il faut 
le dire, si ce Grec était aussi bien connu que Léon X, 
ne vaudrait-il pis beaucoup davantage. 

François-Marie d'Urbin s'empressa de se jeter sur sou 
duché; Florence tremblait pour avoir suivi la politique 
de son pape Médicis. Déjà les paris sur le cardinal Jules 
ne trouvaient plus preneur. Le duc de Ferrare écrivait 
à la République florentine : « Vous avez toujours été 
amis de la couronne de France ». Léon X était bien mort. 



JEAN DES BANDES NOIRES 167 

Jean de Médicis avait suivi le cardinal Jules à Rome. 
L'armé; pontificale était licenciée. 11 se commandait 
(( quatre paires do chausses pareilles au modèle », allait 
très bien et se tenait bien gardé, sous bonne escorte, 
dans ses chevauchées à travers la ville agitée par ce 
Conclave où se préparait l'élection d'un « Barbare ». 
Pendant ce temps, Marie Salviati s'épuisait à entretenir 
les chevau-légers et les pages, les hommes d'armes et les 
équipages qui affluaient à Florence. La République flo- 
rentine désirait reprendre à sa solde Jean des bandes 
noires; il refusait, sous prétexte qu'il n'était pas sur de 
ses hommes, pérugins en grande partie et partisans des 
Baglioni; or, François-Marie d'Urbin était allié de Mala- 
testa et d'Horace Baglioni. « Cela ferait, disait Jean des 
Bandes noires, l'effet contraire à celui que l'on recherche. » 
Le cardinal Jules était du même avis. 

La situation se troublait et s'aggravait de plus en plus, 
dans la difficulté d'élire un Pape; Jules de Médicis ne 
pouvait arriver au nombre de voix nécessaire. Les pa- 
rieurs baissaient toujours leurs mises sur lui. Mais il de- 
meurait assez fort pour empêcher un autre de prendre 
la tiare qu'il ne pouvait ceindre lui-même. Inquiet d'ail- 
leurs, à voir les fruits de sa cauteleuse diplomatie, l'ins- 
pirateur de Léon X était l'impuissant témoin du désar- 
roi qui se mettait partout et s'accroissait toujours : en 
moins de quinze jours, tous les mécontents, tous les dé- 
possédés avaient remis la main sur leurs Etats; le bref 
interrègne avait fait rentrer François-Marie d'Urbin dans 
ses duchés, Horace et Malatesta Baglioni dans les terres de 
Pérouse, Sigismond Varano dans celles de Caraerino. Le 
duc de Ferrare menaçait Modène et Reggio, Vilello Vi- 
telli et Guido Rangone les couvraient à grand'peine. Gui- 
chardin usait ses efforts à maintenir Parme et Plaisance, 
tandis que près des Florentins, Sienne s'agitait déjà. 
On espérait encore à Florence un second pape Médicis, 



108 JEAN TES BANDES NOIRES 

quand le conclave s'ouvrit le surlendemain de Noël. Mais 
le cardinal n'avait pas grand espoir, sauf de la fortune. 

Cependant, Jean de Médicis, rassemblait peu à peu 
ses troupes en Toscane, tout en laissant quelques forces 
dans les camps lombards; il restait à Rome, dans la 
maison de son beau-frère le Prieur, auprès de Lucrèce 
Salviali, « bien vu, caressé, courtisé de tous. » 11 atten- 
dait, lui aussi, le pape nouveau, pour agir suivant l'élec- 
tion ; d'un Pape Médicis il comptait « tirer un beau poste ; » 
mais dans le cas où les affaires tourneraient mal, il fau- 
drait user de prudence, d'une extrême prudence. Son 
frère César Riario lui donnait des festins, et lui présen- 
tait des chevaux qu'il recevait avec joie. 11 lui en fallait 
sûrement, pour courir, de Rome agitée, à ses camps des 
plaines lombardes, où l'attendaient « de grandissimes 
escarmouches, trois jours entiers sans une heure de re- 
pos. » Outre cela, d'autres garnisons dans les Marches, 
à Maënza, Roccagorga, les pays des anciens combats. Et 
toutes ces facendes, comme dirait Rabelais, sous une sai- 
son pluvieuse, dans un pays bouleversé. 

Enfin, le 9 janvier 1522, le « Barbare, l'absent », le 
Néerlandais Adrien de Florisse, cardinal de Tortose, ré- 
gent de la Castille pour Charles-Quint, était élu par le 
nombreux et turbulent Conclave. Et le peuple de Rome, 
persuadé que ce précepteur flamand, ce théologien obs- 
cur, allait transporter le Saint Siège en Espagne, affi- 
chait partout : « Rome est à louer. Roma est locanda » 

Jean de Médicis accepta de servir Florence contre les 
seigneurs qui rentraient en possession de leurs domaines, 
contre le duc d'Urbin et les IJaglioni. Ceux-ci, dont un 
était parrain du petit Cosme, avaient repris courage à 
la mort de ce Pape qui leur avait tué leur père, dans le 
moment même où l'on fêtait les noces de leur sœur Eli- 
sabeth avec Camille Orsini. Elevés en hommes de proie, 
les Baoflioni s'étaient mis au service de Venise. Ils unis- 



JEAN DES BANDES NOIRES 100 

saient maintenant leurs espérances à celles de François- 
Marie de laRovère, de Camille Orsini lui-même, des Va- 
rani, des Petrucci. L'usurpateur de Pérouse, sous la 
protection du Pape et de Florence, était leur oncle Gen- 
til Baglioni; déjà Guido Vaïna et Vitello Vitelli le soute- 
naient. Mais la grande action, l'action décisive en tout ce 
pays, on l'attendait de Jean des bandes noires. 

Il commença par soutenir Sienne, où le gouvernement 
restait fidèle. Pendant ce temps, il faisait revenir ses 
compagnies; le 10 janvier, Guichardin signalait leur pas- 
sage à Parme. 

Jean recrutait activement de nouveaux renforts. Irrité, 
souffrant mal la moindre affaire étrangère à ses troupes, 
il allait oublier ses espérances déçues, grâce au remède 
habituel, une rude campagne. Dès le 20 janvier, Lau- 
rent Cambi, commissaire du gouvernement florentin, écri- 
vait, de Montepulciano, que Ips bandes noires étaient 
arrivées et que les éclaireurs d'élite battaient le pays. 
La vieille Etrurie brûlait une fois de plus. 

Jean des bandes noires était un condottiere d'autre 
trempe qu'Annibal Rangone lui-même ou que Pierre- 
Louis Farnèse. 11 harcela les Huit de Pratique avec ses re- 
quêtes continuelles; fantassins, relais de stradiols, esta- 
fettes, il lui fallait tout, et sur le champ. Les Huit se 
hâtaient, répondaient que les compagnies s'étaient mises 
en marche, que les postes étaient pourvues ; le vice- 
chancelier, le cardinal Jules, était revenu gouverner Flo- 
rence, le 21 janvier, « en bonne santé et belle humeur. » 

Les chevau-légers passaient le 21 janvier dans Arezzo. 
Les fantassins allaient suivre. Jean des bandes noires en 
personne arriva, la nuit du 22, à Montepulciano : « J'ai 
cheminé trente-cinq milles, écrivait-il aux Huit, et lo 
voyage est méchant au possible. » C'était une route à 
travers l'abominable Val di Chiana.. l'allée naturelle entre 
le bassin du Tibre et celui de l'Arno; les marécages 



170 JEAN DES BANDES NOIRES 

formés par le cours putride de la Chiana rendaient mor- 
telle « la maudite et la malheureuse fosse » que Dante 
avait déjà conspuée par la bouche de Guido del Duca. 

Aussi Jean ne pouvait-il croire au plan que l'on assu- 
rait être celui des ennemis : venir de Castel délia Pieve 
pour donner bataille à Chiusi. « C'est incroyable, disait- 
il, surtout qu'il leur faut repasser les Ghiane, » ces mê- 
mes défilés où les soldats quittaient les bandes des Ba- 
glioni et de la Rovère pour déserter aux bandes noires. 
S'ils venaient, au reste, on avait fait le nécessaire pour 
les bien recevoir. 

Mais, s'il faisait son devoir, il voulait voir les commis- 
saires florentins faire aussi leur office; lents et avares, 
leur incurie pour les logements, leur manie d'éparpiller 
les troupes, leur parcimonie pour la poudre, les muni- 
tions, les provisions, irritaient le chef généreux et coutu- 
mier des grandes guerres. « La moindre chose qui reste 
en arrière, disait-il, peut produire le plus grief désor- 
dre. » Il fallait éviter surtout de vivre sur l'habitant. C'est 
moins des troupes qu'il lui fallait, — il en avait bien assez 1 
— qu'une intendance vigilante et sûrement réglée. 

Il voulait dévaster les terres de Pérouse, les Huit l'y 
excitaient. Ils affirmaient que rien ne serait épargné pour 
vain'crc leurs ennemis et ceux de l'Eglise. Après Augus- 
tin Riccialbuni, ils envoyaient Jacques Castellani, sans 
préjudice de Laurent Cambi, que Jean des bandes noires 
gardait et mettait sur les dents. Au moindre retard, le 
bouillant capitaine écrivait, le soir même de ses marches 
forcées; le 2i, il est à Cortone avec son infanterie et sa 
cavalerie, en assez bon état. On disait que les ennemis 
se dirigeaient vers Pérouse et le duché d'Urbin. Son avis 
était d'envahir le territoire d'Urbin, pour faire une dé- 
monstration utile, et « quasi commencer à vaincre. » Les 
Huit de Pratique approuvaient, lui envoyaient deux cents 
ducats et des renforts. Mais il ne laissait pas d'avoir trois 



JEAN DES BANDES NOIRES 171 

connétables qui attendaient encore le premier sou de 
leur paie. 

Un nouveau commissaire, Zanobi Briza, venait prê- 
c'ier la patience. Les connétables étaient trop exigeants, 
les troupes, pillardes. C'est un grief perpétuel ; mais ces 
routiers se battaient bien. S'ils dévastaient une contrée, 
le peuple molesté savait les attendre dans les retraites 
et les massacrer. Seulement, sans paie, ils ne marchaient 
pas plus qu'un cheval sans avoine. On le vit, dès le 28 
janvier, à l'assaut de Passignano. 

Portant la guerre aux portes mêmes de Pérouse, Jean 
des bandes noires avait résolu d'emporter la petite ville 
de Passignano, située à quelque si.x lieues, au bord du 
lac de Trasimène. « Magnifiques Seigneurs, écrivait-il le 
soir du 28 ; la présente est seulement pour apprendre à 
Vos Seigneuries comment, ce matin, nous partîmes de 
Cortone, et, arrivés à Passignano, nous leur demandâmes 
de se rendre : comme ils refusèrent, nous requîmes les 
Suisses, qui furent les premiers à joindre, de donner la 
bataille; ils répondirent qu'ils voulaient d'abord une 
solde; ce qui ne laissa pas de me mettre en un grand 
embarras; et je fis, pour ce motif, solliciter les fantas- 
sins italiens, lesquels, une fois arriv('s en grande partie, 
on donna l'assaut par la voie du lac, en allant dans l'eau 
jusqu'à la ceinture. Et c'est ainsi qu'au premier assaut 
fut prise la tour et la forteresse; il y mourut environ 
trente hommes. Les autres avec la majeure partie de 
leurs biens se sauvèrent sur peut-être quarante barques 
que nous vîmes sortir pendant que la bataille se don- 
nait. Demain nous irons plus avant. » 

Il battit les rives du lac jusqu'à la fin du mois. On le 
comblait d'éloges. Il suffisait, lui seul, impatient d'au- 
cune aide, à cette campagne. Les Huit de Pratique regret- 
taient « le mal et ruine de ce lieu de Passignano et de 
ses habitants, car ils désiraient leur conservation et leur 



172 JEAN DES BANDES NOIRES 

bien-être », mais ils se consolaient par la pensée « qu'ils 
avaient cherché leur malheur, et qu'on pouvait dire : 
c'est bien fait. » Contre des adversaires secourus par 
Rome elle-même, Renzo de Ceri, Ascagne Colonna, de- 
vaient venir à la rescousse. Il fallait que Jean des bandes 
noires feignît de tenir ferme sous Pérouse, et, l'heure 
venue, se portât brusquement, à l'improviste, sur la 
place de Saint-Léon, citadelle et clef du pays. Les garni- 
sons florentines se maintenaient à grand'peine. 

Tant d'efforts répandaient au loin la renommée du con- 
dottiere. Non seulement les magistrats de Florence lui 
prodiguaient les éloges, et les marques de leur pleine con- 
fiance, mais Charles-Quint le célébrait et aspirait à le 
connaître. Un chevalier de Saint-Jacques lui écrivait, le 
3 février : « Monseigneur illustre et unique,., il m'est 
venu ici, à Florence, un nommé Don Fernandde Castro, 
lequel m'a recherché pour l'introduire auprès de l'Illiis- 
Irissime et Révérendissime cardinal ; et, attendu que c'est 
un chevalier de Saint-Jacques, et qu'il arrivait de la Cour 
de sa Majesté Césarienne l'Empereur, je l'introduisis au- 
près de Notre R""® et 111"^®. Le susdit Révérendissime le 
loua fort, lui disant qu'il était un bon gentilhomme, et 
il lui fît force caresses; et finalement ce gentilhomme me 
fit force demandes au sujet de V. S. Illustrissime, disant 
qu'il désirait voir V. S. Ill'"^ Je lui dis où était V. S. Il 
me dit, que jamais l'Empereur ne mangeait ni à son dî- 
ner, ni en repas public, que V. S. ne fut citée là parmi 
les grands Seigneurs et ducs : et qu'il s'y dit tant de bien 
de vous, et que vous y êtes en telle réputation, que pas un 
autre en Italie, ni qui fasse meshuy le métier de soldat. 
Et la susdite Césarienne Majesté vous aime tant, qu'on ne 
le saurait dire, et ne désire que connaître V. S. 111"*... » 

Charles-Quint craignait-il déjà de voir Jean passer à 
la France? 

Le condottiere n'était pas toujours à l'aise, dans ses rap- 



JEAN DES BAXDES NOIRES 173 

ports avec un gouvernement double ; non seulement il se 
trouvait gêné par les commissaires florentins, mais le 
Saint-Siège députait, avec l'assentiment de Florence, Mon- 
seigneur Silvio Passerini, «'vêque de Cortone, afin d'es- 
sayer un accord entre les Baglioni. Jean des bandes noires 
était sous l'autorité du prélat ; arrêté sur la colline de 
Fontignano. qui domine le lac de Trasimèneà l'extrémité 
sud, il lui fallait, après avoir fermé le cercle autour du lac, 
couvrir, par des chevauchées, Pérouse menacée par les 
Baglioni, envoyer des détachements pour occuper le duc 
d'Urbin aux confins du Montefeltrin : et d'un moment à 
l'autre, l'ordre d'un évêque pouvait troubler ses plans. 

Avec cela, (( sans pain et sans espérance d'en trouver», 
berné par les commissaires, il était obligé d'écrire, dans 
le moment où il serrait de près Pérouse : « On ne pourra, 
dans un tel péril, entretenir les hommes, désespérés par 
la faim et sans argent... Si bien que je laisserai le faix 
de tout cela sur Vos Seigneuries, en leur offrant, lorsque 
j'aurai mes soldats payés et mon camp pourvu du né- 
cessaire, d'accomplir telle facende que Y. S. se tiendront 
bien servies par moi. » 

Il y avait des jours meilleurs, où la haute et puis- 
sante signature du condottiere signait des lettres moins 
acerbes. Les Huit se plaignaient d'être dans une pénurie 
lamentable; Léon X avait épuisé Florence, le cardinal 
Jules la pressait encore. L'essentiel était de payer d'a- 
bord Suisses et lansquenets; les Italiens ne venaient 
qu'ensuite. 

Comme les premiers pourparlers restaient infructueux, 
l'ordre arriva d'envahir les terres d'Urbin, de secourir 
Saint-Léon et Maniolo (Majolo), qui étaient en proie à la 
famine. Ces deux aires inexpugnables, où l'on mourait de 
faim, ne pouvaient plus attendre. Mais il importait en 
même temps de laisser une garnison autour de Cortone, 
où les Baglioni se hâteraient de tenter quelque coup de 



174 JEAN DES BANDES NOIRES 

main, à peine l'armée en marche. Enfin, il fallait bien 
compter ses hommes dans un pays tel que le Montefel- 
trin ; les vivres n'y existaient guère, et « c'était un âpre 
pays. » Mais, on ne pouvait pas douter de Jean des ban- 
des noires, et les Huit lui prédisaient : « cette même 
gloire et ce même honneur qu'il avait coutume de con- 
quérir en ses autres emprises. » 

Il était désolé par les menaces de réduction dans les 
effectifs. Obligé de compter avec ses capitaines, il savait 
que de pareilles mesures ne seraient point tolérées; on 
allait sortir du domaine florentin, et les désertions arri- 
veraient, et le désordre, et la honte. Il demandait que la 
réduction du moins portât sur les fantassins du pays, sur 
ces Italiens « qui à vrai dire ne sont guère bons soldats 
pour la plupart. » Les Huit n'étaient pas moins anxieux 
que lui. Leurs longues lettres le prouvent bien. S'ils di- 
minuaient les effectifs des fantassins, la cause de la réduc- 
tion, c'était une pénurie extrême des deniers publics, 
et telle que depuis longtemps la Cité n'en avait point vu 
de pareille. En outre, leurs commissaires les effrayaient, 
en leur peignant l'indiscipline de ces troupes, sans cesse 
jetées d'un pays à l'autre, d'un maître à l'autre, et qui 
se défiaient, se dissolvaient au moindre caprice. Celles 
qui étaient maintenues par leurs connétables valaient 
une paie; les autres ne pouvaient faire mieux que de se 
débander d'elles-mêmes. 

Jean des bandes noires, qui gardait des amitiés parmi 
les Français, sentait croître son dégoût pour cette guerre 
dérisoire, d'allées et venues inutiles; ces démonstrations 
belliqueuses commençaient à tourner en négociation?. Le 
2() février, « une esquisse de traités » était faite entre 
les agents de François-Marie et Florence. Le projet, en- 
voyé par l'intermédiaire de Jean des bandes noires, de- 
vait être signé par le duc, et revenir aux mains des 
Huit par la même voie; alors l'armée se retirerait vers 



JEAN DES BANDES NOIRES 175 

le domaine florentin, évacuerait entièrement les terres 
d'Urbin et Montefeltro. 

Jean-Thomas Manfredi et Alexandre Xerio, agents de 
François-Marie de la Rovère auprès du gouvernement 
florentin, confirmèrent la lettre, en écrivant à leur maî- 
tre le 28 février. « Illustrissime et Excellentissime Sei- 
gneur notre maître très vénéré. iMercredi passé, à trois 
heures, nous avons expédié par l'entremise de Messei- 
gneurs les Florentins une estafette à V. E. laquelle on a 
envoyée vers le Seigneur Jean de Médicis avec des lettres 
de nous, lesquelles expliquaient ce que l'on avait pu faire 
avec Monseigneur de Médicis et ces Seigneurs Huit de 
Pratique. » 

Le i mars, « mardi du Carnaval, » date bien digne 
de ces mascarades, le mardi Gras de 1522, le traité de- 
venait valable pour le Duc d'Urbin et pour les Baglioni ; 
seul, Jean-Marie Varano restait en dehors des stipulation?. 
Les Huit écrivaient à Jean des bandes noires. Il fallait 
retirer les troupes, et renoncer à brûler Perinabili et 
Carpegna. C'était juré « sous une foi inviolable, » jus- 
qu'à la première occasion. 

Jean, pendant quelques jours encore, gouverna ce 
camp inutile, occupé des moindres détails. Mais il par- 
tit bientôt pour Rome. De pires dégoûts lui étaient ré- 
servés. Sous le gouvernement du fourbe cardinal qui 
menait Florence, que pouvait-il attendre d'autre? 

Pendant qu'il envoyait à Bologne son fidèle Charles 
Féo, pour le représenter en Lombardie, Jean-Thomas 
Manfredi, l'homme du duc François-Marie, suivait les in- 
trigues à Florence : « Je ne sais, écrivait-il à son maître, 
si je mériterai l'accolade que V. S. dit me vouloir don- 
ner. Je ne puis encore partir... Les difficultés qui se pro- 
duisent ici touchant ce que l'archevêque de Capoue m'a 
dit en secret sont les suivantes : d'abord, que ces sei- 
gneurs ici se trouvaient avoir arrêté, avant mon arrivée 



176 JEAN DES BANDES NOIRES 

dans Florence, le comte Guido (Rangone) avec une con- 
dotta de cent lances et cent chevau-légers, mais qu'ils 
ne pensaient point à lui donner aucun litre. L'autre dif- 
ficulté, c'est que, sur les instances de Jacques Salviati, 
l'on a fait s'arrêter le Seigneur Jean pour six jours à Bo- 
logne, et l'on voudrait qu'il revînt pour servir quelque 
jour de gouverneur, comme devant. A présent, dans un 
entretien particulier que l'archevêque eut hier avec Mon- 
seigneur le Cardinal, il a fait apparoir audit cardinal 
qu'il sera plus à propos de donner le Capitanat à V. S. 
que de prendre en service le seigneur Jean, prem'ère- 
ment parce que, se trouvant avoir à mener une troupe 
de GOO hommes d'armes, et tant d'infanterie, il était né- 
cessaire de leur donner un bon chef, aussi bien afin que 
ce fût un homme illustre et honorable sous lequel tous 
les capitaines et condottieri n'auraient pas à rougir de 
servir, que pour la valeur et renommée de bon capitaine, 
comme la possède V. S ; secondement, que s'ils venaient 
à se servir de V. S. et de son Etat, il n'y aurait pas 
besoin de penser à certaines précautions, comme ce 
serait le cas avec le seigneur Jean, attendu qu'il est 
florentin, et la bonne solde qu'il avait ne lui ayant pas 
été bastante, il serait nécessaire de subvenir à la grande 
dépense qu'il faisait par une autre solde égale. Le des- 
susdit archevêque ajoutait encore, parlant au cardinal, 
qu'il fallait penser qu'on enlevait une bonne occasion au 
seigneur Jean, sans lui donner aucune compensation; 
en effet, le duc de Bari, au service duquel il va, lui a 
promis un état de dix mille ducats de rente. Ce qu'il lui 
est plus aisé de donner que de débourser, eux, quatre 
mille ducats, et que pour cette raison, le cardinal demeu- 
rera perpétuellement l'obligé du seigneur Jean. 

« Toutes ces raisons plurent à Monseigneur Révéren- 
dissime, et il en ajouta d'autres encore : car son avis 
était que l'on parlait dans son intérêt et celui de l'Etat. 



JEAN DES BANDES NOIRES 177 

l! dit avoir trouvé moyen que, sans le laisser savoir à 
Jacques Salviati, le seigneur Jean poursuivît sou voyage; 
mais il lui restait uu'^ difficulté, et c'est que pour V. S. il 
fallait une si forte charge icondotta) que ce peuple no la 
pourrait donner présentement, attendu qu'il est épuisé, 
mais à ce que disait l'archevêque on penserait pour le 
moment pouvoir vous donner 200 chevau-légers. Le tout, 
pour avertir V. S. qui voudra bien me faire «avoir ce 
([ue j'ai à faire et comment je dois me conduire. Les 
seigneurs Huit seraient contents de prendre \'. Excel- 
lence pour leur condottiere, mais ils ue le disent pas ou- 
vertement, pour ne pas déplaire à Jacques Salviati, qu'ils 
voient dépendre de son gendre. » 

Le cardinal n'avait que trop de penchant à mettre au 
rancart Jean des bandes noires ; dans son àme tortueuse 
il l'avait toujours redouté, toujours exécré. C'était un 
rival pour son neveu — ou son fils naturel — Alexandre, 
l'enfant de l'esclave noire. Dès l'année 1310, les subtils 
Vénitiens, à la Cour de Rome, disaient : « Jeannin de 
Médicis, parent du Pape, est arrivé. Il voudrait la faveur 
du Pape, mais on dit assuré que l'on élèvera un fils na- 
turel de feu Julien... » De Julien ou de Laurent, ou 
Alexandre ou llippolyte: jamais Jean. Le cardinal Jules 
était encore plus hostile que n'avait été Léon X. 

Jean avait servi pour repousser le coup de main sur 
les domaines de Florence ; il lui fallait maintenant, étran- 
ger aux tiraillements entre le Sacré Collège et le cardi- 
nal, ignorant des trames ourdies pour donner les grades, 
voir les ennemis de la veille, le Duc François-Marie et les 
Baglioni, pris à la solde de Florence, et le capitanat remis 
aux mains de Guido Rangone. Ce n'est pas le duc de Bari, 
c'est le roi de France qui eut le bénéfice des rancunes 
accumulées chez Jean par tant d'outrages et d'ingratitu- 
des. Le condottiere commençait à connaître cette politi- 
que où PItalie trouvera sa ruine et la papauté son oppro- 

12 



178 JEAN DES BANDES NOIRES 

bre, quand elle sera devenue la politique de Clément VU, 
celte politique néfaste et ridicule tout ensemble, « poli- 
tique de funambules, sans idéal, sans but élevé ni prati- 
que », telle que l'ont flétrie, chacun à tour de rôle, les 
publicistes d'outre-monls. 

Il était bien vrai que le duc de Bari voulait passer en 
Lombardie, et rejoindre Antoine de Leyve à Pavie. Mais 
il lui fallait pour cela, sur des routes infestées par la 
guerre, l'appui de Jean de Médicis, que Ton annonçait, 
le 15 mars, avec deux cents lances, trois cents chevau- 
légers et quatre mille fantassins. En effet, Jean rejoignait 
Pavie, on publiait partout que « le cardinal Médicis avait 
donne le capitanat des Florentins au comte Guido Ran- 
gone, et que pour ce motif, on avait envoyé Jeannin de 
Médicis en Lombardie, car il ne l'eut pas supporté, et, 
à cause de ce déboire, on juge qu'il pourrait bien faire 
des siennes. » 

C'est le 30 mars que Jean, après avoir calmé dans 
Borgo San Donnino une émeute de ses soldats, qui sac- 
cagèrent Busseto, « mettant en un même butin les biens 
et les femmes », c'est dans la nuit, sur son départ, qu'il 
publia sa décision d'aller au camp français; il laissa cha- 
cun libre de le suivre ou de l'abandonner. Le matin, il 
quitta Busseto, prit la route de Crémone, et l'on disait 
qu'un pont de bateaux était prêt pour son passage. Paul 
Luzasco le quitta pour aller à Mantoue, avec Galéas Re- 
petta et quelques autres gentilshommes, parmi lesquels 
son parent Camille Campagna. Le marquis de Mantoue, 
malgré les marchandages tardifs, n'avait pu ramener 
Jean sous le gonfanon de l'Eglise; il se vengeait en lui 
débauchant son meilleur capitaine. On commençait àdire 
que la perte de Paul Luzasco devait affaiblir les bandes 
noires : « Je montrerai, dit Jean de Médicis, que j'ai fait 
Luzasco, et que lui ne m'a point fait; et l'on verra que 
j'en ferai d'autres pareils! » 



JEAN DES BANDES NOIRES 179 

Il franchit le Pu sous Crémone, au coude que le fleuve 
forme à Polésine en Parmesan. Les bateaux que mon- 
seigneur Goro Glieri s'était vanté si haut d'avoir pris aux 
Français avaient été ressaisis et servirent pour son pas- 
sage. On disait que sa charge était de deux mille fantas- 
sins et deux cents chevaux en temps de guerre, et cin- 
quante lances en temps de paix. Martin du Bellay, mieux 
placé pour l'estimer, écrit ceci : « Auquel lieu de Cassan^ 
à cinq mil de Milan, estant notre camp logé, vint au 
service du Roy le Seigneur Jean de Médicis, parent du 
feu pape L'^on, qui amena trois mille hommes de pied 
et deux cents chevaux, desquels les enseignes étaient 
noires, parce qu'ils portaient le deuil dudit pape Léon... » 

Guichardin, dont les lettres sont mal d'accord avec son 
histoire officielle, et avec les textes des autres chroni- 
queurs, insinue que Jean s'était mis à l'encan, et que les 
Français l'emportaient par surenchère. Et les Vénitiens 
eux-mêmes « parlaient fort vilainement d3 ce Janin. » 

Quand on aura trouvé, dans ce pays, à cette époque, 
l'homme ou la chose qui n^étaitpas à vendre, on pourra 
blâmer; s'il est vrai que l'histoire ait un autre rôle que 
de comprendre et d'exposer. 

Le comte Balthasar Gastiglione écrivait de Rome, à son 
maître le marquis de Mantoue : « Le passage du S' Jean 
de Médicis du côté des Français a beaucoup fait parler, 
et déplu. On estime qu'un grand personnage l'a séduit en 
lui donnant à entendre qu'on le ferait le premier per- 
sonnage de Florence, et que le Roi Très-Chrétien lui don- 
nera Imola et Forli. » On nommait le cardinal Soderini 
comme entremetteur d'une affaire mauvaise pour les au- 
tres Médicis. La vérité, Gastiglione l'a écrite : « Voleano 
danari. » Ils voulaient de l'argent! 

C'était là ces (c grandissimes affaires » où la pauvre 
Marie Salviati, sans nouvelles et sans réponses, savait 
son terrible époux si fort occupé. « S'envoyer des lettres 



180 JEAN DES BANDES NOIRES 

l'un à l'autre, disait elle, c'est se parler pendant l'ab- 
sence, voilà pourquoi je vous ennuie; sevrée de votre 
chère intimité, qui m'est refusée, je ne puis que vous 
écrire. » 

Les propos qu'on avait tenus, touchant son passage au 
service de la France, avaient échauffé les oreilles à Jean 
des bandes noires. Que les habitants, au passage des ban- 
des, soient terrifiés, et que l'on souhaite « une bonne 
crue qui lui tombe sur les épaules, « que l'on répande 
sur ses faits et gestes les plus étranges racontages, il ne 
lui chaut guère. Mais si l'on insinue qu'il a manqué 
de loyauté, forfait à l'honneur, il publie un rude et for- 
mel démenti : 

« Par le trompette du Seigneur de Lautre(c)h j'ai en- 
tendu dire comment il y a là-bas force gens qui disent 
que j'ai forfait en venant au service du Roi Très-Chré- 
tien, attendu que j'étais lié à la Sacrée Majesté Césa- 
rienne pour d'autres raisons. Pour cela, je fais assavoir 
à toute personne mon égale en condition, qui voudrait 
dire que j'ai forfait, ou que j'eus une obligation quel- 
conque, ou de foi ou de solde, avec la Majesté de César, 
ou avec qui que ce soit des serviteurs de sa Sacrée Ma- 
jesté en son Camp, qu'il a menti et ment autant de fois 
qu'il l'a dit, et autant de fois mentira, qu'il le dira; et 
cela je lui soutiendrai les armes à la main à toute réqui- 
sition qu'il me fera. 

» Donné à Misano, le 19 avril 1.522, au Camp royal, 
» Signé : Jean de Médicis, de sa propre main. » 

Ses plus fidèles serviteurs ne l'approuvaient point. 
Raimondi, comme plus tard Albizzi, le lui dit clairement. 
Non seulement son capitaine préféré, ce Luzasco qui était 
hier son bras droit, devenait son plus dangereux adver- 
saire et luttait avec acharnement pour le défaire suivant 



JEAN DES BANDES NOIRES 181 

sa propre tactique, mais un secrétaire fidèle lui écrivait 
dans ce style : 

« Mon illustre Seigneur. Donc, mon mauvais sort a 
voulu que V. S. m'estime assez peu, pour me laisser, 
en grand péril pour ma vie^ auprès du duc de Milan, 
alors qu'Elle passait aux Français, sans m'en donner 
avis ; et vous m'aviez envoyé offrir à S. Exe. le Duc 
tout ce que pouvait faire V. S. pour son service! Et Son 
Excellence avait pris soin de m'envoyer au-devant de 
moi une partie de la paie des fantassins, selon que je 
l'en avais {)rié, d'après l'ordre envoyé par V. S. dans sa 
lettre du 2i mars dernier, datée de Castelfranco. Et les 
autres affaires de V. S. étaient ajustées si bien que plaise 
à Dieu qu'Elle ne soit pas tombée dans un état pire. Mais 
je nai pas à voir si V. S. a fait bien ou mal. Je me plains 
seulement que V. S. m'ait laissé en ce péril; le Seigneur 
duc m'a fait examiner soigneusement, pour voir si j'a- 
vais su jamais que Y. S. voulût aller au parti des Fran- 
çais : je lui ai montré toutes les lettres que m'avait en- 
voyées V. S. depuis que je suis auprès de S. Exe. et de 
bonne manière je me suis justifié, et j'ai eu l'ordre de 
rester quelques jours hors de la Cour, jusqu'à ce qu'il 
me fasse appeler; mais je n'y veux plus paraître, et je 
m'en vais à Rome, avec l'intention, si j'en trouve quel- 
que occasion, de sortir d'Italie, et au passage je laisse- 
rai à la maison entre les mains de Madame le sceau de 
y. S. et le peu de papiers que j'ai, et le chiffre. J'ai entre 
les mains quarante ducats de V. S. laquelle voudra bien 
les mettre à bon compte pour mon service d'onze mois; 
et je demeure toujours le bon serviteur de V. S. à la- 
quelle je me recommande toujours. 
» A Parme, le 5 avril 1522. » 

Le mois d'avril ne finit pas sans une affaire décisive, 
celle de la Bicoque. Prosper Colonna, fortifié près de 



182 JEAN DES BANDES NOIRES 

Milan, sur le chemin de Lodi, dans une villa, la Bicocca, 
tout entourée de grands fossés qu'il avait encore aug- 
mentés et fortifiés, voyait Lautrec faiblir devant les exi- 
gences de ses Suisses, et donner une bataille perdue à 
l'avance. Le duc Sforza, les Milanais, venaient à la res- 
cousse. Cette journée du 27 avril allait consommer la 
perte du Milanais. Inhabile à la guerre défensive, mala- 
droit à l'attaque, tyran brutal d'un peuple qu'il avait 
rendu féroce et haineux, Lautrec méritait tous les blâ- 
mes et tous les châtiments. Mais quoi? Brantôme l'a bien 
dit : « Madame de Châteaubriant sœur de monsieur de 
Lautrec; une très belle et honneste dame, que le roy ai- 
moit, et faisoit son mary cocu, en rabattit tous les coups, 
et le remettait toujours en grâce. » Heureux, trois fois 
hewreux les généraux qui ont des sœurs, et les peuples 
qui ont des rois ! 

Jean des bandes noires, avec ses troupes admirables^ 
aussi bien l'infanterie que la cavalerie légère, avait été 
mis en avant. Il avait, en battant l'estrade, couvert la 
marche de l'armée. Puis, sa cavalerie avait donné dans 
la première confusion du combat. Lui-même, il avait eu 
le bras meurtri, trois chevaux avaient été tués sous lui. 

Après l'affaire^ il s'enferma dans Crémone avec Les- 
cun. 11 y entra seul; ses bandes, une fois soldées, rejoi- 
gnirent. Là, chaque jour une nouvelle perte, un nouvel 
affront des Français venait décourager les soldats. Lodi, 
Pizzighettone étaient perdus l'un après l'autre. Jean des 
bandes noires faisait vaillamment son métier, il multi- 
pliait les sorties et les escarmouches. Mais il voyait bien 
que « les choses allaient mal pour les Français », il né- 
gociait avec les « Provéditeurs de Venise. » Le 14 mai, 
Lescun signait avec Prosper Colonna l'étrange traité qui 
l'engageait, lui, le marquis de Ponldormy, le marquis 
de Saluées, Frédéric de Bozzolo, Jean de Médicis, Bon- 
neval, tous les défenseurs de Crémone, à rendre la ville 



JEAN DES BANDES NOIRES 183 

si dans le mois de juin on ne les avait secourus. Ceci 
donnait à Prosper Colonna la liberté de prendre Gènes. 
Cette capitulation déguisée irrita Jean des bandes noires. 
Il avait exigé sa paie, en menaçant de rendre la ville. 
Mais à présent qu'on la rendait sans lui avoir demandé 
son avis, il s'écria : « L'on me méprise I je vais penser 
à me venger. » On devait encore trois mois de solde et il 
ne fut pas difficile de mettre les troupes en feu. 

Les bandes noires poussaient des clameurs furieuses, 
à voir le courroux de leur chef. Elles coururent aux 
murailles, on arracha les bannières, on retourna les 
canons des remparts, la ville était menacée, la porte 
était prête à s'ouvrir pour les ennemis. 

Lescun vint droit aux révoltés ; il savait Jean des ban- 
des noires aussi facile à s'apaiser que prompt à se met- 
Ire en fureur. Il le prévint par des paroles courtoises, 
il lui prit la main, il le supplia de calmer ses soldats, 
de lui pardonner, rien n'était encore certain, et l'on ne 
s'était point caché de lui. « Un homme de votre sang, 
lui dit-il, et de vôtre famille, laquelle ne connaît que 
l'honneur, doit penser avant toutes choses au bien d'un 
roi si bienveillant, qui non seulement paiera les soldes, 
mais reconnaîtra largement les mérites particuliers de 
chaque brave, si vous consentez seulement à quelque pa- 
tience. » 

Jean répondit avec hauteur au rusé gascon : « Je 
suis irrité avec juste raison; mais pourtant, qu'on paye 
mes hommes, et je remettrai aisément cette injure, en 
l'honneur du roi. Je ne puis souffrir celte flagrante ini- 
quité, de finir la guerre avec des pactes clandestins, qui 
feront licencier sur-le-champ mes troupes sans la solde 
due; tant que je garderai la vie, je défendrai la cause 
de mes soldats; qu'ils aillent, en lambeaux, dans le dé- 
nùment, affaiblis de blessures, être trompés et rejelés 
par qui que ce soit au monde, je ne le supporterai point 1 



184 JEAN DES BANDES NOIRES 

Mon véritable honneur et ma vraie gloire, je les mets à 
défendre de l'injustice ces soldats très vaillants, qui ont 
suivi ma renommée. Voilà bien les coutumes des Fran- 
çais, dont on parle en tous lieux : mépriser, lorsqu'ils 
sont au faîte des félicités, les Italiens même braves et 
fidèles, et puis, dans les incertitudes de la guerre, quand 
ils ont besoin de leur force, vaillance, et aide, les traiter 
humainement, libéralement ; mais, si la Fortune amène 
les derniers revers du malheur, perdre la tête, ne pen- 
ser qu'à soi-même, et abandonner honteusement ses 
alliés. » 

Dit avec une ardeur hautaine, et qui avait le ton du 
maître, et par cette voix « effroyable » dont il usait 
pour commander ou menacer, un tel discours bouleversa 
l'armée ; les chefs s'entremirent, Lescun sourit sans 
s'offenser; on rompit l'entretien. Mais Lescun ramassait 
en hâte tout l'argent disponible, il emprunta de la vais- 
selle plate aux gentilshommes ses amis, et la distribua 
parmi les bandes ; tout rentra dans l'ordre. Et vers la 
fin du mois de juin, Crémone était rendue. 

Jean des bandes noires partit pour Rome. Les bandes 
vivaient, en partie, à Reggio. Ce qui n'avait pas été 
licencié ou remis dans les Marches, huit cents fantassins 
et quatre cents chevau-légers. mangeait la malheureuse 
ville et les provinces dévastées. 

Après celte campagne, Jean des bandes noires a fermé 
le cycle des années premières; il n'a plus rien à savoir 
de nouveau. La grande guerre, avec les armées fortes, 
et des milliers d'hommes (c'était beaucoup en ce temps- 
là), tués dans une bataille, la guerre sauvage lui a été 
montrée après la guerre d'escarmouches et de partisans : 
il a joué son rôle sur l'éternel champ de bataille, dans 
cette plaine lombarde où l'on se dispute pendant des 
siècles les tronçons de l'Italie. Il a même vu, devant 
lui, défendant la Bicoque contre Arnold de Winkelried 



JEAN DES BANDES NOIRES lSr> 

el les Suisses d'Uaterwalden, ce Georges Frondsberg qui 
sera, ([uatre ans et demi plus tard, l'ouvrier de sa mort. 
Il sait quecetle guerre féroce, oi^iles Italiens ont « mangé 
le cœur des Français, » leur « ouvraient le ventre tout 
vifs, et dedans faisaient manger l'avoine à leurs che- 
vaux, avec plusieurs autres inhumanitez, » cette guerre 
de va-et-vi(nU perpétuel, de périls et de sièges, n'est pas 
mieux payée que les autres. La défiance et la ladrerie 
traditionnelles à l'égard des condottieri, lui est apparue 
aussi bien sous les lys de France que sous les aigles de 
l'Empire ou les clefs de Saint-Pierre. Il sait la chanson 
que répètent ses soldats : 

« Quand nous sommes bien paj'és 
•Jour et nuit faisons grands actes ! 
Nous ne voulons trêve ou pactes 
Pourvu qu'on nous ait soldés ! » 

Il a bien entendu chanter aux landsknechls allemands 
cette autre : 

« Donnez monnaie ou blanche ou jaune, 
Et nous crier : « Palle, palle ! » 
Tant que perdrons notre foix. )) 

Se vendre cher, et se faire payer, par l'un, par l'autre, 
se bien battre pour la paie, être un honnête marchand 
de hauts faits, taxer sa bravoure et en recevoir le salaire, 
accrocher un Etat pour s'y retirer et pouvoir en vivre sur 
le pied de duc ou de roi, c'est toute la règle des actions, 
c'est l'unique but de la vie, pour Jean des bandes noires. 
Seulement, le métier qu'il fait, sans un seul instant de re- 
pos, — car le repos c'est la ruine, — l'état de condottiere 
a de tels risques et mène si loin, que l'on n'y vit pas 
bien longtemps, à moins d'un singulier hasard. 

Marie Salviati s'accoutumait à son destin d'épouse 
sans mari; le 18 mai, elle écrivait à François Albizzi 
pour lui commander « sans manquer, une douzaine de 



186 JEAN DES BANDES NOIRES 

gants de dame, en veau, lesquels fussent beaux et bons, 
et autrement que ceux envoyés par Ser Bencio, lesquels 
étaient mauvais et laids, et ne m'ont donné nulle satis- 
faction, » Elle espérait revoir bientôt son terrible Jean. 
Il avait quitté Crémone aux premiers jours de juin sui- 
vant, mais ce ne fut pas encore, cette fois, pour aller 
voir sa femme. Il venait de trouver une entreprise où 
s'occuper, où mettre ses troupes hors d'une oisiveté 
périlleuse. Tandis qu'il négociait avec la France, avec 
l'Eglise, il employait ses loisirs à défendre la comtesse 
Blanche de' Rossi. Royalement, et mieux qu'un roi, le 
condottiere payait la dette de reconnaissance que l'en- 
fant avait contractée envers celte sœur excellente. 

Un fils de Blanche de' Rossi, cet évêque Jean-Jérôme 
qui a trouvé le secret d'être extraordinaire même en ce 
temps de prélats étranges, a laissé la vie de son oncle 
Jean, récit pauvre et confus, mais qui vaut par des 
anecdotes recueillies dans la tradition domestique. Il 
n'a pas manqué de noter que « Blanche, la sœur de 
Jean de Médicis, était alors demeurée veuve avec de 
nombreux enfants, et par les menées de Bernard de' 
Rossi, évêque de Trévise, son parent, lequel était en 
grand crédit auprès du pape Léon, elle était gravement 
molestée. Sa Sainteté avait déterminé et recommandé 
que, pendant que l'armée était près de Parme, l'état 
qu'elle possédait en ce pays-là lui fut enlevé; lorsque le 
seigneur Jean apprit cette résolution, il prit en main 
tous les châteaux qui lui appartenaient, disant : « Je 
veux voir un peu qui viendra me les enlever! » et il 
entra de sa personne à San Seconde, lieu bien fort et de 
bonne rente, et son Corse Jérôme lui dit : « Seigneur, 
tu es pauvre et tu n'as rien ; que ne gardes-tu ces châ- 
teaux pour toi, et renvoies la sœur chez elle?» — 
« Ne me parle jamais plus de ceci, répondit le Seigneur 
Jean, si tu tiens à la vie; j'estime ma sœur et mes ne- 



JEAN DES BANDES NOIRES 187 

veux plus que tout au monde. Si je vis, les châteaux 
pareils et plus beaux ne me faudronl point! » 

Il y a du brouillamini dans les histoires rapportées 
par l'évêque de Pavie; il semble que la courtisane Isa- 
belle de la Lune, ou quelque autre de ses pareilles, en 
le bravant dans sa qualité de gouverneur de Rome, lui 
ait dérangé les idées et confondu les souvenirs. Mais le 
propos même de Jean doit être vrai. 

Le 3 juin, il passait, avec deux mille hommes, jusqu'à 
San Secondo Parmense ; il envoya pour la deuxième fois 
un trompette à Guichardin gouverneur de Parme, afin de 
lui répéter qu'il voulait seulement secourir sa sœur. Il 
prit, dans San Secondo, l'artillerie du comte Philippe de' 
Rossi, qui soutenait l'évêque de Trévise, puis il s'enfonça 
le long du Taro dans les âpres montagnes, jusqu'à Ber- 
ceto, par les ravins du Cervellino. Un pas de plus, il 
remontait jusqu'à ce château-fort de l'Aulla, qui sera 
bientôt son domaine. 

Il emportait, dans cette course guerrière, bien des sou- 
cis. Les Impériaux avaient prétendu qu'il était sorti de 
Crémone au mépris des traités. Il pensait à quitter la 
solde des Français ; tantôt la rumeur publiait qu'il avait 
fait accord avec le duc de Milan, tantôt on se fondait sur 
son « instabilité » pour lui faire écrire au Cardinal de 
Médicis : « Je suis libre, je servirai qui voudra votre Sei- 
gneurie révérendissime. » 

François Albizzi, l'ancien familier de Léon X, n'aimait 
pas la France. Et l'idée que son maître la servirait lui était 
pénible. Il faisait tout pour le détacher de cette alliance 
éphémère : « Je suis venu ici à xMantoue, écrivait-il dès 
le 20 mai à Marie Salviati, pour affaire du maître, et 
ce jour je retourne à Crémone auprès de Sa Seigneurie. 
Le seigneur est en bonne santé, et nous tous. Et je sais 
que Votre Seigneurie aura déjà connu l'accord fait entre 
les Français et le duc (?) savoir que si définitivement 



188 JEAN DES BANDES NOIRES 

au 2G juin il n'est pas venu de secours aux Français, ils 
devront remettre le pays de Crémone aux Impériaux, et 
que tous s'en pourront aller libres avec tous leurs biens, 
le château- fort demeurant au Roi de France. 

« Le Seigneur a envoyé voici 4 jours messer Michel- 
Ange en France, par poste pour voir le roi ; et, autant 
que je puis entendre sa volonté, le seigneur a dessein, si 
la guerre finit ici, de s'en aller en France ; et, comme 
jamais son passage à ceux-ci ne m'a plu, de même cette 
idée d'aller en France ne me plaît point, car mon avis 
formel est que ce sera sa ruine manifeste. Et je ne puis 
le'contredire en ceci, parce que peut-être il penseraitque 
je le fais uniquement pour ne point aller avec lui. Or, j'as- 
sure à Votre Seigneurie que je veux le suivre toujours, et 
pire il sera, mieux je l'aimerai, car j'ai donné mon âme 
au diable et mon corps à Sa Seigneurie. Mais j'ai grand 
deuil, à le voir marcher vers sa ruine manifeste. Heu- 
reux, s'il avait fait suivant mes conseils, avant de passer 
aux Français; il serait maintenant prospère. Patience 1 
Votre Seigneurie est bien puissante! Qu'elle veuille faire, 
ensemble avec le curé (Fortunati) de manière qu'il soit 
rappelé à sa patrie, et rentre en grâce avec Monseigneur^ 
qui, j'en suis sûr, l'a toujours aimé, et qu'il aime, lui, 
plus que jamais. Je vous en prie, ne parlez de moi à per- 
sonne, et déchirez ceci sur-le-champ, c'est l'excès d'a- 
mour que je lui porte qui me fait écrire et non point mon 
intérêt. En hâte... » 

Au milieu de juin, Jean des bandes noires prit au 
comte Philippe de' Rossi le fort château d&Brisiga. Il re- 
vint à San Seconde, vers le 20 ; il reprenait vue sur ses 
domaines, il s'occupait du Trebbio, il renvoyait Antoine 
Vaïni, l'ancien intendant. C'est Suasio qui devait aller 
prendre possession des livres, se saisir de la gérance, 
estimer les récoltes et les rendements ; « Vous serez 
bien vite au courant, écrivait le maître, rien n'est plus 



JEAN DES BANDES NOIRES 189 

facile. N'y manquez point, si vous voulez me plaire, car 
je veux montrer que les gens qui mangent mon pain ne 
doivent pas me désobéir, comme a fait celui-là. » 

Le mois suivant; à Bologne, il surveillait encore ses 
affaire^; de grains, par l'entremise de son nouvel inten- 
dant. Marie Salviali laltendait dans le château de leurs 
premières noces. Elle y recevait des visites. 

(( Tout le monde. Cosimo et tous ceux de la maison vont 
bien, lui écrivait-elle. Son Excellence le marquis de Man- 
toue a daigné, courant en poste vers Florence, venir avec 
Messire Paul Luzasco jusqu'ici pour embrasser Cosme; 
il ne s'en pouvait rassasier, et j'ai trouvé cela bien ai- 
mable et charmant. On n'a pas manqué de lui faire l'ac- 
cueil qu'il convenait ; néanmoins il n'a pas voulu loger 
ici. Sa venue m'a été agréable ; très-agréable me serait 
celle de Votre Seigneurie; plaise à Dieu que ce soit bien- 
tôt, et en bonne grâce et santé. 

« Au Trebbio, ce 19 août 1522. 

(( Votre bonne épouse. » 

Ce fut bientôt, elle reprit pleinement ce délicieux nom 
de « consorte, » celle « qui partage le sort. » Après n'avoir 
eu que les craintes, les déboires et les tracas, à la visite 
du marquis douteux et du capitaine effronté qui n'était 
plus un serviteur, elle vit succéder une autre cavalcade ; 
un jour de l'été, la poussière du Mugello monta sous les 
pieds du cheval qui ramenait le condottiere : Jean des 
iDandes noires devint un gentilhomme campagnard, un 
père de famille, et un mari, pour quelques mois. Il mois- 
sonna, vendangea, fit cavalcader Cosimino. donna peut- 
être à Marie Salviali quelques heures de joie ; elle enten- 
dit la trompe du chasseur et les abois des chiens sonner 
dans les vallées désertes. La correspondance se tait, 
pendant cette halte de vie. Jean des bandes noires a tous 
les siens autour de lui. L'année finit dans le repos, avec 



190 JE.\N DES BANDES NOIRES 

quelques tournées de surveillance en Lombardie ou en 
Toscane, mais ni longues ni lointaines. 

L'année suivante. 1523, se rouvrit encore à Florence. 
Le cardinal Jules avait fomenté toujours plus de haine 
contre son gouvernement fourbe. Il n'était pas fâché d'a- 
voir son redoutable Jean, pour tenir en bride tant de 
mécontents. Le nouveau pape, Adrien VI, pacifique, 
clairvoyant, attristé par les vilenies et par les périls 
qu'on amoncelait contre lui-même et [contre Rome, ce 
Pape malgré lui, trop bon et trop honnête pour manœu- 
vrer la barque pourrie de Saint-Pierre, laissait le cardi- 
nal régner à Florence. Il était doux avec les anciens maî- 
tres; on a même prétendu qu'il avait fait de Jean un 
ambassadeur en Pologne, à la fin de 1522. Cette légende, 
que rien ne confirme dans pas un recoin des archives, 
est venue d'une confusion. Mais elle prouve, tout au moins, 
que le « Pape barbare » était un ami pour les Médicis. 

Des amis, Jean des bandes noires en avait cru trouver 
partout. Partout, il avait été déçu. Promesses de Flo- 
rence, qui avaient tristement fini par la pitoyable retraite 
devant Pérouse, promesses du Saint-Siège, que le Sacré 
Collège avait détruites par ses ordres malavisés ; promes- 
ses de François II Sforza, qui n'avaient point eu l'effet 
certain, si nécessaire dans la détresse financière où se 
trouvaient les bandes ; promesses de la France, avec ses 
riches soldes, avec l'espérance de mettre le condottiere 
en possession d'Imola, de Forli, qui sait? de Florence. 
Et tout cela, pour retomber dans un manoir mal géré, 
parmi des comptes onéreux, sans rien d'assuré, sans issue 
à un état pénible. 

C'est pour cela que Jean avait empêché peut-être, en 
1520, un premier sac de Rome! C'est pour cela qu'il 
avait ouvert la bataille à la Bicoque et défendu Cré- 
mone! Au milieu de cette époque vile et perfide, il pou- 
vait répéter le dicton de la Toscane : 



JEAN DES BANDES XOIRES 191 

« D' Espagnols, d'Impériaux, 
De Français, de Cardinaux, 
Libéra nos. Domine ! » 

Il avait eu boaiicoup de gloire, et son nom valait au 
loin. François l'"'" lui adressait des lettres à la signature 
somptueuse. Mais enfin, il était pour l'heure un condot- 
tiere sans emploi. Le duc François II Sforza lui offrait 
une solde, mais, en temps de paix cela n'assurait guère 
les affaires; les rentrées étaient incertaines, on vivait, 
tout au plus. Afin de fuir la peste, qui désolait Florence, 
au point de faire clore les boutiques, Jean des bandes 
noires était à Rome, où il surveillait les intérêts de sa 
sœur Blanche toujours attaqués par l'évêque de Trévise ; 
il avait sa femme et son fils auprès de lui. Ou bien, on 
cherchait un autre air, plus pur. dans le vieux Trebbio, 
car la peste, que Rome avait passée à Florence, pouvait 
revenir dans la Ville Eternelle. 

La Ligue se reformait, secrètement, sans que personne 
vit bien clair dans ces « douteuses et longues affaires de 
Rome. » Les temps étaient plus sombres que jamais. 
« C'est ainsi, dira Guichardin en commençant le récit de 
la nouvelle année, c'est ainsi que finit, c'est là le fruit 
que porta, par les discordes de nos princes, l'année mille 
cinq cent vingt-deux ; passe encore, si du moins l'exem- 
ple du malheur passé avait donné quelque lumière pour 
l'avenir; mais, continuant les discordes entre les prin- 
ces, les calamités ne furent pas moindres en l'année 
mille cinq cent vingt-trois I » 

L'année nouvelle avait vu d'abord un affront pour les 
Médicis et pour Florence; c'était la réinvestiture officielle 
de François-Marie de la Rovère, duc d'Urbin. Florence 
gardait seulement une bribe de ces conquêtes payées si 
cher par Léon X. Seul, le cardinal Jules avait repris pied 
à la Curie, après la maladresse du cardinal Soderini-Vol- 
terra. Pendant ces misères, le Turc menaçait, les ru- 



192 JEAN DES BANDES NOIRES 

meurs conlradicloires se répandaient, l'aveugle Fran- 
çois I*^'" se préparait à reconquérir ses héritages d'Italie 
sempiternellement perdus, à reprendre l'oiseuse guerre 
où les mœurs et l'esprit de France subirent les plus tristes 
contacts, et qui, perdant l'argent et les hommes, con- 
tribuait, ce qui fut pire, à empoisonner l'art français, à 
gâter les lettres françaises par des mélanges funestes et 
de lamentables exemples. Une vapeur de marécage sem- 
bla flotter sur l'Italie décimée par la peste, durant ces 
premiers mois de l'année 1523 où tant de malheurs se 
préparent. 

Au printemps, Jean des bandes noires se retira parmi 
ses troupes, à Reggio d'Emilie. Il lui fallait au moins l'il- 
lusion des armes. Puis, il voulait être tout prêt. Ce can- 
tonnetnent qu'on avait assigné pour les bandes noires, 
cette ville « gentille » et turbulente, peuplée de bannis 
et de soldats, lui plaisait. Il y surveillait ses troupes, in- 
commodes aux habitants, et qu'on avait plusieurs fois 
supplié d'éloigner. Surtout, il y vivait 'dans une liberté 
de mœurs plus grande, sans être morigéné par sa famille 
ou par la Curie. 

Reggio d'Emilie, durement éprouvé par tant de guer- 
res, avait voulu faire intervenir Adrien YI auprès de Fran- 
çois II Sforza, pour ôter les soldats pillards de la ville 
et du territoire. Mais le bref du Pape ne fit qu'un mé- 
diocre effet; le duc éluda les demandes, il renvoyait les 
citoyens à Prosper Colonna, à l'abbé Ferdinand Nuger, 
commissaire de Charles-Quint. On accorda seulement aux 
habitants battus, violés, volés, brûlés, de porter des ar- 
mes « pour leur défense. » La peste mit le comble à ces 
désastres. La seule consolation des victimes, ce fut d'ob- 
tenir que l'ancien gouverneur de l'Emilie, François Gui- 
chardin, fût remis dans la légation que sa douceur, sa 
prudence, sa fermeté, lui avaient fait administrer à la 
reconnaissance universelle. Ces pauvres peuples, peu 



.ii:ax des bandes noires r.t:3 

accoutumés à se voir défendus, aimaient fidèlement et 
rappelaient avec ardeur celui qui les avait gouvernés 
sans les opi>rimer. Ils virent partir avec joie le comte 
Albert Pie de Carpi, et (iuido Rangone. Ils avaient une 
lettre de Guichardin où il était dit : « Le plus tôt que je 
pourrai, je me transporterai chez vous, avec le désir de 
maintenir cette cité dans le repos et la tranquillité (|ui 
souloient y régner durant mon premier gouvernement. » 
A Reggio, la présence de Jean des bandes noires, dans 
le voisinage de Guichardin, n'apporta que de la richesse 
et des fêtes. Devant leur chef, les bandes noires se te- 
naient plus tranquilles. 11 ne souffrait aucun excès en 
dehors de la guerre, et sous ses yeux. Dans cette ville 
(( délectable, et qui aime les étrangers », il dépensait 
largement, grâce aux domaines de sa sœur, qui fournis- 
sait avec une reconnaissance généreuse aux besoins de 
son sauveur : il s'entourait de compagnons joyeux, « fort 
adonné, dans ce moment, à la chasse et à l'amour. » L'a- 
mour, on en trouve des traces sur les lettres de cette 
époque, des mains de femme ont écrit sur le revers : 
(( mon très cher et doux petit destin ! » et les requêtes 
de satin, de linge fin, commencent à tomber sur Marie 
Salviati dès les premiers jours. « Je n'en ai point à en- 
voyer, répondait-elle, je l'ai déjà dit à Jean-Pierre. Quand 
je serai plus riche, je vous pourrai mieux secourir. » Les 
questions d'intérêt n'étaient pas même en ordre, et le 
cauteleux Pierre-François de Médicis les ravivait à la 
moindre absence. « Je vous proteste, lui écrivait Jean de 
sa propre main, que j'entends venir chez moi, et, comme 
il est juste, et très juste, jouir de tout ce qui m'appar- 
tient ; et je veux tout ce que depuis dix années déjà vous 
avez eu en jouissance, et qui est à moi ; afin que vous 
éprouviez une autre façon de vivre; et je vous ferai con- 
naître ce que c'est que de vivre hors de sa maison : je 
vous en fais serment public I » 

13 



19 4 JEAN DES BANDES NOIRES 

Mais Jean s'amusait à Reggio, pendant celle brève 
éclaircie, sans penser aux affaires. Quand sa nièce An - 
gèle de' Rossi, qui allait épouser Vitello Vilelli, passa par 
Reggio pour aller dans la citadelle des Yitelli, à Città di 
Castello, Jean des bandes noires mil en fêle la ville entière, 
accueillit triomphalement la fiancée, et nuit et jour ce 
fut des joutes, des combats à pied et à cheval entre les 
soldats : « Monseigneur, lui dit un ami, ceci, est-ce pour 
votre nièce, ou pour V^otre Seigneurie? » car il assistait 
à toutes les réjouissances. Jean se mit à'rire : « En vérité, ■ 

dit-il, la nièce en est la première cause ; la deuxième cause i 

est pourtant bien celle que vous avez dite. » 

L'auteur du Courlisan rapporle qu'un rodomont fut i] 

convié, par une dame de la charmante cour d'Urbin, à I 

la danse, et à des concerts, ou à quelque plaisir délicat, "| 

qui lui pourrait plaire : « Ce n'est pas mon métier, gron- 
dait le bravache. » — « Et quel est-il donc, votre mé- 'a 
lier? » interrogea la dame rebutée par plusieurs- refus. 
<( Combattre t » dit avec un air furibond le tranche- 
montagnes. « Vraiment? mais alors, riposta la dame, 
présentement que vous n'êtes point en guerre, ni sur le 
moment de combattre, vous feriez sagement de vous faire 
curieusement enduire de graisse, et mettre en une ar- 
moire^ ensemble tous vos harnais de bataille, jusques au 
temps de servir; cela, pour ne vous point rouiller. » 

Jean des bandes noires n'était point de ces panoplies 
ambulantes. Il aimait et il savait vivre. Aussi valeureux 
aux batailles de la table et de l'abôve, qu'il l'était aux 
jeux de la guerre. Capable d'aimer Giannozzo Pandolfîni 
seulement pour son beau parler florentin et ses plaisan- 
tes reparties, il s'attachait les bons compagnons : dès 152(1, 
grâce à son neveu par alliance Vitello Vilelli, Jean de 
Médicis apparaît comme l'ami de Pierre l'Arélin. En cette 
année 1523, les relations se renouent, elles ne cesseront 
jamais d'êlre intimes, dans tous les sens. 



JEAN DES BANDES NOIRES 1!»5 

L'âcre joyeuseté de Pierre l'Arélin l'avait rendu célè- 
bre dans la cour boulfonne Je Léon X. Il était mainte- 
nant au cardinal Jules, et celui-ci le prêtait au marquis 
de Manloue. Mantoue, la ville des bouffons, n'est pas 
loin de Reggio; l'Arétin, la veille de la Fête-Dieu, venait 
dans cette ville où Jean des bandes noires menait la vie 
h grand fracas; il le vit, peut-être, inaugurer la facétie 
que Rohan reprit à Saverne, et traverser avec sa meute 
et ses cbevaux tout un marché de poteries, qu'il cassait 
en reitre et payait en prince. 

On ignore si pour « le corps et sang de Christ, » Jean 
des bandes noires et Pierre l'Arétin jeûnèrent. Mais l'A- 
rétin ne manque pas de recommander, parmi ses bali- 
vernes effrontées, une affaire importante, qui préoccu- 
pait Jean, et dont le marquis pouvait se mêler. Ceshommes 
de lettres joyeux, ces pasquins de cour, ils servaient d'in- 
termédiaires aux princes; maintes fois, entre deux lazzis, 
leurs lettres ou leurs paroles faisaient passer une remar- 
que, un avertissement;, une prière; ambassadeurs burles- 
ques, ils servaient à négocier sans apparat, sans bruit, et 
leurs offices n'étaient pas moins utiles, pour être mis 
sous l'enveloppe d'un bon mot. ou d'un gros mot. 

« Le Seigneur Jean, écrivait l'Arétin, que l'amour a 
mis à toute extrémité, baise les mains et les pieds à Votre 
Excellence, et vous recommande ce procès, qui est sa 
ruine ; vous savez bien comme il est votre serviteur, et 
qu'il n'adore personne plus que vous au monde. Vous 
pouvez faire de lui ce que vous voulez... » 

Ce procès, c'était avec la nichée de hobereaux terri- 
bles qu'on nommait les Malaspina, c'était pour un châ- 
teau perdu dans les montagnes Apuanes, que Jean de 
Médicis le voyait surgir. Il avait eu l'idée, pendant sa 
campagne pour lesde'Rossi, d'acquérir l'Aulla, gros don- 
jon féodal planté sur une bosse des rudes Apennins ligu- 
res; la beauté farouche du lieu, les sauvages torrents de 



196 JEAN DES BANDES NOIRES 

l'Aulla, du Taro, de la Magra, celte terre couleur de sang 
au pied de montagnes en marbre, l'avaient peut-être sé- 
duit moins que la force de ce château, clef d'une vallée 
où l'on passe des rives génoises aux défilés toscans. Mais 
il tombait, en se fixant là, parmi des guêpes redouta- 
bles ; les Malaspina protestaient, soutenus par le cardi- 
nal Cibô, favorisés par Gênes, qui voyait avec inquiétude 
une petite armée, et Jean des bandes noires, aux confins 
de son domaine; le duc de Ferrare tremblait pour laGar- 
fagnana, dont l'Arioste commandait pour lui les châteaux- 
forts, autant que Gênes pour Sarzane et Sarzanello, dont 
Charles VIII avait montré le prix. 

Jean des bandes noires, installé sur l'échiné de l'Italie, 
tenant la Ligurie et la Toscane, maître de cette Aulia 
fondée par Adalbert le Grand, marquis-grand de Toscane, 
comte de Lucques,deGarfagnana, seigneur de Lunigiane, 
cela mettait une menace sur trop de gens, et une épine 
trop vive au doigt des Malaspina, seigneurs du fief acheté 
par surprise, châtelains de la roche depuis le neuvième 
siècle. Mais déloger Jean, c'était plus facile à désirer qu'à 
faire. La « vapeur du Val di Magra », la sanglante va- 
peur de guerre recommençait à s'élever, comme au temps 
du marquis Conrad. Jean avait pris goût à ces conquêtes 
de châteaux, qui pouvaient le mener loin. Il ne cessera 
plus jamais dépenser à se faire maître d'un Etat; avec ce 
mirage, on l'entraînera vers le Roi, vers l'Empereur, et 
jamais il n'aura son lot. Dès le 28 février, il était en Tos- 
cane, à débattre, dans la docte et légiférente Pise, par de- 
vant des docteurs en droit, les litiges amenés par sa prise 
de possession en Lunigiane. Sa compagnie l'attendait au 
Trebbio pendant qu'il plaidait, écrivait et se débat- 
lait. 

L'inimitié des Malaspina n'était pas la seule que lui 
attira son nouveau domaine; presque riverain de la raer^ 
puisque l'Aulla se trouve à quatre lieues de la Spezzia, 



JEAN DES BANDES NOIRES 107 

il se servait d'une flottille pour éviter le loni,' chemin 
des nnontag-nes; le sire de Monaco, Tirimaldi, corsaire par 
son origine et par son domaine, pilla ses bateaux. Comme 
au temps de Camille Appiano, Jean des bandes noires 
appela le seigneur pillard en un duel à mort. Le cardi- 
nal Jules se hâta d'intervenir; Jean ne lui avait point 
annoncé la querelle, mais le débile François II Sforza, 
bon policier, s'il était mauvais homme de guerre, avait 
bavardé dans ses lettres. Ce prince de carton, jouet des 
partis, blessé pour rire, rentrant, sortant, chassé, repris, 
venait d'être mis en possession de la citadelle, à Milan, 
par la pitié de Charles-Quint. 11 était sorti du château quel- 
ques pauvres ombres, les jambes enflées, la face creuse, 
des morts ambulants. Sept cent quatre-vingts cadavres 
emphssaient la forteresse. François II n'avait pas voulu 
pénétrer dans les murs avant la permission de son astro- 
logue. Jean des bandes noires, lui, quand on lui parlait 
d'astrologues, disait : « Je sais ce qui m'attend 1 » et il 
refusait de les voir, avec dégoût. 

C'était pourtant ce pauvre sire, ce Duc par la grâce 
de la famine, qui recommandait, aux Huit de Pratique, le 
marquis Spinettade Villafrancha, son feudataire, dont le 
61s avait une abbaye à l'Aulla, dans le pays molesté par 
les bandes. Pendant que Jean se débattait dans les affai- 
res, grossoyait de sa main une lettre où il disait: « ce 
qui m'importe, c'est mon honneur », des renards comme 
le cardinal, auquel il devait rendre compte de ses amis, 
des loups-cerviers comme le duc, qui ne payait pas même 
bien, l'entravaient et le pressuraient. Il courait du Treb- 
bio à l'AuUa, de l'Aulla revenait à Reggio. Les lettres le 
poursuivaient: « Parle temps qui court, lui disait le car- 
dinal Jules, vos pairs ont d'autres moyens et d'autres 
voies que les combats singuliers pour montrer leur va- 
leur et courage. » Un mois après il insistait encore; 
et, à son tour, comme son bon parent et son condottiere, 



108 JEAN DES BANDES NOIRES 

le duc l'adjurait d'épargner Lazare Malaspina, le châ- 
teau d'Olivola et les autres possessions du marquis en 
Lunigiane. 

Les Malaspina ne s'en tirèrent pourtant pas sans de 
grosses rançons, et les bandes noires n'oublièrent plus 
les chemins de la Lunigianc. L'année suivante, le pays 
de Garfagnana les revit. L'Aulla, prise depuis l'année 
passée comme centre et repaire, restait aux mains de 
Jean des bandes noires. 

A ce moment, où l'Arétin vient d'apparaître auprès 
de Jean, celui qui fut « son œil droit », le capitaine Luc 
Antoine Cuppano, de Montefalco, se montre aussi pour la 
première fois, dans une lettre que lui adresse Marie Sal- 
viati. Cet Ombrien, le plus fidèle compagnon du condot- 
tiere, était alors son valet de chambre, et Jean le dressait 
à la milice, comme il faisait ses favoris. « L'éternel Jean, 
dit l'Arétin dans son style si grotesquement emphatique, 
eut deux yeux dans le front de sa tendresse, Luc An- 
toine et Pierre ; mais Luc Antoine était l'cEil droit, 
et moi le gauche ; c'est pourquoi la charité de sa nature 
amoureuse ne sut oncques voir personne plus volontiers 
que nous deux. » Luc Antoine avait d'autres offices que 
ceux des armes, et Marie Salviati les lui rappelait. 

« Je recorde à M. Luc Antoine qu'il me faut, première- 
ment deux grands éventails, une demi-douzaine de boë- 
tes de civette; et faites-moi faire deux escoffions d'or, 
de ceux qui se font à Mantoue, quatre paires d'escoffions 
couleur de tan, foncés, de ceux qu'on use à Reggio. Si 
vous ne savez pas acheter les doublures d'escoffions, de- 
mandez à madame Camille, qui vous le saura bien indi- 
quer et me recommandez à elle; je veux aussi deux coif- 
fes de soie brune à la mode de Reggio, et si vous aviez 
de l'ambre qui soit bon, envoyez-m'en, et de la civette, et 
du musc. Envoyez-moi cela quand vous pourrez^ quand 



JEAN DES BANDES NOIRES 19!» 

VOUS serez en fond?, el recommandez-moi au Maître. 
C'est tout. Dieu de mal vous garde. 
« I5« de juillet lo2;3. 

« Achetez un poignard pour Cosme. » 

P. -S. — (Attache à la lettre) « Faites-moi faire une 
chaîne d'or pour Cosme, de i ou o ducats, et une médaille 
d'or pour Cosme. Vous ferez faire tout cela quand vous 
aurez de l'argent; c'est tout. » 

« Marie Sai.viati dk Mkdicis. » 

Le beau petit prince de quatre ans eut son [)oignardj 
sa chaîne, et sa médaille de bonnet. Et madame Camille 
Pallavicini, qui tenait peut-être à Reggio l'emploi de con- 
cubine, dut être sensible à la fois au souvenir et à la 
mission de parfumer et d'embellir Madame, la vraie 
Madame, celle qui aurait eu le droit de lui dire le mot 
fameux: « Retirez-vous; pour ce que vous faites ici, bien 
le feray, autant que vous I » 

Malgré les chaleurs d'un été qui faisaient fuir Marie 
Salviati et Cosme dans une ferme de la montagne, « à 
chercher le frais », Jean ne quittait guère les lorrides 
plaines de la Lombardie, ni Reggio. durant bien des se- 
maines. Empêtré de maintes affaires, arbitre d'héritages, 
en train de combiner ses dettes pour un équilibre toujours 
précaire, il se voyait menacé dans la possession des biens 
Uffreducci ; le misérable morceau de pain jeté par ce 
Léon X qui l'avait, au premier essor, craint et opprimé, 
voici que la Chambre apostolique le faisait mettre en 
régie. Il fallait retrouver le bref, paperasser, argumen- 
ter, produire des pièces. 

Cependant, les souffles de guerre arrivaient par dessus 
les Alpes. « Je ne seray à mon ayse, écrivait François P% 
que quand je seray passé par-delà avec mon armée. » 
Il y passa, il s'y perdit, comme toujours il adviendra 



I 



20(1 JEAX DES BANDES NOIRES 

quand la France se laissera duper au mirage de ce pays 
si profondément étranger. Conquêtes, alliances, toutes 
les batailles y sont funestes. Un pays, l'Italie? peut-être ! 
un Etat? jamais. 

Ce fat, d'abord, la Ligue presque générale, où le passé 
du précepteur impérial et le présent des influences étran- 
gères précipitaient le pauvre Pape, jusqu'au moment 
où la mort vint le délivrer de sa tiare, trop pesante pour 
son front de théologien fourvoyé. L'armée impériale, 
l'armée de Venise, l'armée de Florence, l'armée de Fran- 
çois Sforza, les subsides du Pape, ceux de Vienne, de Luc- 
ques, de Gênes, la flotte entretenue par Gênes, voisine, 
éternelle ennemie, tout s'amassait contre la France ; la 
haine allait-elle donner une conscience à l'Italie? 

Mais l'Italie ne s'unissait qu'autour d'une armée étran- 
gère, 1527 vengera 1523. Quand : 

« Tant de fantassins descendront d'Allemagne 
Qu'on apprendra bientôt que l'Ambre et que l'Adda 
Bouillonneront de sang, et toutes leurs campagnes, 

lorsque Rome répétera : 

La gent de Luther est des Alpes descendue 
La voici qui s'approche et vient pour imposer 
La loi de la Réforme à l'Eglise romaine, » 

alors, alors les alliés d'aujourd'hui vengeront la Ligue 
de 1523, et François l^'^ et Pavie ! Un prince français les 
mènera : mais vraiment, Charles de Bourbon est-il fran- 
çais? Italien bien plutôt, et plus qu'à demi, cet homme 
tient de sa mère : et sa mère est une Gonzague. 

Avec toute sa frontière en feu, le roi de France retarde 
encore sa descente en Italie. Il y a, dans l'énorme Ligue, 
le roi d'Angleterre et l'archiduc Ferdinand, le nord de 
la France n'est pas défendu par les Alpes, et Bourbon 
vient de se révolter. 

L'essentiel, pour Jean des bandes noires, c'est que 



JEAN DES BANDES NOIRES 2i)l 

l'on va se battre. Boanivet, amiral de France, amène les 
quinze cents hommes d'armes, la redoutable gendarme 
rie française, et vingt-cinq mille hommes de pied, fran- 
çais, flamands, italiens, surtout suisses. 11 y a. dans cette 
armée-là, le chevalier Bavard, et son ami Jean de Cha- 
bannes; il y a Lorges, un condottiere français; il y a le 
comte de Sainl-l*ol, et les deux féaux de France, Frédé- 
ric de Bozzolo, et Renzo de Ceri, celui que sa gloire au 
siège de Marseille rendra populaire et baptisera français. 
Les Suisses ont Jean de Diesbach. On pourra faire des 
prouesses, avec de pareils adversaires, lisent les vertus 
militaires de Jean; par malheur pour la France, ils au- 
ront aussi «es défiuts, le courage hors de saison et la 
présomption des preux. 

Pro?per Colonna commande encore; le vieux général 
n'est plus que l'ombre de lui-même, il est aux pentes 
de la mort. Ferdinand d'Avalos, marquis de Pescaire, a 
refusé de servir sous lui. Alarcon et Antoine de Leyva, 
cruels et vaillants, bien dressés aux guerres féroces, font 
la monnaie de l'orgueilleux marquis. 

Et Jean de Médicis revient aux Impériaux. Il s'est mis 
d'accord avec le duc François Sforza; péniblement et 
mal. Pendant que les gentilshommes français marchaient 
« pour leur plaisir », et <( prenaient leur chemin droit 
où estait le seigneur Prosper avecques son armée, pour 
luy donner bataille », 4e pacte dûment établi, en double 
expédition^ et sous bonne forme, louait les services de 
Jean des bandes noires, marchand de guerre, au duc 
François II, son acquéreur. 

Le contrat existe, et le voici : 

« Contrat de la charge que donne l'Illustrissime et 
Excellenlissime seigneur monseigneur François II Sforza 
Yisconti duc de Milan, etc. à l'illustre seigneur Jehan 
de Médicis. 



202 JEAN DES BANDES NOIRES 

» Premièrement, il est dit que le susdit seigneur Jehan 
devra faire service audit Excellentissime seigneur Duc, 
en bonne foi, comme loyal capitaine, et contre toute per- 
sonne et potentat, ?ans nulle exception, et devra faire 
de ses gens et compagnies en temps de paix et de guerre 
ce qui lui sera ordonné par Son Excellence, son capi- 
taine général, ou tout autre à qui serait déléguée l'auto- 
rité de S. Excellence. 

» Item, que Son Excellence sera tenue de donner charge 
audit seigneur Jehan de soixante-quinze hommes d'armes 
et cent cinquante chevau-légers, avec sa solde person- 
nelle, aussi la solde de son lieutenant, de son enseigne, 
de son trompette, et aussi des soldats, en telle mode et 
forme que Sa Majesté Césarienne paie ou fait payer ses 
condottières et soldats. 

)) Item, qu'il plaira <à Son Excellence, pour montrer 
ses bons sentiments envers le susdit seigneur Jean, lui 
donner chaque année, pour compte de sa personne, outre 
ce qui se doit donner ordinairement à lui, ainsi qu'il est 
stipulé ci-dessus, encore mille cinq cents écus au soleil, 
videlicet loOO. 

» Item, qu'en temps de guerre, il plaira à Son Excel- 
lence que le susdit seigneur Jean reçoive charge de cent 
autres chevau-légers, et qu'elle s'engage à le faire payer 
selon que se paîront les autres, et en outre, à lui faire 
avoir charge de deux mille fantassins avec le paîment 
qui se paîra aux autres capitaines de l'infanterie et aussi 
aux dits deux mille fantassins, et cela au cas que la guerre 
se fasse au nom de Son Excellence seule, ou bien que la 
fasse (sic) des fantassins à sa solde, et non autrement. 

» Item, qu'il plaise à Son Excellence que le Seigneur 
Jean susdit puisse, de sa compagnie ordinaire de chevau- 
légers, tenir auprès de lui vingt-cinq bons soldats, et 
honorés, lesquels lui feront bon service pour tous ren- 
seignements et paiements, faisant iceux nonobstant les 



JEAN DES BANDES NOIRES 20o 

autres combats et offices d'éclaireurs avec les autres, aux 
temps dus comme il est dessus stipulé; et feront là où 
ils se trouveront avec la personne dudit Seigneur Jehan, 
avec bonne foi, et assurance pourtant qu'ils seront au 
nombre dessus dit. 

» Item, qu'il {)lairaà Son Excellencequ'au dit Seigneur 
Jehan soient concédés des logements pour quinze places 
d'hommes d'armes, et ceci pour son écurie, et que les 
dits logements se donnent pour autant d'hommes d'ar- 
mes, suivant la répartition stipulée par la charge, qu'il 
en est donné aux capitaines de sa Majesté Césarienne. 

» Item, que lesdites troupes dudit Seigneur Jehan 
soient obligées, en temps voulus, à faire les fonctions 
de guerre et reconnaissances d'éclaireurs et observer 
les règlements qu'observeront les autres troupes de Son 
Excellence, touchant les logements et contributions. 

» Item, que ladite charge aura pour durée les deux 
années prochaines, à dater de la mi octobre prochaine ; 
et pour l'observation de ce qui est contenu ci-dessus, il 
se fera deux copies des dites stipulations, soussignées de 
la propre main des Seigneurs susdits, le Duc et le Sei- 
gneur Jehan, et scellés de leur sceau. Desquelles, après, 
l'une devra demeurer entre les mains de Son Excellence 
et l'autre entre les mains du susdit Seigneur Jehan. 

» Donné en notre castel de Trezzo, le 26® jour d'Août 
1523. 

» François. 
» Vu : MoRONE. 

» Barthélémy Rozoxi. » 

Le duc s'était réfugié dans ce château de Trezzo sur 
l'Adda, par crainte de la peste qui ruinait Milan. Sous 
l'influence des haleines salubres que lui soufflait la 
vallée de la Brianza, cet Eden des Lombards, il y avait 
rassemblé sa cour, que menait, à défaut du maître aimé 



204 JEAN DES BANDES NOIRES 

mais faible, la puissante volonté d'un Morone, de « l'in- 
fatigable Morone. » On attendait le gros orage qui se 
reformait encore une fois; et Jean de Médicis était une 
espérance bien puissante. 

Mais Jean n'était pas satisfait. Plus persuadé chaque 
jour de sa valeur, au milieu de chefs qui ne sont pas 
même ses dignes rivaux, soucieux de sa grandeur, flot- 
tant de rêve en rêve, il se sent pressé par la vie, il sait 
qu'il peut mourir demain,, ce soir, et l'Etat qu'il désire 
échappe toujours à ses mains. 

« Vous m'avez en ceci fort mal servi, écrit-il au confi- 
dent chargé de la négociation, et avec Son Excellence 
le Duc et avec Morone. » En outre, il était molesté par 
les marquis Malaspina, qui violaient les conventions. 
Que d'afl'aires ! ces bandes exigent une vraie chancelle- 
rie, et ce guerrier traîne avec lui les papiers les mieux 
en ordre qui nous aient été conservés. 11 est temps, en 
cette fin d'août, de préparer les armements pour la 
guerre d'automne. 11 faut rassembler l'artillerie. Pour- 
quoi, lorsque six belles pièces de canon furent prises 
dans San Secondo à Philippe de' Rossi, les a-t-il données 
trop généreusement à Louis de Gonzague, « comme pour 
gage, dit un biographe, qu'il mourrait en sa maison? » 
Elles lui seraient bien nécessaires à présent : 

« Regardez, dit-il à Suasio, par la maison là-bas au 
Trebbio, par dessous les lits, et partout, et aussi dans 
dans l'arsenal, il s'y trouve plusieurs grosses pièces 
d'artillerie, courtes, en bronze et en métal, cherchez-les 
bien, il y a encore des pièces en état et des avariées, 
en bronze et en métal, cherchez-les, et si elles ne s'y 
trouvent pas, cherchez à Florence, à Castello, partout, 
autant qu'il y en aura ; et envoyez-les moi de suite ici 
par un exprès. Je dis aussi bien les pièces intactes que 
les rompues. N'y manquez point. 

» Reggio. 20 août 1523. » 



JEAN DES BANDES NOIRES 205 

Il faut des chevaux barbes, des « beaux », et tous 
ces achats laissent trace, dans les papiers où se retrouve 
jusqu'au billet de faire part envoyé par le marquis de 
Gonzague François-Jean, pour la mort de sa mère, dé- 
cédée le 23 août, « munie des sacrements de l'Eglise ». 

Sans cesse à cheval sur les routes l)rùlantes de la Lom- 
bardio, il fallait courir h. Milan pour les conventions, re- 
gagner Reggio pour lever des hommes ; la fièvre tierce 
l'avait repris, pendant qu'il venait « en poste », la nuit, 
sans débrider. 

Le voilà donc Impérial derechef, avec une solde qu'il 
tâche d'augmenter, de <( rendre certaine et fixe, afin 
de nourrir tant de braves soldats qui le venaient re- 
joindre, et l'aimaient souverainement. » 

Il est celui que l'on mettra toujours au premier rang. 
Lorsque Bonnivet passe le Tessin, pour commencer un 
mouvement qu'il veut décisif, le duc Sforza couvre Pavie 
en détachant « vite, vite, vite » et par une marche de 
nuit, les fantassins des bandes noires. Puis, en octobre, 
c'est Milan même que les bandes noires défendent. 

Prosper Colonna s'est retiré, de Novare à Milan, dans 
une litière que Jean des bandes noires protégeait, en 
repoussant à l'arrière-garde les efforts des Français qui 
inquiétaient la retraite. Le vieux général, moribond, a 
recueilli quelque vigueur pour rendre justice au capi- 
taine dont l'ardeur l'avait si souvent offusqué. Mainte- 
nant les troupes françaises cernent Milan. Il faut ravi- 
tailler la ville, et que les convois de ïrezzo, de la fertile 
Brianza, l'empêchent de mourir de faim. Jean des ban- 
des noires, avec deux cents hommes d'armes, trois cents 
chevau-légers, mille hommes de pied, sort de la ville : 
il rencontre quatre-vingts lances françaises, les harcèle, 
et puis il feint une retraite; les ennemis sont attirés 
dans une embuscade, défaits, tués ou pris. 

Cependant, le jour môme où l'armée française a passé 



206 JEAN DES BANDES NOIRES 

le Tessia, le pape Adrien VI est mort. Sa haine de fraî- 
che date contre la France l'a si bien animé que depuis 
le 5 août la fièvre "romaine a rongé cet homme, odieux 
aux Romains par tous ses mérites. Deux mois vont pré- 
parer la rude élection de Clément VII. En attendant que 
le nouveau pape Médicis fasse voir au monde la diffé- 
rence qui existe entre un intrigant et un chef, Jean des 
bandes noires grandit encore, au siège de Milan. 

11 a laissé dans la Lunigiane des agents actifs, qui 
défendent ses intérêts contre les Malaspina. « Nous nous 
mangerions les uns les autres, écrit l'un d'entre eux, 
plutôt que de consentir à vivre sous ce tyran de marquis, 
c'est étonnant que pour ses ribauderies la terre ne l'en- 
gloutisse pas. » Les détachements des bandes ont mis 
« la chahie au col » aux Malaspina, et l'on persuade à 
Florence que ses intérêts se confondent avec ceux de 
Jean. Même les gonfaloniers doivent invoquer son pou- 
voir, tant il est bien secondé, là-bas, dans les âpres 
montagnes. Aussi se doniie-t-il tout entier à la guerre 
contre la France. « Il ne se repose jamais, disent les 
Vénitiens. Quel vaillant homme! » 

Pendant que Jean fait des prisonniers j»ar centaines, 
blesse Barnabe Visconti, ramène en une seule fois deux 
cents ennemis et davantage au Duc qui est venu le voir 
rentrer de l'escarmouche, pendant qu'il donne « sans 
relâche de rudes peines aux Français, » et soutient pres- 
que à lui seul le poids de ce siège terrible, une trahison 
se prépare, auprès de lui; l'un de ses chefs d'escadron, 
Morgant de Parme, avec quelques autres parmi lesquels 
se rencontre un chevau-léger, s'est laissé corrompre par 
Bonnivet; il est convenu qu'un signa! avertira les Français 
lorsque leurs complices seront de garde au bastion : ils 
trouveront la porte ouverte, et la ville sera surprise. 
Mais un traître a trahi le traître, et Jean des bandes 
noires, averti, saisit la preuve du complot. 



JEAN DES BANDES NOIRES 207 

Il fil prendre Morgant et ses complices, et devant les 
bandes rangées en bataille ils furent, selon les usages 
de la guerre, passés par les pi(jues ; le chevau-léger fut 
remis à la justice de ses camarades, qui le tuèrent à 
coups de lances. Puis, Jean voulut rendre aux Français 
la monnaie de leur pièce : il fît le signal convenu, pour 
les massacrer s'ils entraient. Mais un fugitif, évitant le 
châtiment de ses compagnons, les avait prévenus; il 
fut rémunéré, Milan resta dans les mains des Ippé- 
riaux, et les Français ne donnèrent pas dans le piège. 
On coupa les condamnés en « morceaux et boucons », on 
exposa sur les murailles, face à l'ennemi, les quartiers 
sanglants de leurs corps. Le Duc et le peuple milanais 
avaient eu le spectacle du supplice, « lequel fut très bien 
ordonné. » 

Jean regrettait la vie plus libre des années passées. 
Il pensait à faire venir à San Seconde tous ses faucons 
de chasse. Plus éprouvé chaque jour et plus heureux dans 
ses escarmouches, on lui remettait la défense de la ville 
et son ravitaillement; et le fardeau pesait. Milan souf- 
frait de la famine, les moulins étaient rompus, Prosper 
Colonna se mourait. Heureusement, l'armée française, 
qui dépérissait au milieu des neiges dans l'humide et 
froide Lombardie, ne songeait qu'à se retirer. Bonnivet 
recula sur le Tessin. Sa campagne était manquée. 

Pendant ce temps, un événement capital pour les Mé- 
dicis se préparait péniblement ; c'est l'élection de Clé- 
ment VII. Le conclave siégeait toujours ; « j'ai entendu 
dire, écrivait l'homme du duc d'Urbin, Manfredi, que la 
raison qui fait prolonger l'élection du Pape, c'est que 
les hiboux du cardinal Orsini ont tellement épouvanté 
la petite colombe qui apporte,, dit-on, le Saint-Esprit, 
qu'elle ne s'approche plus du conclave, et cet avis me 
vient de personnes dignes de foi. » 

Pendant que Jean des bandes noires protégeait l'entre- 



208 JEAN DES BANDES NOIRES 

vue de Barnabe Visconti avec Colonna moribond, et qu'il 
empêchait le peuple de lapider le parlementaire, la « co- 
lombe » reprenait courage. On expulsait de Milan les bou- 
ches inutiles à peu près dans le même temps où le cardi- 
nal Jules devenait Clément VII. Jean de Médicis avait 
manqué de pain, depuis deux mois, et à la lettre, n'en 
ayant pas « pour un écu ». Le nouveau pape Médicis, 
élu le 18 novembre, allait-il faire la fortune de son pa- 
rent,, de son guerrier? 

« Voici Clément VII, écrivait plus tard Pierre l'Arétin à 
Marie Salviati, et il met tout en œuvre pour que les hauts 
faits du Seigneur Jean ne l'exaltent point. » Cependant, 
Marie Salviali ne perdait point de temps. Son amour 
d'épouse et de mère avait fait surgir, dans la jeune 
femme, sous la direction de Fortunati, la plus passion- 
née, la plus subtile intelligence pour les intérêts maté- 
riels; elle voulait, avec une âpreté tenace, user de ce 
Pape nouveau. Dès le o décembre, elle lui écrit. Le bon 
Fortunati rédige et dispose; mais il n'a plus qu'à donner 
un avis et à suivre comme il peut la dictée impétueuse 
qui fait chopper sa petite écriture trouble. Marie Salviali 
voit le but, elle y marche avec un entrain délibéré : 

(( Jésus-Marie. 
» Très Saint-Père, et Seigneur Clémentissime. Je suis 
on ne peut plus certaine, que par la grâce de Votre 
Sainteté je suis beaucoup moins exposée à mes difficultés 
ordinaires, et cela me devrait donner plus de patience 
que je n'en montre à vous prier; cela est bien vrai; mais 
aussi, plus j'attendrais, et plus Votre S^aintelc devrait 
prendre peine à tous égards. En conséquence, avec hum- 
ble respect je vous rappelle de daigner condescendre à 
libérer Monseigneur mon époux de tant de dettes et d'en- 
gagements dont il se trouve présentement chargé : à cette 
fin qu'ils ne lui dévorent pas entièrement ce peu qui lui 



JEAN DES BANDES NOIRES 200 

est demeuré; car si Voire Sainteté ne s'en mêle, il n'y a 
aucun moyen ([u'il s'en puisse libérer. Aussi je i»rie dé- 
votement V. Sainteté d'y daigner présentement mettre 
la main: bien assurée que le moyen ne Lui faudra point 
pour délivrer mon époux, sans se beaucoup gêner et in- 
commoder, soit par le moyen de la saline ou de la 
douane, soit par tout-autre qu'Elle pourra préférer. Et je 
ne serai jamais lasse de prier Dieu pour Son salut, Lui 
demeurant éternellement esclave ensemble, avec son très 
amé et bon fils. Aux très saints pieds de Laquelle je me 
recommande très Immblemenl. 

» Florence, 5 décembre 1523. 
» De V. E. Sainteté l'esclave et fille, 

» Marie Salviati de Medicis. » 

Les Riario, les de' Rossi, cherchaient aussi leur entrée 
auprès du Pape. Mais Marie Salviati pensait, avec raison, 
qu'il était temps de songer à soi-même. On commençait 
à faire la curée. Ridolû à l'archevêché de Florence, Jean 
Salviati légal à Bologne, Hippolyte de Médicis et Alexan- 
dre, les deux bâtards, appelés à Rome pour vivre sous 
la main du fils d'Antonia del Cittadino, chacun aurait sa 
part, et Jean de Médicis. Marie Salviati. Cosme reste- 
raient à l'écart? elle s'était juré que non ! « Pensez plutôt 
aux affaires de Rome, disait-elle à Jean, elles sont beau- 
coup plus solides que celles de là-bas. » Et elle ajoutait 
de sa main : 

(( Je vous en prie, ne vous laissez pas endormir avec 
ces affaires de là-bas, on le fait pour vous tenir à l'écart; 
et sachez que changer d'état, c'est changer de condi- 
tion; souvenez-vous du pape Léon, et qu'il n'a pas vécu 
assez ; et soyez assuré que je n'écris point ceci au ha- 
sard. » 

» Florence, 31 décembre 1.523. » 

14 



210 JEAN DES BANDES NOIRES 

Ce fut sa lettre de nouvel an; peu lui importait que le 
duc de Milan se reposât sur Jean, que le duc de Bourbon 
lui envoyât des messagers secrets et lui offrît son amitié. 
Le Pape tenait les faveurs, il pouvait donner de l'ar- 
gent. Lasse de se débattre dans la pauvreté, cette Sal- 
viati, cette Médicis, pendant que son mari gâchait l'ar- 
gent en vaine gloire, voulait avoir sa part de proie, pour 
lui, pour elle, pour son fils. 



CHAPITRE IV 



LES GRANDES GUERRES. 

.IE\N DES BANDES NOIRES AU SERVICE DE LA FRANCE. 

LA BLESSURE SOUS PAVIE (1521-1525.) 



« Du temps du pape Léon, écrivait un jour Marie Sal- 
viati courroucée, tous les gredins ont eu quelque chose ; 
excepté nous! » Elle a laissé dans la correspondance de 
cette époque les mille traces d'une activité dévorante. 
Elle anime Fortunati, parle, intrigue;, affirme avec rage 
que : « les promesses de Sa Sainteté ne manqueront pas, 
que Jean a recommandé Cosme, qu'il va pouvoir ne plus 
penser à son fils, qui l'inquiétait, mais à lui seul, » elle 
voudrait faire venir Jean lui-même à la Curie. 

Elle obtient la première faveur. Elle va s'installer à Ro ne, 
auprès de son père toujours aimé par les Papes, à côté de 
sa vaillante et admirable mère, elle va mettre son fils 
sur le même pied que ces deux bâtards favoris, Alexandre 
et Hippolyte. Elle déploie une astuce et une énergie bour- 
geoises à faire de Cosme un vrai prince, bien en vue, doté, 
rente. Le Pape commence à donner dès le mois de jan- 
vier. C'est vingt ducats, pour un cheval au petit Cosme ; 
puis, en mars, deux cents ducats à Marie Salviati ; et 
quatre encore, pour équiper le cheval du principicule. 

Ce cheval va le mener à Rome. Et Jean des bandes 



313 JEAN DES BANDES NOIRES 

noires s'en réjouit de loin : « Très-chère épouse, écrit-il 
de Milan à Marie Salviati, puisque le mauvais sort a voulu 
que la haquenée que je te voulais envoyer soit fourbue, je 
neveux pas néanmoins que tu manques d'aller à Rome 
ainsi que je te l'avais écrit ; aussi je te répète d'y aller, et 
le plus tut sera le mieux ; loge-toi dans ton Palais Sal- 
viati, chez toi, j'en aurai plaisir. 

<( Arrivée que tu seras à Rome, dès que tu pourras tu 
iras aux pieds de Sa Sainteté, tu les baiseras derechef en 
mon nom, et suivant les paroles qui te viendront sur le 
moment tu me recommanderas à Sa Sainteté, tu lui feras 
entendre ce que tu sais de mon état, et puis comment 
j'ai été et je suis au service du Seigneur Duc, et à cette 
entreprise-ci pour le compte de Sa Sainteté ; et que je ne 
suis pas homme à manquer de faire tout mon possible 
pour bien faire honneur à notre maison. De vrai, je suis 
accablé de dépenses, et voici longtemps que l'on m'a fort 
mal payé, comme Sa Sainteté le sait bien, à laquelle je 
me suis maintes fois plaint par lettres. Je sais bien que Xo- 
tre Seigneur pense à mes affaires, tant présentes qu'à ve- 
nir et qu'il a fait dire au Seigneur Duc, ici à Milan, qu'il 
fournisse à mes dépenses en m'octroyant un Etal qui me 
rapporte 6 ou 8 mille ducats ; si je l'avais, ce serait prou. 
Nonobstant, considérant la variation de ce pays et les 
continuels mouvements dont il est travaillé chaque jour, 
il me paraît qu'il y aurait lieu de penser, en outre de 
cela, à une chose plus ferme et stable, et de plus de fon- 
dement. Et ce que cela pourrait être, c'est ce qu'il ne 
m'appartient point de dire à Sa Béatitude, laquelle, si 
elle le veut, n'en manquera point. Ce n'est point que 
j'aie de grandes prétentions, mais je pense seulement à 
un revenu qui me permit en fait de ne pas être toujours 
à mourir de faim et sans trêve sur le gril. Je ne puis 
non plus réformer mes dépenses. Car, celui qui veut être 
en crédit près des soldats, il faut à toute force qu'il dé- 



JEAN DES BANDES XOIHES 313 

|)ense. Tu es sage, et tu seras sur le fait. Et tu sais bien 
ce dont j'ai besoin. Je n'aspire qu'à tenir de Sa Sainteté 
assez pour vivre comme mes pairs ; pour l'honneur, je 
me l'acquerrai par les armes. En somme, il faut que Sa 
Sainteté pense à faire en sorte que je puisse vivre, et 
que j'aie un état ferme et stable, de façon que mes des- 
cendants en puissent jouir, sans avoir sans cesse à vivre 
dans les transes. 

« Tu seras là, et tu verras au jour le jour où et comment 
tu trouveras matière à parler. Gouverne-toi donc sage- 
ment et prudemment, et que personne ne soit mis dans 
le secret de nos tourments. 

« Tu feras connaître encore à Sa Sainteté, comme de 
ton propre mouvement, le désordre de mes affaires et à 
Florence et céans. Mais adroitement, et en temps et lieu. 

« Je ne dirai rien d'autre, attendu que je m'en remets 
à toi, qui sauras m'aviser souvent. 

«Nous sommes sur le point de ressortir hors de Milan, 
pour aller trouver l'ennemi. Dieu nous donne victoire ! 

« Je t'envoiela zibeline demandée. De beaux gants four- 
rés, il n'y en a point ici. Je me recommande à toi. » 

Et la lettre contenait un billet pour son agent d'affaires, 
Dante Gori, celui (|ui encaisse les largesses pontificales. 

La veille, le duc de Milan, qui n'osajt faire un pas hors 
de ses châteaux sans l'escorte de Jean, lui avait écrit 
pour le prier, sous un prétexte de guerre, et en cachette 
du Seigneur Vice Roi, de lui faire compagnie entre Binasco 
et Milan. Le Vice-Roi, c'était Lannoy, venu pour repren- 
dre le commandement après la mort de Prosper Golonna ; 
il avait ramené Pescaire.Et ils employaient à l'envi l'in- 
fatigable Jean et ses bandes noires. Pendant ce temps, 
Marie Salviati se mettait en chemin pour Rome, elle dé- 
cidait jusqu'à Fortunati ; le Pape venait d'accorder un 
beau palais, où il logeait présentement l'ambassadeur de 
Portugal, pour recevoir Jean lors de sa venue à Rome ; 



214 JEAN DKS BANDES NOIRES 

la peste reprenait avec le printemps, tt deux serviteurs 
étaient morts chez Simon de Ricasoli. 

A travers une bourrasque de pluie et de vent, iMarie 
Salviati et le petit Cosme avec leur escorte de vingt cava- 
liers arrivèrent dans Rome le 27 février au soir, et furent 
reçus par Lucrèce et Jacques Salviati, par le cardinal 
Jean, par les Prieurs Pierre et Bernard, par toute cette 
famille enivrée de revoir la tiare sur le front d'un Médi- 
cis. Le lendemain, le Pape fit demander Cosme, et le caressa 
longtemps. Et Marie Salviati se proposait d'aller faire, 
le jour suivant, la fameuse visite au Pontife. Elle aussi, 
son style est allègre ; en écrivant, « le Seigneur Dieu vous 
donne bonheur et victoire ! » elle pense à cette bataille 
qu'elle va livrer, elle, dans les chambres du Vatican^ 
tandis que son mari chevauche aux fanges de la Lombar- 
die. 

Elle croyait, l'adroite femme, gagner à force d'artifi- 
ces un Etat pour son mari; elle en préparait un pour son 
fils. Jean ne possède ni l'esprit d'intrigue ni l'erprit de 
suite;' la résidence auprès du Pape lui est odieuse, et il 
est, avec ses absences perpétuelles, un inconnu pour les 
Florentins ; ils l'admirent de loin, mais ils ne s'accoutu- 
ment pointa lui. Le fils^ silencieux, tenace, laissera re- 
froidir la lave où son père aura disparu ; dans l'Italie 
écrasée sous une paix avilissante, dans Florence affaiblie 
sous la tyrannie de l'Empire, les événements passeront, 
tragiques et honteux, pour apporter à Cosme la couronne 
ducale. Mjiis Jean des bandes noires n'a point le caractère 
qui prépare ni la tradition qui impose ; cadet,, de famille 
calette, il est un aventurier. Et, du condottiere ancien, 
s'il exagère la bravoure, il n'a point les vues politiques 
et le génie volontaire. C'est lui qui, dans le beau milieu 
des négociations ourdies à son profit, se lasse, s'enfuit en 
laissant ce billet : « Curé, j'ai parlé au Pape. Il consent 
que je m'en aille quand je veux ; donc, allez chez Sa Sain- 



JKAN DES BANDES NOIRES 310 

télé, voir à ce qu'on me donne l'argmi (ju'il me veut 
donner, qu'on me le remette, car je veux partir le plus 
toi possible ; et je voudrais que vous lui demandiez s'il 
me veut donner la pauvre somme qu'il me faut meshuy. 
C'est tout : venez vite faire cette démarche auprès du 
Pape, et la faites ce soir à toute force, sans y manquer, 
pour rien au monde. C'est tout. .\e dites rien à personne 
de mon départ. » 

La grande atfaire, dont sa vie et la victoire dépendaient, 
c'était de se bien monter. Pas une lettre qui ne parle des 
chevaux barbes. " Je ne puis vous écrire longuement, di- 
sait-il au Prince de Brisignauo, car je suis à toute heure 
en un souci perpétuel, et exercice de bataille. » A Flo- 
rence, on trouvait qu'il en faisait trop, on commençait à 
craindre pour lui : 

« Je rappellerai avec respect à Votre Seigneurie, écri- 
vait Suasio, qu'au temps présent elle est très fameuse 
auprès de tous comme un grand capitaine qui soit en Ita- 
lie, et sans pareil ; et en telle estime et grade Elle se 
trouve au regard des gentilshommes qu'ElIe s'en peut 
moult glorifier et contenter. Tous les amis de V. S. toutes 
fois qu'ils me rencontrent, me supplient de Lui écrire 
de n'en vouloir point trop faire, de ne pas tenter si fort 
la fortune, et de n'avoir cure d'en plus acquérir. Si bien 
que. Monseigneur, songez à vous maintenir en cette bonne 
réputation, en ce nom divin, mais en faisant tout pour 
sauver votre vie, c'est là qu'est la loi et les prophètes; 
et puis, arrive qui plante, nous serons toujours les vain- 
queurs. » 

Placer des exploits, au meilleur taux possible, c'était 
bien son désir, et le conseil était séant. Mais, heureuse- 
ment pour sa gloire, ce Médicis était mâtiné de Sforza : 
l'épée en main, la lance au poing, son barbe Sultan dans 
les jambes, il piquait droit et frappait ferme, sans pen- 
ser à sauver sa vie, sans rien voir que les ennemis, de- 



216 JEAN DES BANDES NOIRES 

vant son cheval, cl la victoire, derrière les cadavres et 
les prisonniers. 

Marie Salviati avait vu le Pape. Elle se hâta d'écrire 
la réponse de sa propre main : « La réponse de Sa Sain- 
teté a été la suivante : que jamais elle ne ferait défaut à 
V. S. quant à l'Etat que l'on cherche à lui donner en 
Lombardie; que V. S. n'en doute point; que lorsqu'une 
fois vous l'aurez, vous pourrez être assuré qu'il sera sta- 
ble et ferme, attendu qu'il sera assuré par telle personne 
qu'il n'y aura lieu de rien craindre; et que si Ton ne 
pouvait l'octroyer en ce pays, on ne manquera pas de le 
donner dans un autre lieu sûr. Quant à la fille. Sa Sain- 
teté a répondu que les temps ne permettaient pas que 
présentement on put faire autre chose que d'attendre à 
voir la fin de cette guerre. » 

La (( fille », espérons que c'était Cornélie Riario, si for- 
tement recommandée à Jean par Catherine Sforza, et 
dont le prénom passe dans une des pages immondes que 
ce compagnaccio d'Arétin barbouillait déjà, pour Jean 
des bandes noires, avec une verve grossière de goujat 
improvisateur. Mais ce pourrait être aussi bien, celle 
putta, celle fillette, quelque nièce de' Rossi, voire même 
une fille bâta'de ; les femmes légitimes étaient alors trop 
asservies, ou trop dédaigneuses, trop faibles ou assez 
fortes pour s'occuper, sans sourciller, des maîtresses et 
des bâtards. 

Dès le début de celle année 1S24, Jean avait agrandi 
l'ambition de ses entreprises. Le Vice-Roi Charles de 
Lannoy ne méconnaissait pas la valeur d'un tel condot- 
tiere. Déjà, sur la fin de janvier, les bandes noires avaient 
fait, avec ardeur, avec trop d'ardeur, la fameuse cami- 
sade où Bayard faillit être pris, à Robec. Bonnivet s'était 
retiré, s'était enfermé dans Abbiategrasso, entre le Xa- 
viglio Grande, canal dérivé du Tessin, et la rivière tor- 
rentueuse; un peu plus haut vers les montagnes, sur le 



JEAN DES BANDES NOIRES 217 

cheiiiiii de Magenta, le mauvais poste de llebec, impos- 
sible à (brtifier, fut remis à la garde du chevalier Ikiyard, 
avec deux cents hommes d'armes et les gens de pied de 
Lorges : Bavard, moins clairvoyant que brave, et pour si 
peu tacticien ({u'il fût, ne laissa pas, néanmoins, de voir 
combien ce village découvert le mettait en péril, et 
quelle étrange place on lui donnait à garder. « Monsei- 
gneur, avait-il dit à Bonnivet, je ne sçay comment 
vous l'entendez, mais pour garder Rebec, au lieu où il 
est assis, la moitié de nos gens y feraient bon besoing. 
Je connais nos ennemis; ils sont vigilans ; et je suis 
bien asseuré qu'il est quasi difficile que je n'y reçoive 
de la honte. Car il mest bien advis que, si quelque 
membre de vos ennemys y estoienl, par une nuit les 
irois réveiller à leur désavantage. » 

De fait, il y fut réveillé dans la nuit du 27 janvier. 
Cinq cents chevau-légers sortirent de Milan, et Bonnivet 
ne le sut point, lui qui s'était vanté « qu'il ne sortiroyt 
point une soris qu'il ne fust averti.» Pour se reconnaître 
dans l'ombre, ils avaient des chemises blanches par-dessus 
leurs cuirasses ; le guet fut surpris, et, sans la hâte d'atta- 
quer au mépris de toute précaution^ défaut brillant des 
bandes noires, sans les « piqu'avant ! » et les cris dont l'en- 
nemi fut averti, les Français se trouvaient saisis à l'im- 
proviste ; BayarJ, qui couchait avec ses avant-bras et ses 
cuissards, et à côté de sa cuirasse, s'arma promptement, 
à la première alerte. Lorges et ses gens accouraient aussi 
vers les barrières. « La huée fut grosse, dit le Loyal ser- 
viteur, et l'alarme chault. » On put regagner Abbiate- 
grasso. mais on perdit tous les bagages. Les Italiens 
commencèrent par dire que l'on avait pris aux Français 
tous les hommes d'armes et deux mille gens de pied; le 
jour suivant, il n'y avait plus de pris que six chevaux de 
la gendarmerie, et quarante pourpoints en velours. Cer- 
tains chroniqueurs transalpins ajoutent bien trois dra- 



218 JEAN DES BANDES NOIRES 

peaux, mais ce n'est pas sur : drapeaux ne sont pas pour- 
points, et Bayard protégeait la retraite. 

En février, c'était encore des escarmouches, et malgré 
les Vénitiens qui venaient à la rescousse en criant : 
« Marco, Marco! Italia, Italia! » celte fois-ci, le 17, une 
bannière noire et un lieutenant des bandes noires restè- 
rent aux mains des Français. Autour des bourgades et des 
abbayes, dans ce pays où chaque nom de village est il- 
lustré par un souvenir de bataille, c'était des alertes, des 
pourchasses et des combats. 

Jean se fatiguait cependant de celte guerre sans pro- 
fit, dans un pays ruiné, saigné, pestiféré. Frangais, Ita- 
liens, Espagnols, souffraient, manquaient de vivres, de 
chevaux; la gendarmerie française avait vu périr ses 
montures, et des courtauds remplaçaient les destriers. 
Quant aux Suisses, trois ou quatre sentinelles du camp 
français, prises par Jean des bandes noires, disaient que 
deux mille Valaisans et trois cents lances fournies, à cinq 
hommes par lance, venaient de dt'serler à la fois. Au 
printemps, les hautes montagnes, qui cachaient la vallée 
du Rhône, semblaient rappeler leurs mercenaires. Les 
chemins rouverts, ils partaient. Puis, on leur proposait 
des paies, les émissaires apportaient à Sion, ou dans les 
Petits-Cantons, des promesses magnifiques : et le réser- 
voir de soldais à vendre se vidait encore une fois. 

A travers toute la Lomelline, d'où les vivres pouvaient 
arriver aux Français, à Gambolù, à La Molle, à Valenza, 
à Mortara, c'était des courses incessantes. Mais enfin, les 
payes manquaient, et Jean des bandes noires voulut 
quitter le camp ; le duc d'Urbio, l'ambassadeur de Ve- 
nise, le retenaient ; la première moitié de mars se passa 
dans l'alternative : les bandes noires se retirèrent jus- 
qu'à Pavie, annonçaient la marche en retraite jusqu'à 
Rome. « Ce serait une mauvaise nouvelle, écrivait le 
chroniqueur vénitien, d'abord parce qu'il est un des 



JEAN DES BANDES NOIRES 219 

bons et vaillants capitaines qu'il y ait au camp, et puis 
les soldats l'aiment pardessus tout autre chef, n C'est 
pour conserver cet amour que Jean refusait de servir sans 
soldes ; on l'arrêtait encore à Gropel'o, près de Pavie, en 
lui promettant de le satisfaire ; enfin il retournait au camp 
après avoir reçu la moitié de l'arriéré. 

Il revint à Milan, pour préparer avec l'inlassable 
Morone la prise de Garavaggio, les courses dans le Lodi- 
giau, tout ce qui pouvait menacer et distraire un en- 
nemi dont le sang-froid disparaissait à chaque épreuve 
nouvelle. Il s'irritait de jour on jour, et les bandes noi- 
res ne se tenaient plus bien en bride. Capables des plus 
durs exploits, elles emportaient Garlasco, lorsque déjà le 
duc d'Urbin perdait l'espérance de voir le troisième as- 
saut réussir; dans l'eau jusqu'à la gorge, les soldats de 
Jean traversaient les fossés et passaient la brèche, per- 
dant beaucoup de monde, et leur porle-étendard, Angelo 
de Padoue, se noyait dans les tourbillons du ïerdoppio 
et dans les trous des fossés regorgeant; puis, ils prirent 
Abbiategrasso, et massacrèrent, et pillèrent. 

Celte campagne fut féroce ; Abbiategrasso, Caravage, 
pris et repris, dans un seul mois, par ces bandes exas- 
pérées, laissèrent un long souvenir, une trace de sang 
sur le nom des bandes médicéennes. Pourquoi la guerre 
est-elle faite,, si ce n'est pas pour tuer les gens ? 

Les bandes noires emportèrent à Milan le butin d'Ab- 
biategrasso ; la ville qu'ils venaient de prendre était 
pestiférée ; aussitôt, la peste reprit à Milan, toutes les 
maisons où les dépouilles étaient entrées furent si bien 
infectées, que les milliers et les milliers de morts encom- 
brèrent de nouveau la malheureuse cité ducale. 

Jean des bandes noires était écrasé d'affaires. La Lu- 
nigiane était toujours menacée, on lui emprisonnait son 
chancelier, il ne pouvait prendre les jours nécessaires 
pour aller voir ses garnisons de l'AuUa. Bonnivel tentait 



230 . JEAN DKS BANDES NOIRES 

un effort désespéré. Les soldats même chansonnaient 
l'Amiral de France pour son avarice et son incurie : sur la 
porte de son logis dans Abbiategrasso, les bandes noires 
avaient trouvé C3tte inscription insultante, laissée par les 
Français : 

« Le bossu a l'ail sa main. 

Les gens d'armes meurent de faim. 

Les aventuriers s'en vont demain ! » 

Des aventuriers, Bonnivet en soudoyait huit mille en 
Suisse. Mais ils n'arrivèrent pas plus que ceux dont Die- 
tingen de Salis avait pris la charge ; comme eux ils se 
heurtèrent aux bandes noires. Jean de Médicis remonta 
jusque dans Bergame, il s'y trouva le 13 avril; «jamais, 
disaient les Vénitiens, on ne vit plus superbes troupes 
et plus désireuses de combattre. Bergame est bien en 
sûreté, le seigneur Jean suffira pour tout. » 

11 venait d'clre malade, mais le titre de général la- 
vaitguéri. Les Suisses ne vinrent pas plus loin. Doutant 
de la paie, ils étaient en outre terrifiés par le nom de ce 
Médicis, qui faisait la guerre à outrance. Tout dernière- 
ment, pour venger quelques soldats de ses bandes, que 
des Suisses à la solde française avaient mis à mort, il 
avait massacré dans une villa trois cents Suisses, soil un 
cent pour chacun des trois chevau-légers perdus. Une 
guerre sauvage, la « mauvaise guerre » sans quartier ni 
merci, fut dès lors, pendant près d'un mois, la règle en- 
tre les deux armées : on massacrait ce qu'on prenait. 

Le 18 avril, Garavage fut mis à feu et à sang, et 
son château pris d'assaut et saccagé. Puis, parmi la 
recrudescence de la peste, les villes du Milanais tom- 
bèrent une à une aux mains de la Ligue. C'est dans ce 
mois de pertes et de défaites que mourut Bayard. Pen- 
dant que les Suisses, refusant de passer la Sesia, for- 
çaient Bonnivet à la retraite, l'amiral blessé par un coup 
d'arquebuse avait remis le commandement au Bon Che- 



JEAN DES BANDES NOIRES 2:21 

valier et au com]e de Saint-Pol. Hayard, par des cliar- 
^^es sans Irôve, couvrit le recul de l'arrrK'e. Un coup de 
liacquebute lui brisa l'échiné. Sa mort est légendaire. Les 
victoires des autres ne la valent point. Jean de Médicis 
('•tait là, parmi ces cavaliers que repoussait le suprême 
etîbrt de Bayard. 

Jean des bandes noires acheva la guerre en prenant 
Caprino, en prenant Abbiate. Lodi même, défendu par 
le vaillant cadet de Goiizague, Frédéric de Bozzolo, se 
rendait à la fin. On négociait, malgré l'avis de Jean, qui 
aurait voulu [poursuivre les Français jusqu'au bout ; 
« Nous les tuerons tous, disait-il, en avant I ou nous les 
prendrons. » Mais tout le monde en avait assez de celte 
guerre; la défaite des Français avait donné l'idée d'en- 
vahir la Provence. On les voyait, ces Français bravaches 
et présomptueux, faire une « retirade plus à longues 
journées que courtes ». On songeait moins à les détruire 
qu'à les pousser hors d'Italie. Et l'upiniàtre Charles- 
Quint dressait déjà ses batteries vers Marseille, vers le 
royaume d'Arles, et, qui sait? plus loin. 

Jean des bandes noires était trop ardent pour suivre 
une telle retraite. Il eût acculé l'ennemi, forcé, déses 
péré des hommes braves et bouillants, dont le malheur 
était d'être commandés par des courtisans. Durant toute 
cette campagne du printemps, où il avait fait miracles, 
on était sans cesse obligé de le retenir : il avait fait man- 
quer à demi la surprise de Rebec, en fonçant trop tôt; 
devant Abbiategrasso, c'est tout au plus si l'on pouvait 
lui faire attendre l'artillerie. Avec cela, plein d'une juste 
fierté, confiant en lui même de plus en plus : n'est-ce 
pas sur lui que- Pescaire et Morone, et le Duc, et tous, 
s'étaient reposés pour la lutte et pour la victoire? Pen- 
dant que le Pape lui parlait encore de Fermo, que les 
Rossi, les Vitelli, lui recommandaient leurs affaires, c'est 
lui qui assurait les vivres, qui coupait les ponts à Buf- 



322 JEAN DES BANDES NOIRES 

falora, sur l'Adda, en amont de Lodi, c'est lui qui me- 
naçait Lodi ; c'est sur lui que Morone avait compté lors- 
que les ennemis remontaient de Lodi pour tourner Milan 
et venir sur Abbiategrasso par Affori ; c'est lui qui devait 
« leur donner leur pénitence ». 

11 demeurait donc a tenir et à battre celte Lombardie 
tant foulée : il faisait repasser le Tessin aux ennemis s'ils 
se montraient sur l'offensive. Bkssé légèrement devant 
Abbiategrasso, cette éraflure d'escopette, dont il laissait 
ignorer jusqu'à la marque, ne l'arrêtait pas un moment. 
Grisons à Bergame, à Chiavenna, à Bellinzona, tous ces 
montagnards lui avaient semblé « de peu de compte. » 
El son nom, l'ombre de ses bannières, les avait rejetés 
dans leurs glaciers et leurs sapins. A quatre milles de dis- 
lance, ils s'étaient arrêtés devant les bandes noires. Ils 
étaient cinq mille, pourtant, conduits par Renzo di 
Ponte, et quatre-vingts chevau-légers. 

En ce temps, où cinq canons simples, un double, et 
des fauconneaux, suffisaient à ouvrir une place, où les 
mouvements étaient si lents que le duc Sforza connais- 
sait heure par heure la marche et les plans de ses enne- 
mis, qui pouvait résister aux bandes aguerries et vélo- 
ces? Abbiategrasso l'avait trop vu. 

La renommée de ces exploits avait illustré Jean des 
bandes noires, comme on peut penser, dans Florence. 
« Je fus hier, écrivait Suasio, du Trebbio qu'il adminis- 
trait, je fus hier à Florence, où étaient arrivées des let- 
tres de Messire Goro (Gheri) et du comte Busch (etto) 
narrant comment Abbiategrasso avait été emporté par 
l'ordre et la valeur de Y. S. De ce haut fait, Florence 
entière s'entretenait avec grande louange, et grandissime 
affection, et l'on ne se contentait point de louer et ma- 
gnifier un peu, mais on vous élevait jusqu'au ciel, et 
tout le monde était d'accord en ceci, que si Dieu prt'ser- 
vait Votre Seigneurie, en cette campagne, de tant de 



JEAN DES BANDES NOIRES 223 

guerriers et souverains périls, notre époque n'aurait per- 
sonne à Lui comparer : Dieu veuille vous sauver... Ma- 
dame m'avise qu'elle sera bientfît céans au Trebhio. » 

Jean des bandes noires allait sortir en effet plus grand, 
et plu? formidable aussi, de ces longues batailles. 11 jiorte, 
devanl tous, la trace des tueries guerrières et des massa- 
cres; il les a commandés, quand c'était vengeance, to- 
lérés si les bandes noires venaient de donner un assaut. 
De lui-même, n'ayant jamais été rapace, il n'est plus 
cruel, que dans la mesure où il croit nécessaire de frap- 
per l'âme brutale des soldats par un exemple. Même, 
il se donnera la peine, en remettant un prisonnier aux 
Espagnols, toujours et partout sanguinaires, de prier qu'on 
ne le tue pas : 

« Messire Don Juan, écrit-il avec la main qui vient de 
brandir l'épée dans Abbiategrasso, je vous envoie celui 
que vous me demandez, afin que vous connaissiez que je 
vous aime. Mais bien vous prie, pour l'amour de moi, de 
ne lui point faire déplaisir, c'est-à-dire de ne le tuer 
point, car si vous le mettiez ou faisiez mettre à mort, 
vous me feriez déplaisir à moi-même, car ce serait grande 
honte et charge pour moi. Aussi, pour l'amour de moi, 
et pour mon honneur, vous ne le tuerez ni ne le ferez 
tuer. Le reste vous regarde. 

« Faite à Biagrasso, le 23 avril 1524. » 

La lettre est datée du jour même où la ville était mise 
à sac. Des vertus guerrières, Jean possédait la plus pré- 
cieuse : un imperturbable sang-froid, clairvoyant au 
dernier détail, au milieu des incendies et des meurtres, 
parmi le sang et le vacarme d'une ville que l'on viole. 

« Les vainqueurs, écrit Guichardin, se divisèrent en 
plusieurs lieux : àLodi fut envoyé le duc d'Urbin, à Alexan- 
drie le marquis de Pescaire, seules villes qui fussent 



324 JEAN DES BANDES NOIRES 

encore fidèles au roi de France, parce que Xovare, à rap- 
proche du duc de Milan et de Jean de Médicis, s'était ren- 
due. » C'est le 23 mai que l'attaque se fît; le château ré- 
sista trois jours; mais personne n'avait plus à cœur une 
lutte que la retraite de Bonniyet rendait stérile. La vie 
civile, — si l'on peut appeler ainsi l'existence du condot- 
tiere sans cesse en chemin, sans relâche occupé de dis- 
sensions avec ses rivaux, — le temps des courses entre 
Florence, l'Emilie, le Trebbio, la Lombardie et Rome, 
recommença pour quelque mois. 

Durant cette guerre, d'ailleurs, où « la puissance du 
Roi de France n'avait pas été affaiblie, ni les racines du 
mal extirpées, et qui n'enlevait pas, mais différait seule- 
ment de si grandes calamités », quelques éclaircies s'é- 
taient faites, où l'on vivait joyeusement. Les plus grotes- 
ques lettres de FArétin et des autres familiers sont de ce 
temps-là; c'est dans ces reliques d'archives que l'on ap- 
prend comment un drôle parlait alors à son seigneur. 

(( Je suis à Reggio, écrivait l'Arétin. Grâce à Dieu, <t 
par le Corps du Christ il mo semble être en l'autre monde, 
et Ton connaît bien que le Seigneur Jean n'est plus céans : 
si la peste y était, on serait plus gai. 

« J'ai chevauché au logis de madame Paula, par révé- 
rence de votre amour, etne croyez mie qu'en arrivant j'ai 
trouvé le visage d'antan. C'était une mélancoliquissime 
figure, elle, sa mère, tousl et les enfants malades. Les 
dames infortunées, je veux dire les servantes ; et les maî- 
tresses possédées- du diable. J'y suis resté un jour, et 
puis j'ai fui chez le Cavalliérot. Si j'étais demeuré un jour 
de plus au milieu d'une telle désolation, il m'eût fallu 
tornber en mélancolie. » Suivent les lazzis d'un ruffian 
parlant à un soudard. Puis c'est la flatterie, aussi épaisse 
que l'ordure: « J'oubliais que vous avez été fort blâmé 
parmi les guelfes « armorum »; car vous fûtes cause que 
les Grisons mangèrent comme un artichaut romain Renzo 



.i::an des bamdes noires 325 

de Ceri; et l'on estime ({ue le Pape ne vous voudra point 
absoudre d'un tel péciié. Mais nayez crainte: dominus 
providebit. » Dans une autre lettre, c'était ses amours 
personnelles que l'Arétin narrait avec une verve bouf- 
fonne: « malheureux Arétin! Est-il possible que je sois 
arrivé à mendier un regard, comme si les regards étaient 
une commende? » Puis il revenait, en serviteur fidèle 
de ces entreprises, aux anciennes amours de Jean des 
bandes noires : « Je remercie Dieu, ce brave homme, non 
de ce que l'Amour vous fait bonne compagnie, mais bien 
de voir en fureur qui vous y a mis tant de fois. Madame 
Paula n'a cessé d'être in lacrimarum valle. Elle est pâle. 
Elle ne va plus en carrosse, on ne la voit plus aux fenê- 
tres, je me laisse dire qu'elle part à BologLe. Ah! mé- 
chant cruel ! Ah ! ingrat ! Comment pouvez-vous supporter 
qu'une personne qui vous aime, vous adore, vous craint, 
soit réduite à courir le monde, toute désespérée? Pour 
moi, j'en ai compassion. Et je la réconforte de mon mieux. 
Et Dieu veuille qu'elle aille bien. Et je crois qu'elle se 
remettra volontiers à voire service, pour peu que cela 
vous plaise. Je compose présentement des choses capa- 
bles d'attendrir les pierres. Et c'est cette pauvre femme 
qui me les fait faire pour vous. » 

11 envoyait, au beau milieu de l'épitre, un sonnet, ca- 
pable, sinon d'attendrir un rocher, au moins de dégoûter 
le moins susceptible des lecteurs, mais il était au goût 
des princes, au goût du siècle italien. « Un petit sonnet, 
disait l'auteur, c'est un petit sonnet qui se répand par 
tout le monde; » Oronte de la fange, et digne d'avoir 
chanté [)Our Léon X, il avait fait là son chef-d'œuvre : si 
bête, si sale, si plat, si dénué de tout autre attrait que 
celui de l'ordure, il devrait être dédié, ce poème, aux ad- 
mirateurs pédants de Pierre l'Arétin. 

Avec cela, le parasite, le bouffon, l'entremetteur, était 
bon garçon ; riche de cette grossière bonhomie d'un pail- 
la 



22G JEAN DF.S BANDES NOIRES 

lasse, il ne poavail voir les gens brouillés: « C'est moi, 
dira-t-il au fameux Luzasco, c'est moi qui de Reggio à 
Mantoue, dans le plus grand comble de ses fureurs, vous 
amenai le Seigneur Jean de Médicis jusqu'à votre lit, au 
moment où la morsure du sanglier, qui vous frappadans 
une chasse, vous mettait en danger. » 

Mais son industrie préférée s'exerçait eu faveur des 
femmes. « Je n'ai plus rien à vous dire, concluait-il, sinon 
qu'elle vous aime plus que votre âme, qu'elle est à vous 
et ne peut oncques être à nul autre, que vous fassiez ou non 
cas de son amour, elle vous veut faire présent de son corps, 
et c'est ainsi qu'elle soussigné la présente de sa propre 
main. Ne faites donc plus la nymphe, trop c'est trop. » 

La lettre, en effet, cette lettre au sonnet, porte en apos- 
tille : « Moi, Paule, j'affirme ce que dessus on lit, et je 
vous suis esclave, encore que vous ne m'aimiez point. » 

Oui, parmi les guerres, la peste, on avait continué de 
vivre en faisant l'amour. De même que les fresques di- 
vines des peintres lombards portent la date des plus af- 
freuses années de cet abominable siècle, il y a, dans les 
paperasses guerrières ou politiques, de l'amour, de la fan- 
taisie, des joies et des plaisirs. On s'amusait au camp, on 
s'aimait dans les villes assiégées. La belle Clarice ou Claire 
Visconti passait indolente parmi les cadavres et les bles- 
sés. Le camp de Pavie reverra sa litière. La vie hu- 
maine, à travers tous les soubresauts, continue comme 
les rivières, comme le sang, comme la mer. De loin, les 
événements semblent bouleverser tout, jusqu'au fond; si 
l'on approche, tout demeure à peu près comme à l'ordi- 
naire, ni meilleur, ni pire: possible, et c'est déjà bien éton- 
nant. Voilà pourquoi sans doute, l'Arétin traitait Dieu de 
(( brave homme ». Et c'est là, en somme, l'unique leçon de 
l'histoire, et le profit, pour tant d'ennui. Mais il est grand. 

La difficulté qui surgissait, dans ce pays rapidement 
pacifié, qui aimait son duc et haletait après la paix, ce 



J 



JEAN DES BANDES NOIRES 227 

n'était pas de conserver l'ordre et de maintenir le prince, 
c'était, pour Jean des bandes noires, de recueillir un Ijé- 
néfice après tant de peines, l.es troupes mêmes, désor- 
mais moins nécessaires, il arrivait malaisément à les 
faire entretenir par P'rançois SIbrza, « trop pauvre pour 
l'heure ». Quant aux possessions désirées, elles tardaient. 
Enfin, tant de troupes turbulentes et désoccupées n'é- 
taient pas faciles à cantonner. Les marquis Pallavicini 
recevaient de graves dommages et ils en redoutaient de 
plus terribles encore, si les bandes noires continuaient à 
passer le Pô et à revenir sur leurs terres; la mise à sac 
do Busseto. leur domaine, deux ans auparavant, leur fu- 
sait toutcraindre. Le Pape intervint par un bref. La ville 
de San Secondo, que Jean des bandes noires habitait par 
prédilection parce que sa sœur et ses neveux l'y attiraient 
par leurs largesse?, était trop près de Busseto pour qu'un 
avis formel ne fût pas très-nécessaire, et sur-le-champ : 

« Cher fils, disait le bref pajial, salut et bénédiction 
apostolique. Nous avons appris un fait qui, bien qu'il 
nous semble incroyable, néanmoins n'a pas laissé d'é- 
mouvoir notre cœur, à savoir que tu avais passé le Pô 
avec tes troupes militaires, et que tu avais envahi ou 
menaçais d'envahir les châteaux et domaines de notre 
cher fils Jean-Louis marquis Pallavicini ; l'une et l'autre 
chose nous serait pénible. 

« En effet, que toi, notre allié de toute manière, ou qui 
que ce soit, fasse pénétrer une force militaire sur les 
terres et places fortes de la Sainte Eglise Romaine, à 
nous sujettes, afin de causer du dommage à autrui, at- 
tendu que pareille chose ne se pourrait produire sans 
outragea notre autorité et à notre nom, nous estimerions 
que ce serait agir contre notre honneur ; et de cet hon- 
neur, la défense et la sauvegarde et le soin t'appartient 
assurément plus qu'à pas un autre ; aussi nous reposons- 



228 JEAN DES BANDES NOIRES 

nous sur la foi et ton amour envers nous et sur ton respect 
pour ce Saint Siège. Que si dans ces bruits rien n'est vrai, 
nous nous réjouirons fort d'avoir reçu une fausse nou- 
velle ; mais si au contraire lu avais conçu un pareil des- 
sein, ou l'avais mis d'ores et déjà en œuvre, nous t'aver-, 
tissons et te demandons d'avoir à écarter toute violence 
sur nos possessions et terres, et, dans le cas où tu aurais 
déjà assiégé ou occupé quelque lieu, de le rétablir en 
son premier état, et de consentir à suivre la voie plus 
sûre et plus salutaire du droit et de la justice, sous notre 
propre arbitrage. Ce faisant, tu agiras suivant ton devoir 
suprême et notre agrément, ne devant en rien t'ccarter 
de noire avis et de nos délibérations. 

« Donné à Rome, auprès de Saint Pierre, sous l'anneau 
du Pêcbeur. 

« Le 5® jour de juin 1524. 

« Année première de notre Pontiûcat. 
Au bas : « Jacques Sadolet. » 

La présence de Jean des bandes noires à Rome, où il 
était attendu, devait arranger toutes les affaires pendan- 
tes. Le Pape continuait ses largesses à Marie Salviati; 
cent ducats le 21 mai ; cent autres le 14 juin. En juillet, 
ce sera quatorze aunes de taffetas pourpre et dix cannes 
et deux palmes de tabis pourpre, le tout valant cinquante- 
deux ducats ; et c'est encore une selle et un harnache- 
ment pour le cheval du petit Cosme, un vêtement pour 
son précepteur. 

Jean s'attardait à San Secondo. Mais enfin, cédant aux 
instances maternelles de Lucrèce Salviati, aux lettres de 
Marie, il se faisait espérer. Les bagages arrivaient au 
Trebbio le 14 juin. Pierre-François, qui était aux eaux 
pour sa santé ruinée, félicitait Marie Salviati « d'avoir 
tout-à-Pheure avec elle à Rome le Seigneur Jean ». 



JEAN DES BANDES XUlRES 220 

Mais il ne put se tenir de surveiller son castel de 
l'Aulla, de revoir la Lunigiane, de remettre quelques 
épines au pied des xMalaspina. « Rameau sec ou rameau 
fleuri » ce buisson fourré de marquis lui était odieux, et 
il le sabrait malgré les efforts de la Curie, malgré l'inter- 
vention des comtes de' Rossi, parents germains du mar- 
quis Lazare. « Il a envoyé, dit une lettre, quinze cents 
fantassins vers l'Aulla, pour troubler ces marquis, par 
là. » Et pendant ce temps, les Salviati travaillaient pour 
lui vers Busseto. 11 ne fit (jue toucher barres à Florence. 
Mais en traversant la Toscane pour aller à Rome, dans la 
route, à Poggibonsi, c'était une lettre pressante, qu'il 
dictait à Barthélémy Rainieri, et par laquelle il enjoi- 
gnait à l'intendant du Trebbio d'embaucher dix maçons 
pour un mois et de les envoyer à l'Âulla, remparer en- 
core le donjon et les murs. 

Ce que faisaient les soldats de Jean des bandes noires 
à l'Aulla et dans la Lunigiane, les lettres de l'Arioste le 
disent ; car le père magnifique de Roland furieux, de 
Bradamante, d'Angélique et de Renaud, était alors, au 
nom d'Alphonse duc de Ferrare, gouverneur de la Gar- 
fagnana; la pauvreté, qui l'atteignit parfois jusqu'en son 
caractère, avait décidé le poète à prendre ce poste fort 
rude, mais lucratif, dans un pays factieux, turbulent, 
sauvage. Il était installé dans sa résidence de Château- 
neuf-en-Garfagnana. planant sur la riche vallée, à l'is- 
sue de ces défilés formidables que surplomblent, du côté 
delà mer, l.'s deux mille mètres du Pisanino et du Pan- 
nia délia Croce; il avait en face de lui les escarpements 
du Rondinaio, pour l'isoler des cités joyeuses ; mais l'ita- 
lien le plus pur, d'une douceur divine, résonnait auprès 
du poète. La fleur du parler toscan est une fleur de la 
montagne. Et quand l'Arioste, deux années auparavant, 
était venu prendre son poste, comme il traversait une 
bande armée, et se trouvait bien aise d'être passé sans 



230 JEAN DES BANDES NOIRES 

anicroche, le capitaine des larrons demandait à un ser- 
viteur qui était donc ce gentilhomme : « C'est Lodovico^ 
l'Arioste », répondait l'homme de la suite. Le chef, à ce 
nom, pique avant, se met à courir tout armé, cuirassé, 
le fauchard au flanc, et l'Arioste. incertain de ses inten- 
tions, fait face et s'arrête. Le capitaine se nomme, il est 
Philippe Pacchione, l'un des deux brigands qui désolent 
la Garfagnana par leurs luttes, il salue avec le plus grand 
respect : f< Pardonnez-moi, dit-il, si je ne vous ai point 
salué quand vous passiez, j'ignorais qui vous étiez ; mais à 
prc'sent que je le sais, j'ai voulu connaître de vue celui 
que je connais de nom et de renom, depuis longtemps ; 
si l'Arioste a jamais besoin de Philippe Pacchione, tout 
ce dont je puis disposer est à lui. » Et il prit congé du 
poète avec une suprême révérence. 

Celte légende est si jolie qu'elle déplaît aux érudits. 
L'Arioste ne conserva, dans ses vers, que le souvenir 
d'une route « inique, et d'une si rageuse tempête d'eaux 
et de vents », bonne pour présager les ennuis mesquins 
d'une charge oi^i « sans cesse il avait les vilains aux 
oreilles ». 

Les bandes noires étaient pires que les vilains ; outre 
les quatre-vingt-huit terres, ennemies entre elles, qui lui 
donnaient tant de soucis, outre les hordes d'assassins qui 
battaient le pays, 

c( Si bien qu'une autre bande, à les prendre choisie, 
N'ose jamais tirer sa bannière du sac, » 

voici qu'il lui fallait tenir la balance entre ces soudards 
terribles, qui venaient de l'AuUa sur Fivizzano, sur 
Fosdinuovo. très capables de saisir les marquis Malas- 
pina^ de rançonner et d'emprisonner les plus fiers et 
plus féroces ; mais bien assez impudents aussi pour mo- 
lesler la maison d'Esté et son commissaire égaré dans ce 
« regrettable labyrinthe ». Au commencement de juillet, 



JEAN DES BANDEE NOIRES 231 

les bandes noires se mêlaient à une écliauffourée devant 
Camporgiano, aux portes de Gastelnovo. dans ces éternel- 
les factions du « parti françois » et du « parti italien ». 
La ville faillit être prise. Volant le bétail, torturant les 
prêtres suivant la méthode pittoresque des lansquenets, 
ils mettaient tout à sac et à sang. <( Je désire, écrivait 
l'Arioste, avoir ces ribauds. et les faire tout de suite, sans 
rien entendre, pendre h la potence. Mais je ne suis pas 
assez fort! » Heureusement, ils s'entrebattaient et ils bles- 
saient grièvement leur propre capitaine. On le prit, on 
l'interrogea. L'Arioste envoya copie de l'interrogatoire au 
duc. Au reste, leurs victimes, à ces bandits, n'inspiraient 
pas grande estime au Gouverneur : « Ce prêtre de So- 
raggio, des Bosi. qu'avait fait prendre le Commissaire du 
pape Clément, est mort, écrivait-il; je l'ai fait soigner; 
nonobstant, il est mort, et il est bien là où il est, c'était 
une méchante bête, qui terrorisait tout Soraggio, qui 
violait les gens, les blessait, les rossait, et chaque jour 
j'en recevais une plainte nouvelle. » 

L'Arioste, que le duc avait choisi « pour si dextérité, » 
fut un fonctionnaire exact et prudent; il nota pas à pas 
les mouvements des bandes noires, les empêcha de s'u- 
nir avec les bandits, cette plaie du temps et de bien 
d'autres temps; le capitaine blessé, Todeschino, qui finit 
par mourir, assurait qu'on avait tout fait à l'insu du 
seigneur Jean ; seulement, si les choses réussissaient 
« ad vota, » le seigneur Jean approuverait et dirait 
que les habitants le voulaient pour sire. En attendant, 
les bandes prenaient la Bastia, prenaient les aires des 
marquis Malaspina, jusque sur le Monte Simone, et l'af- 
faire s'aggravait encore parla prise du marquis Spinetla, 
de sa femme et de son fds. 

Les princes commençaient à s'émouvoir. Le Pape et 
le vice-roi de Lannoy reçurent des plaintes. Pendant 
que le marquis Laurent se fortifiait dans Fosdinuovo 



232 JEAN DES BANDES NOIRES 

menacé, que tous les autres marquis Malaspina s'en- 
fuyaient terrifiés, Balthasar Castiglione, ambassadeur 
du marquis et gonfalonier général Frédéric de Mantoue, 
allait trouver Clément VII. Le Pape, qui avait fait un ac- 
cueil paternel à Jean des bandes noires, et qui venait de 
lui donner mille trente-cinq ducats pour s'installer à 
Rome, déplorait ces « ribauderies, » faisait remettre en 
liberté les prisonniers molestés et violentés par les ban- 
des, et promettait un châtiment. La haine que Jean des 
bandes noires avait conçue pour le marquis de Mantoue 
ne dut pas s'en affaiblir; deux de ses stradiots venaient 
d'être pris et dévalisés à Canneto près de Mantoue, il ru- 
gissait de rage, malgré ses assurances de dévouement 
pour les Gonzague, et les menaces proférées par le mar- 
quis et par lui faillirent arriver aux actes. 

En même temps, Alphonse de Ferrare écrivait à son 
ambassadeur de Naples : « il est venu de Pise, par mer, 
aux hommes du Seigneur Jeanninsept pièces d'artillerie 
avec leurs munitions ; avisez de cela et du reste le sei- 
gneur vice-roi. » Lannoy savait mieux que personne 
de quelle humeur était Jean de Médicis; à Milan, quel- 
ques mois plus tôt, un différend qui s'élevait entre eux 
avait mené le condottiere à des réponses si acerbes, que 
jamais plus le commandant en chef n'osa lui dire un 
mot de blâme. 

Aidé par sa sœur, qu'il défendait à la Curie comme 
dans ses châteaux, remonté par le Pape qui lui donnait 
l'écurie du cardinal Corner, Jean des bandes noires ne 
se retirait point de la Lunigiane; Florence qui n'aimait 
pas ce voisinage pour ses possessions de Sarzane et de 
Sarzanello, fit un effort, le Pape et Cibo s'entremirent; 
enfin, les Malaspina se saignèrent d'une somme consi- 
dérable, et l'Aulla fut rachetée, le pays évacué par les 
bandes noires. Mais ce ne fut définitif que l'année sui- 
vante. Il fallut bien des tiraillements encore. 



JEAN DES BANDES NOIRES 2SS 

Clément VU n'en était pas plus tranquille; jaloux de 
Jean qui éclipsait les deux bâtards favoris, Alexandre et 
Hippolyte, pressé par les Salviali, si terreur était qu'un 
prince jeune, entreprenant, populaire, et qui s'appuyait 
sur des troupes nombreuses et sur les sympathies du 
peuple, ne mît la Toscane sous sa main et Florence 
dans son palais. Les logements des troupes, la manière 
de les cantonner sur le domaine florentin, préoccupaient 
beaucoup le Pape. Il voulait bien donner une dizaine do 
mille francs par mois pour entretenir Jean à Rome, 
verser d'août à octobre quelque quatre mille ducats, 
mais il ne se résignait pas à faire un Médicis-Sforza 
maître de Florence. 

L'envoyer aux guerres de la Provence, c'était scabreux,, 
c'était impossible. 11 avait un nom trop voyant; l'oscil- 
lante politique de Clément VII interdisait d'afficher un 
MédiciS;, un capitaine de l'Eglise, au dehors des frontiè- 
res, pour l'Empereur, contre le Roi. Puis, était-on sur 
qu'il fallait soutenir l'un ou l'autre? Tout changeait si 
vite ! L'Italie n'avait pas encore trouvé le secret de s'u- 
nir et d'exister en spéculant sur une nation voisine; son 
intérêt parlait déjà, mais il ne l'éclairait pas encore. 

Marie Salviati n'était pas pour calmer la fureur que 
Jean ressentait de se voir sans emploi, sans domaine. 
En vain les ducats ruisselaient de \x caisse pontificale; 
c'est une terre, un principat, qu'on voulait. « On sait 
bien, écrivait-elle, que le duc de Milan ne donne rien à 
Jean parce que le Pape ne veut pas ; il le fait leurrer 
par le duc ainsi que lui-même le leurre; s'il n'a point 
Pontremoli, c'est bien clair que c'est à cause de cela; il 
ne suffit pas de dire : « J'ai envoyé un homme exprès. » 
Les grands Seigneurs ont tous un contreseing, et s'ils ne 
le voient sur la lettre, ils ne font rien ; vous verrez 
bientôt Jean au comble de sa ruine. » 

C'est que le Pape « avait besoin d'hommes plus froids ». 



23'i JEAN DES BANDES NOIRES 

Et pourtant, on commençait aussi à jeter ces mots pro- 
phétiques : « Des hommes tels que lui, le pape et les 
Florentins en pourraient avoir besoin! » 

Guerrier à l'antique, ce Jean qui avait pris Abbiate- 
grasso comme un héros de l'Iliade, faisant des discours 
aux soldats, abandonnant le butin, élargissant en merci 
de sa bravoure Frédéric Carafî'a qui s'était rendu; guer- 
rier à l'antique, Iro^:) franc, trop rude et trop généreux, 
qui donnait, au duc de Milan même, la belle haquenée, 
sa part de prise dans la ville; répondant en face aux 
Vice-Rois, aux Gonfaloniers, aux Légats. Bon seulement 
avec les pauvres diables de prêtres campagnards, se- 
courable à qui l'implorait, implacable à qui touchait un 
des siens. Comment l'amadouer? Rien ne lui manque, 
à Rome. Il a même l'Arétin, pour l'amuser, elles ducats 
donnés au bouffon s'entremêlent à la dotation mensuelle 
des Médicis-Salviati. 

Au milieu d'août, on attend un envoyé secret de 
Charles-Quint. L'Empereur sait combien le Pape est sen- 
sible aux impressions : il a fait rédiger, dans Burgos, 
par son chancelier Gattinara, des instructions longues; 
l'écrit débute par un désir de paix universelle, et ne 
propose pas moins de neuf moyens pour y parvenir. 
Jamais on n'a [)lus amplement parlé de paix et de con- 
corde, jamais le protocole n'a contenu plus d'assuran- 
ces fraternelles et filiales que dans ce siècle abominable. 
Cet instrument secret a été remis entre les mains de Gé- 
rard de Plème, seigneur de la Roche ; parti de Burgos 
au milieu de mai, l'ambassadeur a traversé l'Italie en 
recevant, de ville en ville, un accueil merveilleux. Sait- 
on qui l'emportera, de César ou du Très-Chrétien? 11 est 
à Vitcrbe vers le 10 août, il approche de Rome : « Quand 
je suis approché de cette cyté, mande-t-il à Charles- 
Quint, Sa Sainteté m'a envoyé au devant le dattaire 
Jehan-Mathieu, depuis envoya encoires le Seigneur 



JEAN DES BANDES NOIRES 235 

Alexandre de Médicis elle capiuiino Jehaiinin deMrdicis, 
lesquels me conduyreiit jusqucs à la vigne de N('ron. » 

Alexandre de Médicis avail quatorze ans, mais le Pape 
jugeait probablement qu'à mettre Jean des bandes noires 
auprès de ce petit mulàlre, tout le lustre était pour le 
condottiere. Gérard de Plème eut l'adresse de se faire ac- 
corder une entrée solennelle. La maison du Pape l'accueil- 
lit au jour de la fête officielle, entourant les cardinaux char- 
gés de l'introduire ; la magnifique assemblée, toute vêtue 
de pourpre^ m'Bna l'envoyé de César jusques en son lo- 
gis, et là, dit-il, « je fus salué daustant de trompettes et 
menestriers qu'il est accoustumé d'avoir devnnt la châsse 
Saint Rambault le jour de la Garmesse de Malines. » 

Jean de Médicis apparut dans ce spectacle. Et l'on peut 
croire que les trompettes sonnaient bien; il ne souffrait 
pas d'en ouïr une médiocre. Un jour (ju'une ambassade 
lui était faite par un maladroit, il lui dit : « Sonne un 
peu, trompette, que je voie si tu sais ton métier. » L'au- 
tre sonnait tout de travers. Jean des bandes noires lui fit 
emplir sa trompette de crotte. « Voilà, dit-il, comment 
on doit répondre à ceux de ton espèce! » 

C'est sans doute pour recevoir Gérard de Plème que 
le Pape voulut multiplier ses largesses à Jean, durant ce 
mois. 11 lui fit, en outre, un présent plus considérable. 

Le 21 août, le Pape lui octroie les biens confisqués 
du Corse Tristan d'Ornano. C'est un morceau de pain, 
quatorze ou quinze mille francs. Et tout l'été se passe 
à Rome, en intrigues et en attente. On ne va pas même 
au Trebbio. L'intendant écrit, après les vendanges : 
c( Xous espérons, malgré les pluies, as^oir bon vin, tant 
que si V. Excellence Le vient pas nous aider à le boire, 
j'en aurai pour dix ans, et bon I » 

Entre temps. Jean de Médicis songeait à occuper ses 
bandes. Il recevait des plaintes, toutes les fois que les 
soldats n'étaient pas sous sa main : les troupes se préten- 



236 JEAN DES BANDES NOIRES 

daient assassinées par l'habitant, et l'habitant criait sans 
cesse contre les soldats. El comme le Pape lui avait as- 
signé pour un gros de soldats cette ville de Fano, que 
les anciennes guerres des Marches lui avaient si bien 
fait connaître, il commençait à préparer cette entreprise 
de la course sur mer, qu'il reprendra dans la dernière 
année de sa vie. Mais Fano. pour Iheure, était aux mains 
d'un Gomnène, récemment investi par Clément VII ; Jean 
des bandes noires, y passait, pour revoir ses troupes; 
il n'y séjournait pas encore bien longtemps. 

Pendant qu'il y était, en août, il y appela son ami 
de Reggio, Pierre l'Arétin, qui venait de se compromet- 
tre à Rome, et s'était retiré dans sa ville natale pour 
laisser au souvenir de ses peccadilles et à la rancune du 
bouillant dataire Giberti le temps de s'évaporer. La lettre 
de Jean des bandes noires ouvre le recueil des épîtres 
adressées à l'Arétin : 

« A l'étonnant Pierre l'Arétin, mon ami véritable. 

« Pierre l'Arétin : je te prie qu'au reçu de la présente 
tu t'en ailles d'Arezzo, et viennes auprès de moi; je le 
désire cordialement ; quoique je ne devrais point le faire, 
pour te marquer mon déplaisir de ce que tu t'es laissé 
rabaisser ainsi par frère Nicolas, et l'évêque de Vasone, 
et aussi mener à ta perle par Jean-Malhieu; lu as aussi 
perdu la grâce du Pape. Si bien que toi, qui saurais don- 
ner des lois au monde, tu t'es ruiné, non sans me nuire. 
Car, lorsque lu étais à Rome, en Cour, j'avais du moins 
un homme pour hardiment défendre ma conduite, pré- 
sente et à venir, telle qu'elle fut et sera, ma foi! Main- 
tenant, je t'attends, car assurément, c'est par l'excellence 
de ton caractère, et non pour autre cause, que tu as 
dépassé les bornes. Et je veux te donner cette louange, 
que tous pourraient parfois commettre une vilenie, mais 
toi, jamais. 

« De Fano, 1524, le 3 août, ton : Jean de Médicis. » 



JEAN DES BANDES NOIRES -23/ 

Avec ce compagnon de la vie bruyante et joyeuse, 
Jean pouvait évoquer les beaux, mois passés à Reggio, 
parler de Paule, de Camille, de ces cavalcades où rArélin 
« dans l'antique et noble cité, monté sur son hobin plus 
blanc ({ue la neige et plus vite que le vent », s'enamou- 
rail de Laure pour imiter son « si facile et si difficile » 
seigneur. C'est là que Jean des bandes noires était resté 
trois jours à jeun, par amour, et n'avait pas laissé pour- 
tant d'être ensuite « une machine de férocité nouvelle », 
comme écrivait son pompeux ami. C'est là qu'il exha- 
lait le feu de son àme dans les fêtes, dans les festins, 
dans les joutes, brisant à grands coups de lances jusqu'aux 
colonnes qui soutenaient les portiques du palais où se 
tenait sa dame. C'est à Reggio qu'on attelait le carrosse 
de chevaux fous et ({u'on le lançait par les rues avec un 
fracas infernal, à faire abîmer ciel et terre. « Ah, disaient- 
ils ensemble, brave Reggio, les cuirasses, l'épée et lv3s 
éperons s'y rouillaient, et sans les guerres du Roi et de 
l'Empereur, Jean de Médicis devenait gouverneur de 
Ruolol » 

Mais les guerres allaient reprendre. Et cette fois le Roi 
de France allait y venir en personne et débaucher encore 
Jean. Il faut laisser Marie Salviati et le curé Forlunati, 
si bien en cour, surveiller les affaires; à peine les faucons 
de chasse commandés à Pise pour l'automne, et le duc 
Sforza rappelle à lui le condottiere. 

Dès la fin de septembre, les lettres des émissaires 
viennent trouver Jean chez ses neveux Yitelli, à Ciltà 
di Castello, et lui apprennent les nouvelles de Rome. 
Marseille achève de repousser les Impériaux, et le camp 
français est tout prêt vers la frontière piémontaise. Le 
même jour arrive enfin la récompense pour la guerre 
de Lonibardie : c'est l'investiture, par le duc François 
Sforza, du fief de Busto Arsizio et autres terres dans le 
pays de Lodi. Ce riche présent, fait à Jean des bandes 



23S JEAN DES BANDES NOIRES 

noires par le duc son cousin, se compose de biens con- 
fisqués aux Trivulce. Et le don est accompagné des plus 
honorables paroles; après avoir loué l-'s Médicis et Clé- 
ment Vil, le duc arrive à Jean des bandes noires : « C'est 
lui, dit-il, qui d'abord en défendant des ennemis notre 
dignité, notre pouvoir, nommé par le Pape et choisi par 
les autres chefs de la Sérénissime Ligue et de l'armée 
césarienne, désiré par nous avant tous^ et loué, en qualité 
de capitaine général des chevau-légers, a mérité gloire 
et autorité dans l'armée tout entière; il a fait maints 
exploits illustres, dont la mémoire est impérissable. » 
Et il rappelle la prise de Novare. « Cet illustre guerrier, 
dit-il encore, avec un soin diligent et un courage d'àme 
et de corps admirable, afin de proléger Milan des enne- 
mis et des embûches, s'est efforcé, veillant, peinant, a 
fatigué les ennemis jour et nuit par des incursions in- 
cessantes dans leur camp même, les a très-ardemment 
combattus, a coupé les convois, intercepté les vivres, 
jusqu'à faire douter si c'était la ville elle même qu'on 
assiégeait, ou l'ennemi. » 

Cette donation magnifi jue, ornée par l'enthousiasme 
de Morone, qui aimait et exaltait Jean, le condottiere 
ne devait pas plus la conserver qu'il ne gardera les fa- 
veurs de François P^ Force aveugle, attirée ça et là, c'pst 
un vice primordial de sa carrière, et c'est l'empêchement 
à sa fortune, cette perpétuelle inquiétude qui le jette de 
l'aigle aux lys, de la Lombardie dans les Marches, cette 
ambition à courte vue, impolitique, irraisonnée, instinc- 
tive comme sa valeur et inutileà lui-même autant que son 
courage. Il n'a pas même le sentiment qui conduisait les 
condottieri d'antan vers un emploi ferme et unique de 
leur volonté; celte joie de se faire une vie composée comme 
une œuvre d'art, ce rhylhme savant d'actions brutales en 
apparence, mais combinées et concentrées pour un des- 
sein superbe,, Jean des bandes noires ne les connaît ni ne 



JEAN DES BANDES NOIRES 2'.VJ 

les possède. Il va. jetant partout sa force, soucieux seu- 
lement d'avoir bien en ordre et bien à la main son ins- 
trument de guerre et de gloire : ses bandes. 

Il se trouve, pourtant, qu'après une vie si mal ordonnée, 
pauvre, mourant avant trente ans, il elFacera beaucoup 
d'autres qui ont été plus politiques. Le talent guerrier, 
et le nom, et la gloire seraient ils donc, comme d'autres 
grandeurs humaines, soumis au hasard, et réglés par la 
même loi consolante qui, dans les œuvres de l'esprit, dé- 
joue les calculs des habiles, favorise les inconscients et va 
couronner les pauvres hères, sans intrigue et sans malice? 

Voici donc les guerres illustres, et François l^f va 
descendre des Alpes, pour chercher Pavie. L'éternelle 
proie se dispute de nouveau. 

Mais que l'on s'arrête un moment, dans ce plein de 
sa vie, devant les premières images et les seules vraies, 
qui demeurent pour montrer Jean des bandes noires. 

C'est un buste, c'est une médaille. Tous les deux, par 
François de San-Gallo. L'artiste est connu. Fort ami 
des Médicis, il est l'auteur de ces tombes épiscopales, 
Jove, Bonafede, Marzi, d'une sculpture convenable aux 
personnages qu'elles figurent, contournés jusqu'à la gri- 
mace, fins jusqu'à la ruse, ridés, déformés par la vie 
de Cour et de Curie, par ces intrigues qui ont fait du 
médecin un archevêque, du Chartreux un administra- 
teur au riche hospice de Sainte-Marie-Neuve en même 
temps qu'un prélat à Cortone. François de San-Gallo 
faisait ordinairement à la fois la médaille et la statue 
des personnages qu'il sculptait. Il fit la médaille de Jean 
durant l'année 1522 ; le condottiere y revêt la même 
armure que montre aussi le buste en marbre. Il est de 
profil, tourné vers la droite. Mais on a toutes raisons de 
penser que le buste fut fait un peu plus tard, dans 
l'accalmie des guerres, à Florence ou à Rome. 

Sûrement, Jean des bandes noires appara't un peu 



•240 JEAN DES BANDES NOIRES 

plus âgé, dans ce monument colossal. Sur la médaille, 
les cheveux, usés aux tempes par le casque, sont pour- 
tant beaucoup plus touffus. Un reste d'embonpoint 
juvénile, un vestige d'adolescence chez ce guerrier de 
vingt-quatre ans empâte encore le profil. L'expression 
est calme, elle est presque heureuse. 

Mais voici le buste, la masse énorme du marbre où 
surgit, dans un coin au vieux Bargello, Jean des bandes 
noires. Tranché par la moitié du corps, au niveau de la 
courroie qui boucle la cuirasse à la taille, le piédestal 
de cette armure soutient la face redoutable. Le sculpteur 
n'a point revêtu son condoltière avec la cuirasse en fer 
repoussé qui subsiste là-bas, et que surmonte un casque 
au mézail d'hydre ou de chimère; il l'a prié de boucler 
sur son dos et sur sa poitrine géante une des carapaces 
plus grossières qu'il revêtait afin d'éviter les rancunes 
des ennemis en se mêlant parmi des soldats pareils à lui ; 
l'étui de fer brut est uni, plat, une passe-garde énorme 
protège l'épaule gauche, couvre et déborde la spalière 
com.me un bouclier; le haubergeon passe dans l'échan- 
crure, à droite. Une frange de mailles, encore, et c'est 
l'attache du col puissant, c'est la tète, un peu tournée 
vers la gauche, qui observe et rêve ? 

Quel rêve? Au premier choc, devant cette figure, on 
était presque repoussé par tant de rudesse. C'était un bou- 
cher, un bourreau. Maison regarde longuement cette face 
au regard vague et détourné. Et cela devient formida- 
ble. Non, ce n'est plus le héros jeune de 1522, le prince 
de la médaille. Une obscure mélancolie est dans ces yeux, 
une énergie tragique dans ce froncement des sourcils. La 
moue de ces lèvres, qui s'ouvrent sur les fanons d'une 
mâchoire serrée par des muscles pesants, c'est la force 
et c'est la détresse d'un géant élémentaire, qui tâche et 
tâtonne au milieu d'un monde où il n'a point sa place. Il 
ne sait pas, il est perdu, parmi des hommes moins ro- 



JEAN DES BANDES NOIRES 2'il 

bustes que lui, -plus dextres et plus fourbes. Enfermé 
dans sa gaîne en fer, qui colle à son corps, il était créé 
pour tuer au temps de la cbevalerie, pour lutter contre 
les guivres et les Rodomonts du Mugello. Rien n'est 
moins vrai que ce regard d'aigle dont Titien le dote, 
dans une image de pratique. Hien de moins vrai quesa 
prétendue ressemblance avec cet autre monstre de la 
guerre, Bonaparte; sur ce front bas, brutal, de Jean des 
bandes noires, où donc voit-on celte coupole magnifique 
dont l'Empereur avait le visage ennobli ? Non, le regard 
obscur et trouble, mystère de l'homme fougueux, sans 
frein ni lumière, est plus vrai. San-(Jallo trouva son chef- 
d'reuvre dans ce buste. Mieux que le mièvre Julien de 
Saint-Laurent, mieux que le théâtral duc d'Urbin, une 
telle image se placerait entre le Jour et la Nuit, sur le 
Crépuscule et l'Aurore de Michel-Ange, si l'antique palais 
au cœur de Florence, et l'ombre de la Radia ne lui con- 
venaient mieux encore. Rn vérité, le seule vraie figure 
qui nous soit restée du condottiere est celle-ci. 

Qu'il. remette donc «on armure, et fasse couper ses che- 
veux pour coiffer le casque... François l^\ le paladin de 
Cognac, repasse les Alpes. 11 a dit aux siens : « Courage 
donc! Sachons nous commander par vertu, oublions plai- 
sirs et maisons, et au prix d'un peu de fatigue, affermis- 
sons à jamais le repos de la France 1 » 

Le repos de la France! et peut-être aussi le repos de 
l'Italie? ces gasconnades sont épiques, et l'on sait bien que 
les plaisirs et les maisons ne seront pas pour manquer 
dans le Milanais, on se rappelle les « fatigues » dont le 
roi s'énervait ici, dans les précédentes campagnes. Il 
vient : il va voir la Clarice Visconti du féal Bonnivet ; il 
vient : il va chercher la couronne de Lombardie ; il vient : 
il va trouver Pavie, — Pavie et Madrid! 

Le duc de Milan s'empressait de tout faire, en appa- 
rence, afin de rattacher Jean des bandes noires à son ser- 

16 



242 JEAN DES BANDES NOIKES 

vice, dans un péril aussi pressant; éternel exilé, le prince 
auquel Morone prêtait péniblement un reflet de son éner- 
gie, allait se voir de nouveau pris dans la bourrasque 
où sa couronne vacillait et sombrait sans cesse. Jean se 
dirigeait lentement vers la Lombardie. Le 27 octobre, à 
onze heures du soir, il entrait à Florence, touchait au 
Palais de la Via larga, saluait Bonafede, l'évêque de Cor- 
tone, et Hippolyte de Médicis, et, sans débrider, sans 
tourner la tête de son cheval vers le pauvre palais du 
Corso, il repartait d'une chevauchée jusqu'au Trebbio. 

L'armée impériale était à Lodi, qu'on préparait au 
siège imminent. Dix mille lansquenets devaient rejoin- 
dre, ainsi que les troupes de Venise, du Pape et de Flo- 
rence. François P"" était déjà devant Pavie, où l'atten- 
daient Antoine de Leyva, six mille lansquenets et une 
forte artillerie. Alexandrie, Côme, avec Lodi, étaient 
revenus au duc Sforza. Quinze mille écus entraient dans 
Pavie ; mais que ne disait-on pas, dans cette auberge 
du Petit Cheval où Jean-François de Cantalupo, l'homme 
de Jean des bandes noires, était descendu pour faire ac- 
cord avec les Impériaux et le Duc, pendant qu'Albizzi 
s'employait aussi pour cette même charge? 

« Je suis arrivé à San Seconde depuis le dernier jour 
d'octobre, écrivait Jean des bandes noires à Fortunati. 
Vous direz à N. S. Père que malgré ce qu'écrit le Duc, 
je crois que nous ne tomberons pas d'accord. » 11 atten- 
dait le résultat des négociations dans celte ville des 
Rossi, qu'il avait reconquise, et qu'il aimait. C'est là 
que vinrent le trouver les off'res de François I*^ Le 15 
novembre, à une heure de la nuit, il écrivait à son 
beau-frère, le cardinal Jean Salviati, nommé légat pour 
la Lombardie cispadane, et qui fui son meilleur conseil, 
son soutien et son ami : 

« Il est venu deux envoyés du roi de France, dépêchés 
par Sa Majesté afin que j'aille avec Elle. Je prie V. S. Ré- 



I 



JEAN DES BANDES NOIRES 2'i3 

vérendissime de me bien vouloir aviser et conseiller ; 
que dois-je faire? Les envoyés se nomment Monseigneur 
Pierre de Birague et La Motte Gagnon. J'attends votre 
réponse. » Le lendemain, 16 novembre, une seconde 
lettre arrivait au Cardinal, dans Parme : « On ne peut 
tout écrire. Je serai demain matin avec vous, et je vous 
régalerai de toute l'affaire, et V. S. Révérendissime verra 
que je me suis conduit sagement. » Il s'attachait en 
même temps son neveu le comte Pierre-Marie, qu'il for- 
mait près de lui ; Pierre-Marie devint un de ces lieute- 
nants aimés, dont Jean protégeait la vie mieux que la 
sienne, et qui lui faisaient dire : « Qui m'aura offensé, 
je jure qu'il aura touché Saint Antoine, attrapé le mal 
des ardents, que nul remède ne guérit. » 

Le 19 novembre, Jean des bandes noires était rentré 
au service du Roi Très-Chrétien. Le cauteleux, l'incertain 
Clément VII l'avait permis ; non point certes par amour 
de la France ; ce sentiment ne fat jamais Romain, et pas 
un Médicis ne l'aurait transmis à ce pape. Mais c'était 
la France qui lui paraissait alors la plus forte. 

Le 25 novembre, après avoir mis en bon point les af- 
faires de sa sœur et celles de ses protégés, Jean des ban- 
des noires était à Château-Saint-Jean avec ses troupes ; 
il attendait sa paie. « Le roi m'a fait bon visage et gra- 
cieux accueil, disait-il, et les troupes qui passaient par 
ici, n'y passeront plus; même je pense que celles-là qui 
ont passé repasseront le Pô. » L'habile dataire Giberti, 
Français maintenant, l'avait approuvé de quitter les 
Impériaux ingrats, et s'occupait de ses affaires; mais 
« sans se découvrir ouvertement ». 

Jean des bandes noires, appuyé par son beau-frère le 
cardinal, auquel il recourait sans cesse, trouvait aussi 
dans Giberti le soutien d'un esprit subtil ; c'est Jean- 
Mathieu Giberli, dans une lettre écrite trois ans aupara- 
vant, qui parle de « la liberté, de la dignité de l'Italie ». 



214 JEAN DES BANDES NOIRES 

H n'avait pas fallu moins que la présence du roi de 
France pour que Clément VII envoyât son plus précieux 
et plus intime con Plient. 

On avait été surpris, à Florence, de ce passage au camp 
français. « Que Dieu le fasse bien tourner, » disaient les 
cauteleux chanoines de Saint-Laurent dans leurs épîtres 
à leur confrère Fortunati. Le pauvre peuple de Chàteau- 
Sainl-Jean ne trouvait pas bonne l'idée qu'on avait eue 
de cantonner chez lui les bandes noires avec ce terrible 
lieutenant, le comte Azzo de Corrège, Contazzo, Gontaccio, 
le mauvais comte, le maucomte. Les plaintes commen- 
çaient. Bœufs volés, chariots réquisitionnés. Mais quoi? le 
nonce Jérôme Aléandro n'écrivait-il pas : « Sa Majesté 
Très-Chrétienne a fait d'incroyables caresses au Seigneur 
Jean, et aujourd'hui, me parlant du susdit Seigneur, 
le Roi me contait tant de choses sur les espérances qu'il 
mettait en lui, que si Sa Seigneurie répond à cette attente 
royale, il ne peut manquer de devenir très grand... Sa 
Majesté m'a dit qu'EUe le voulait auprès de lui, et déjà 
elle lui a octroyé un logement céans, et ordonné canton- 
nement pour cinq cents des siens ici au camp. » 

L'archevêque de Brindisi, jadis recteur de l'Université 
à Paris, connaissait la magnificence du roi. Tout allait 
pour le mieux. 

Jean de Médicis n'avait pas à regretter le marchan- 
dage qui l'avait dégoûté du service imp-^rial et ducal. 
Seuls, les Impériaux se plaignaient, u Ils ont, écrivait 
ce Sanga qui fut successivement secrétaire de Bibbiena, 
de Giberti, de Jacques Salviati, ils ont pris en très mau- 
vaise part le passage du Seigneur Jean de Médicis à la 
France ; comme s'ils n'en avaient pas été causes, ainsi 
que je l'ai dit plus haut, attendu que lorsqu'il a quitté 
Rome il s'en allait avec l'intention de servir le parti de 
César, et notre Saint-Père s'y est employé. » 

Il prétendait encore que Jean avait fait un coup de 



JEAN DES BANDES NOIRES 245 

tête ; c'était une lettre à montrer au camp de Charles- 
Quint. Les Vénitiens subtil> ne s'y trompaient pas, et 
(lisaient : « Il dépend du Pape; on voit assez du quel 
côté le Pape incline. » 

Il inclinait, en vérité, ce trouble et fourbe Clément VII, 
ici et là, vrrs l'empereur et vers le roi ; un jour, il 
donnait de l'argent à Lannoy : un autre jour, le comte 
de Carpi faisait passer à François I^*", avec une lettre 
d'allégresse, le « sommaire du traité conclu entre notre 
Très Saint Père Clément VII et les Vénitiens d'une part, 
et François roi de France de l'autre ». Et cette pièce 
commençait par confirmer « la concorde et amitié per- 
pétuelle renouvelant le traité entre le Très-Chrétien Roi, 
et Léonard Lorédan, Doge de Venise », la neutralité des 
Vénitiens étant confirmée, et le Pape garant. 

On ne laissait pas de rendre justice au nouveau capi- 
taine qu'avait su gagner François l". Et les écrivains à la 
solde impériale diront dans leurs brochures : « Le roi de 
France appela vers lui Jehan de Médicis, belliqueux, ar- 
dent et nourri dans les victoires dès l'enfance. » 

Les victoires, c'est son métier, et de toutes ces intri- 
gues inextricables, Jean des bandes noires ne voit rien. 
Il est au camp, dans ce somptueux désordre qu'entretient 
autour de lui le plus allègre, le plus ingénieux des rois. 
Autour de la belle abbaye de Saint-Lanfranc où loge le 
Très-Chrétien, ce sont des tentes féodales, avec les riches- 
ses de France et les femmes d'Italie ; la Palice occupe 
la route de Lodi; Montmorency l'ile du Tessin ; Jean des 
bandes noires est près du roi, pas une sortie ne se fait 
sans qu'il la repousse. Il passe en revue, à pied, la pique 
sur l'épaule, trois mille soldats d'élite, en présence de 
François I^'" et de toute la cour. Bien mieux qu'avec les 
Impériaux, acerbes et hautains, il s'entend avec les sei- 
gneurs français, prodigues, valeureux, galants. 

François I" aussi lui plait, à ce Médicis : ce roi lui rap- 



246 JEAN DES BANDES NOIRES 

pelle le faste et les fêtes de Léon X. N'est-ce pas lui qui 
a sommé Milan de se rendre, comme eût fait un guer- 
rier antique, par la voix d'un héraut à la tunique fleur- 
delysée, qui avait pris le caducée et l'habit des féciaux 
romains? Ce prince n'est pas plus clairvoyant que ses 
serviteurs ; il a l'esprit d'un hobereau provincial, et il 
le prouve en revenant dans la Lombardie. Outre la fierté 
de soutenir obstinément un droit héréditaire, sentiment 
d'autant plus tenace que le principe en est caduc, ce 
preux des Valois aime ce pays du Milanais, il y retrouve 
l'image de ses provinces favorites. 

Amant de la molle Touraine. comme le « petit roy » 
Charles VIII, comme le vieux roi Louis XII, François I" 
reconnaissait dans les plaines humides, « où flotte la 
fièvre et le rêve », dans les prairies entrecoupées par 
des boqueteaux frissonnants, qui commencent au pied 
des Alpes, vers Côme ou Bergame, dans l'haleine azurée 
qui vient des lacs, un sourire voluptueux, une caresse 
du climat, et ces plaines unies et douces qui lui rappe- 
laient trop les rives de la Loire, du Cher, de l'Indre. 
Amoureux, et prisant beaucoup la beauté facile, et ro- 
buste, il trouvait ses qualités favorites unies aux charmes 
plus touchants, à cette fleur des chairs lombardes, qui 
enivre éternellement tous les soldats victorieux. Les sor- 
tilèges de langueur dans ces races hermaphrodites, qui 
inspirèrent le Vinci, l'ensorcèlent et le captivent. Et, pa- 
ladin, il voyait ouvert, jusqu'à ?s'aples s'il le voulait, ce 
long champ de bataille, tout préparé par la nature, aplani, 
fermé de montagnes comme une lice de tournoi, et, comme 
aux romans de chevalerie, hérissé par mille châteaux, 
tant de villes à enlever. Il s'y élançait, «ans prévoir que 
pour maîtriser la victoire dans un tel pays il faudrait 
une tète froide et une astuce italienne ; cette Lombardie 
elle-même, si facile, si plane, était semée de chausse- 
trapes où les destriers trébuchaient. 



JEAN DES BANDES NOIRES 2i7 

Dans un coin du camp français, un témoin subtil, se- 
crétaire de Guy Rangone, regardait et jugeait la brillante 
armée; c'est Bernard Tasso, le père du Tasse, homme 
de talent qu'a fait évanouir à bien des yeux le génie écla- 
tant de son fils. 11 écrivait au comte son maître : « Je 
crains que la fortune de ce roi ne le veuille duper, et 
qu'elle ne lui ait laissé conquérir cette renommée pour 
(jue le blâme soit plus grand. Je ne sais si c'est la liberté 
de leur caractère qui en est cause, ou si le peu d'expé- 
rience que j'ai des choses de la guerre me donne cette 
impression. Je voudrais me tromper, dans leur intérêt. 
Les ennemis s'approchent, sans que leurs âmes en re- 
çoivent le moindre changement. Est-ce vaillance ? témé- 
rité ? imprudence ? Si cette armée en comptait moult, de 
l'expérience et valeur qu'a le Roi, je craindrais moins. » 

Pendant que ce Roi goûtait les premières délices d'une 
existence italienne au milieu de sa belle armée, on avait 
crié dans Milan : « Ordre de payer au plus tôt, de par 
le Roi, trente-six mille écus pour donner sa paie au Sei- 
gneur Jean de Médicis. » Les rumeurs les plus singu- 
lières se répandaient : le Roi voulait faire Jean des ban- 
des noires duc d'Urbin ; cela montrait en quelle estime 
on le tenait. Et il est vrai que les offres de la France 
avaient été magnifiques : même si les chroniques véni- 
tiennes les exagèrent, on voit dans ces chiffres les lar- 
gesses d'un roi fastueux. « Le Seigneur Jeannin de Mé- 
dicis a été visité par le Roi^ au nom du Pape, et de 
nouveau assuré, sous la garantie de Sa Sainteté, des 
promesses faites. Sa charge est de cinquante hommes 
d'armes sans archers, deux cents chevau-légers, deux 
mille fantassins payés sur le pied de guerre, et pour la 
présente guerre s'il en a davantage on lui paiera le sur- 
plus : trois mille écus depension par an, deux mille écus 
de rente ; mais le susdit Seigneur Jeannin n'a point 
voulu accepter un engagement écrit de ces conventions. 



248 JEAN DES BANDES NOIRES 

il les a remises à la volonté du Roi. » Eu effet, ces 
conditions que Martin du Bellay porte à trois mille hom- 
mes de pied, et trois cents chevau-légers, et Jérôme 
de' Rossi à qualre mille et quatre cents, plus dix mille 
écus pour Jeaii et deux cents chevaux pour son neveu 
le comte Pierre, Jean des bandes noires n'en accepta 
point le titre écrit, et il ne voulut pas non plus revêtir 
le collier de saint Michel que lui tendait le Roi. C'est 
lui-même qui l'affirme : « Mon brave Pierre, écrivait-il à 
l'Arétin qui s'était remis en grâce auprès de Clément Vil, 
et recommençait à émarger, moji brave Pierre, par une 
lettre de Messire Antoine Guiducci j'ai "pris plaisir à ap- 
prendre comment, pour remettre ma lettre au pape Clé- 
ment, il t'a voulu comme témoin. Et je me tiens obligé 
envers toi de ce que tu as répondu lorsque le Pape, en 
recevant la lettre, a dit : « Jean a donc fait des siennes t » 
J'ai été traité en frère, par le roi François ; et je n'ai 
point laissé, avant de me transporter à Pavie près de Sa 
Majesté, de faire tout pour retourner avec les Impériaux; 
mais tout est pour le mieux. J'ai renvoyé à ce grand Sire 
l'Ordre de Saint Michel, et déchiré les traités qui conte- 
naient ma provision et celle en faveur de ma femme, en 
disant qu'il octroie une telle dignité à qui l'a servi de- 
puis longtemps, et non à moi qui commence à présent . 
et que, respect à la solde, il ()roportionne la récompense 
au mérite. Si bien qu'un temps viendra encore où No- 
tre Saint-Père parlera d'autre manière. Je sais qu'il n'est 
pas besoin de l'enseigner, ni de te rappeler ce que tu 
dois dire en réplique à ceux qui me tancent, car je n'ai 
pu faire autrement que je n'ai fait. J'oubliais de te dire 
que le Roi, hier, s'est plaint avec bienveillance que je 
ne t'eusse point amené avec moi suivant ma coutume ; 
j'ai dit que la faute en était à ce que tu préfères la Cour 
au camp ; Sa Majesté me répondit de t'écrire pour te 
faire venir ici, mais je lui ai fait serment que ce serait 



I 



JEAX DES BANDES NOIRES 2'i!> 

déjà bien beau, s'il t'écrivait lui-même, de te voir lui 
obéir: à telles enseignes qu'il a commandé à celui ({u'il 
envoie en poste à Rome de te l'aire ordonner par le Sainl- 
Père que tu le viennes trouver. Je sais que tu viendras, 
non point seulement pour ton propre bien, mais aussi 
pour me voir, car je ne sais pas vivre sans l'Arétin. — 
De Pavie. 

« Ton Jean de Médicis. » 

C'est le seul éclair d'affection que laissent paraître les 
lettres de Jean : il est pour l'Arétin. Il ne fallut pas 
moins, pour faire préférer au compère i'ierre la vie du 
camp à celle de la Cour, qu'une belle correction à coups 
de poignard, quelques mois après.- Alors, il quitta Rome 
pour jamais. 

Déchirer les articles, refuser les colliers, c'était un 
beau trait de chevalerie. Mais les plus fiers rois peu- 
vent perdre leurs étriers dans un fossé, se faire prendre 
et emprisonner ; alors, le condottiere qui a mis en pièces 
le pacte officiel est obligé d'envoyer à la Cour, de récla- 
mer sa solde, il regrettera peut-être le parchemin lacéré 
dans l'abbaye Saint-Lanfranc. Le renvoi de l'Ordre, moins 
grave, car c'était un jouet et rien de plus, est plus natu- 
rel ; d'abord, on renvoyait beaucoup les colliers, dans ce 
temps de partis flottants et de fidélité changeante. Lr 
marquis de Mantoue, fait capitaine de l'Eglise, avait ren- 
voyé l'Ordre en 1519; si Julien et Laurent de Médicis l'a- 
vaient pris, c'est que leurs alliances les faisaient vassaux 
de la France. Louis XII avait vu lui revenir ceux du 
prince de Brisignano, du prince de Melfi, du duc d'Atri ; 
fait pour « récompenser les bonnes affections et longs tra- 
vaux et salarier les audacieux, par libéralité royale, se- 
lon leurs mérites », cet Ordre imposait un serment que 
Jean des bandes noires, à part soi, ne voulait probable- 
ment point prêter. Dans celte Italie sans foi, la religion 



250 JEAN DES BANDES NOIRES 

de l'honneur paraît lui avoir toujours tenu à l'àme. Il 
savait que demain peut-être il combattrait ce même Roi 
dont il recevait les présents. l'iusd'un, au prochain prin- 
temps, pourrait ramasser sur le champ de bataille le col- 
lier perdu par François I^"* dans la défaite; plus d'un, 
qui servait naguère avec une chaîne semblable, et sous 
les fleurs de lis. Du moins, si Jean de Médicis a changé 
de camp, il n'a ni menti ni trahi. 

Au reste, le roi répandait à profusion ses subsides ; un 
jour où des chevaux avaient été blessés et mis hors de 
service en sa présence, il donnait six cents écus à la com- 
pagnie engagée dans l'escarmouche. 

On comptait sur les bandes noires pour cette expédi- 
tion de Naples qui devait attirer les ennemis vers le sud 
pendant qu'on écraserait Antoine de Leyva dans Pavie ; 
Jean Stuart, duc d'Albany, chevalier de Saint-Michel 
depuis 1523, devait commander les troupes dans cette 
entreprise. Le 12 décembre, l'archevêque de Brindes 
annonçait le départ « pour demain sans faute^ et il était 
ordonné que le Seigneur Jean de Médicis irait avec le 
Duc, non plus pour passer outre, mais pour faire escorte 
aux munitions que le roi attend du duc de Ferrare ». Et 
les états de troupes portent : « le Seigneur Johannin de 
Médicis, quant et quant M"" d'Albanye, avec cinquante 
lances, deux cents chevau-légers, et quinze cents hom- 
mes de pied. » 

Il s'en était fallu de peu que les bandes noires fussent 
envoyées jusqu'à Naples; mais, Pescaire ne mordant 
point à la diversion, Jean de Médicis était le seul qu'on 
lui put mettre en présence, dans les assauts et les sur- 
prises. Le vice légat demandait au cardinal Salviati s'il 
pouvait laisser entrer dans Plaisance le duc d'Albany et 
les cent cavaliers avec Jean des bandes noires. Le IG, à 
Borgo Sa!i Donnino, Jean attendait le convoi d'artillerie. 
Le 17, il restait à cheval toute la nuit pour observer 



JEAN DES BANDES NOIRES ;3'jl 

l'eaiiemi. Les Impériaux essayèrent en vain d'intercepter 
l'envoi. Ils durent battre en retraite. 

Au passage, à San Seconde, les de' Hossi donnaient des 
canons au duc d'Albany. Pendant ce temps, les bandes 
noires revenaient au camp avec ceux de Ferrare. Le 
peuple « de fer », le peuple belliqueux, ou plutôt son 
duc ennemi des Impériaux et de l'Eglise, fournissaient 
déjà cette artillerie, escortée par Jean des bandes noires, 
la même qui deux ans plus tard tirera sur le condottiere 
le coup de fauconneau mortel. 

Le 30 décembre, c'est .Jean des bandes noires qui passa 
la revue des Suisses arrivés au camp ; « Hier, écrivait 
l'homme des Salviati, Alexandre del Caccia, dans son 
beau langage toscan, je fus avec le Seigneur Jean voir 
faire la revue des Suisses, lesquels j'ai tous vus ban- 
nière par bannière ; et puis, le Roi survenant, quasi tous 
se rassemblèrent, et je n'estime pas qu'ils soient moins 
de dix mille fan'assins, très belle troupe, plus armés 
qu'ils n'ont coutume. A Milan, il s'en trouve environ 800, 
et 4.000 Grisons, que je n'ai point encore vus^ mais qui 
sont, m'a-t-on dit, troupes excellentes, et deux mille Ya- 
laisans et environ trois mille encore tant Italiens que 
Français. Aujourd'hui se passait la revue des gens de 
pied du Seigneur Jehan, très belle troupe et bien disci- 
plinée. » 

Il ne manquait rien à ces troupes si belles, que le chef 
suprême assez fort pour les faire vaincre. 

Jean des bandes noires pouvait fêter l'année nouvelle 
au Palais Médicis dans Milan. Mais le camp lui plaisait 
mieux. L'année commença bien. On paya les troupes le 
2 janvier. Le roi lui avait promis, sur sa requête « la 
première bataille ». Et Jean voulait donner ras>aut à 
Pavie. On se rabattit sur Château-Saint-Ange. Maison n'y 
fut pas heureux. Pendant que Clarice Yisconti venait de 
Mantoue à Milan, et belle comme une Vénus, en car- 



232 JEAN DES BANDES NOIRES 

rosse, brûlait le cœur de Pescaire, avant d'enflammer 
François l^'.. Jean des bandes noires, avec La PalicC; ne 
pouvait empêcher Pescaire. s'avançant avec méthode et 
succès, de prendre Sanl' Angelo, qui couvrait la marche 
tournante de l'armée impériale. 

Sans oublier, un seul jour, ni ses affaires de Florence 
ni celles de Rome, occupé de toutes parts, Jean des ban- 
des noires, depuis que le Roi quittait Sainl-Lanfranc pour 
Mirabello, se voyait forcé de couvrir l'ouest du camp et 
le Tessin. Pavie, démunie de tout, menacée par les lans- 
quenets avides de paie, multipliait les efforts; sorties, 
embuscades, et les racontages haineux de ceux qui le 
prétendaient traître au Roi, pour récompense d'une vie 
ainsi dépensée. Chaque jour, brûlant les villages, es- 
carmouchant dans les marais, perdant ses hommes, ses 
lieutenants, il avait des chevaux tués sous lui, et quand 
on criait « victoire » parmi les assiégés, tous annonçaient 
qu'il était pris. Un stratagème avait ravitaillé d'argent 
les Impériaux ; ils avaient pris quatre bannières aux 
bandes noires, et ils les avaient déployées sur leurs 
murailles « par mépris ». Le 16 février, Leyva, se por- 
tant en personne contre les bandes, les avait bousculées, 
et plusieurs morts avaient payé leur dette aux Espagnols 
sans cesse harcelés par ces troupes terribles. Jean des 
bandes noires jura de se venger. 

Il était animé, depuis quelque temps, d'une ardeur 
farouche. Une fois, que l'on discutait, entre gens aussi 
braves que Frédéric de Bozzolo-Gonzague et en présence 
du Roi, sur les manières d'emporter un poste auprès de 
la ville, Jean de Médicis qui n'avait rien dit, se leva 
brusquement après le dernier discoureur : « Sacrée 
Majesté, dit-il, Votre Altesse a plus besoin d'effets que 
de conseils. Laissez-moi faire. » Sans cuirasse, avec quel- 
ques-uns des siens, il emporta la place devant le Roi, 
massacrant tout, ivre de dangers affrontés, il eut encore 



JEAN DES BANDES NOIRES 253 

un cheval tué dans ses jambes ; François I'"', en pré- 
sence de l'armée entière, lui fit un don royal. Mais c'est 
Pescaire qui l'avait exaspéré par sa faron de harceler les 
postes ; il fallait se garer de Jean, même dans le camp : 
les Grisons l'apprirent à leur honte. Un jour, vêtu si sim- 
plement, à son ordinaire, qu'il semblait le moindre sol- 
dat, il poursuivait avec l'ureur un serviteur qui s'enfuyait 
(Jevant lui ; la pourchasse l'emmena jusqu'aux lourds 
llelvéliens, ils ne le reconnurent point, le poussèrent et 
le bernèrent. Jean des bandes noires, oulré de colère, 
revint à ses cantonnements. Il fil mettre en armes tous 
ses soldats, et il allait pour exterminer les Grisons. On 
vint le dire au Roi, qui accourut, le supplia, l'embrassa, 
mais il lui fallut voir tous les capitaines Grisons, à deux 
genoux, lui demander grâce et pardon. 

Voilà celui dont on venait de tueries gens. Après avoir 
couvert d'outrages les Français qui ne les avaient point 
protégés en son absence, il fit son grand serment : il n'i- 
gnorait point combien les Espagnols l'exécraient, et que 
s'il tombait dans leurs mains, il serait mis en pièces. 
Peu de jours auparavant, le 10 février, un gentilhomme 
du roi, le beau Seigneur de Saint-Germain, avait été pris 
dans une escarmouche ; une rumeur monta parmi les 
ennemis : « Le Seigneur Jean est pris! » Sur-le-champ, 
dès les premiers cris, le camp tout entier se leva; ce fut 
une émeute de rage et de vengeance : « Victoire! Mort 
au traître ! » Et le malheureux prisonnier se vit, dans 
l'instant, au milieu d'une foule en furie : c'était les lans- 
quenets, hurlant : « Tue-le I tue le! à mort, à mort! » 
C'était les pauvres gens des villages incendiés, ceux de 
Trevellero, les femmes, les enfants, chassés par les ban- 
des noires, et qui sortaient de leurs cachettes, qui accou- 
raient d'un mille et davantage, pour voir massacrer leur 
bourreau, « pour se trouver à sa mort ». 

« Si par malheur il est pris, écrit un témoin, il n'est 



254 JEAN DES BANDES NOIRES 

rançon au monde qui le sauve. Les Seigneurs le traite- 
raient honorablement, mais le peuple ne le pourra ja- 
mais souffrir, tant est grande leur haine envers lui... 
qu'il se garde ! un jour cela tournera mal : car il est seul 
à se mettre en avant dans les escarmouches, et les esco- 
pettiers ne visent que lui, et ils le connaissent mieux que 
moi. » 

Jean n'était que plus animé par cette haine et ces dé- 
fis. « Le camp ennemi, disait-i! à son beau-frère, est à 
une portée de canon ; il n'est jour que nous ne fassions 
les plus belles escarmouches du monde en présence du 
Roi et de la Cour, et jusqu'aux tentes des ennemis. » Et 
les flatteurs des Salviati répétaient : « Si Sa Seigneurie 
n'était ici, les Impériaux ne regarderaient les Français 
pas plus qu'une paille! » Jean Salviati, beaucoup plus 
sage, trouvait celle témérité fâcheuse et absurde : 
« Magnifique sœur très chérie, écrivait-il à Marie Salviati, 
j'ai «reçu avec très grand plaisir la lettre de Y. Seigneu- 
rie, où j'apprends que vous êtes en bonne santé, vous, 
et Cosme, que j'aime certes de tout mon cœur : et l'un 
des plus vifs désirs que j'aie laissés à Rome, c'est que 
vous le fassiez apprendre et instruire, encouragez-le de 
ma part, dites-lui que s'il n'apprend point je ne lui por- 
terai point de beaux présents à mon retour. 

« l^e Seigneur (Jean; ne saurait être auprès du Roi Très 
Chrétien ni plus aimé, ni mieux en crédit, ni dans une 
plus haute réputation, et c'est justice; car il fait tout, à 
lui seul il attaque les ennemis du Roi avec ses troupes, 
plus que ne fait tout le reste de l'armée française, et il 
fait des choses que l'un et l'autre camp écrivent et van- 
tent comme merveilleuses et surnaturelles; mais, attendu 
qu'elles ne se peuvent faire sans péril manifeste, il ne 
me laisse point, parmi toutes les autres graves préoccu- 
pations où je me trouve à toute heure, avoir l'esprit en 
paix à son égard un seul moment, car Dieu m'est témoin 



JEAN DES BANDES NOIRES 255 

que je n'ai frère ni sœur en ce monde plus cher que ne 
m'est le Seigneur Jean. » 

Or, Jean ne comprenait pas que la tactique et la stra- 
tégie changeaient avec cette damnable artillerie, venue 
d'oulre-monts depuis la fin du dernier siècle pour pren- 
dre le premier rang aux batailles. Il ne savait qu'une 
chose, en ce jour du 17 février, c'est que les Impériaux 
avaient battu les bandes noires. « Je n'aurai de repos, 
s'écria-t il, j'en jure Dieu, qu'après avoir lavé leur sang 
dans le sang espagnol et allemand. » El il partit. L'armée 
était dans une fureur délirante, des deux côtés; la veille 
comme Jean ramenait un déserteur français qu'il avait 
pris, — c'était Grammont, parent du duc de Bourbon, — 
les Suisses le lui avaient tué dans les mains. Ce jour-là, 
lui-même voulut attirer les Impériaux dans un de ces 
pièges qu'il excellait à tendre : amenés par une fuite 
simulée, dans une embuscade, ceux d'Antoine de Leyva 
le virent tout d'un coup fondre sur eux, les cribler de 
coups, les rejeter jusqu'aux portes mêmes de Pavie. Il 
ne perdit guère qu'un petit page, et son capitaine fa- 
vori, Annibal Testa, de Padoue. 

Couvert de sang, sa rude face encore frémissante de 
rage et illuminée aussi par l'acre volupté d'avoir vengé 
SCS hommes dans un premier massacre, il rencontra, 
sur le retour, l'amiral de Bonnivet, qui lui demanda d'où 
ce sang, cet air de triomphe, et quel beau carnage il 
venait de faire. Jean des bandes noires conta l'affaire 
point par point: a Revenons, pria Bonnivet, montrez- 
moi l'endroit du combat. » Jean, flatté, tourna bride avec 
l'amiral, ils retrouvèrent le lieu, les cadavres, et il les 
comptaient, tout entiers à ce spectacle de vengeance; ils 
n'avaient pas vu, pas daigné voir une cabane ruinée dont 
ils s'approchaient en parlant; des escopettiers ennemis 
s'y cachaient, et lorsque Jean de Médicis fut à bonne 



206 JEAN DES BANDES NOIRES 

portée, une balle lui traversa la jambe droite, que la cui- 
rasse ne protégeait point. 

On le rapporta dans le camp. La blessure était dou- 
loureuse. Le soldat avait bien tiré. Le roi vint visiter 
lui-même le blessé; le meilleur chirurgien royal sonda 
la plaie; l'os et le nerf étaient intéressés, mais si les 
souffrances étaient vives, le danger n'était pas sérieux. 
La balle était entrée à quatre doigts environ au-dessus 
de la jointure. Lannoy prit soin d'avertir lui-même Mar- 
guerite d'Autriche,, régente des Pays-Bas que « samedy 
dernier après disner ceux de Pavie firent une sallie, Jen- 
nyn de Médicis avrc sa compaingnie vint escarmoucher 
cont eulx ; et ledit Jennyn de Médicis eut ung cop de 
haggebuse qui lui passa la grefve, de quoi il est très mal, 
et a ens'oyé demandé sauf conduit pour se faire mener 
par eauvve à Plaisance. » 

L'arquebusier, avpc sa balle de onze grammes, avait 
du faire filer son coup à l'endroit où la grève, pièce d'ar- 
mure qui enveloppait la jambe entière, laissait voir la 
maille entre elle et le soleret de fer. Une blessure à la 
cheville, en somme, avec des éclats d'os et tout ce qu'a- 
vait pu pousser dans la plaie, mailles rompues ou frag- 
ments d'étoffe, un coup tiré presque à bout portant. 

Le Pape envoya sur-le-champ unémissaire, Jean-Fran- 
çois Nigrino. de Mantoue. La dataire Giberti se répandit 
en effusions d'amitié, et réclama de par le Pape que Jean 
de Médicis vînt h Plaisance pour se faire soigner; il re- 
commandait une huile pour les blessures, que préparait 
Frère Grégoire du Saint-Esprit ; le Pape envoyait une 
fiole de ce remède, souverain contre le tétanos; en outre, 
Jacques de Garpi, le plus célèbre chirurgien de la médi- 
cale Bologne, était dépêché par le Saint-Père, avec une 
note sur la manière d'employer ce baume. 

Jean Salviati avait attendu quelques jours, afin d'an- 
noncer à sa sœur le mieux en même temps que le mal. 



JEAN DES BANDES NOIHES 257 

Le 22 février, comme il avait auprès de lui, daus Plai- 
sance, leur cher blessé, le cardinal se décidait à jtréve- 
nir Marie : 

« Magnifique sœur très aimée. Je n'ai point voulu écrire 
jusqu'à présent à V. S. le malheur advenu au Seigneur 
Jean, afin de pouvoir écrire en connaissance de cause, et 
ne vous plus tenir en suspens, avec mes lettres. Mais pré- 
sentement que, par la grâce de Dieu, je vois les choses 
aller le mieux du monde, je vous avise comment samedi 
à 22 heures, des cavaliers et gens de pied étant sortis de 
Pavie, Sa Seigneurie leur fit une embuscade; et, s'étant 
découverte, les aifronta vaillamment et leur tua environ 
cinquante hommes; il s'en retournait au logis, sans 
avoir, ni lui ni les siens, aucun mal; mais l'amiral et 
quelque autre des siens l'ayant prié de retourner leur 
montrer le lieu du combat, il revint sur ses pas; et 
comme il retournait, trente arquebusiers qui étaient ca- 
chés dedans une maison lui déchargèrent toutes leurs 
arquebuses contre lui ; et l'une le blessa dans la jambe 
droite, quatre doigts dessus la jointure du pied, et la 
balle traversa d'outre en outre. Quand on m'apprit ceci 
dimanche, je ressentis la plus grande peine que j'aye eue 
depuis ma naissance; sur-le-champ, j'envoyai là-bas par 
estafette messire Girolami; j'écrivis au Roi, à l'amiral, 
et à Jean lui-même, pour voir à le faire amener ici; et 
finalement il consentit à venir. Et il est venu par une 
barque, sur le Pô; ce fut lundi matin qu'il arriva. Pour 
vous dire en détail la marche du mal, je vous avise com- 
ment dans le principe il en souffrit beaucoup, mais de- 
puis qu'il fut soigné par un excellent médecin du Roi, 
il a toujours été bien, malgré qu'un os et un nerf aient 
été touchés; et aujourd'hui, qui est le quatrième jour, 
et jour de lune, il s'est fort bien porté; de manière que 
j'ai l'esprit en repos et plein décourage. Et j'exhorte V. S. 
à être de même, lui certifiant que son mal n'est point 

17 



258 JEAN DES BANDES NOIRES 

périlleux, et que les médecins n'estiment point qu'il en 
restera gêné ; je crois que vous pouvez penser que, 
n'ayant au monde personne qui me soit plus chère, je 
ne suis pas pour le laisser manquer de rien. Les méde- 
cins sont très excellents, lui, montre de la patience, est 
obéissant comme un ange, et l'on ne manquera pas de 
mettre toute la sollicitude et la diligence possible pour 
qu'il guérisse vile, et bien. Que Votre Seigneurie de- 
meure, comme je lui ai dit, avec l'âme en repos, et ac- 
cepte de Dieu ce peu de mal comme préservant de quel- 
que autre malheur plus grand ; car, attendu qu'il bravait 
l'artillerie, et se mettait dans les plus évidents périls, et 
faisait à lui seul tous les combats du camp, on devait 
s'attendre chaque jour à un cas plus grave que celui-ci. 

« Je ne veux point laisser de dire à V. S. que si l'acci- 
dent fut advenu à un de ses fils, le Ïrès-Chrétien n'aurait 
pu se montrer autant éprouvé qu'il a fait pour le Seigneur, 
lui envoyant des cadeaux, le visitant, lui prodiguant tou- 
tes les marques d'amour, qui se peuvent montrer au 
dehors; et c'était justice, attendu qu'il faisait, à lui seul, 
plus de mal aux ennemis de Sa Majesté, que l'armée 
tout entière. Je n'ai plus rien à vous dire. Je vous tien- 
drai jour par jour au courant de la marche du mal; et 
quand je ne vous écrirai pas, vous serez instruite par 
les lettres de notre père. » En effet, Jacques Salviati, 
confident préféré du Pape, était vécu pour voir auprès 
de son fils comment s'annonçait la grande crise de la 
guerre, que leur clairvoyance pouvait pressentir. Il avait 
apporté lui-même le fameux baume contre les convulsions 
tétaniques. 

A cette lettre écrite par son chancelier, le cardinal 
Jean prenait soin d'ajouter lui-même ces quelques lignes 
de sa main : « Ma petite sœur très chérie, prenez bon 
courage, meshuy les médecins m'ont dit, après que j'eus 
assisté au pansement du Seigneur, que son mal est sans 



JEAN DES BANDES :^OIRES 25'.» 

nul danger, et qu'il restera sans gêne ou infirmité d'au- 
cune espèce. » 

En effet, le se[ilièrne jour se passa très bien, Jean 
était gai, chantait, riait, disait mille folies avec sou beau- 
frère le cardinal. C'est pourtant presque malgré lui qu'on 
l'avait porté dans Plaisance. Il voulait rester au camp, 
il savait trop que ses soldats, sans lui, ne vaudraient 
plus rien. Il voulait montrer, à ce roi qui le traitait si 
paternellement, qu'il « brûlait du désir de le servir, 
sain ou malade ». Avec plus de courage que jamais, il 
disait que si la bataille se donnait avant sa guérison, il 
se voulait faire porter sur les remparts, afin d'être là pour 
surveiller, rappeler, commander, s'il ne pouvait point 
servir en personne. , 

Il n'avait pas fallu moins qu'un ordre verbal du Roi, 
pour l'éloigner, et le bref du Pape, que le camérier Jean- 
François Nigrino, de Mantoue. apportait au plus vite : 
Clément VII avait fait écrire : 

(( A Jean de Médicis blessé : 
a Cher fils, salut et bénédi':tioii apostolique. Xous avons 
ressenti une peine griève de ce malheur, que tu aies été 
blessé dans une embuscade, et, en raison de notre pa- 
ternelle bienveillance à ton égard, très soucieux de ton 
salut, nous t'avons envoyé notre cher fds Jean-François 
Nigrin, notre camérier, chargé de te transmettre notre 
sentiment et notre résolution, à savoir que nous voulons 
que tu te laisses transporter à Plaisance, non seulement 
afin qu'on y puis.-e plus diligemment pourvoir aux soins 
nécessaires à ton salut, mais aussi pour que, rétabli plus 
promptement dans ta santé, tu puisses revenir à exercer 
ton courage sans pair; or donc, si tu nous aimes et res- 
pectes, et si tu connais notre amour envers toi, ne tarde 
point, en cette occasion, pour nous, de te faire porter au 
plus tôt et le plus doucement possible à Plaisance, et, 



260 JEAN DES BANDES NOIRES 

là, entre les mains des tiens, tu te pourras plus commo- 
dément faire soigner; tu ne peux rien faire qui nous 
soit plus agréable; en tout ceci, tu prêteras foi au même 
Jean-François. 

« Donné à Rome, etc., le 23 février 1525. An second... 

Adresse : « A notre cher fils Jean de Médicis notre pa- 
rent consanguin selon la chair, -y) 

Le vice-roi et le marquis de Pescaire avaient donné 
le sauf-conduit et l'escorte nécessaire; car il fallait em- 
pêcher les riverains de prendre Jean de Médicis, ils 
l'auraient mis en pièces. Et, le 21 février, entre une dou- 
ble file de soldats qui gardaient les deux rives, la barque 
descendait le Pô, de Pavie à Plaisance. 

Le 24 février, Jean des bandes noires était assez bien 
pour dicter une lettre joyeuse, qui consolerait Marie 
Salviati : 

« Illustre Dame et Epouse très aimante, faisait-il 
écrire par Jean-François de Cantalupo, j'ai vu votre 
lettre et celle du curé (Fortunati) au Révérendissime 
Salviati. Ne soyez pas si prompte à croire le mal, car 
les hommes qui ont chair et sang et os ne se tranchent 
pas comme les raves. Le dix-huit du mois présent je re- 
çus une blessure à la jambe, d'un coup de feu, et pour 
me guérir avec plus de commodité je me fis porter à 
Plaisance, où se trouvaille Révérendissime, pour me gué- 
rir avec plus de commodité (sic)'; et, Dieu merci, j'(au)- 
rai passé le quatrième jour après la blessure et le chan- 
gement de la lune sans inconvénient ni fièvre, et ces 
médecins disent ferme que dans vingt jours je me relè- 
verai du lit sans danger ni pour ma vie ni d'être infirme. 
« iVinsi, que Votre Seigneurie ne s'afflige plus tant, je 
n'aurai point de mal. Avec celle assurance, songez à 



JEAN DES BANDES NOIRES 261 

vivre allègrement ei à prier Dieu. Je me recommande à 
vous. 

(( De Plaisance, le 24 de février 1525. 

« De V. S. l'époux très aimant. 
« Jean de Médicis. » 

Lorsque le chancelier Cantalupo, si souvent employé 
dans les affaires intimes ou confidentielles, eut achevé 
d'écrire, Jean des bandes noires voulut signer de sa main, 
il traça ferme les premières lettres de son nom, mais à 
la fin il les laissait se chevaucher, par lassitude ou par 
un mouvement fébrile. 

Dans le même temps, dans ce même parc de Mirabelio 
qui avait,, après l'église Saint-Sauveur, servi de deuxième 
cantonnement aux bandes noires, le roi de France, blessé 
au visage, blessé au bras, blessé à la main droite, la 
lance rompue, la cuirasse bosselée par les arquebusades, 
renversé sous son cheval d'armes que venait d'abattre le 
soldat espagnol Diego de Avila, empêché dans la panoplie 
que faisait son armure àpanache etcellede son destrier, 
rendait sa grande épée aux mains du vice roi Lannoy; 
les meilleurs gentilshommes, ceux qui se battaient peu 
de jours auparavant près de Jean des bandes noires, et 
La Palice, son meilleur compagnon, et Lescun, et Bon- 
nivet, ses anciens chefs, étaient morts, d'autres étaient 
prisonniers. François P'' avait trouvé le prix de sa folle 
entreprise, et donné ce nouvel exemple, pas plus utile 
que tant d'autres, pour montrer comment l'Italie est 
fatale aux armes françaises, ou vaincues, ou victorieuses. 

Jean des bandes noires pouvait faire tirer des coffres que 
ses chanceliers emportaient à sa suite cette ancienne lettre 
où Gouffier de Bonnivet lui avait écrit : « Seigneur Janin. 
Le roy est tant content et satisffait de vous qu'il n'est 
possible déplus, et vous avez trouvé ung bon maistre... et 
de ma part en tout ce qui vous touchera vous me trouve- 



■^G2 JEAN DES BANDES NOIRES 

rez prêt à vous faire preuves de bon amy. » Le boa maître 
prisonnier, le bon ami tombé sur le champ de bataille, 
comme cet autre « tant bon amy » Odet de Foix, il ne 
restait plus aux Italiens compromis qu'à tirer leur épin- 
gle du jeu. 

Le dat^iire Giberti, ce prétendu partisan de la France, 
écrivait, le surlendemain de la défaite: « Puisque dé- 
passant l'attente d'un chacun et quasi par miracle, est 
arrivée la ruine du Très-Chrétien, plaise à Dieu la con- 
vertir en son service et bien universel, puisque les cho- 
ses devaient aller comme allées elles sont, il me paraît 
qu'il convient de remercier Dieu que l'illustrissime sei- 
gneur Jean s'est tiré hors du péril. » 

Les Français, et le Roi lui-même, étaient unanimes à 
dire que, si Jean des bandes noires avait été dans la mê- 
lée, aux côtés de son maître, François P^ n'aurait pas vu 
son épée lui choir de la main, parmi les larrons ennemis 
qui le dépouillaient sans vergogne. Le vice-roi Lannoy 
savait ce qu'il faisait, en laissant Jean de Médicis partir 
pour Plaisance, en l'aidant de tout son pouvoir à s'éloi- 
gner des bandes noires pour les laisser presque inutiles 
sous François de Lorraine et Suffolk, morts en les faisant 
combattre. 

Quelques jours avant la défaite, François P'' avait pris 
soin d'adjoindre, à ses chirurgiens, le plus renommé mé- 
decin d'Italie pour les blessures d'armes à feu; le juif 
Abraham de Mantoue, qui appartenait au marquis Fré- 
déric de Gonzague, fut expressément appelé, de par le 
Roi, pour guérir Jean des bandes noires à Plaisance. Le 24 
février, pendant que François I" se battait à Mirabello, le 
chirurgien hébreu mettait le marquis de Mantoue au cou- 
rant de la blessure et du traitement: il avait trouvé, qua- 
tre doigts au-dessus de la cheville, une plaie qui pénétrait 
les parties charnues, longeait le tibia, s'étendait à quelque 
cinq doigts, fracturait transversalement le péroné et tran- 



JEAN DES BANDES NOIRKS 363 

chait un gros tendon Le 23 au soir, à huit heures, il calmait 
les douleurs, par l'extraction d'une vingtaine d'esquilles, 
la jambe désenflait; et Jean de Mcdicisn'en pouvait croire 
ses yeux. Il commandait aussitôt qu'on lui mît ses armes 
sur son lit; son épée favorite, un cadeau du marquis 
Frédéric, ne se retrouvait pas, à son grand déplaisir. 

Jacques Barigazzi de Carpi, le chirurgien bolonais, ap- 
prouvait la cure ; il voulut aider Abraham dans le pan- 
sement. Mais Jean dos bandes noires s'habituait à la 
main plus légère du maître hébreu: « Laissez-moi tran- 
quille, maître Jacques, cria t-il au docte professeur de 
Bologne, vous me tuezl » On continuait à tirer des os et 
du plomb, enfoncés dans la plaie. Mais le blessé ne jurait 
plus que par Abraham ; il refusa formellement de le laisser 
partir jusqu'à Pavie, où Frédéric de Bozzolo suppliait qu'il 
vînt auprès des blessés. Il le gardait pour lui, s'attachant 
avec l'égoïsme du malade à cet homme dont la main le 
fera mourir plus tard. Le 5 mars, à minuit, un bref de 
Clément Vil vint ordonner à maître Abraham de continuer 
ses bons offices auprès de Jean. 

« Bien que nous aimerions mieux, disait lo Pape, te 
voir,, toi qui es orné d'un si grand talent par le Dieu tout- 
puissant, te convertir à roconnaître le vrai chemin de la 
foi, de manière à devenirnolrecher fils, néanmoins, étant 
tel que tu es, et parce que tu as fait voir en ceci tes bons 
sentiments envers nous et notre cher Jean si justement 
très aimé, nous t'avons écrit volontiers les présentes... 
et tu obtiendras de nous telles récompenses que tu vou- 
dras. » Un autre bref exhortait le marquis de Mantoue, le 
remerciait, assurait que le salut de Jean lui serait du en 
très grande partie, après Dieu Tout puissant. Et le ca- 
mérier Nigrino ne cessait d'animer le zèle des médecins. 

Dès le 6 mars, une litière faite exprès et portée par des 
hommes exercés transportait Jean, de Plaisance à Borgo 
San Donnino. Il suivait le cardinal Salviati, qui étendait 



264 JEAN DES BANDES NOIRES 

sa légation à Modène, Reggio, Parme, Plaisance, pour 
le temporel, et à Ferrare pour le spirituel. 

Avant de quitter Plaisance, Abraham avait retiré de 
la plaie « plus de soixante morceaux d'os, lesquels en tout 
pouvaient être gros comme une châtaigne, et vingt mor 
ceaux environ de plomb, petits, comme un grain de mil ». 
La jambe n'enflait pas, et les mouvements des doigts se 
rétablissaient. Le chiruigien juif protestait au Pape de sa 
reconnaissance, à lui « le moindre de ses serviteurs, que 
dis-je, un vermisseau de rien t » Il avait eu la chance de 
réduire les apostumes produites par le traitement à la 
française, fort médiocrement propre et point du tout an- 
tiseptique. On envoya trois fragments d'os au Saint Père. 

La guérison s'accentuait, àParme, dans le mois de mars, 
« à vue d'oeil ». 

Trois cents esquilles sortaient encore au cours des son- 
dages. Cela faisait, au compte du médecin, un tiers en- 
viron du péroné. Le chirurgien s'occupa de régénérer 
l'os; il était fier de celte cure, oii ses « secrets » avaient 
démenti le pronostic de ses confrères. Seulement, le pau- 
vre hébreu qui croyait revoir Mantoue pour le jour de la 
Pâque, 8 avril, avait compté sans les imprudences du 
blessé; une rechute fut causée par ses « désordres; » 
le 3 avril, Jean, rétabli de ses excès, se levait sur un 
pliant, le 4, il remettait le pied par terre, et on lui pro- 
mettait que s'il était sage, il pourrait monter à cheval le 
dimanche suivant. 

Mais le palais, àParme, était un étrange séjour decon- 
valescent, et le pauvre Abraham devait connaître un nou- 
veau mécompte. Il se lamentait, le 12 avril, dans sa lettre 
au marquis de Mantoue, et non sans cause: « L'Illustre 
Seigneur Jean,, dit-il, dormait hier au soir, à dix heures, 
quand il fut réveillé par une grande rumeur qu'il enten- 
dit dans la maison, car ses gens se couraient les uns der- 
rière les autres avec fracas ; et les cris furent tels, qu'é 



JEAN DES BANDES NOIRES 265 

pouvante, le Seigneur Jeart, dans le premier sursaut, 
voulut se lever du lit, tout en furie; et sa jambe portant 
à faux, il sentit une douleur telle qu'il pensa mourir de 
convulsion; bien qu'il ait été pansé, contre la douleur, 
je crois que je ne pourrai point éviter de tailler une fois 
la jambe, et pour cela de retarder encore de quatre ou de 
six jours au plus mon retour à la maison; néanmoins, il 
ne restera point infirme, V. S. lU'"^ saura qu'il se levait 
déjà du lit, marchait et chevauchait. » 

Mais, si la jambe se remettait bien, le blessé ne vou- 
lait point laisser partir son chirurgien . Les affaires avaient 
repris leur train ; seulement, pour Jean de Médicis la 
grande affaire n'était pas, alors, de surveiller ses bandes 
noires, ses relations avec les princes, sa remonte ou ses 
dettes; c'était de garder Abraham. 

Il fallait pourtant remédier à une situation difficile. Les 
Impériaux, malgré les explications prodiguées, gardaient 
sur le cœur le passage de Jean au service de France. An- 
tonio Pucci, l'évêque de Pistoïe, prenait soin d'en avertir 
le cardinal Salviati. François I", que l'on tenait captif 
dans Pizzighettone, demandait à l'évêque de Pistoïe, tout 
bas et en secret, « ce qui était advenu du Duc d'Albany 
et du Seigneur Jehan de Médicis, et montrait prendre 
grand plaisir à ce que lui rapportait l'évêque de l'un et 
de l'autre. » Mais Charles-Quint venait d'écrire à Lan- 
noy : « Vous m'avez pris le Roy de France, lequel je vous 
prye me bien garder. » Et les geôliers obéissaient si bien, 
durant les trois mois qu'on l'éternisait en cette bour- 
gade lombarde, ils le gardaient si fidèlement que le Roi 
gémissait, un jour, sur: « la seureté que mérite la prison 
d'ung Roi de France, lequel on doit rendre amy et non 
désespéré. » C'est donc vers l'Empereur que Jean, plus 
politique, aurait dû tourner. 

Pescaire le lui fit sentir. Malgré les actes notariés où 
les communes de la Lunigiane déclaraient reconnaître 



2G6 JEAN DES BANDES NOIRES 

pour leur Seigneur Jean de Médicis et ses hoirs, ayant 
subi jusqu'à ce jour, des Malaspina « tyrannies exécra- 
bles, traitements furieux, vexations, méfaits, vices, cruau- 
tés, molestations, et perturbations insupportables et in- 
tolérables désormais », il fallait que Jean de Médicis 
accueillit le licencié Brancamante, envoyé par le Vice-Roi 
pour que fussent remises en dépôt les terres que Sa Sei- 
gneurie tenait des Marquis Malaspina. Telh était la vo- 
lonté de Sa Grandeur. 

« Tombé d'une grande espérance », avec la chute de 
la France, il laissait ses lieutenants réclamer les brefs 
nécessaires, et les meubles aussi ; il songeait à partir pour 
Venise, mais en s'arrêtant sur la route, aux bains d'Abano^ 
le Bourbonnede l'Italie. Car un fragment d'os était resté 
pris entre deux nerfs, et il fallait ces boues sulfureuses, 
ces eaux aluminées des Monts Euganéens, pour aider la 
nature à expulser ce dernier débris. 

Le pauvre chirurgien Abraham désespérait de'revoir 
Mantoue et de manger les pains azymes; il priait le Mar- 
quis, il conjurait le Chancelier, l'annaliste Mario Equi- 
cola, d'écrire que l'on avait besoin de lui. Mais Jean des 
bandes noires conservai' cette manie de l'homme souf- 
frant, qui fait du médecin son fétiche et s'accroche à lui 
comme un fol à son idée fixe; il écrivait, et de sa main> 
pour empêcher l'effet des lettres envoyées par Abraham. 
Sans ponctuer, grossoyant lui-même, il couvrait des pa- 
ges avec sa rude écriture noueuse : 

« Illustrissime monseigneur très cher, disait-il au 
marquis. Votre Excellence, quand arriva mon accident, 
daigna envoyer maître Abraham, son chirurgien, et me 
dit ensuite, que pour plaire à N.-S. Père, comme il résulte 
de lettres confiées à maître Abraham, celui-ci ne devait 
point abandonner ma cure jusques à ce que je fusse 
amené à bon terme et hors de péril. A présent, ledit 



JEAN DES BAXDES NOIRES ^267 

maître Abraham m'a fait voir une lettre de V. E. qui a 
la bonté de lui écrire sa satisfaction de me savoir arrivé 
à bon terme, et service, et lui ordonne de revenir à 
Maiitoue le premier jour de mai. Votre Excellence a été 
mal informée par qui lui a dit que je suis guéri. La 
vérité, c'est que je serai bientôt guéri grâce à Dieu, et 
à V. E. si elle daigne pour quelques jours faire écrire à 
maître Abraham de rester à me soigner, et surtout qu'il 
ne s'agit, Excellence, que de huit ou dix jours au plus; 
il vous importe peu, et pour moi, il y va de la vie ; aussi 
je prie V.-E. de daigner faire écrire à maître Abraham 
qu'il reste ce {peu, effacé) ces dix jours, ou autant, plus 
ou moins, qu'il faudra, car je suis sûr, s'il me traite, de 
rester en bonne santé, mais, sans son traitement, de 
demeurer malade. C'est à Dieu, et c'est à V. Excel- 
lence qu'il appartient de me rendre la santé, ou de me 
laisser malade, en écrivant à maître Abraham de rester. , 
V. Excellence sera plus pleinement informée, en mon 
nom, par le porteur des présentes; et V. Excellence, 
bien que ce même malheur ne lui soit pas advenu, au- 
rait pu compter sur mes offices comme sur ceux de 
pas un autre, et, le cas échéant, le pourra faire. Je me 
recommande humblement à Elle. 
» Parme, 28 avril 1525. 
» de Votre Excellence l'humble serviteur. 
» Jan de Médicis {Giovani.) » 

Heureusement, d'autres, à Rome, prenaient soin de 
ses intérêts et ne pensaient point à sa jambe uniquement 
et perpétuellement. Il est vrai qu'ils étaient mal récom- 
pensés ; la pauvre Marie Salviati venait d'apprendre à 
ses dépens que maître Abraham n'avait pas adouci l'hu- 
meur du « Signore ». Elle avait pourtant travaillé de 
toutes ses ressources avec la plus clairvoyante énergie, 
afin d'obtenir autre chose que des promesses, et de ré- 



368 JEAN DES BANDES NOIRES 

tablir les affaires toujours déplorables de Jean ; fille de 
financiers, et Florentine, et femme, et mère, elle com- 
prenait tout ce que les enivrements de laguerre dissimu- 
laient à son mari : duplicitédu Pape, élogeset promesses 
qui animaient et épuiseraient cette force dont disposait 
le capitaine des bandes noires, perfidie politique et roue- 
ries calculées afin de détourner loin de sa patrie le seul 
prince vraiment populaire, elle démêlait tout, elle vou- 
lait parer à tout, et, donnant,, elle demandait. Auprès 
d'elle, le petit Gosme regardait, taciturne, avec ces 
larges yeux d'enfant qui ont des visions implacables; 
il jugeait, et il devenait le prince patient, fourbe, tyran- 
nique et cruel, qui, lui, régnera. 

Mais, si Marie Salviati savait faire envoyer les ducats 
à son mari par milliers, par six cents au moins, faire 
vêtir Cosme aux dépens du Pape, comme ses cousins 
les bâtards, lui obtenir des chaînes d'or, des médailles, 
elle ne pouvait éviter les bourrasques de Jean. Quand 
elle agissait en dehors de sa volonté, la fureur faisait 
perdre au grand soldat toute retenue, il traitait sa femme 
comme un fantassin ; et, recevant de tels affronts, peut- 
être au retour d'un de ces dîners que Lucrèce Salviati 
donnait à la campagne, Marie retrouvait ses anciennes 
effusions de douleur, son emphase passionnée de jeune 
femme ; elle écrivait à Jean des bandes noires, sans s'ai- 
der d'un chancelier. 

Elle lui disait qu'il l'avait humiliée, les éternelles 
questions d'argent n'avaient point tourné comme il le 
voulait, et en blâmant Fortunati c'est sur sa femme 
qu'il avait frappé. Bravement, elle défendait le curé ; 
si les négociations avaient manqué, ce n'était point faute 
d'avoir agi pour le mieux, et suivant ce qu'elle-même 
conseillait. L'affront lancé par cette lettre brutale de Jean 
la mettait au désespoir. 

« Oui, moi, pour faire le bien, j'ai reçu un tel camou- 



JEAN DES BANDES NOIRES 26".) 

flet que je n'oserai plus regarder personne en face. 
Mais, grâce à Dieu, j'ai un père et une mère, (jui ne me 
feront raie défaut, sans quoi je m'étranglerais de mes 
propres mains. Mais j'ai plaisir à bien avoir démêlé votre 
intention dans cette histoire, sans quoi je me serais 
peut-être assurée pour une plus grave affaire sur les pa- 
roles que vous m'avez dites souvent, à savoir que vous 
entendiez me voir faire et défaire comme vous-même. 
Je l'ai vu, dans cette histoire-ci, quel est mon pouvoir 
dans nos intérêts. Je vous le dis, Jean, je n'avais con- 
fiance en personne en ce bas monde autant qu'en vous, 
mais j'ai vu cette fois-ci ce que je suis. Je me gouver- 
nerai d'autre façon que je n'ai fait jusqu'à ce jour. » 

Et les récriminations ardentes, un peu puériles, cou- 
vraient billets après billets. 

11 est bien vrai qu'elle eut assez d'empire sur elle- 
même pour changer de ton. Les lettres suivantes sont 
calmes, assez banales, pleines de déférence. Quant au 
pauvre Fortunati, le mal d'entrailles l'avait pris; il ne 
pouvait suivre à Florence, au Trebbio, dans la Toscane 
où l'on allait passer l'été, ni sa maîtresse ni son « petit 
maître ». 

Sur la route de Venise, où il allait chercher l'oubli de 
ces journées traînées au milieu des emplâtres, et près 
d'Abano, qui lui devait rendre toute sa vigueur, Jean de 
Médicis reprenait la direction des bandes noires. L'épi- 
neuse question des cantonnements en paix se rouvrait; le 
Parmesan n'en voulait point, les Etats du Pape donnaient 
des campements impossibles, trop disséminés dans les 
Marches, et sans ressources. Le même jour, Jean déca- 
chetait une lettre de capitaine, lui disant avec un bon 
sens tout militaire : « Monseigneur Illustrissime, il y a 
une grandissime différence â penser une chose dans sa 
chambre, l'ordonner, et établir en son esprit, comme on 
la voudrait être, et à la mettre en exécution ; les troupes 



270 JEAN DES BANDES NOIRES 

ne sont pas aisées à loger! » puis, une autre lettre de 
Guichardin, gouverneur en Romagne : « Les plaintes de 
tous ces peuples vont si fortes jusqu'au Saint-Père que 
Sa Sainteté se voit forcé de les entendre et secourir. Je 
prie donc V. E. d'y vouloir bien mettre bon ordre. » 
Les gens des bandes noires coûtaient, au calcul du gou- 
verneur, plus de sept cents ducats par mois à la seule 
Romagne. 

Jean de Médicis arrivait à Venise, par Chioggia, le 20 
mai; avec sa suite de quarante personnes, ou à peu 
près, il vint loger dans le quartier Saint-Moïse, au palais 
des Giustiniani, cousius de Ludovic Michiel, ancien payeur 
au camp, son grand ami. Dans ce palais, qui s'ouvre 
en face de la Sainte, la splendeur de Venise lui apparais- 
sait tout entière. 

On disait dans la ville que le Seigneur allaitpartir pour 
les eaux. Il resta pourtant quelques semaines à Venise. 
Il y était fêté, recherché. La gloire des récentes guerres 
engageait la S3rénissime République à lui demander s'il 
ne voudrait pas entrer au service de Saint-Marc, « Je 
suis trop jeune, répondait Jean avec un sourire, ce n'est 
là ni mon affaire ni la vôtre. » Il se sentait tout guer- 
royant, mobile et incapable de temporiser. Et les pru- 
dents Vénitiens aimaient trop à demeurer neutres pour 
assolder un pareil homme, si vif à partir de la main. 
Mais la vieille Toscane le rappelai ^ c'est à Venise qu'il 
recevait la lettre de son intendant, Suasio; et il y trou- 
vait ce qui le pouvait mieux ramener dans son domaine 
du Trebbio ; la liste de sa meute I 

Il avait demandé, pour tromper dans Abano l'ennui 
du traitement de boue, quelques chiens capables de bat- 
tre les plaines du Padouan et les collines Ruganéennes; 
surtout, comme il comptait reprendre la route de Fer- 
rare, il lui fallait être équipé, dans ce pays giboyeux. 
Suasio. lui envoya donc, avec un valet de limier nommé 



JEAN DES BANDES NOIRES 



271 



Julien, unedouzaine de braques, et une chienne qui de- 
vait être pour le terrier ou la broussaille, car elle s'appe- 
lait Serpent. Les autours manquaient cette année-là. 
Quant aux coffres, un retard dans la venue de Fortunati, 
qui avait les clefs et l'inventaire, en avait un peu différé 
l'envoi. Mais ce qui dut réjouir Jean des bandes noires, 
c'est l'état des chiens demeurés au Trebbio, une quaran- 
taine de lévriers, limiers et chiens couchants. 

« Il est resté ici, disait l'intendant, les lévriers, li- 
miers et braques désignés ci-dessous. 



LKViai£RS 



Deux cliiens turcs, 

appelés tondua. 

Suisse. 

L'Effronté. 

Colombin. 

Tiliro. 
Te ve roi 10. 



LIMIERS 



BRAQUES 



Quêtai lie. La Seiche. 

Le More. Fétu. 

Baron. Le Compère. 

Bande. Seichelte. 

Rousseiiu. L'Unique. 

Vilain. I La Tardive. . 

RulTiau. Faisan. 

Sylviue. 
Espérance. 
(Il mitonne. 
.Tourdan. 
Mi-cùle. 

Léveillé. ! 

Quatre petits braques de l'année. Trois braqueau.x. de 4 mois,, 
petits- de la Bulorde. 

Cini] petits de La Seiche, qui ont l'air de matins. 
Quant et, quels sont tous les chiens susdits^ .lulien en pourra 
donner avis à V. S. » 



En outre, Laurent Salviati avait envoyé un cheval 
barbe. 

Jean se fit amener tous les chiens pour les remettre 
au pied. On lui adressait aussi des faisans, des paons, des 
perdrix. Il revenait vers sa Toscane. 

Dès juillet, il revoyait Ferrare. Le Duc, tout Français, 
tout Impérial, tout Papal, suivant qu'il croyait affermir 



272 JEAN DES BANDES NOIRES 

sa couronne, le politique Alphonse pouvait causer savam- 
ment avec lui des eaux thermales : il avait fréquenté, six 
années auparavant, ces mêmes boues d'Abano, « pour 
s'y guérir des infections contractées durant sa jeunesse ». 
Et c'est alors que Léon X avait envoyé l'évêque de Vin- 
timille et six cents hommes au pays de la Mirandole, avec 
ordre de se saisir de Ferrare si le Duc mourait. 

C'est de Ferrare que Jean des bandes noires adressait 
une lettre au successeur de Bonnivet, l'amiral de France 
Philippe Chabot. Il lui annonçait la venue à la Cour de 
son secrétaire,, chargé de ses intérêts, il le priait d'aider 
le favorable dénouement d'une situation toujours précaire. 
En effet, depuis Pavie, on ne payait ni le présent ni l'ar- 
riéré. 

Ce secrétaire était Jean-François Cantalupo. De Lyon, 
où la cour de France se tenait en août, il écrivait à son 
maître. Durant des mois et des mois, ces lettres se con- 
tinueront. Jean des bandes noires pourra longuement re- 
gretter le noble geste qui fit déchirer le parchemin de 
sa charge et de la pension accordée par François P'' ; le 
prudent François-Marie de la Rovère aurait pu lui dire 
que l'on vivait de telles aubaines. 

La Duchesse Marguerite d'Alençon allait partir afin de 
rejoindre François I" à Madrid. Il fallait tenter d'obtenir 
justice avant son départ. Jean des bandes noires avait fait 
dire au Connétable de Montmorency, qui partait aussi 
pour ce nouveau voyage, de transmettre au Roi les hom- 
mages de son dévouement filial. 

On s'occupait médiocrement, dans cette Cour en dé- 
sarroi, des affaires en souffrance et des soldes dues. 
D'autres intérêts, et plus immédiats encore, sollicitaient 
aussi Jean des bandes noires qui venait de rentrer au 
Trebbio. Il y était revenu fort allègre, et tout de suite il 
se donnait à la chasse et à la pêche. « Il n'est pas encore,, 
disait l'intendant, aussi sur de cette jambe que de l'au- 



.lEAN DES BAXDES NOIRES '273 

ire, bien que hier, in'a-t-oii raconté, il ail couru un bout 
de chemin derrière un faisan pour l'attraper. » 

Mais les marquis Malaspina s'étaient remis en haleine 
pendant la maladie de leur adversaire. Charles Masi, 
capitaine et commissaire de Florence à Fivizzano, tout 
près de lAulla, tenait la République au courant de ces 
guerres locales; il racontait que les bandes noires avaient 
repoussé b^s agresseurs qui voulaient leur enlever deux 
chiiteaux-forts. Les Malaspina ravageaient le pays, « qui 
se donnerait volontiers à cette haute République )■, Aidés 
par les gens du Marquisat de Massa, forts d'un millier 
d'hommes, les ennemis inquiétaient les forteresses flo- 
rentines, mal pourvues, de corselets et d'arquebuses 
rouillées. 

Pendant le mois d'août, Jean des bandes noires laissa 
ses hommes se démêler dans leurs garnisons de Luni- 
giane au milieu des Malaspina. Les places cédaient peu 
à peu, le pays était maintenant pour ses anciens Sei- 
gneurs, et les approvisionnements, les recrues affluaient 
vers eux. On saccageait, on incendiait. 

Mais les intérêts de la paye en France, qui devenaient 
plus obscurs de jour en jour, avaient fait craindre à Jean 
de Médicis d'avoir à dépêcher son intendant lui-même, 
Suasio, à la Cour. Il lui avait fait donner un bénéfîce, 
pour l'encourager. Une autre question le retenait encore 
dans son Trebbio, près de Florence ; Pierre-François de 
Médicis venait de mourir. Pauvre cadet, bourgeois plus 
qu'à demi , valétudinaire de corps et mesquin d'esprit ; le 
meilleur Médicis pourtant, puisqu'il engendra Lorenzino. 

Déjà, sur la fin de 1524, Marie Soderini décrivait à 
Marie Salviati les malaises de Pierre-François, les coli- 
ques, les fièvres tierces qui l'épuisaient. La maladie ve- 
nait de l'abattre à Cafàggiolo : de Florence, où elle res- 
tait pendant que son mari bouleversait le Trebbio par sa 
vie soldatesque, Marie Salviati communiquait les volontés 

18 



274 JEAN DES BANDES NOIRES 

du Pape elle sommaire du testament, comme le lui avait 
transmis Octavien de Médicis au nom de Clément VII. 
Elle demandait l'avis de Jean des bandes noires pour le 
deuil que les Soderini priaient de faire prendre au petit 
Cosme. 

Le rancunier Piei re-François ne nommait point, en son 
testament, Jean des bandes noires « ni en bien ni en 
mal )). Le Pape cependant ne laissait pas de r.jconnaitre 
Jean pour chef de la branche cadette, et le cardinal Pas- 
serini lui écrivait en cette qualité. 

« Vous savez, répondit Jean au cardinal, et vous pou- 
vez avec votre sagesse beaucoup mieux accommoder les 
choses, en dormant, que moi en veillant. » Mais il appre- 
nait au cardinal, de la même plumée, que le défunt 
avait laissé force dettes, et qu'à son avis « l'honneur de- 
vant passer avant les messes » on pouvait réserver l'ar- 
gent du Saint Père pour les payer, plutôt que pour les 
mille messes demandées par Pierre-François. 

Dans cette lettre, il s'excusait de ne point venir à Flo- 
rence, voir Silvio Passerini, « à cause de soninfir.nité ». 
Marie Salviati ne croyait pas à cette excuse ; elle savait 
pourquoi la vie obscure et libre du château plaisait mieux 
à son époux. Elle disait à l'intendant Suasio, qui songeait 
au départ pour la France : « Notre très cher; derechef j'ai 
été exhortée, et par le médecin, et par ceux qui aiment 
fort le Seigneur, d'user de tous les moyens possibles pour 
qu'il vienne à Gastello, ou à Florence ; et c'est vous, qui 
êtes auprès de lui, qui le pouvez faire plutôt que moi ; 
mais attendu que je vous sais occupé non médiocrement 
dans une province (un gouvernement) pareille, je n'écri- 
rai rien de superflu. Il suffît qu'en ceci vous m'informiez 
de tout, et l'encouragiez à ne pas se dissiper; ce serait 
facile à obtenir, s'il n'avait pas sans cesse les appeaux 
autour de lui. Que Dieu très bon, très grand, daigne lui 
donner quelques gouttes de bon sens. » 



JEAN DES BANDES NOIRES 270 

Les appeaux, les leurres, auxquels Marie voyait se 
prendre son tiercelet, ne le retinrent pas longtemps. 
Parmi de petites requêtes, qu'il expédiait avec sa large 
bienveillance, il lui arrivait des nouvelles mauvaises, au 
sujet de l'Aulla ; les Malaspina l'assiégeaient, avec deux 
mille hommes et trois pièces de grosse artillerie, venues 
de Sarzana ; tous les marquis étaient devant les rem- 
parts : le marquis Laurent de Fosdiimovo, le marquis 
Spinetta des Monts, le marquis Guillaume, le marquis 
Jacques, fils du marquis Galéas du Château de l'Aigle. Le 
vol tournoyant de gerfauts, exaspérés par les insultes, et 
par la captivité des leurs, voulait en finir avec cette aire 
du Médicis, qui les gênait. 

Quatre-vingt-dix cavaliers espagnols, que la paix désoc- 
cupait, les renforcèrent. Les Florentins ordonnaient à 
leur Commissaire de rester neutre. Mais, le lundi soir 
18 septembre, Jean des bandes noires apparut en per- 
sonne au pied de l'Aulla. Sept cents hommes de pied, cin- 
quante chevau-légers le suivaient. En un tour de main, 
il reprit tout ce qu'on lui avait péniblement enlevé, et 
ce fut le tour des marquis déroutés de voir saccager 
leurs châteaux. Au seul bruit de son arrivée, ils avaient 
dégagé l'Aulla, ils s'étaient enfoncés dans tous les re- 
paires de la contrée. 

Que voulait Jean^ las de ces terres éternellement dis- 
l)Utées ? Un accord, des arbitres, et de l'argent. Jacques 
Gorsi passait, au nom de Florence, la revue des forteres- 
ses, pour étabUr les conditions. Dès le 2G septembre, 
Jean des bandes noires allait quitter les bords de la Magra 
torrentueuse, laissant les pauvres gens de la Lunigiane, 
seules victimes, abandonnés et désolés. Le 27, il par- 
tait, rendant, moyennant qu'on lui solderait une somme 
de deux mille cinq cents écus d'or, au marquis Guillaume, 
sous le nom de l'Empereur, l'Aulla, Panzano, Bibola, 
Pallerone, Bigliolo, toutes ses prises, et « tous à grand 



;276 JEAN DES BANDES NOIRES 

regret rentraient sous le joug des susdits marquis. » La 
quittance par devant le notaire Ser Pierre de Médicis de 
Panicale, fut signée le même jour et remise au marquis 
Antoine. Et, dès le o octobre, les Malaspina, par les 
mains du marquis Antoine, versaient à Jean de Médicis 
l'indemnité des deux mille cinq cents écus d'or. Ils se 
remirent tout de suite à détrousser, à molester leurs 
vassaux et leurs voisins, pour rentrer dans leurs frais. 

Pourtant, le nom des Mala?pina, tout ruisselant de 
massacres et de rapines, brille avec justice parmi les 
antiques noms d'Italie. Pourquoi? C'est qu'en treize cent 
six, le marquis Moroel Malaspina reçut à son foyer Dante 
Alighieri. C'est, encore, que le marquis Franceschino 
Malaspina ouvrit son château de Mulazzo devant les pas 
de Dante. Les Médicis peuvent montrer beaucoup de 
gloire autour de leurs écussons. Ils n'ont point de gloire 
pareille! 

Ce n'était pas pour s'éterniser en Toscane que Jean 
de Médicis rentrait au Trebbio. Il allait partir, on le sa- 
vait, et le petit Cosme lui écrivait; Marie Salviati, sans 
doute, avait renoncé, car elle faisait recommander ses 
protégés par Luc Antoine Cuppano. Il s'agissait d'un 
« vaillant homme, qui avait tué son neveu, et dont son 
oncle voulait faire un soldat auprès du Seigneur, car on 
craignait que ses parents ne le tuent, ou fassent tuer ». 

Le petit Cosme, avec sa grosse écriture d'enfant où 
l'on sent la main de son maître, le curé Suasio, disait : 
« Illustrissime Seigneur mon père. Je désirerais qu'avant 
le départ de Y. 111® Seigneurie vous m'accordiez de venir 
au Trebbio vous voir, je ne saurais présentement avoir 
faveur et joie plus grande, et je me recommande à V. 
Seigneurie, que Dieu tienne... etc. » Le petit prince da- 
tait sa lettre de la Topaïa, cette villa perchée au-dessus de 
Castello, celle-là même qu'il octroiera plus tard, étant 
Duc, au vieux Forlunati, puis à l'historien Benoît Yarchi. 



4 



JEAN DES BANDES NOIRES 277 

OÙ donc allait s'établir Jean? Il allait se faire corsaire, 
pirate contre les pirates, afin d'occuper les bandes noi- 
res. Il allait armer des vaisseaux pour la course. Le l'ape 
avait cherché manière de l'employer et de le soutenir. 
Il avait demandé quelques bribes dans le royaume de 
Naples « assez pour faire vivre le seigneur Jeannin de 
Médicis ». Mais c'était là des paroles. Il fallait vivre, en 
effet, pendant cette paix, ces intrigues sourdes, si mau- 
vaises aux condottieri. 

Fano, ville de la « Marine », postée au revers de l'A- 
pennin qui domine la mer, Fano, toute proche d'Ancône, 
au pays des premières armes, avait toujours été la ville, 
dans les Marches, qui plaisait le mieux à Jean des bandes 
noires. On dominait l'Adriatique, du haut de Tantique 
Fanum. La grande aventure des mers allait tenter cet 
intrépide. 



CHAPITRE V 



LA VIE DE CORSAIRE A FANO. LES DERNIERES GUERRES. 
LA MORT. (1525-1526). 



Les premiers mois du long séjour dans celte ville de 
Fano, que Jean des bandes noires avait aimée dès long- 
temps, petite cité perchée sur l'Adriatique, — Fano, 
pays des belles femmes, Fano, pays des bonnes truffes, 
— ces mois de l'automne, et de l'hiver qui commençait 
l'année suprême, ne furent point consacrés tout d'abord 
à l'équipement des vaisseaux. 

Personne ne mettait en doute que la guerre ne dut 
reprendre. Les Corses, rentrés à Bastia pendant la dé- 
bandade qui avait suivi la bataille de Pavie, écrivaient 
à leur ancien chef pour revenir à son service. Tous les 
événements passaient sur l'Italie frémissante, arrestation 
de Morone, mort de Pescaire, sans émouvoir Jean des 
bandes noires. Il attendait la guerre. Il l'implorait à 
grands cris. 

On lui prêtait, dans l'universelle curée, dans le désor- 
dre universel, des projets sur Imola, l'idée de réveiller 
les anciennes promesses faites par François \^\ L'agent, 
à Rome, de Guichardin qui gouvernait alors la Romagne, 
tenait son maître au courant de ces rumeurs : « J'y veil- 



JEAN DES BANDES NOIRES 27'.) 

lerai, répondait Guichardin, à ces affaires d'Imola. Mais, 
quant au Seigneur Jean, je n'en crois rien ; il est à Fano, 
et je lui écris ce soir-mème qu'il m'envoie Guiducci, parce 
que j'ai à lui parler de choses d'importance; je trouverai 
quelque rubrique, et j'en tirerai toujours quelque cliose. » 
Et, trois jours après : « Guiducci n'était pas avec le Sei- 
gneur Jean ; mais il m'a envoyé un autre de ses hommes ; 
et, d'après ce que j'en retire, le seigneur est là-bas à 
prier Dieu que l'on fasse la guerre; mais, quant à cette 
affaire, je ne crois pas qu'il en faille avoir le moindre 
soupçon. » 

Jean des bandes noires ne pensait qu'à installer sa 
cour et à contenir ses soldats. En même temps qu'il 
adressait au ïrebbio des recommandations pressantes 
pour châtier un page français qui « avait fait le reste 
de ses galanteries » et s'était sauvé, il prenait le temps 
de visiter les coffres apportés à sa suite. Un livre y man- 
quait : il le réclama sévèrement. C'était « un livre de 
recettes, écrit à la main ». 

« Qu'on le retrouve, à toute force, ordonnait Jean des 
bandes noires. Je le veux absolument. » 

Ce livre, c'est les « expériences de la très haute dame 
madame Catherine de Forli ». Luc Antoine Cuppano le 
copia, durant les loisirs de Fano. La copie subsiste. 

Dans l'étrange pharmacopée que recueillit Catherine 
Sforza, l'on trouve, à côté d'eaux pour embellir, l'assu- 
rance que la cervelle de passereaux, bêles luxurieuses, 
est aphrodisiaque, et le cœur de la chauve-souris, ani- 
mal nocturne, bon pour se tenir éveillé. Une recette, qui 
devait provenir des Médicis, enseigne « à donner fort 
poids à un écu, ou ducat d'or, sans grever sa conscience ; 
et si la pièce valait moins de trois Jules, elle viendra au 
juste poids; d'après Cosme. » Avec ce recueil, on saura 
teindre les chevaux et les chiens, briser le fer comme du 
verre, guérir les lunatiques et le mal caduc ; se donner 



280 JEAN DES BANDES NOIRES 

de la mémoire en frotlanl ses tempes avec une huile très 
sainte et éprouvée, une heure avant le jour; éviter peste, 
poison, fièvre, lèpre, teigne, cancer, scrofule, frénésie, 
manie, surdité, mal de dents, colères, coliques, malé- 
fices des démons, brûlures, hémorragies. On y voit force 
secrets pour les blessures, et Jean, si dévot aux secrets de 
maître Abraham, feuilletait et refeuilletait ceux de sa re- 
doutable mère. 

Il reconnaissait aussi, non loin de l'onguent pour le 
tétanos, les formules maternelles, les héréditaires secrets 
soigneusement élaborés afin de provoquer l'avortement 
et de guérir les fistules, 11 y avait aussi les recettes pour 
faire dormir; et Jean des bandes noires, qui ne connaissait 
point la peur dans la bataille, avait horreur de coucher 
seul : il redoutait bien trop le follet, le lutin, le « guo- 
belin »; désarmé devant ce farfadet, dont quelque nour- 
rice toscane ou romagnole lui avait inculqué la terreur. 

Mais, pour peupler et apaiser ses nuits, il retrouvait, 
à Fano, son plus cher compagnon de lit : Pierre l'Arétin. 

Si Luc Antoine Guppano, « l'œil droit », était bon pour 
les copies et les besognes sérieuses, « l'œil gauche », ce 
joyeux, cet effréné, ce luxurieux, ce scandaleux Pierre 
servait de Patrocle à l'Achille des Médicis. 

Pierre l'Arétin venait de quitter Rome, au milieu 
d'octobre, après une rude leçon; sans vouloir se souve- 
nir qu'on le supportait dans, la Ville Eternelle sous béné- 
fice d'inventaire, il avait repris ses injures contre le da- 
taire Giberti, sa verve, excitée en dessous par son ennemi, 
son ami, Jérôme Schio, l'évêque de Vasona, n'aurait plus 
laissé la plus petite place libre sur le torse de Pasquin. 
Aussi, par une soirée de juillet, comme il se promenait 
à la fraîcheur, berçant ses rimes au pas de son cheval, 
un gentilhomme bolonais, Achille délia Volta, l'avait 
poignardé. « Coup mortel, dont on le sauvera, j'espère, » 
écrivit l'excellent Schio. Et l'Arétin ne mourut pas. Il 



JEAN DES BANDES NOIRES 281 

avait trop de mal à faire, troj) de sottises à écrire, pour 
ne pas tromper le poignard. Deux mois plus tard, ou six 
semaines, après avoir fait retentir vainement le ciel et 
Tenfer, le Vatican et l'ilalit', de ses clameurs désespérées 
et bouffonnes, il s'en allait. 11 partait, sans retour, de 
Rome, le fiel ulcéré, la j)eau dûment estampillée à la 
romaine, par de bonnes cicatrices, il avait une lettre pour 
son protecteur le marquis de Mantoue. Mais il préféra 
la libre vie auprès de Jean des bandes noires. Quitte à 
revi'ttir dans Regyio, quitte à rester le factotum entre 
Its femmes de Mantoue et son patron préféré. Mais sous 
l'épée du Médicis, et là seulement, il se crut en sûreté. 
Sa peur des coups, à ce Panurge sans génie, c'était toute 
sa politique après cette forte leçon. 

Clément VII n'avait pourtant pas laissé partir sans via- 
tique son ancien familier. On ne faisait, à cette époque, 
jamais de rupture brutale. 

Ce pays des « combinazioni )),des arrangements amia- 
bles, celte Italie tant ennemie du scandale grossier, ne 
fut en aucun temps plus facile, plus indulgente et moins 
disposée aux inimitiés déclarées. L'Arétin emporta de 
Rome cent deux ducats d'or larges, cinq Jules et une 
baïoque, dont le Pape l'avait gratifié le 5 octobre par les 
mains de monseigneur de Gapoue, l'adversaire de Giberti 
dans la faveur pontificale. 

Et, pendant que la Curie payait « au matelassier, 
pour refaire la literie perdue pendant le séjour du Sei- 
gneur Jean, trente cinq ducats », l'Arétin, compagnon 
de lit excellent, rassurait les nuits de Jean des bandes 
noires, à Fano. 

Des historiens copieux ou fantaisistes ont fait arriver 
l'Arétin, en se trompant de date, dans le camp des ban- 
des, pendant une nuit franche, au milieu de l'orgie. Et 
d'autres ont insisté sur les amours que Jean des bandes 
noires favorisait chez ses soldats, suivant les traditions 



282 JEAN DES BANDES NOIRES 

antiques, de l'Iliade, de l'Enéide, des légions de Lacédé- 
mone ou de Thèbas. C'est mettre, au milieu de couleurs 
assez riches par elles-mêmes, un placage au moins inu- 
tile. J'ai dit les faits, qui sont communs, évidents, et du 
siècle entier, depuis le Pape jusqu'au goujat. Quant aux 
passions des soldats, les faits n'y montrent que des rixes, 
la rage de bêtes féroces qui n'ont plus rien à dévorer, et 
qui s'entrebattent. 

Jean des bandes noires, gêné pour la solde, ne conte- 
nait ses soldats que par le rude attachement dont il les 
liait à sa personne et à l'éternelle espérance de sa for- 
tune; ces querelles, presque toujours sanglantes, qui 
éclataient sous ses yeux mêmes, lui devenaient insup 
portables. Il résolut d'y mettre fin : deux de ces vaillants 
capitaines, qu'il avait, comme dit Brantôme, « mis au 
monde », se haïssaient. C'était Jean de Turin, et suivant 
l'un, le fameux Saint-Pierre le Corse, d'autres disent le 
Campanien Amie de Venafro: il importe peu. Il les ap- 
pela devant lui, leur signifia qu'il fallait en finir avec ces 
défis, et, coupant sa cape, il la partagea par moitié, leur 
donna deux bonnes épées, les enferma dans une salle dont 
il mit la clef en dehors : « A présent, vous n'en sortirez, 
leur cria-t-il, que morts tous deux s'il le faut, mais ayant 
vidé votre différend. Battez- vous, et battez- vous bien. » 
Les deux adversaires étaient en chemise : ils se batti- 
rent quatre heures durant. Un coup droit de Jean de Tu- 
rin toucha le Corse — préférons le Corse! — en plein front, 
et piqua dur. Le sang coulait sur les yeux de Saint- 
Pierre, son bras gauche et la moitié de cape ne lui ser- 
vait plus à parer, mais à s'essuyer le visage d'instant en 
instant : « Arrête-toi, Corse, lui dit le Piémontais, bande 
ta plaie. » L'autre se pansa de son mieux. Puis on revint 
aux mains. 

Cette fois, une parade de Saint Pierre désarma Jean de 
Turin. Le coup avait frappé l'épée en octave, ou, peut- 



JEAN DES BANDES NOIRES :2.S3 

être, en tierce, elle roula par terre. A son luur, le Corse 
baissa la pointe de son estoc : « Ramasse ton arme, dit-il 
au Piémontais. Je ne veux pas prendre avantage pour te 
blesser. » Ils se remirent à combattre. Mais ils n'en pou- 
vaient plus. Et ceux qui regardaient l'affaire par les gril- 
lages et les fentes des portes vinrent rapporter ce qu'ils 
voyaient : ils supplièrent Jean de Médicis ; mais il leur 
défendit sévèrement de s'en mêler, et même d'y retour- 
ner voir. Les deux bêtes féroces se ranimaient pour se 
jeter encore l'une sur l'autre. Heureusement pour ces 
forcenés, Louis de Gonzague, le « compère », l'ancien 
ami de Jean, était là, qui se hasardait seul à enfreindre 
la défense, et revint écouter : on n'entendait plus le 
froissement des épées, le tintement des gardes, ni le pié- 
tinement de la lutte, quelques soupirs passaient, pareils 
à des râles. Le noble Mantouan revint trouver son ami, 
derechef il le conjura de mettre un terme à cette scène; 
Jean des bandes noires consentit à rouvrir la salle ; on la 
trouva pleine de sang, les deux capitaines étaient jetés 
à terre, exténués par la bataille et par la perte de ce sang 
où ils se traînaient. On les emporta, leurs blessures gué- 
rirent, et ils demeurèrent, leur ancienne haine purgée 
par ce remède héroïque, les meilleurs compagnons du 
monde. Dès lors, comme on n'e?pérait plus mettre flam- 
berge au vent pour parader devant témoin, on ne se bat- 
tit plus dans les bandes noires. Çà et là, seulement, au 
milieu des lettres d'affaires et des billets de naissance 
envoyés par le Sire de Piombino, la preuve éclate d'un 
défi porté par un homme des bandes à quelque Espagnol ; 
et Malatesta Baglioni se donne la peine d'écrire alors à 
Jean des bandes noires, tant le duel est sacré pour tous 
à celte époque, et soumis à de fixes lois. 

Petites affaires, en somme, et qui marquent l'oisiveté 
des condottieri. C'est encore pour un page que Baglioni 
lance une autre lettre, plaisante et familière. lia pris ce 



28'i: JEAN DES BANDES NOIRES 

Pierre-Marie le Romain, puisque son ami, son « grand 
frère », le recommande. 

(( Et s'il veut être homme de bien, dit-il, ainsi que Y. 
S. m'écrit en avoir opinion, il ne lui manquera point le 
moyen de réussir ; quoique je m'assure que si vous aviez 
eu telle opinion dès l'abord, vous ne me l'auriez point 
envoyé, vous l'auriez gardé près de vous. Je veux bien 
prier V, S. de daigner laisser cet art poétique, il serait 
bien temps. Et je crains que quelque jour il m'arrive la 
nouvelle que V. S. a été étouffée par cette fumée^ ce qui. 
pour le grand amour que je lui porte, me navrerait ex- 
trêmement. 

« Crème, 18 février 1520. 

» Votre compère et cadet. 
» Malâtesta Bagmo.n'i. » 

Le nom du traître qui vendit Florence ouvre bien la 
funeste année. Cette fumée de poésie, c'est peut-être l'en- 
cens brûlé par monseigneur le chevalier de Rhodes, 
Pierre l'Arétin ? héros de la littérature, héros de l'épée, 
ils se valent, ces comparses étincelants de la Renais- 
sance italienne. 

Cette année-ci, 1526, le froid Guichardin lui-même 
arrête sa plume, au moment de monter cette station 
nouvelle dans le calvaire de l'Italie. Une espèce de sen- 
timent fait hésiter sa main glacée de fonctionnaire diplo- 
mate : 

« Consumée, dit-il, parmi ces actions plus faites pour 
préparer guerre que paix, l'année depuis la nativité du 
Fils du Tout-puissant mil cinq cent vingt-cinq, com- 
mença l'année mil cinq cent vingt-six, pleine de graves 
accidents, et de perturbations merveilleuses. » .\nnée 
funeste, où la nature, elle aussi, paraît convulsée, « par 
signes, prodiges, de tremblements de terre, chorusca- 
tions, fouldreSj tonnoires et oraiges dessaivissant. » 



JEAN DES BANDES NOIRES 285 

Le mal, Guichardiii le cotmait, C3mme le connaît Ma- 
chiavel. « A tous ces maux il conviendrait obvier si faire 
se peut, et si c'est impossible avec des moyens adroits, 
employer n'importe quel moyen : autrement l'Empereur 
à lui seul prévaudra sur tous, non par forces supérieu- 
res, mais ainsi que dit Cornélius Tacite « fatali umniinn 
iguavia » par la fatale lâcheté de tous. » 

Jean des bandes noires n'est pas un lâche, mais il 
pense à lui, comme tous les autres. Féodal qui s'est égaré 
dans cette société toute malade de sa prodigieuse trans- 
formation^ monstre de l'ancien temps et des guerres an- 
ciennes, qui subsiste au milieu de diplomates, de tacti- 
ciens, de sceptiques, il veut, ce Sforza qui n'a plus Imola 
ni Forli, ce cadet Médicis auquel le Trebbio ni Castello 
ne sauraient suffire, il veut un Etat, une principauté qui 
puisse loger et nourrir et lui-même et ses bandes. Il en- 
vierait SanSecondosi bien fortifié, si parfaitement armé, 
oui, cette bicoque à remparts, il l'envierait aux de' 
Rossi. Puisqu'il a maintenant Fano dans sa main, il veut 
posséder en légitime don cette pauvre ville au port mé- 
diocre. Il va même jeter les yeux plus loin : à quelques 
lieues au sud, il y a ce beau port d'Ancône, cette ville^ 
toujours convoitée, pillée, sans cesse renaissante, si par- 
faitement protégée par l'Astagno et par le Guasco, pour 
laquelle un ressaut de côté, un promontoire, à l'angle 
même où le golfe de Venise devient la grande Adriatique 
du Sud, fait une assise naturelle, un abri sans pareil 
contre les vents d'une rive périlleuse. L'antique cité do- 
rienne, avec son commerce opulent, attire Jean des ban- 
des noires. Il ne lui suffit pas d'occuper Fano, si bien 
muni de fossés et de remparts indestructibles. Il veut 
Ancone. 

Fano, le maréchal Pierre Strozzi voudra l'acheter, 
vingt-quatre ans plus tard, parce que c'est une « terre 
maritime de assiette pour aisément fortifier, et pour 



286 JEAN DES BANDES NOIRES 

estre voysine des pays du royaulme de Naples, d'Urbin, 
et parmi les terres de l'Esglise, pour avoir là non seulle- 
ment ung lieu de reffuge, mais très- apte et suffisant à 
faire beaucoup d'ennuy à ceux qu'il voudra. » Le choix 
de Jean des bandes noires est donc bien clairvoyant. 
Mais s'il prenait Anoône ! C'est l'opulence, avec ce port 
qui vient tout de suite après Venise, sur la côte orien- 
tale, pour le trafic et l'excellence : Rome, la Lombardie, 
les Marches, les Abruzzes, dégorgeant là tous leurs pro- 
duits, et les fruits, et les huiles, et les asphaltes, et le 
soufre, pour la marine et pour la guerre. 

Pour ces entreprises, il faut de l'artillerie. C'est à Fer- 
rare qu'on en trouve. Et Jean de Médicis a écrit au duc 
de Ferrare. Celui-ci n'a pas dû beaucoup apprécier la si- 
gnature d'un neveu du Pape, d'un Médicis, soldé, produit 
par ses ennemis éternels. Et puis, ce n'est pas le mo- 
ment de se démunir, quand on est un duc menacé, vacil- 
lant, à qui l'Eglise veut voler Modène, Reggio, tout l'Etat 
si elle peut, et dont Venise convoite les dépouilles, sans 
compter l'Empereur, et les petits princes voisins ou 
vassaux. Alphonse répond avec courtoisie, mais il refuse : 

(( Illustre et valeureux Seigneur, dit-il, V. S. doit tenir 
pour bien assuré que je lui suis tout affection pour sa 
grande valeur et pour l'amour qu'Elle me témoigne, 
qu'il me sera toujours fort pénible de me voir demander 
par Elle une chose en laquelle je ne pourrai la satisfaire. 
Ainsi qu'il arrive aujourd'hui pour les pièces d'artillerie 
que vous m'avez envoyé demander, sous la foi d'une 
lettre de créance en votre nom, par Albert de Trévise ; 
attendu que je ne me risque pas à m'en priver, les choses 
étant dans l'état où nous les voyons : car, bien que la 
paix soit conclue entre l'Empereur et le Très-Chrétien, je 
ne sais, ni ne vois pourtant que mes affaires soient 
meshuy dans un état plus sûr qu'elles n'étaient aupa- 



JEAN DES BANDES NOIRES 287 

ravant ; et toutefois j'entends parler de mouvements 
guerriers aux alentours, et que l'on recrute des gens de 
pied à Modène, à Bologne, et en Romagne; et V. S. sait si 
j'ai motif d'être in([uiet. Et, comme V. S. n'a pas besoin 
des dites pièces d'artillerie pour un effet aussi important 
qu'est celui pour lequel je les garde, qui est la défense et 
sauvegarde de moi-môme et de ma maison, je la prie 
d'autant plus ardemment de me tenir pour excusé si je 
ne la satisfais point, car assurément je ne connais per- 
sonne pour qui je m'en priverais en ces temps où nous 
sommes. Et j'ai fait la même réponse ces jours derniers 
aux capitaines de César qui m'ont demandé de s'en servir 
pour Carpi.Mais si V. S. désire ou a besoin d'autre chose 
en mon pouvoir, elle me trouvera toujours bien disposé 
pour son honneur et avantage ; et aussi, de bon cœur, 
je m'offre et recommande à Elle. Et pour que vous ne 
pensiez pas que je refuse de vous donner les pièces d'ar- 
tillerie demandées pour l'estime que je fais de leur valeur, 
je suis prêt à vous servir de cette valeur et d'une somme 
plus grande encore, si vous en avez besoin. 
» Ferrare, 2 Mars 1526. 
» Fraternellement. Votre Alphonse d'Esté. » 

Cen'est pasl'argent que voulait Jean des bandes noires. 
Son envoyé près la Cour de France était revenu, au com- 
mencement de l'année avec une première avance; c'était 
Suasio, ou celui qui devait doubler Cantalupo. Il rappor- 
tait trois mille ducats. Mais le premier ambassadeur 
restait, pour veiller au gros du paîment, dans cette Cour 
désordonnée et nomade. 

Jean des bandes noires sentait sa force. Il voulait l'em- 
ployer. C'est Inique le duc de Milan, toujours en péril, 
menacé durant Thiver par les derniers efforts de Pescaire^ 
avait invoqué, dans une lettre au Saint-Père, comme 
(( illustre, très-consommé dans les lois de l'une et de l'autre 



288 JEAN DES BANDES NOIRES 

milice, à pied et à cheval, cultivant justice et honneur, et 
le plus soucieux de la gloire de l'Italie ». Il voulait mon- 
trer sa valeur. 

Mais ceux d'Ancône se gardaient. Il avait beau faire de 
toutes mains, en hâte, tous les rappels de fonds possi- 
bles, sans artillerie, il le savait trop, une ville sur pied, 
une ville bien avertie ne s'enlevait plus désormais comme 
au temps des assauts passés. Ce n'est pas Jean de Mé- 
dicis, c'est la peste et les sauterelles qui désoleront, cette 
année-là, les ports de l'Adriatique. 

Cependant, avec cette cour pontificale si glissante dans 
ses engagements, toujours prête à payer les Suisses avec 
la solde réservée pour les bandes, il faut vivre, et occuper 
ses hommes. Les pirates, en cette année où le Turc triom- 
phe, dévastent tout le littoral. Jean des bandes noires 
veut armer en course. Son aml)ition n'est pas bien 
grande. Il voudrait un brigantin, et une galère. 

Mais pendant qu'il se perd dans ces jeux nautiques, 
Machiavel pense à lui. C'est l'heure où Machiavel com- 
prend jusqu'au fond la misère et les périls de son pays. 
II veut le sauver, et le vice incurable de son caractère 
et de son éducation, la tare d'un génie servile jusque 
dans son plus fort élan lui fait chercher un Rédemp- 
teur pour l'Italie, mais dans un Prince. Il avait jeté sa 
patrie sous les pieds de Laurent d'Urbin, il avait écrit un 
chapitre éloquent pour l'exhorter « à libérer l'Italie des 
Barbares. » C'est à présent pour Jean des bandes noires 
que s'échauffent ses espérances : et il écrit à Guichardin 
sa lettre fameuse; après un long raisonnement sur les 
alternatives que la paix entre l'Empereur et François I" 
pourra produire, suivant la conduite du Roi, après avoir 
examiné la triple issue qu'il y prévoit, il conclut que de 
toutes manières il y aura la guerre en Italie, et que 
l'Italie devrait être avec la France. Si elle ne le peut, 
elle a deux partis à prendre : accepter le vainqueur, se 



ji-:a.\ dks 15 a NI) Il s .\oiiu-:s 28!) 

mettre à sa discrétion, se racheter, c'est le premier des- 
sein qu'elle peut choisir; il est mauvais, car le vainqueur 
« prendra l'argent d'abord, et puis la vie. » L'autre pro- 
jet, c'est de s'aimer, de l'aire lever l'Italie contre les maî- 
tres étrangers. « Il nous convient d'organiser une résis- 
tance, voilée ou déclarée, autrement nous nous lèverons 
un de ces malins entièrement perdus: j'approuverais 
qu'on fit une résistance sous un prétexte. Je dis une chose 
qui vous semblera folle; je vais proposer un dessein qui 
vous paraîtra téméraire et ridicule ; néanmoins les temps 
où nous sommes requièrent des plans audacieux, inu- 
sités et étranges... H y a quelques jours, on disait de 
par Florence que le Seigneur Jean de Médicis déployait 
une bannière d'aventurier, pour guerroyer où le profit 
l'attirerait le mieux. Ce bruit m'adonne l'idéeque le peu- 
ple disait justement ce qu'on devrait faire. Chacun, je 
pense, estime que parmi les Italiens il n'est point de 
chef derrière qui les soldats marchent plus volontiers, 
et qui inspire aux Espagnols plus de crainte et plus d'es- 
time ; chacun tient aussi le Seigneur Jean pour audacieux, 
impétueux, de grandes conceptions, preneur de grands 
partis ; on peut donc, en lui fournissant des subventions 
secrètes, lui faire lever cette bannière, en mettant sous 
ses ordres autant de cavaliers et autant de fantassins 
que faire se peut. Les Espagnols croiront que c'est une 
machination, et par aventure soupçonneront autant le 
Roi que le Pape, le Seigneur Jean étant à la solde du Roi ; 
et si cela se faisait, cela ferait bien promplement tourner 
la cervelle aux Espagnols, et changer leurs desseins, eux 
qui ont pensé peut-être ruiner la Toscane et l'Eglise sans 
obstacle. Cela pourrait faire changer d'opinion au Roi, et 
l'incliner à laisser l'accord et à prendre le parti de faire 
la guerre, s'il voyait qu'il aura pour alliés des gens vi- 
vants, et qui, outre leurs conseils, lui montreront des 
faits. Et si ce n'est là le remède, puisqu'il faudra faire 

19 



290 JEAN DES BANDES NOIRES 

la guerre, je ne sais quel il est, et je u'eii conçois point 
d'autre. » 

Ainsi, Jean des bandes noires serait le Rédempteur de 
l'Italie. Soldat d'un Roi barbare, soldat d'un Pape Médi- 
cis, aventurier soldé sous main, il délivrerait son pays. 
Or, sur quelle idée s'appuyer, pour accomplir cette déli- 
vrance ? sur l'Eglise ? mais, dans un livre qu'il dédie aux 
Papes eux-mêmes, et que les Papes estampillent, Machia- 
vel l'a démasquée, traînée dans la boue : « C'est sa faute, 
a-t-il dit, si ce pays a perdu toute dévotion, toute reli- 
gion I » sur le roi de France ? passons ! 

Il viendra, plus tard, dans plus de trois cents années, 
il viendra, quand tout sera déshonoré, il viendra, le Ré- 
dempteur appelé par Machiavel. Lorsque les exemples de 
la Renaissance auront pénétré dans l'Italie, et plus loin, 
hélas! lorsque les sentences du Prince et des discours sur 
Tite-Live auront imprégné jusqu'au dur et ténébreux Pié- 
mont, un jour, avec ses ministres, ses troupes, et les 
troupes de l'étranger, et leurs princes plus qu'à demi 
trempés d'Italie, ce Rédempteur se lèvera pour l'Italie : 
comme Philippe de Macédoine pour la Grèce désagrégée. 

Les bannières qu'on peut déployer pour mettre l'étran- 
ger dehors, l'histoire en a vu, l'histoire les connaît : la 
France lui en a montré ; l'Italie lui en montrera, trop 
heureuse si la victoire appartenait à ce drapeau sur le- 
quel il n'y a point de couronne ni d'écusson. Machiavel 
pourrait savoir qu'une bannière a chassé jadis les enne- 
mis des rois français ; mais elle n'avait point dans ses 
plis les balles ni la guivre, ce n'était pas un Médicis 
qui la tenait, ni un Sforza, ses couleurs n'étaient pas le 
deuil d'un Pape comme Léon X; elle avait, sur un champ 
d'azur, une croix et des fleurs de lys, la couleur du ciel, 
le signe de la foi, le blason de la patrie. 

Dans l'Italie du xvi^ siècle, quel signe choisir, quel 
blason ? C'est seulement dans trois siècles que le pauvre. 



ji-:an des bandes noires 201 

l'admirable pays, verra ses couleurs flotter un instant, 
aux mains d'un condottiere national, d'un condottiere 
pl(U)éien. Un instant, un seul, et pour qui! 

Qu'importent tant de rêveries à Jean des bandes noi- 
res ? 11 va revoir la guerre ? tant mieux, et quelle qu'elle 
soit, il l'appelle. En attendant, il arme ses vaisseaux de 
course. Petite flotte : une galère, un brigantin. Deux ba- 
teaux de chasse et de guerre. Or, sous le capitanat de 
Paul Vcttori, marquis de laGorgone, l'efTectif de cesdeux 
coursiers a été réduit, par économie, de cinquante à 
vingt-cinq combattants pour la galère, de vingt-cinq à 
dix-huit pour le brigantin. Encore faut-il prier bien fort, 
pour obtenir le droit de les monter. 

Le Pape prenait une partie des bandes noires pour se 
garder dans Rome ; il prévoyait les coups de main des 
Colonna, il voyait les Espagnols passer librement, du 
royaume de Naples qu'ils tenaient, au Milanais occupé 
par leurs armes, et venir de Sicile à Gènes, toujours 
maîtres, toujours chez eux, à leur plaisir. Les petits prê- 
tres eux-mêmes, l'intendant du Trebbio, trouvaient une 
parole pour présager le désastre : « De toute manière, 
nous sommes destinés à voir force calamités dans cette 
pauvre Italie ; et rien ne prévaudra là contre, ni forte- 
resse, ni machines, ou bastions, si Dieu n'y met la main. » 

Pendant ce temps, Marie Salviati s'occupait, à Flo- 
rence, de son ménage, dçs intérêts à régler entre Jean 
de Médicis et ses neveux, fils du défunt Pierre-François, 
pour lesquels on avait nommé tuteur Raphaël de Médi- 
cis. Et Jean des bandes noires demandait l'aide d'Ave- 
rardo Salviati « pour faire acheter une certaine somme 
de drap, afin de se vêtir décemment, n'étant pas moult 
copieux en deniers, comme bien vous pensez. » 

Les événements se précipitaient sans le distraire des 
préoccupations moindres. Toujours tenace pour ce pau- 
vre brigantin qu'il avait déniché dans le port de Fano, 



292 JEAN DES BANDES NOIRES 

une lettre de son agent à Rome lui apprenait comment : 
« le bref de la galère est expédié, mais le brigantin n'ap- 
partenant pas à la Chambre apostolique, on essaiera, si 
c'est possible de le faire avoir à V. S. Illustrissime ainsi 
qu'elle le désire, mais par ce bref-ci l'obtenir a été im- 
possible; » et quelques lignes plus loin, sans plus d'af- 
faires, il lisait que le Roi Très-Chrétien refusait de rati- 
fier les accords signés avec l'Empereur, et que la guerre 
était prévue. 

La guerre, il la désirait bien ; mais occupé de sa nou- 
velle passion, il n'avait pas laissé de gréer trois fustes, 
avec la galère, d'exercer ses gens sur cette flottille, et de 
leur faire prendre la mer. On peut penser que c'était plu- 
tôt pour aider un assaut contre Ancône en faisant diver- 
sion par une menace de débarquement. Car, le bienheu- 
reux brigantin une fois obtenu, ces corsaires de terre 
ferme ne quittèrent guère les côtes. Ils enlevaient, che- 
min faisant, un homme qui appartenait à un ancien va- 
let de chamb"e du défunt Pescaire, mais ils ne virent pas 
le Turc, et se hasardèrent jusqu'à Sinigaglia, c'est-à-dire 
à cinq lieues environ de Fano, pas tout à fait jusqu'à 
moitié chemin d'Ancône. 

Outre la chasse, qui l'avait fort occupé durant l'au- 
tomne et l'hiver, Jean des bandes noires avait mené 
joyeuse vie dans Fano. Le 4 mai, ses comptes relèvent 
quatre ducats d'or larges pour le jeu, le 20, autant; la 
veille, 19 mai, c'est l'Arétin qui recevait quatre écus. Et, 
le 27, le jeu de paume avait trois écus pour enjeu. 

Quand il montait en personne son brigantin, il le me- 
nait jusque dans les eaux d'Ancône. 11 avait engagé sa 
chaîne d'or, du poids de treize onces, et formant cent 
dix anneaux ; maisons de Ferme, qui venaient d'Uffre- 
ducci, ses habits même, ses justaucorps fournissaient aux 
dépenses d'armement. Jean le Corse allait à Pise recru- 
ter des marins. Et pour tout cela, comme pour le fro- 



JEAX DES BANDES XOIHKS 293 

mage de Poga^ibonsi qu'on Taisait venir par exprès, les 
ducats d'or et les écus glissaient des mains. iMais aussi 
les escopeltes étaient dorées, et l'on achetait môme, à 
maître André du Marais, fondeur en artillerie, un maître 
pérugin qui habitait Ancône, certaine pièce de calibre^ 
pour douze écus au soleil. 

A Rome, on le laissait joiior au marin, sans beaucoup 
l'aider : « car on espère, lui disait son agent, que sous 
peu de temps V. S. sera employée sur terre. » Jean- 
Mathieu Giberti ne voulait pas voir le capitaine des ban- 
des noires gaspiller son bien au moment où la campagne 
allait reprendre. Tout le monde s'agitait. Le duc de Fer- 
rare, toujours en courtoisie avec Jean des bandes noires, 
dépêchait des affidés. Et l'on signalait l'inclination du 
Pape et de la Curie pour la Franc3. Suasio fouillait le 
Trebbio pour trouver de l'artillerie et des armes, dépê- 
chait courrier sjr courrier à Florence pour obtenir de 
l'argent. « Rome entière crie : Guerre! disait Césano à 
Jean de Médicis, et tout ce que j'avais prédit par mes let- 
tres passées se réalise : je vis en allégresse, pour l'espoir 
de la proie future! » Le pauvre François Sforza lui-même, 
hochet des conquérants, reprenait courage dans son châ- 
teau de Milan toujours assiégé. « Le duc, rapportait un 
Dominicain qui revenait de Lombardie, a pendu sur les 
remparts du Château une paire de bottes, un chapeau, 
et une paire d'éperons. » Voulant montrer qu'il resterait 
ferme chez lui, sans avoir désormais besoin d'équipe- 
ment pour chevaucher, de coiffure pour se couvrir le 
chef. 

C'était la Sainte Ligue de Cognac, signée le 22 mai, qui 
rouvrait la lutte. Après deux essais do confédération, man- 
ques par la mésaventure de Morone, par la trahison de 
Pescaire, par la victoire du duc de Sessa et de Schomberg 
sur Albert Pie de Carpi et sur Ludovic de Canosse, le 
pape Clément VII, Venise, François Sforza s'unissaient à 



29i JEAN DES BANDES NOIRES 

François 1'^'. L'indépendance des Etats italiens était sti- 
pulée, le roi de France dégagé de ses proniesses. La guerre 
était inévitable. La France allait reprendre ces entrepri- 
ses (( mêlées de victoires stériles et de défaites dange- 
reuses ». 

Jean des bandes noires servait toujours la France et 
le Pape. Dès le G juin, il recevait de la Curie deux mille 
cinq cents ducats, pour lever deux mille hommes de pied, 
el l'ordre de rejoindre Plaisance au plus tôt. Il devait 
loger au passage, à Modène, chez Guy Rangone, et Gui- 
chardin, nommé commissaire apostolique, l'attendait en 
Lombardie avec le bref du Pape. 

Ce bref, en date du 10 juin, comblait d'éloges Jean des 
bandes noires, et disait : « En ce projet d'armes et de 
guerre, que nous avons conçu pour la liberté d'Italie 
et la dignité du Saint Siège apostolique, bien qu'il soit 
principalement dirigé vers la paix générale de la Chré- 
tienté, cependant, s'il se rencontre des gens qui, en rai- 
son de leurs passions, aient résolu de faire peu de cas 
de l'équité el de la réserve., si bien qu'il pourrait être 
nécessaire de tirer et opposer nos armes contre leurs 
pernicieux efforts ; » et d'autres compliments prolixes, 
en un abominable latin, mais qui amenaient cette phrase : 
« de toute notre infanterie et de celle de la Sainte Eglise, 
telle qu'elle est et sera, nous te faisons, constituons et 
députons par les présentes Capitaine Général. » Jean de 
Médicis avait les pleins pouvoirs sur les gens de pied ; 
ses supérieurs désignés étaient le marquis Frédéric de 
Mantoue et François Guichardin, lieutenant général pour 
les Etats de l'Eglise et pour l'armée. 

Les troupes florentines avaient pour chef Vitello Vi- 
telli ; de ce côté Jean des bandes noires avait un compa- 
gnon suivant son cœur. Mais le bref pontifical ne parlait 
pas de Guy Rangone, et le capitaine bolonais, chef de l'ar- 
mée plus effectif que Frédéric de Gonzague, allait trou- 



JEAN DES BANDES NOIRES 2i>5 

ver chez Jean de Médicis une résistance ouverte et une 
jilousie féroce. Pendant que l'armée de l'Rglise se ras- 
semblait en Lombardie, François Marie de la Uovère, 
capitaine général des Vénitiens, tenait la sienne dans le 
piys de Brescia, prêt, autant que le permettait une pru- 
dence timorée, à se joindre avec les forces de la Sainte 
I-iigue. 

Le 15 juin, François Guichardin écrivait de Modène.au 
dataire Giberti : « Demain matin, nous partirons d'ici, 
le Seigneur Joan et moi, et je ne saurais désirer en lui des 
dispositions meilleures à tous points de vue que celles 
qi'i! fait voir à présent. » Jean des bandes noires avait 
quatre mille hommes, qui devaient sous quatre ou cinq 
jours être concentrés à Plaisance. Le 16, on était à Parme, 
et df^jà la lenteur des Vénitiens préoccupait le lieutenant 
général. Dans Plaisance, où l'on ordonnait les troupes 
jusqu'au 2o juin, Jean des bandes noires donnait une 
marque de sa modération, en souffrant que son ancien 
capitaine Paul Luzasco, soldé maintenant par Mantoue, 
revînt auprès de lui : sa douceur nouvelle allait jusqu'à 
promettre de « ne molester durant cette campagne ni lui 
ni aucun de ses hommes ». 

Mais la négligence volontaire que la Curie avait mise 
à fixer les titres et à déterminer strictement les pouvoirs 
commençait, dès le milieu de juin, à mettre la discorde 
entre Guy Rangone et Jean des bandes noires ; tous deux 
prétendaient au titre de général. La vanité n'était pas 
moins vive chez le capitaine modénais, rompu dans 
mainte guerre et fier d'avoir commandé contre le Turc 
même, que dans le chef brillant, illustre, de ces fougueu- 
ses bandes noires. Entre eux. le rôle du prudent Gui- 
chardin n'était pas une sinécure. Il eut plus d'une fois 
recours à son refuge favori : le silence. Mais son devoir 
même le forçait souvent à intervenir entre ces soldats 
malappris, aux haines rudes et tenaces. 



296 JEAN DES BANDES NOIRES 

Au commencement de juillet, le camp de la Ligue 
était formé à Mariguan. L'élan de l'Italie semblait réel : 
le Pape lui-même, content, délibéré, s'était levé le « mas- 
que tout oultre ». Mais sous le masque levé par un Clé- 
ment VII, qn'y avait-il ? un visage, ou un autre masque? 
Enfm, il avait osé répondre au duc de Sessa : « Quand je 
voudrai faire la guerre, vous l'entendrez aux trompettes. » 
C'est tout ce que demandait Jean des bandes noires. Jean 
se laissait rejoindre, à Mariguan, par les serviteurs même 
dont il était peu satisfait. 11 avait tenu sa promesse de 
bien recevoir Paul Luzasco;en présence de Guichardin,il 
avait fait au déserteur des bandes un excellent accueil. 

Pendant ces premiers temps de la Ligue, on menait 
encore une vie assez peu militante. L'Arétin, qui avait 
pris ses quartiers généraux dans Reggio, ne compre- 
nait pas bien pourquoi son maître ne venait pas faire 
l'amour dans la gentille ville, au lieu de s'ennuyer au 
camp ; ce n'est pas que Jean de Médicis fût lié sans répit 
à ses bandes, il lui suffisait de se tenir en contact avec 
elles dans ces premières semaines ; de même qu'il allait 
naguère de Fano jusqu'au Parmesan, il ne se privait pas 
de faire une escapade de Marignan à Mantoue, pour re- 
voir sa chère Paula, qui écrivait de si belles épitres. C'est 
là que le trouvaient les pages du fertile Arétin : 

« Les demandes infinies des hommes et des femmes 
de Reggio touchant le retour de Votre Seigneurie, Illus- 
trissime Patron, me forcent à vous écrire. Et le Messie 
n'est pas attendu par un petit Romain avec un désir 
aussi grand. Cette ville est veuve par votre longue ab- 
sence. Et votre esclave infortunée vous pleure, et de telle 
manière que sans doute vous apprendrez bientôt sur elle 
une nouvelle très cruelle. 

« Seigneur, je vous jure au nom du sincère esclavage 
et du comble de fidélité qui me lie h votre valeur magna- 



JEAN DES BANDES NOIRES 2!»7 

ni me, que je ne crois pas ({u'il y ail une femme au monde 
plus éprise de vous ; elle est réduite au point d'exciter 
la pilié, je ne dis pas d'un homme, mais de la cruauté 
môme. El par Dieu, les femmes qui enviaient sa bonne 
fortune, un Jean de Médicis invaincu pour amanl, ont 
plus que de la compassion pour la triste vie qu'elle mène, 
privée de tout réconfort; et vous acquérez le nom d'un 
obstiné et quasi d'un ingrat. Surtout que c'est vous seul 
qui avez ému à l'amour ce cœur glacé, que jamais aupa- 
ravant n'avait embrasé personne. Et son angéliquc visage 
n'est plus d'une femme, mais bien plutôt d'une personne 
ensevelie. Et sa pâture, c'est les larmes! les soupirs! les 
vaines invocations à votre nom! Et si elle était sûre que 
vous ne reviendrez pas de longtemps, je ne donnerais 
rien de sa vie. Sachez-le, mon Seigneur unique, je ne 
dis point de menteries. Par le Corps du Christ ! oncques 
je ne l'aurais cru, si je ne l'avais vu mille fois. Ecrivez- 
lui au moins de temps en temps. I^t prenez pitié de son 
nouvel et inouï amour. Et venez-vous en vivre avec elle 
en joie, car je suis très certain que nul péril, nulle dis- 
grâce, rien au monde ne la pourra désormais empêcher 
de vous contenter; et de cette manière les dires du vul- 
gaire, ensemble avec ses paines et les vôtres, prendront 
doucement fin. Et je suis sûr, aussi, que, vouloir jeter 
de côté le temps dépensé par vous à l'aimer, vous fera 
une étrange peine. Et vous regretterez suprêmement de 
l'avoir dépensé sans fruit. Et derechef J3 vous répète 
qu'elle exposera pour vos plaisirs non seulement son 
corps, mais son âme ; ainsi conduisez- vous en amant cons- 
tant et sage. Finissez donc les maux soufferts, par les 
tendresses les plus douces. » 

Et le ruffian concluait par quatre lignes ordurières, où 
le ciel, la nature et même le contraire de la nature étaient 
pollués par la plume la plus ignoble qu'aient connue 



2dS JEAN DES BANDES NOIRES 

mè.ne les lettres italiennes, et la plus lourde, et la plus 
inepte quand elle prétend badiner, avec les grâces d'un 
goujat. 

Jean des bandes noires restait au camp, malgré tant 
de soupirs, mais il ne pouvait se plier à cette vie de dé- 
pendance réciproque et de politique; un jour, c'était les 
Vénitiens, ou le duc d'Urbin, un autre jour Guy Rangone, 
contre lesquels il s'emportait : une aulre fois, Guichar- 
din avait grand'peine à calmer un scandale entre le 
terrible capitaine et les gens du marquis de Gonzague ; 
p:ir bonheur, on se rapprochait de Milan, et les Espa- 
gols allaient tàter, plus souvent et de plus près, de ces 
e-carmouches où Jean des bandes noires se montrait 
si redoutable, transperçait un ennemi d'outre en outre 
avec sa lance et le jetait dans un fossé, sans même arrê- 
ter son cheval. Il connaissait à mers'eille ce pays où il 
avait tant guerroyé, pays « terrible à cheminer », disait 
le Légat ; c'est lui qui proposait d'asseoir le camp de 
manière à commander la roule de Cassano et la roule de 
la Porte neuve, avec le Lambro sur les derrières, le ca- 
nal à droite, la gauche s'étendant jusqu'au pont de l'iVdda, 
vers Treviglio, et le front des lignes montant jusqu'à 
deux milles de Milan. On campait si près des remparts, 
que les cautoanements de Jean des bandes noires rece- 
vaient les coups d'artillerie. 

GqDendant, on se relira, pour établir le camp général, 
jusqu'à une dizaine de lieues, à Casaletto. Mais, de Pa- 
vie à Monza, de l'Adda au Tessin, les escarmouches fou- 
droyantes de Jean des bandes noires étourdissaient les 
ennemis et faisaient la gloire des armes françaises et 
pontificales. Guichardin, qui exécrait tant cette manière 
de combattre, « pour les pertes fréquentes des meilleu- 
res gens qu'elle causait, » ne peut retenir un élan d'ad- 
miralion, il avoue que les infanteries italiennes datent 
du jour où un pareil chef les a conduites, et il dit : « le 



JEAN DKS BANDES XOIUES 2)0 

Seigneur Jean n'a pas reçu, jamais, un sou de la iMauce, 
il est dans un besoin extrême, el je le trouve souvent mé- 
content. Je me décide à vous en écrire, Seigneur Da- 
laire, car pour dire tout en un mol, il est comme le nerf 
et l'àme de ce camp, et reconnu tel par les amis et les 
ennemis. » 

Aussi Guichardiu veillait à payer les bandes noires, 
autant que faire se pouvait. Mais de la France, que pou- 
vait attendre Jean de Médicis? Lui, le vrai héros de 
l'armée, sur qui tout le monde comptait, lui qui avait 
protégé la retraite en plein jour, « au jour bien clair », 
lorsque le duc d'Urbin faisait lâchement retirer une ar- 
mée prête à la vicloire^ il était toujours obligé de men- 
dier le pain de ses troupes. Il protégeait les autres, et 
jusqu'aux Malatesta Baglioni. Pour lui-même, il ne pou- 
vait rien. 

Quand le roi de France écrivait au duc François Sforza, 
ce n'étiil pas pour Jean de Médicis ; c'était pour un Tri- 
vulce, et le roi priait « son cousin de le vouloir remettre 
eji la possession et jouissance de tous les biens qu'il pos- 
sédoit et ioussoyt par-delà quant il vint à son service ». 
C'était, en somme, dépouiller Jean des bandes noires, 
puisque le prix de ses efforts, dans les guerres passées, 
avait été choisi par le duc de Milan parmi les biens des 
Trivulce. Cette féodalité devenait une parodie d'elle- 
même ; les fiefs passaient de main en main, aux hasards 
de gouvernements instables; à peu près aussi di'gradés 
que peuvent l'être de nos jours les fonctions publiques, 
ils devenaient une monnaie sans cours certain, sans titre 
durable; et, comme toujours, c'est le peuple des petits 
vassaux, bétail misérable, qui payait cette clientèle et 
les caprices des patrons. 

« Le Roi, écrivait de Tours J. F. Cantalupo, va de nou- 
veau toute la journée à la chasse et les Italiens ont été 
mis à la porte de la Cour, et l'on ne négocie rien. Sa Ma- 



300 JEAN DES BANDES NOIRES . 

jesté ne pense qu'à ses plaisirs privés. Depuis la nou- 
velle qu'on s'était retiré de Milan, ils se sont céans un 
peu réchauffés. Mais pourtant les gens d'armes qui doi- 
vent chevaucher outre-monts ne sont point payés, il est 
bien vrai qu'on presse les trésoriers, mais ils sont si 
lents, que Saint-François perdrait patience avec eux. » 
C'est seulement au milieu d'août que l'émissaire put re- 
partir de la Cour. On le fit voyager à Bourges, puis il 
vint à Lyon, toucher une partie de la paye pour deux 
quartiers de la compagnie. Il brûlait d'en finir avec les 
marchands de Lyon qui escomptaient ses effets. On l'a- 
vait au resti comblé de paroles aimables pour son mai- 
Ire. (( Je ne liisserai pas, disait-il à Jean de Médicis, 
d'écrire à V. S. ce que Madame (la Reine mère) m'a or- 
donné, c'est-à-dire de vous prier et sommer de sa part 
d'avoir plus de respect et de soin de votre personne, et 
de penser qu'un homme tel queV. S. ne doit pas chaque 
jour si ouvertement exposer sa personne, et que le Roi, 
lorsqu'il apprend de telles choses, en a grand déplaisir, 
pour la crainte qu'il a touchant la vie de V. S. ; et Ma- 
dame me dit en présence de Simon le Romain comment 
le Roi lui avait dit plusieurs fois que si V. S. n'eût été 
blessée, lui n'eût pas été pris et n'aurait point perdu la 
bataille. Je lui répondis comment Y. S. faisait toujours 
à sa guise, et que Sa Majesté n'eût pas à craindre pour 
la vie de V. S. attendu que les cieux vous réservaient 
pour aller arracher par force ces Infants royaux hors de 
l'Espagne, et que V. S. serait celui qui donnerait au Très- 
Chrétien la couronne de l'univers. Sa Majesté demeura 
fort satisfaite de mes paroles, et me fil très bon visage; 
se tournant vers la duchesse (d'Alençon) elle lui dit : 
« Vois quels bons senti miMits professe cet homme-ci! » 
Je lui baisai les mains, et. Dieu aidant, m'en vins ici. » 
Leurs Majestés n'entendaient pas toujours des flagorne- 
ries aussi douces ; des Italiens qui voyaient de près les re- 



JEAN DES BANDES NOIRES 301 

lards de François I"', l'audace de Bourbon à se jeter dans 
Milan, les menaces qui s'accumulaient en Allemagne, 
des prélats politiques comme l'évoque de Bayeux ou le 
secrétaire Sanga savaient bien dire au Roi flâneur et vo- 
luptueux : (( Ce n'est point là. Sire, la voie pour mettre 
l'Empereur en mauvais point, comme il est en votre pou- 
voir de l'y mettre, mais bien plutôt vous allez à le faire 
beaucoup plus grand qu'il n'est. » Et la Reine mère lisait 
elle aussi, ces rudes paroles : « Au lieu d'abaisser l'Em- 
pereur, nous relèverons, et vous perdrez les sympathies 
de l'Italie h tout jamais. » 

Les sympathies de Jean de Médicis pour la France te- 
naient uniquement à sa solde. Mais « les deniers de 
France, disait son homme qui voyait les choses de près, 
les deniers de France ne se peuvent clairement promettre 
que lorsqu'on les tient en mains propres. » 

Dans l'ordonnancement nouveau fait à Cognac, Jean 
des bandes noires était inscrit au service de France pour 
« cinquante lances françaises, cinquante hommes d'ar- 
mes et cent chevau-légers. » La compagnie devait rece- 
voir deux quartiers, soit neuf mille trois cents francs, 
payables aux échéances de juillet, août et septembre, 
octobre, novembre et décembre de l'année courante 
1526. La somme était assignée sur la foire d'août, à 
Lyon. Cantalupo se promettait d'emporter au retour la 
somme entière des neuf mille trois cents francs, sauf deux 
cent soixante écus dépensés pour son entretien. En ou- 
tre, il lui fallait payer pour l'expédition des lettres de 
charge, « manger par-ci, manger par-là, » et surveiller 
de près le trésorier, Albizzi, toujours prêt à s'oublier 
dans les tavernes. Enfin, le 20 août, le Toscan tenace et 
subtil revenait vers l'Italie. Jean des bandes noires, ja- 
mais satisfait, ne tarda point à renvoyer en France : et 
celte fois, il ne crut pouvoir mieux choisir qu'en dépu- 
tant son cher et très cher Jean de la Stufa. La France ap- 



302 JEAN DES BANDES NOIRES 

paraissait déjà comme une Terre-Promise ; non seule- 
ment Lyon était infesté d'immigrants, mais tous, dans 
l'Italie foulée et appauvrie, auraient pu signer les vers 
qu'écrira le Lasca : 

(( Je vous vois revenir chargé d'or au bon coin, 
De joyaux précieux et rares. » 

Uuand la France payait des gens de guerre, ce n'était 
que demi-mal ; des courtisans, la perte était petite en- 
core; des prélats, c'était tout à fait indifférent. Mais la 
plaie, c'est qu'elle gâta son art en payant des artistes, et 
ses lettres, en attirant les écrivains bannis, ou manques, 
les faméliques d'outre-monts. 

Au camp du Milanais, Florence députait, en ce mois 
d'août, le plus grand de ses écrivains en prose^ qui 
brûla toujours de faire un bon ambassadeur : c'est Ma- 
chiavel. 11 arriva, théoricien émérite, stratégiste de pre- 
mier ordre la plume en main, fier d'avoir eu commis- 
sion pour fortifier Florence ; la tête « pleine de boule- 
varts », portant en sa cervelle ces figures de l'Art de la 
guerre, qui sont à la lactique à peu près ce qu'est à la 
cosmographie l'astrologie judiciaire ; le secrétaire des 
« neuf de milice » était agréable à Jean de Médicis; un 
commun souci des troupes florentines, une joie récipro- 
que de parler le toscan familier, « alla buona », savou- 
reux et goguenard, une aversion chez tous les deux pour 
les beaux-arts et les ornements inutiles de la vie réelle, 
faisaient deviser volontiers ensemble le condottiere et le 
fonctionnaire. Peut-être Jean des bandes noires avait-il 
en ses coffres quelque exemplaire de l'Art de la guerre, 
publié cinq années auparavant, sous Léon X, par Phi- 
lippe Giunti. Il ne l'avait pas lu, sans doute, mais Ma- 
chiavel se plaisait à le lui réciter dans leurs promenades 
au camp. 

C'est ainsi que les vit, un jour, ce petit dominicain no- 
made, dont l'avenir propice a fait un évèque d'Agen, le 



JEAN DKS BANDES NOIRES 8(i:{ 

Torlonais Mathieu Bandello. « Vous vous devez souvenir, 
écrit le conteur dans la dédicace de sa iiouvelle quaran- 
tième, à très-illustre et valeureux Seigneur Jean de Mé- 
dicis, de ce jour où noire ingénieux .Messire .Nicolas Ma- 
chiavel, sous Milan, voulut faire nnanœuvrer les gens de 
pied, suivant les règles que bien auparavant il avait dif- 
l'usénaent exposées en son livre de l'art nnililaire. On con- 
nut alors quelle ditlérence existe entre celui qui sait, et 
n'a point appliqué ce qu'il sait, et celui qui, outre le sa- 
voir, a maintes fois mis, comme on dit, les mains à la 
pâle.. Messire .\icolas, ce jour-là, nous retint en ce lieu 
plus de deux heures en plein soleil, pour disposer tro's 
mille hommes de pied suivant l'ordre qu'il avait décrit, 
et jamais il ne vint à bout d'y parvenir. Toutefois il en 
discourait si bien et si clairement, et par ses discours il 
montrait que la chose était si extraordinairement facile, 
que moi, ignorant, je croyais à la légère, en écoutant ses 
raisonnements et discours, que j'aurais pu mettre en 
bataille cette infanterie. Et je m'assure que, si je m'y 
étais mis, j'aurais été comme un oisillon englué, qui, plus 
il se démène et se fatigue pour se tirer des gluaux, plus 
il se poisse et misérablement s'empiège. Or, voyai;t que 
Maître Nicolas n'était pas pour y arriver de longtemps, 
vous me dîtes : « Bandello, je veux nous tirer de cet en- 
nui, et que nous allions dîner. » Et alors, ayant dit au 
Machiavel de se retirer et de vous laisser faire, en un 
clin d'oeil, a l'aide des tambours, vous ordonnâtes ces 
troupes en diverses manières et formes, à l'extrême ad- 
miration des spectateurs. Vous Toulùtes ensuite que je 
vinsse dîner avec vous, et vous y emmenâtes aussi Ma- 
chiavel. Quand'on eut dîné, vous tournant vers messire 
Nicolas, vous le priâtes de vouloir bien nous récréer avec 
un de ses plaisants récits. Lui, qui est un homme cour- 
tois et de bonne compagnie, répondit qu'il l'allait faire ; 
et il narra un plaisant petit conte, qui vous plut fort, et 



304 JEAN DES BANDES NOIRES 

VOUS me coQimandâtes de le vouloir bien coucher par 
écrit ; je l'ai fait, et l'envoie à V. Seigneurie et le dédie 
à votre nom glorieux. Je vous prie de bien considérer que 
Messire Nicolas est un des beaux et diserts conteurs, et 
très fécond, de votre Toscane, et que, moi, je suis un 
Lombard. Mais, quand il vous souviendra que ce récit 
est écrit par votre Bandello que vous aimez et favorisez 
tant, je veux croire que vous n'aurez pas moins de plai- 
sir à le lire, que l'on n'en eut à l'entendre conter. Por- 
tez-vous bien. » 

Machiavel avait conté « la ruse employée par une dame 
adroite, envers son mari, avec une soudaine astuce ». 
Et Bandello rapporte qu'il avait débuté par rire sur sa 
mésaventure de la matinée : « Moi, Monseigneur, avait-il 
dit en plissant ses énormes lèvres sensuelles et bouffonnes, 
j'ai ferme opinion que si ce malin vous ne m'aviez tiré 
d'affaire, nous serions encore au soleil en plein champ. 
Ce n'est pas le premier plaisir que j'aie reçu de Votre 
Grâce, et j'espère que ce ne sera pas le dernier. » En 
échange, il avait conté comment un bon noble, assez 
niais, dans la cité de Foligno, s'était marié, choisissant 
une femme fraîche, jolie et spirituelle à miracle ; le bon 
hobereau préférait les maritornes à sa femme, en outre, 
il était sodomite... Mais pourquoi nous traîner sur ces 
histoires de valets, de cuisinières, de bourgeois ? que Jean 
des bandes noires ait pris plaisir à ces facéties, nous 
avons assez vu sa vie, assez éprouvé tous ses goùls, pour 
n'en pas douter un ins'ant. 

Voilà ce qu'au xvi^ siècle les moines écrivaient aux 
princes. Cependant, à Mantoue^ d'une écriture triom- 
phale et superbe, madame Paula perpétrait une lettre 
pour son amant, le Seigneur Jean de Médicis, qui ne 
s'occupait plus d'elle : 

« Je ne sais comment, disait-elle, encore que j'en sois 



JEAN DES l'.ANDES XOIHES .{(15 

indigne, vous avez pu avoir le cœur, Monseigneur, en 
une chose de si peu d'importance, pour vous, et pour moi 
si capitale, de mancjuer à la foi, à l'amour effréné que 
je vous porte. Hélas ! est-ce là cotte folle tendresse que 
tant de fois vous m'avez témoignée? est-ce là vos ser- 
ments ? sont-ce là mes espérances ? Oh. oui, voyez, voilà 
ce qu'a mérité mon honneur, que j'ai sans nul respect 
rendu la fahle du vulgaire. Tout me semblait possible, 
hors de me voir sitôt abandonner par vous. A présent,, elles 
seront contentes, les femmes qui ont envié si fort mon 
contentement! A présent, on connaîtra combien V. S. 
reste fidèle à un amour I A présent, je crois à ce que je 
haïssais d'entendre dire ! Christ! il est donc cruel! Sei- 
gneur, je n'ai gagné dans cet amour, que je ne croyais 
jamais voir s'éteindre, rien autre qu'une éternelle infa- 
mie : je n'en retire rien, que la disgrâce de mon mari, 
et j'en attends une mort certaine et honteuse. Et ce qui 
me fait plus grand deuil, c'est que vous, vous, vous m'a- 
vez abandonnée, alors qu'avec votre ombre je me croyais 
défendre de la médisance, de mon mari outragé, et de 
toutes choses au monde. 

» Ah ! Seigneur, rej&tez un peu cette dureté de votre 
âme, et revenez pour moi dans votre grâce première, et 
ne veuillez point être cause de mon atroce désespoir : et 
s'il ne vous suffit pas de prendre plaisir avec moi, faites 
un sacrifice avec ce corps qui est le mien : pour vous, la 
mort me sera une vie bienheureuse ; et si vous voulez 
donc que je vive bannie de votre amour, je vivrai dans 
un long exil. J'espère une réponse. Et si elle m'est con- 
traire, j'irai là où me conduira mon sort, toujours pleu- 
rant, toujours soupirant. 

» Que dira-t-on dans Manloue quand on me verra men- 
dier une autre faveur que la vôtre? Vous en serez blâmé. 
On sait avec quelle fureur vous avez montré votre amour; 
on sait ma tendresse pour vous; on sait que je ne me 

20 



306 JEAN DES BANDES NOIRES 

suis oncqaes refusée à votre afFeclion ; et eu somme ou 
sait que vous avez grand tort de me haïr. Pourtant, à la 
grâce de Dieu ! faites-moi ceci, et pis encore, je suis née 
vôtre, et mourrai tout à vous. Vous êtes mon Seigneur, 
vous faites bien en me traitant comme une esclave. J'at- 
tends la réponse à Reggio; ensuite je prendrai parti, 
comme il sied aux désespérés. Je vous recommande mon 
honneur, mes biens et ma vie ; et en perdant tout, je 
suis heureuse, si je vous fais plaisir. Si les larmes me le 
permettaient, encore que mes paroles vous ennuient, je 
vous écrirais plus au long. Et si la présente vous offense, 
pardonnez à mon juste chagrin et à mon souverain amour. 

» De V. S. Ill™« 

» Celle qui ne sera plus jamais joyeuse, et jamais à 
d'autres, encore que vous ne la veuilliez point pour 
vôtre. » 

La réponse n'existe pas ; les stances de cette Paula, de 
celte Pauline, étaient écrites sans trace de pleurs, avec 
une main bien posée. Elle alla peut-être pleurer sa vertu, 
cacher sa douleur à Venise. Elle y retrouvait, quelques 
mois plus tard, Pierre l'Arétin, s'il lui en a pris fantaisie. 
Venise était un beau couvent pour les veuves de son es- 
pèce, et l'Arétin un confesseur merveilleusement expert. 

Le camp, tout plein de hobereaux et de condottières 
jaloux les uns des autres était sans relâche troublé par 
les querelles. 

Un autre Médicis, Jean Jacques, le castellan de Musso 
sur le lac de Côme, le marquis de Marignan, s'unissait à 
son parent Jean des bandes noires, pour résister au duc 
d'Urbin. Quelques jours après, le castellan déserta. Mais 
pas avant que la querelle se fut noyée dans un de 
ces repas dont nous parlent les cuisiniers ducaux et les 
écuyers tranchants, où l'on voyait cinq services à dix ou 



JEAN DES BANDES NOIRES 307 

à quarante plats servis chacun en quinze ou trente-deux 
assiettes, où quatre façons de perdrix, trois manières de 
faisans, flanquaient les sangliers, les paons, les outardes 
et les canards recouverts de macaroni , le soir de ce sa- 
medi qui vit la réconciliation, il y out une grande fêle 
aux flambeaux, et les gentilshommes largement égayés 
par les vins piémontais, lombards, toscans et siciliens, lan- 
cèrent des pierres dans les portes et les fenêtres des gens 
qui n'illuminaient point. 

Cependant, le château de xMilan s'était rendu aux Im- 
périaux, et le duc exténué par le siège s'était retiré de 
la lutte, pour remettre sa santé ruinée. Mais l'ennemi n'en 
avait pas beaucoup d'avantages. Affamé dans Milan, har- 
celé par les escarmouches, il soufl'rait durement. El la 
discorde se mettait dans ses rangs; l'exécrable Bourbon, 
vrai type du cosmopolite puissant, dont les intérêts sont 
de tous les côtés des frontières, et les parentages univer- 
sels, le duc félon, le traître à tous se voyait insulté par 
sa trahison même ; tout lui incombait, et pour récompense 
de ses peines, les Espagnols lui criaient à la face: « Traî- 
tre, tu as trompé ton Roi, lu peux bien tromper aussi no- 
tre Empereur. » 

C'est Jean des bandes noires qui enserrait Milan par 
ses héroïques, ses perpétuelles attaques; on ne cessait de 
lui conseiller la prudence, « en le perdant, on perdrait 
trop ». Mais, plus prudent, il fut tombé aussi bas qu'un 
de la Rovère. Seulement, il st-ntait sa valeur, et quand 
un Guy Rangone, par des subterfuges et des dénonciations, 
le piquait, il bondissait en face du petit Modénais à la 
face camarde et fourbe, et le Modénais écrivait au Pape, 
et Guichardin se désolait. Tout ce que l'on put obtenir, 
c'est qu'ils remettraient leur différend jusqu'au terme 
de la campagne. 

Avec Clément VII, tous ceux qui tenaient aux Salviati 
montaient encore. Fils, gendres, cardinaux, condottières 



308 • JEAN DES BANDES NOIRES 

OU gouverneurs de Modène, on comptait avec eux. Puis, 
l'étrange valeur de Jean lui assurait la sympathie du lieu- 
tenant-général lui-même, entraîné par l'expérience qu'il 
en faisait chaque jouTj et fier de voir ce Toscan, ce Floren- 
tin son parent mener à lui seul la campagne. Guichardin 
souhaitait seulement de voir auprès du condottiere celui 
qui savait le calmer naguère, dans Fano : son ami l'Aré- 
tin. Oui, l'Arétin, que les « princes italiens aimèrent 
chèrement, afin de l'employer à poétiser contre leurs 
ennemis », l'Arétin mordant et- cynique faisait alors le 
diplomate. 11 vint au camp, et grâce à lui, le lieutenant- 
général apaisa de plus grands orages. 

Malgré ses répugnances, et les efforts de Frédéric de 
Bozzolo, c'est Jean des bandes noires qu'on réclamait pour 
capitaine des Suisses; car le flot des mercenaires montait 
partout derrière les Alpes. Jean n'avait de redoutable 
pour ses chefs directs que les bourrasques de fureur, et, 
si on le laissait tout à fait maître, sans personne pour le 
modérer, « un torrent de dépenses ». 

Les ennemis eux-mêmes l'aimaient et le recherchaient. 
Le marquis du Guast, en pleine escarmouche, le faisait 
appeler et lui parlait d'une amie, madame Julia: « Nous 
vous laisserons bientôt Milan », lui confiail-il, mécontent 
lui-même et malade d'une fièvre tierce double. Lorsque 
le premier automne lui aggravason mal, dans Milan pes- 
tilentiel et affamé, c'est à Jean de Médicis que le mar- 
quis demandait un sauf-conduit pour l'homme chargé 
d'aller en Brianza, dans le verger de la Lombardie, lui 
chercher des grenades fraîches. C'est grâce à lui qu'il en- 
voyait, « afin d'en trouver plus encore », uu trompette 
jusqu'à Bergame. Ils étaient ensemble, avec amitié et plai- 
sir, juges dans une joute que courait un capitaine de ban- 
nières appartenant aux bandes noires, avec un Espagnol. 
Et la courtoisie la plus raffinée marque les lettres que 
Jean de Médicis écrivait à du Guast, à Antoine de Leyva 



JEAN DliS BANDES NOIRES 3'V.I 

lui-mêm\ pour recommander un marchand ttorentin, 
dont le sauf-conduit n'avait pas été respecté. 

Quelquefois, Jean ne savait pas s'empôcher de piquer 
un peu les ombrageux Espagnols; il envoyait apprendre à 
Leyva la reddition de Crémone. Leyva lui rendit la pa- 
reil! ■; c'était le moment où le cardinal Pompée Golonna, 
soulevant hnil mille paysans, appuyé par les Impériaux, 
donnait une rép<''tition générale du sac de Rome, surpre- 
nait le Pape au Vatican, saccageait le Palais et Saint-Pierre, 
enfermait le Pape au Château Saint-Ange et le forçait de 
signer une trêve, une abjuration de ses alliances. Antoine 
de Leyva fit passer un billet au cousin, au condottiere 
du Pape: « Illustre Seigneur. L'autre jour V. S. me fit 
donner avis de la perte de Crémone; dont je la remer- 
cie. Aussi avec la nouvelle de Rome je lui rends lecon- 
tr'échange.Que V. S. entende bien, et se paye avec celle-ci. 
Je me recommande... » et il signait de sa propre main, 
avec un panache espagnol. 

Le Pape avait d'abord voulu faire venir Jean des 
bandes noires pour le défendre. Mais, dès le premier 
jour, il cédait aux Colonna, signait, renonçait; on arrê- 
tait l'ordre. Au reste, dans cet embarras, tout était péril- 
leux. Eloigner Jean du camp, c'était annuler des troupes 
qui marchaient avec lui, mais ne valaient plus rien sans 
lui. Tout lui pesait sur les épaules, dans cette armée ; 
il pourvoyait à tout : on lui soumettait les échantillons 
des poudres ; il conseillait les attaques ; il était la « vie 
de l'armée ». 

Sa violence venait surtout du besoin réel où on le lais- 
sait ; il n'employait pas les artifices d'un Rangone, les 
réductions clandestines d'effectifs, ces manœuvres qui 
forçaient Guichardin à surveiller, à casser des capitaines, 
à discuter avec le comte même. Jean des bandes noires 
était aussi franc qu'intrépide ; malade, souffrant de sa 
jambe, d'une fièvre aussi qui ne le quittait plus, il res- 



310 JEAN DES BANDES NOIRES 

tait fidèle à la France qui le payait mal, au Pape qui le 
promënail d'un dessein à l'autre, d'une promesse à un 
espoir. Les autres s'en allaient, à cause de celte trêve 
si mal accueillie, mais à laquelle il se fallait soumettre. 
C'est maintenant le duc d'Urbin qui, général de Venise, 
portait avec Jean de Médicis tout le poids de la défense. 
Et les lansquenets s'annonçaient. 

L'Arétin avait arrangé l'accord entre François-Marie 
de la Rovère et Jean des bandes noires. Le six octobre, 
un repas joyeux réunissait, chez Jean, le duc d'Urbin, 
Frédéric de Bozzolo, Malatesta Baglioni, et Pierre l'A- 
rétin. « Je vous prie, écrivait le duc à l'Arétin, vous qui 
m'en avez fait un ami, de me le garder toujours tel ; et 
quelque jour nous vous ferons plaisir. Suffit. » 

Jean aurait bien voulu quitter la Lombardie. Il fallut 
que Guichardin lui écrivît une lettre pour le retenir ; 
tant que la trêve subsistait à Rome, dégarnir l'armée 
qui restait sous Milan, la décapiter en donnant congé au 
seul chef de valeur, c'était périlleux. On se contenta de 
faire recruter par François Albizzi quinze cents fantas- 
sins; Gheri les vit passer à Bologne le 20 octobre, c'était 
une belle troupe, mais loin de son chef, elle était indis- 
ciplinée, à peu près inutile ; en outre, les trésoriers fai- 
saient leur bourse. 

Dans ce camp qui lui devenait odieux, Jean des ban- 
des noires songeait à la Toscane. Il demandait les petits 
fromages piquants du Trebbio, pour se consoler de l'é- 
pais fromage lombard; Marie Salviati, que la pluie d'au- 
tomne chassait du Castello à Florence, veillait à l'envoi, 
de même qu'elle avait bien soin de fournir les châtai- 
gnes à son petit Gosme. 

On se battait toujours, et pour être inutiles, les escar- 
mouches n'étaient pas moins dangereuses. Le 12 octobre, 
un coup d'arquebuse frôlait la jimbe, sans le blesser, à 
Jean de Médicis ; une autre fois, en rejetant sur Milan 



. JEAN DES BANDES NOIRES :}11 

le duc de Bourbon et tous ses capitaines, la tète de son 
cheval fut traversée par une décharge. 

Quand il ne se baltait pas, sa tête travaillait, l'humeur 
devenait farouche. « Ne répliquez point ! » disait -il à 
Guichardin qui écrivait pour le retenir, et qui veillait de 
tout son pouvoir à payer los troupes. Lui montrait-on 
une lettre du Pape, il disait (ju'elle n'était pas de la main 
qu'il connaissait bien peut-ôlrel mais écrite par Guichar- 
din. Il n'avait qu'un mot à la bouche : « Je veux par- 
tir! » Il dépêchait en France Jean de la Stufa pour met- 
tre François I*"" au pied du mur, et le sommer de régler 
les anciennes paies sous peine de le voir quitter son ser- 
vice. 

Malheur, alors, à qui méritait son courroux: « Avant- 
hier, écrit Guichardin au Dataire, le seigneur Jean tua 
dans le camp un certain Messire Hippolyte des Nobles de 
Lucques, lequel est resté longtemps en Angleterre, et 
présentement en est arrivé pour solliciter une charge. 
La cause est que celui-ci, au temps où Césano était ici, 
a dit grandissime mal du Seigneur, et disait qu'il avait 
trahi l'Empereur, et autres paroles déshonnêtes. Les- 
quelles lui ont été rappelées, dans le temps qu'il pensait 
à toute autre chose. » C'est, après dix années, l'histoire du 
chancelier à l'auberge du Gant ; mais Jean des bandes 
noires était, maintenant, illustre et nécessaire. On mit 
le Lucquois en terre, et l'on n'en parla plus. 

Guichardin appréciait chaque jour davantage un tel 
capitaine, et suppliait à chaque lettre qu'on le lui lais- 
sât dans l'armée. Guy Rangone lui faisait amèrement 
sentir la différence entre l'unique Jean de Médicis et 
les autres condottieri, sans foi ni loi : un jour, excédé, 
Guichardin dit sa pensée tout entière^ ouvertement ; ce 
qu'il avait sur le cœur depuis deux mois éclate enfin, et 
cette plume si prudente s'emporte en un superbe éloge, 
pris au vif, qui glorifie Jean : 



312 JEAN DES BANDES NOIRES 

(( Est-ce ma faute, à moi, si le seigneur Jean exerce 
son infanterie, et si lui, Rangone, la tient à dormir? 
Est-ce ma faute, à moi, si le seigneur Jjean qui à toute 
heure se jette au milieu des périls, désire donner à ses 
compagnies des capitaines qui combattent et qui soient 
des soldats? et si cet autre-là, hormis un ou deux, n'a- 
vait que des gens ineptes à la guerre, ou sans crédit et 
sans valeur ; les faisant servir, non comme des chefs, 
mais pour ses courtisans, et content d'avoir sa table 
pleine de leurs troupes et qu'ils lui fissent escorte en nom- 
bre à travers le camp? Est-ce ma faute, à moi, si le sei- 
gneur Jean voit à^toute heure ses gens de pied face à face, 
va les armant, les ajustant, et faisant bonnes les compa- 
gnies ; et si cet autre-là ne les voit jamais, ni ne pense 
à eux, et n'arme ni n'ordonne les compagnies ; de ma- 
nière que les siennes valaient mieux à la première paie 
qu'aux paies suivantes? Et s'il ne vole pas lui-même, ce 
qu'en vérité je ne sais, il les laisse voler sans discrétion 
aucune par ses capitaines, et si ouvertement, que c'est 
une honte. Yoilà les raisons qui m'ont empêché de dimi- 
nuer les deux mille hommes de pied du seigneur Jean ; 
et bien au contraire, si ce n'avait été pour ne pas faire 
crier cet autre-là, je les lui aurais augmentés, et ceux des 
autres je les airais congédiés ainsi que les recensements 
me donnèrent lieu de le faire!. » Il veillait au moins à 
bien payer Jean. 

Enfin, le Pape semblait consentir à ce qui pouvait sa- 
tisfaire Jean des bandes noires : pressé, requis, menacé 
de le voir partir, il lui octroyait Fano. La possession de 
cette ville enflammait Jean. Il la voulait avec frénésie. 
Le Pape était forcé, pour que ce don fut possible et va- 
lable, de dédommager Constantin Comnène, prince de 
Macédoine, l'investiture lui ayant été donnée par bulle 
du 21 juin 1524. On pria Jean de tenir encore secrète 
la faveur qu'il désirait tant. Tout allait bien ; Jean de 



JEAN DES BANDES NOIRES .•;i:i 

la Stufa était accueilli par François P"" le mieux du monde, 
et remportait une réponse favorable. Les délais seule- 
ment impatientaient Jean des bandes noires. L'Arétin 
s'entremit encore. Depuis le temps où les premières dé- 
convenues l'avaient éclairé sur la cour de Rome, Jean 
n'avait plus aucune foi dans les promesses; avec la mé- 
iiance des franchises une fois trompées, il voyait des piè- 
ges partout. Comment croire à ce Pape qui se servait de 
lui, dans le même temps, pour garder une armée sous 
les drapeaux, malgré la trêve, et payait les bandes sous 
main, et disait tout haut : « Elles sont au service du 
Très- G h ré lien. » 

Guichardin ne manqua pas de remercier l'Arétin « mi- 
racle de nature » comme le baptisait Jean de Médicis, 
lorsqu'il ne l'appeîait pas « tléau des seigneurs et des 
princes ». 

« A mon cher Messire Pierre l'Arétin. Honorable Mes- 
sire Pierre. Del Gaccia, et l'homme que j'ai envoyé là-bas 
au camp, pour parer aux fureurs du Seigneur Jean, 
m'ont rapporté comment les bons offices que vous avez 
faits pour son honneur, out été cause qu'il n'a point clé à 
Milan ; attendu qu'il s'était courroucé de ne voir point 
arriver le courrier avec l'expédition de la pièce concer- 
nant Fano, dont il est — et non point sera — le posses- 
seur. Que le monde le sache, s'il avait été là, où il était 
prêt à se rendre, il eût été le plus malheureux homme 
du monde ; car il portait préjudice à son rang, a sa re- 
nommée, à son devoir, et à tout ce qui le touche. Heu- 
reux, s'il avait toujours eu, s'il avait toujours près de 
lui des Pierre l'Arétin I Je ne vous ai point écrit ceci 
pour vous faire persévérer à vous faire connaître pour 
tel que tout le monde vous connaît ; mais pour satisfaire 
au plaisir que j'ai ressenti d'un si louable service, que 
je fais savoir à la bonté de Glément VII avec un si chaud 



814 JEAN DES BANDES NOIRES 

effet de vérité, que j'espère ea Dieu, et que je vous verrai 13 
réconcilié avec lui selon que le mérite votre talent. 

» Votre fraternellement 

)) François Guichardin, lieutenant. 

» Plaisance, le 14 novembre 1526. » 

Jean de Médicis ne reconnaissait pas dans les lettres 
pontificales la main de Clément Vil. Faut-il le dire? tout 
en citant les lettres écrites à l'Arétin par « force seigneurs, 
municipalités, dames de valeur, poètes et autres excel- 
lents génies », un terrible doute persiste, pour les plus 
anciennes surtout; elles ne ressemblent pas trop aux au- 
tres lettres des personnes qui sont présumées les écrire, 
et l'on y retrouve le style ronflant et plat de l'Arétin. 
Les a-t-il récrites? les a-t-il même écrites? Un hasard 
incommode, en conservant beaucoup de lettres, semble 
avoir pris plaisir à perdre celles-là justement qui sont 
imprimées par lui, sous le nom de personnages tous 
défunts en 1550, date où son ami Marcolini lui impri- 
mait ses deux volumes. 

A mesure que les lansquenets devenaient plus mena- 
çants, le Pape songeait à leur opposer Jean des bandes 
noires pour couvrir Rome el la Toscane. Guichardin vou- 
lait arrêter ce terrible torrent, venu des montagnes pour 
tout ravager, mais il suppliait de ne pas attendre, et 
d'en briser la force dès les frontières ou du moins au 
premier grand obstacle. 11 fallait les arrêter sur les 
bords du Pô, déjouer Ferrare complice ; et Jean de Mé- 
dicis avec le duc d'Urbin, pourvus de neuf mille hommes 
de piedj six cents lancés et mille chevau-légers, étaient 
« disposés à les envoyer par la maie route ». 

Georges Frondsberg, l'ancien adversaire au camp de 
Pavie, le routijr des guerres italiennes, amenait ses ban- 
des, la chaîne ou le lacet d'or à la selle, afin d'étrangler 



JEAN DES BANDES NOIRES olT) 

Pape et cardinaux. Il fut arrêté bientôt par la goutte, 
sur le chemin de Rome. Pour l'heure, il épouvantait 
l'Italie. Et Jean des bandes noires allait harceler ses lans- 
quenets, le retarder, qui sait? le vaincre. 

On ne savait oîi se tourner. Une autre armée impériale 
arrivait en Corse. Les soldes n'étaient jamais prêtes. Le 
Pape ne pensait qu'à sa sûreté personnelle. On deman- 
dait Jean des bandes noires pour Rome, et on le voulait 
sur l'Adda, sur le Pô. Par où passeraient les lansquenets? 
Le 21 novembre, ils étaient à Castiglione délie Stivière, 
entre le lac de Garde et Mantoue; ils n'allaient donc pas 
à Milan. Jean des bandes noires et le duc d'Urbin rebrous- 
sèrent pour les rejoindre. « On en peut, disait Guichardin, 
espérer quelque bon effet. » 

L'effet arriva, le 2i novembre. Ce jour-là même, on ap- 
prenait à Modènequeleducde Ferrare « impérialissime », 
avait embarqué sur le Pô « je ne sais quelle artillerie ». 
C'était des fauconneaux. Les quinze mille lansquenets, 
qui venaient sans artillerie, avaient sollicité le Duc, il 
leur envoyait quelques pièces en cachette, sous la con- 
duite du capitaine Masin dal Forno. Jean des bandes 
noires avait rejoint les ennemis au moment .où ils pé- 
nétraient dans le Serraglio, parc de chasse, immense 
plaine entourée de fossés, où les marquis de Mantoue 
faisaient une réserve de gibier. Mais les ponts-levis étaient 
haussés, coupaient la route aux bandes noires; on avait 
parlementé, perdu des heures, une escarmouche d'arrière- 
garde avait eu lieu à Borgoforte, les lansquenets avan- 
çaient vers Governolo, vers Ostiglia, s'étendaient pour 
passer ensuite au pont de Borgoforte, point stratégique 
de toute guerre en ce pays. 

Les fauconneaux envoyés par Alphonse d'Esté aux 
lansquenets lançaient des balles qui posaient trois livres 
et demie. Jean des bandes noires, fidèle à sa tactique, 
prétendait harceler l'ennemi, beaucoup plus nombreux, 



316 JEAN DES BANDES NOIRES 

sans se laisser jamais surprendre en rase campagne. Il 
croyait que les lansquenets n'avaient point d*artillerie. 
Sans défiance, il se jeta sur eux ; un retranchement, 
pratiqué dans une tuilerie, dissimulait le fauconneau, 
dont la Yolée, pointée de bonne main, vint le frapper à 
la jambe. Les armures de ce temps s'étaient allégées à la 
partie postérieure des grèves. Les cuissots avaient com- 
mencé par s'évider ; puis, la jambe même. n'était plus 
protégée que sur le devant. Or, là pesante balle frappa 
Jean comme il tournait bride, croyant la journée finie. 

On transporta Jean de Médicis, non pas à Mantoue, 
mais d'abord à Saint-Nicolas du Pô. L'Arétin, qui n'était 
pas là, composa plus tard une lettre fameuse; mais il 
lui fallut le temps d'arriver, et, présent à l'agonie, il 
ne le fut pas aux premiers soins. C'est le duc d'Urbin 
qui pressait, dès le lendemain, le marquis de Mantoue 
afin d'avoir maître Abraham auprès du blessé : « Très 
illustre et très excellent Seigneur, mon cousin et mon 
frère très honoré. Par messire Benoît secrétaire de V. E., 
étant advenu le malheur que vous aurez appris au sei- 
gneur Jeanin, je vous ai fait prierde vouloir bien envoyer 
immédiatement maître Habram pour lequel vient le pré- 
sent message., et je prie instamment V. S 111"^'' de l'en- 
voyer le plus tôt possible, et, voulant venir à Mantoue, 
de le faire dès la réception de la présente. En accordant 
au porteur ce qu'il demande suivant votre pouvoir cour- 
toisement, vous pourrez penser que vous faites pour 
moi-même ce que vous ferez pour ledit Seigneur. (Saint- 
Nicolas du Pô, 25 novembre 1526.) » 

Le coup était si dangereux, que Jean des bandes noi- 
res ne fut pas transporté d'abord, même à son logement 
de camp. Or, il faisait un froid glacé, le froid des hivers 
mantouans ou lombards, pénétrant, lugubre. La neige 
menaçait. Et le secrétaire du marquis écrivait aussi, 
pour presser le chirurgien : 



JEAN DES BANDES NOIRES :{17 

« Le Seigneur Jean de Médicis a été blessé par un 
coup de fauconneau à une jambe, et, à ce (ju'on dit, il 
est très malade. On ne l'a pas encore transporlé dans son 
logis; le Seigneur Duc prie V. E. de vouloir bien ordon- 
ner à M*^ Abraham de venir ici tout de suite,, en volant! 
Sa Seigneurie a été blessée en escarmouchant contre les 
lansquenets, lesquels se trouvent encore à Governolo, et 
comme force fantassins de cette armée y étaient venus, 
ils lui ont tiré force coups de fauconneau, ce qui rend tout 
le monde ici fort perplexe, car on ne peut imaginer 
d'où ils ont eu celte artillerie-là. 

« Le seigneur duc a ordonné que les lansquenets et les 
autres troupes de cette armée (de la Sainte Ligue) qui 
suivaient cette voie présentement retourneraient au pays 
de Brescia; j'en conclus qu'on ne poursuivra pas autre- 
ment les lansquenets, surtout s'ils passaient le Pô, comme 
ils ont, dit-on, le moyen de le passer. » 

Ainsi, la blessure de Jean des bandes noires arrêtait 
court toute offensive. Le duc d'Urbin avait saisi ce nou- 
veau prétexte; trop aise de voir annulé par son mal le 
condottiere gênant qui n'aimait pas les retraites, celui 
dont la voix furieuse lui avait crié, sous les murs de Mi- 
lan, « qui nous chasse? » et qui refusait de s'en aller 
avant le jour. 

On avait entendu les coups d'artillerie jusqu'à Mantoue. 
Le marquis, gonfalonier du Pape et feudataire de l'Em- 
pire, demeurait neutre en apparence. Toutes les difficul- 
tés, toutes les menaces, ridiculement annoncées par Rome, 
étaient réduites à néant. On s'occupait, autour du duc 
d'Urbin, à faire porter Jean de Médicis jusque dans Man- 
toue. Les sept ou huit milles que sa litière devait fran- 
chir furent longs à passer, sous la neige qui s'était mise 
en train, et redoublait, épaisse et drue. Les marécages 
mantouans, sous un ciel de deuil, devaient être plus si- 
nistres encore et plus malsains. On amena le blessé chez 



318 JEAN DES BANDES NOIRES 

son ami des premiers temps, son compère Louis de Goa- 
zague; c'est avec ce brave seigneur, en 1521, que maître 
Abraliam avait fondé sa réputation ; blessé à l'œil et à 
la jambe, en combattant à Parme, le comte de Rodigo 
conservait le surnom de « borgne et boiteux ». Malgré 
l'inimitié de Jean des bandes noires avec son propre fils 
Louis de Gonzague dit Rodomont, les sentiments du 
« compère » n'avaient point changé. Son palais était ou- 
vert au blessé, tous les soins l'y entourèrent. 

On savait combien la blessure, qui avait frappé la 
jambe anciennement opérée et toujours mauvaise, était 
grave. Le duc d'Urbin, assez lourdement, parla de con- 
fession : « Si c'est nécessaire, dit Jean, j'ai toujours fait 
en toutes choses mon devoir, en ceci encore je le ferai. » 
L'Arétin était là. Le blessé lui parla de Luc-Antoine 
Cuppano. « Nous l'enverrons chercher, répondit Pierre. » 
« — Non! répliqua Jean des bandes noires, veux-tu pas 
qu'un homme de sa trempe quitte la guerre pour visiter 
des malades? » Puis il parla de son neveu Pierre-Marie, 
comte de San Secondo : « Si au moins il était ici, lui! il 
resterait, pour tenir ma place. » De temps en temps, il 
se grattait la tête avec les doigts, dit l'Arétin, puis se 
les mettait dans la bouche, en disant : « Qu'en advien- 
dra-t-il ? » Il répétait souvent : « Je n'ai jamais fait de 
vilenie! » 

Les médecins se résolurent à couper le membre brisé, 
car ils désespéraient de rien faire à une plaie terrible, 
pleine de fragments, au milieu d'os fracassés, de nerfs 
coupés, de muscles tranchés ou tordus par le biscaïen 
et le fer. C'est l'Arétin qui fut chargé de décider son 
maître. « Faites vite! », répondit Jean, ferme comme 
s'il était à cheval. 

On lui fit prendre médecine, afin de l'amputer le soir. 
Comme on arrivait à peu près vers l'heure du dîner, les 
vomissements le saisirent. « Les signes de César! dit-il 



JEAN DES UANDES NOIRES -^A'J 

à l'Arélin. Il faut penser à autre chose qu'à la vie. » Il 
joignit les mains et fît vœu d'aller, s'il en réchappait, à 
Saint-Jacques-de-Compostelle. 

Les chirurgiens, avec leurs aides et leurs instruments, 
apparurent. Abraham demanda dix ou douze personnes 
pour tenir le patient durant le fort de l'opération, à l'ins- 
tant oîi la scie entamerait l'os; Jean des bandes noires, 
qui avait entendu, sourit : c( Vingt ne pourraient pas me 
tenir », dil-il; il se disposa lui-même comme il fallait, 
prit la chandelle ea main, et s'éclaira la jambe. 

L'Arétin sortit à ce coup^ bouleversé; il se boucha 
les oreilles, mais deux grands cris lui arrivèrent. Puis, 
il s'entendit appeler. Gomme il s'approchait, le blessé 
lui dit : « Je suis guéri. » Le ducd'Urbin dut l'empêcher 
de se faire apporter son pied, avec le morceau de la 
jambe qu'on avait retranché. Insensible pour tous, il l'é- 
tait aussi pour lui-même, et plus encore. Il avait ri pen- 
dant qu'on lui coupait le nerf. 

La nuit se passait bien; quand, vers cinq heures du 
matin, les grandes douleurs le reprirent. On vint éveil- 
ler l'Arétin, qui se vêtit en toute hâte et accourut. Le 
malade essayait encore de plaisanter pour s'étourdir ; 
mais, au lever du jour, le mal s'aggrava de manière que 
Jean de Médicis voulut faire son testament. 

« Au nom du Christ, ainsi soit-ilf 

» L'an du Seigneur, depuis sa Nativité, mil cinq cent 
vingt-six, indiction quatorzième, jeudi vingt-neuf novem- 
bre, au temps du Sérénissime Prince et Seigneur le Sei- 
gneur Charles, par la divine grâce et clémence de Dieu, 
Roi des Romains et toujours Auguste. A Mantoue, au 
Palais d'Illustrissime et Excellentissime Seigneur, le Sei- 
gneur Louis de Gonzague, marquis, etc., dans le quartier 
du Griffon ; étant présents l'Illustrissime et Ex"' Seigneur, 
le Seigneur François-Marie de la Rovère, duc d'Urbin, 



320 JEAN DES BANDES NOIRES 

capitaine, etc. ; 111™'' et Ex"'® Seigneur, le Seigneur Louis 
fils de feu le Seigneur Illustrissime, de bonne mémoire, 
Seigneur Rodolphe marquis de Gonzague; magnifique 
comte Robert Boschetto, fils de feu magnifique comte 
Dominique ; spectables gens, le docteur es arts et méde- 
cine seigneur maître Louis (ils de recommandable homme 
maître Dominique Paruli ; seigneur maître Jérôme fils 
de Messire Philippe des Papazoni ; spectable Seigneur 
Alphonse fils de feu spectable Seigneur Jean-François de 
Rodiano, du quartier du Rouvre ; messire André fils de 
messire Bernardin des Baldelli du quartier du Lion Ver- 
meil; et maître Jean-Marie fils de feu maître Boni de 
Assendi, du quartier du Cerf, qui, sur réquisition de moi, 
notaire, ayant de sa main propre et corporellemenl tou- 
ché les Ecritures, sur les Saints Evangiles de Dieu, a juré 
bien connaître tous les soussignés témoins aveclui, et le 
soussigné Illustrissime Seigneur testateur, et de tous et 
chacun d'eux avoir pleine et claire connaissance et les 
vraiment reconnaître, tous témoins connus et idoines 
pour ce qui dessous est écrit ensemble et séparément 
étant spécialement invoqués, et requis par moi notaire 
et par le soussigné Illustrissime Seigneur testateur. 

» Présentement, Illustrissime Seigneur Jean, fils de 
feu Illustrissime Seigneur autre Jean de Médicis floren- 
tin, capitaine d'armée, etc. sain d'esprit, sens et intel- 
lect, bien qu'infirme de corps, gisant en son ht, considé- 
rant le malheur de la nature humaine, sa fragilité, 
caducité, et que rien n'est certain plus que la mort, et 
plus incertain que son heure : ne voulant point décéder 
intestat, de peur qu'après sa mort quelque procès ne sur- 
gisse touchant ses biens et affaires ou puisse naître entre 
ses descendants; a fait son testament nuncupatif, c'est- 
à dire sans écrit, établir en ces termes, et prononcé. 

» Premièrement, en effet, son âme, s'il a la fortune 
qu'elle soit séparée de son corps, au Dieu Tout-Puissant 



JEAN DES BANDES NOIIJES :J:21 

et à la Bienheureuse et Glorieuse Vierge-Mère Marie, et 
à toute la Cour Céleste, il l'a pieusement ot dévotement 
recommandée ; 

» Item, il a voulu, ordonné, disposé et légué et laissé 
illustrissime dame Marie, épouse du dit seigneur testa- 
teur, comme tutrice et légitime administratrice du fils et 
héritier dudit testateur, en tout et pour tout, ainsi que 
ci-dessus est stipulé par écrit qui m'a été remis par la 
main d'Illustrissime Seigneur le Seigneur Louis marquis 
de Gonzague, à moi notaire, en présence des susdits té- 
moins, par commandement du testateur lui-même, ayant 
été rendue publique la teneur de ce qui suit, à savoir : 
(ici le testament, latin, jusqu'à cet endroit, se ?nettait à 
parler italien). 

» Que la Dame son épouse soit administratrice pour son 
fils, et qu'elle ni le fils, ni personne autre ne puisse citer 
en justice les serviteurs du susdit Seigneur testateur; et 
qu'y contrevenant, tous les biens iraient à l'hôpital des 
Innocents à Florence^ s'entendant cela au sujet des ser- 
viteurs qui l'ont servi hors de sa maison, et non pour 
les intendants de ses possessions florentines; et que le 
Seigneur Jacques Salviati et madame Lucrèce ne puis- 
sent prendre tutelle ni desdits biens, ni du fils; et il sup- 
plie Sa Sainteté notre Seigneur le Pape de bien traiter 
tous ses serviteurs; et Sa Seigneurie fait libre donation 
de tous ses biens meubles, chevaux et deniers, à ses ser- 
viteurs ; et à ce sujet il laissera un sien ami, qui les par- 
tagera suivant son intention, dans le cas où lui-même 
ne les partagerait point. 

» Et qu'il prie le Seigneur Duc de vouloir bien pren- 
dre sous sa protection son fils Cosme, avec la permission 
de sa Sainteté N. S. le Pape, auquel il le -recommande 
bien fort. » 

Puis, le testament se remettait à son grimoire latin : 

» Mais en tous ses autres biens meubles et immeubles, 

21 



322 JEAN DES BANDES NOIRES 

droits et actions présents et futurs, où que soit, et aux 
mains de quiconque se puissent trouver, il institue, a 
A'oulu être et a nommé pour son héritier universel, Illus- 
trissime Seigneur Gosme, fils légitime et naturel dudit 
Seigneur testateur; et prie et a prié le dit Seigneur tes- 
tateur le dessus nommé Illustrissime Seigneur, monsei- 
gneur le duc d'Urbin, ici présent, de vouloir bien tenir 
ledit fils et héritier en sa bonne protection, et lui être 
bon protecteur, et il a recommandé bien fort à son Illus- 
trissime Puissance son dit fils et héritier. Et il a voulu 
que ceci fût son suprême testament, a dit et déclaré que 
c'était et qu'il voulait que ce fût sa dernière volonté, le- 
quel et laquelle il a voulu valoir et teiiir, a ordonné et 
commandé être en droit son testament et sa volonté; et 
au cas où il ne vaudrait par droit de testament, il l'a 
voulu valoir et tenir, a ordonné et commandé par droit 
de codicilles, ou de donation, éteignant toute autre vo- 
lonté dernière, et de toute autre manière, voie, droit, 
forme et cause meilleure, par qui, quoi et quels mieux 
valoir et tenir pourra; cassant, révocant et annulant tout 
autre testament si quelqu'un se trouve dressé jusqu'à 
présent par lui ; me requérant, moi notaire, pour de que 
dessus dresser l'instrument public. 

» Moi, François fils de feu Seigneur Mathieu des Guar- 
nieri, citoyen de Mantoue, par l'autorité impériale no- 
taire public, à toutes et à chacune des clauses suscrites 
ai été présent, et, requis d'écriri; publiquement, ai écrit 
et soussigné. » 

Après avoir joué, dans son héroïsme naïf, celte scène 
du Légataire universel, le condottiere se confessa. Quand 
le religieux fut auprès de lui : « Mon père, lui dit-il, 
j'ai fait ma profession des armes, et j'ai vécu comme un 
soldat. De même, j'aurais vécu en religieux, si j'eusse 
revêtu votre robe; et, n'était que c'est interdit, je me 



JEAN DES BANDES NOIRES 323 

confesserais en présence de tous, car je n'ai jamais rien 
fait qui fût indigne de moi. » 

L'heure de vêpres était pass(;e, quand le mar^juis Fré- 
déric de Gonzague, malgré sa crainte de se compromet- 
tre et son aversion pour Jean des bandes noires, vint 
visiter le moribond. Frédéric n'était plus l'éphèbe déli- 
cieux que Raphaël avait peint amoureusement dans la 
Salle de la Signature au Vatican; les armes et la politi- 
que avaient tiré, fané, allongé «a pâle et fade figure aux 
yeux troubles, mais il affectait, malgré sa dissimulation 
profonde, une tendresse fraternelle pour celui qu'il ne 
craignait plus. Il pencha sur le lit sa grande taille, cou- 
vrit d'embrassements Jean des bandes noires, et finit par 
lui demander, après mille protestations, qu'il lui fît le 
plaisir de désirer quelque grâce convenable à leur rang. 
Le mourant répondit avec calme : « Aimez-moi, quand 
je serai mort. » 

Puis, il redemanda son fils Cosme, et il s'absorba dans 
les spasmes de l'agonie qui ap[)rochait, pendant que ses 
familiers encombraient la chambre, et pleuraient, dit 
l'Arétin qui le sait bien, « le pain, l'espérance et les ser- 
vices auprès d'un tel maître ». Il reprit encore ^es sens, 
et parla de la guerre, avec le duc d'Urbin ; il lui avait 
dit : « Vous perdez meshuy le plus grand ami, et le 
meilleur serviteur que vous eûtes jamais. » Et le Duc 
avait contrefait la gaîté, plaisanté pour lui assurer qu'il 
n'était point en péril. Le vrai, c'est qu'il était à moitié 
mort. Jusqu'à neuf heures, ce soir-là, vigile de Saint 
André, il souffrit sans trêve, il priait l'Arétin de l'endor- 
mir en lui faisant la lecture. Il avait donné l'ordre de 
faire venir son neveu Pierre-Marie pour gouverner ses 
bandes. Puis, il s'assoupissait. Enfin, après un somme 
d'un quart d'heure, il se réveillait, en disant : « Je rê- 
vais que je faisais mon testament. Je suis guéri ! je ne 
sens plus rien. Et si je vais me guérissant ainsi, j'ensei- 



324 JEAN DES BANDES NOIRES 

gnerai aux Allemands comment on combat, et comment 
je me sais venger ! » 

Ce disant, il perdit la vue ; il comprit qu'il allait 
mourir, il demanda l'Extrême-Onction. Il la reçut, et 
tout de suite il trouva la force de dire encore : « Je ne 
veux point mourir au milieu de ces emplâtres! » On le 
mit sur un lit de camp. Le sommeil le reprit, et la mort 
acheva son œuvre pendant ce suprême sommeil. 

Jean des bandes noires était mort, à vingt-huit ans, 
durant la nuit du vingt-neuf au trente novembre 1526, 
après dix années de batailles, tué par cette artillerie qui 
ouvrait un monde nouveau. 

On l'enterra ce même jour, sans doute à cause de la 
gangrène. Les funérailles furent celles d'un grand soldat. 
Enseveli dans son harnais de guerre, casqué, cuirassé, 
Jean de iMédicis fut porté, le trente novembre, par ses 
meilleurs capitaines, au tombeau qu'il s'était choisi, dans 
l'église Saint-Dominique de Mantoue. Le duc d'Urbin, le 
marquis de Mantoue, avec tous les Gonzague, la foule des 
soldats et des citoyens suivaient le cortège. On attacha 
sur le tombeau, suivant l'usage italien qui s'est long- 
temps perpétué, des sonnets ou des épitaphes impri- 
mées sur soie, sur satin de couleur, ornées de vignettes 
et de paraphes. L'Arétin fixa son hommage au beau mi- 
lieu du sépulcre; il avait enseveli son maître, amené 
bien^des assistants à la cérémonie. A sa requête, Jules 
Romain avait moulé le visage du mort; et, pour ce plâ- 
tre, un autre sonnet s'était composé. 

Quelques hommages hypocrites, et des sonnets de 
l'Arétin, voilà tous les honneurs du mort. 1|[ s'était vu 
pourrir cinq jours dans les emplâtres; il avait été rebuté 
d'abord quand il priait qu'on le portât à Mantoue, il 
avait subi le martyre des condoléances intéressées ou 
fausses, et sa dernière bataille avait été contre un sup- 
plice sans gkire, et sans espérance; son rêve suprême, 



JEAN DES BANDES NOIRES 325 

c'était qu'il faisait son testament ! Médecins, notaires, 
apothicaires, confesseur, la mort avec toutes ses hontes, 
pour un héros qui l'affrontait dix ans sur les champs de 
carnage et dans les remparts pris d'assaut ! Destinée jus- 
qu'au bout tronquée et malchanceuse, le bonheur lui fut 
dénié de mourir l'épée à la main; il ne connut pas cette 
mort que le poète a célébrée : 

« Heureux celui qu'elle emporta, 
Dans la splendeur de la victoire ! » 



CHAPITRE VI 



APRES LA MORT. 



Jean des bandes noires aurait pu, comme Castruccio 
Castracani, répondre à qui lui demandait ses ordres 
pour sa sépulture : « Je veux que l'on m'ensevelisse la 
face tournée vers la terre, car je sais comme, après ma 
mort, ce pays ira sens dessus dessous I » 

Les politiques, les Italiens de génie et d'expérience, 
comprirent sur-le-champ que c'en était fait, que le tor- 
rent luthérien déborderait sans plus d'obstacle. Machia- 
vel, de Modène où il observait, n'écrivit rien qu'un mot 
bien sec : « Vos Seigneuries, dit-il aux Huit de Florence, 
auront appris la mort du Seigneur Jean, lequel est mort 
au regret général. » Mais, si Machiavel pouvait prendre 
pour devise un vers de son cher Horace : 

« Principibits placuisse viris, » 

Il lui chaut peu d'un prince mort, car un mort ne 
peut plus rien donner. 

Guichardin était plus ému : il annonçait que trois mille 
cinq cents hommes des bandes noires se repliaient sur 
Parme ; mais, après les indications de son office, il ne 



JEAN DES BANDES NOIRES 327 

laissait pas de dire : « lirions Dieu qu'il prenne en pitié 
l'àinedu Seigneur Jean, puisqu'il n'a point consenti qu'à 
quelque bon effet nous nous puissions aider de tant de 
valeur, dans le plus grand besoin que jannais nous puis- 
sions avoir... Nous avons perdu le Seigneur Jean, plein 
de telle valeur et courage, en qui nous reposions tant 
d'espérances.. Nous avons l'univers contre nous, et nous 
sommes seuls ! » 

Les lettres de deuil affluaient vers Marie Salviali ; le 
F*ape, dès le 4 décembre, envoya son Bref, où toutes les 
banalités convenables, et les promesses pour le petit 
Cosme, sont charrii'es dans le latin ecclésiastique. Ce 
'( monstrueux malheur », la veuve devait, pour le sup- 
porter, avoir la pensée de son fils, et songer que Jean 
était mort « plus glorieusement que tout autre homme 
de son sang et de sa patrie » ; c'est l'évêque d'Arezzo, 
François Minerhetti, qui le lui assurait. Le Dataire, ami 
du défunt, lui écrivait en même temps. Kt bientôt. Robert 
Acciaioli, l'ambassadeur pontifical et Florentin à la Cour 
de France, faisait savoir à Jacques Salviati que François P' 
<' avait eu tout le chagrin qui se puisse dire au monde 
par cette mort du Seigneur Jean, pour l'amour du Pape 
et pour le sien même, car il l'aimait beaucoup. » 

Le duc d'Urbin, dès le 17 décembre, avait écrit au 
roi de France afin d'obtenir pour Cosme de Médicis la 
survivance de la charge paternelle ; il demandait la com- 
pagnie de chevau-légers pour le fils du défunt. Quelque 
temps après, Marie Salviati recevait une deuxième lettre, 
mais avec l'avis que le Marquis de Saluées était, pour 
un sien frère, en concurrence avec Cosme. Le Duc s'était 
acquitté de tous les legs indiqués par Jean des bandes 
noires, il n'avait plus entre les mains que la somme 
laissée h Luc'Antoine Cuppano. 

Le petit Cosme, qui avait sept ans et demi, ne pouvait 
beaucoup regretter ce père, qu'il avait vu passer comme 



328 JEAN DES BANDES NOIRES 

une trombe, au milieu des armes, des cris et des chasses. 
Il se souvenait peut-être seulementqu'un jour, il était tout 
petit, son père rentrait au Palais du Corso, dans Florence ; 
on regardait à la fenêtre pour voir Jean des bandes noires 
et son escorte ; et la nourrice tenait l'enfant ; Jean avait 
levé les yeux, ces yeux à la flamme implacable, mais 
qui souriaient à l'enfant, s:i voix avait résonné dans la 
rue étroite: « Jette-le moi, commandait-il à la conla- 
dine. » Elle n'osait pas, la fenêtre était haute: « Jette-le 
moi, rugit cette fois l'homme à qui rien ne résistait ni 
personne. Je le veux ! » La nourrice avait fermé les 
yeux, lâché l'enfant et Cosme se sentait encore serré 
contre cette cuirasse, et baisé par la rude bouche de son 
père, tout fier de voir qu'il ne criait ni ne pleurait: 
« Tu seras prince, c'est ton sort! » lui avait murmuré 
tout bas la voix qui grondait tout à l'heure. 

Pour être prince, il fallait vivre, et Marie Salviati, 
comme sa cousine Marie Soderini, voyait son angoisse 
s'accroître à chaque pas des lansquenets. Les bandes 
noires lui avaient demandé son fils pour l'élever au 
camp; elle avait refusé. Mais quoi? c'était des amis 
aujourd'hui, demain d'autres pourraient venir, qui exi- 
geraient, voleraient, emporteraient Cosme. 

On le fit partir pour Venise. Emmené d'abord, de 
Florence à Castello, par son précepteur Pierre-François 
Riccio, l'enfant avait résisté, crié qu'on voulait le voler 
à sa mère. Il se calma peu à pou, prit plaisir à chasser 
au filet les petits oiseaux, et se laissa mettre à cheval; 
on partit pour le Mugello, Lorenzino rejoignit la cara- 
vane à Cafàggiolo, et par Marradi, Faenza, Ravenne, on 
alla s'embarquer. Une bonace les mena le long du golfe 
jusqu'aux terres de Ferrare, à Volano, sur le nord de 
la grande pêcherie de Comacchio; il fallait se hâter, le 
duc de Ferrare n'était pas sur, on repartit en poste, 
sans autre accident qu'une chute de la jument où Cosme 



JEAN DES BANDES NOIRES ;}29 

était porté devant un serviteur: la bêle s'abattit dans la 
fange, la bride cassa, mais sans autre mal. Puis ils re- 
prirent, au grand effroi des Florentins, le Pô et la mer 
jusqu'à Chioggia, changèrent de barques et parvinrent 
enfin à Venise. 

C'est là seulement que Riccio, s'enfermant avec son 
élève dans le palais qu'on avait loué pour douze ducats 
et demi, lui apprit officiellement et sans plus de réti- 
cences la mort de son père. Cosme montra cet empire 
sur lui-même et cette froideur de réflexion qu'il eut tou- 
jours : « Bien, dit-il, je le devinais ! » Il resta sombre 
et taciturne, et devint plus altier encore. Les Vénitiens 
le recevaient avec pompe, Marc Foscari lui offrit un 
banquet splendide, avec des dames, de la musique, des 
chants et des comédies. Le conseil de la République, le 
Grand Conseil, l'admit aux honneurs de la séance le 1" 
février. Il acceptait sans sourciller les fêtes et les hon- 
neurs, étudiait avec sagesse, vivait en paix avec ses 
cousins, et se taisait. 

Pendant ce temps, Acciaioli réclamait à la cour de 
France les deux mille écus promis à Jean de la Stufa. 
Le petit Cosme grandissait et engraissait dans la calme 
Venise, il avait écrit à sa mère pour démentir la chute 
de cheval, il ne voulait pas être tombé ; chaque semaine 
une ou deux lettres rassuraient Marie Salviali. Mais il 
fallait répondre exactement, et Fortunati, négligent, fut 
grondé par le petit prince, qui « se réjouissait pourtant 
de revenir manger ses grives, car il espérait bien que le 
curé lui en aurait gardé en cage, et qu'il les trouverait 
bien grasses. » Il parlait de sa « très douce mère », qui 
ne pouvait encore quitter Florence. Elle alla faire d'abord, 
le printemps venant, une retraite dans ces couvents 
qu'elle aimait. Puis après quatre mois d'une séparation 
cruelle, enfin Marie Salviati put rejoindre, elle aussi, 
Venise. Avant de partir, elle avait rouvert Castello, 



330 JEAN DES BANDES NOIRES 

le 26 avril, pour recevoir le duc d'Urbin, le provéditeur 
de Venise, et leur suite; venus avec quelques arquebu- 
siers, pendant que le gros de l'armée restait à Barberino 
de Mugello, pays de la belle Nencia, tout près des villas 
raédicéennes. Marie Salviati traita magnifiquement les 
anciens compagnons d'armes, les témoins de Jean aux 
dernières actions de sa vie et de son agonie. 

Le sae de Rome prolongea le séjour de Gbsme et de 
sa mère à Venise. Marie Salviati, accablée d'embarras, 
écrivait au Pape une lettre de condoléances après la 
terrible nouvelle : accident préparé depuis longtemps, 
et dont les littérateurs ou médailleurs italiens ont voulu 
faire une deuxième Passion de Jésus-Christ ; Jésus-Christ, 
Clément VII? Ponce-Pilate, tout au plus! 

Marie Salviati dictait à Riccio des lettres où Fortunati 
devait suivre la vie qu'on menait à Venise. Elle avait 
trouvé les enfants, fils et neveux, bien installés dans 
une vaste maison, avec un « grand et beau » jardin, ce 
luxe suprême à Venise; on avait été à Padoue pendant 
le mois de mai; puis on était revenu à Venise pour re- 
cevoir Marie Salviati. A peine arrivée, elle invitait For- 
tunati à quitter, lui aussi, Florence au moindre danger; 
la peur était un peu calmée, cette peur ignoble qui souille 
toutes les lettres de ce temps, dont le fantôme misérable 
les hante tous, ambassadeurs, légats, prêtres, écrivains, 
femmes, Pape! La « sécurité », c'est tout leur idéal. Et 
sans l'épée de Guillaume du Bellay, le Pape était pris 
comme un rat au piège. 

Pour Marie Salviati, la question de tutelle la préoccu- 
pait : « Faut-il l'accepter, demandait-elle, ou le mettre 
parmi les pupilles de l'Official? » Car Florence avait des 
tuteurs officiels désignés par élection, entre les citoyens 
d'élite. Les temps n'étaient point propices aux hypothè- 
ques ; les créanciers étaient durs. En outre, absente de 
la maison, elle s'inquiétait de tout : Jean de la Stufa 



JEAN DES BANDES NOIRES -VM 

maltraitait Fortunati. tout allait en désordre, les bagages 
même n'arrivaient pas, la douane de Venise était rigou- 
reuse, on craignait la contagion de cette peste qui déso- 
lait alors Florence. Les papiers de cette période ont été 
brûlés à demi, mangés de flamme et de vinaigre, macé- 
rés, parfumés. Et la dépense était terrible à Venise. Le 
Pape, « avarissime », avait de trop bonnes raisons pour 
ne pas donner. 

Bientôt, elle récrivait elle-même à Fortunati (jui s'était 
retiré dans sa Topaïa, sur le penchant de la montagne qui 
domine Castello. La même intempérance de langage, les 
mêmes récriminations s'amassaient sous la plume inha- 
bile : chacun avait eu sa part des bénéfices, auprès du 
Pape Médicis, Jean Altoviti s'était fait adjuger une pension, 
Zanobi de Médicis avait le gouvernement du château à 
Orvieto, plus deux cents ducats par année, avec promesse 
de quatre cents, « vous pourriez bien dire à Sa Sainteté, 
concluait-elle amèrement, de nous pourvoir, Cosme et 
moi, d'une pension convenable pour pouvoir vivre sans 
avoir chaque jour à lui rompre la tête à cet effet; et 
rappelez-lui qu'il y a un mois que je n'ai pas un sou; 
que je mets en gage tout ce que j'ai, toutes mes chaînes, 
je n'ai plus rien à engager... Enfin, je suis pourtant 
après tout la nièce d'un Pape Clément, la femme d'un 
Seigneur Jean, et je serais réduite à mendier de la sorte! » 

Quand la paix fut un peu revenue, elle commençait à 
penser aux restes de son mari, à ces « os bénis » (jue 
gardait xMantoue. Elle les recommandait à un ami, en 
même temps que « son pauvre fils, suffoqué d'infortune, 
et réduit à la mort, si bien qu'il faudrait un secours du 
ciel pour le délivrer de ses peines. » En effet, en 1535, 
Cosme plaidait encore contre ses cousins Lorenzino et 
Julien; quand Clément VII mourut, il fut fait des rem- 
plois à la succession de Jean des bandes noires. 

Ce n'est pasia première fois que les Médicis mendiaient 



333 JEAN DES BANDES NOIRES 

à Venise. Mais Cosme eut un jour sa revanche, et, duc 
de Florence et de Sienne, il put songer officiellement à 
la mémoire de san père. Nouveau prince, il ne semble 
pas avoir été reconnaissant envers Marie Salviati, qui 
n'avait pas la main habile; elle ennuyait ses instincts 
de tyrannie. S'il lui laissa mener sa cour à la façon bour- 
geoise, faisant laver, raccommoder le linge, menant la 
cuisine, illa confina dans le rôle de femme de charge;, 
cette pauvre femme, si passionnément charitabla, eut à 
souffrir les rebuffades d'une « barbare Espagnole », c'est 
ainsi que les Florentins désignaient Eléonore de Tolède, 
la femme de Cosme. Veuve de Jean des bandes noires, 
Marie Salviati passait dans la nouvelle Florence comme 
un spectre des anciens temps, grande, blanche, épuisée 
par tout le sang qu'elle perdait sans cesse, plus blême 
que son voile, oracle et refuge des misérables; elle allait 
de couvent en monastère, appuyait, suivant son antique 
coutume, les réclamations des faibles, les droits des 
malchanceux ; comme son Jean, elle aimait les vêtements 
simples, communs, presque grossiers. Lorsqu'elle mou- 
rut, à quarante quatre ans, le 12 décembre 1543, la vraie 
Florence, celle des petits et des religieux, prit le deuil. 
Elle avait interdit toute pompe à ses funérailles. Elle 
n'évita pas une oraison funèbre que l'historien Varchi 
prononça dans l'Académie à Florence, avec force super- 
latifs. 

Ingrat envers sa mère, comme un homme à succès 
doit l'être, et un sérieux politique, le duc Cosme ne fut 
pas plus soucieux des anciens amis. Il est vrai qw'il en 
était un, parmi les plus intimes de son père, capable de 
donner la nausée: c'était l'Arétin. 

Le ruffian de lettres, une fois écroulée sa fortune par 
la mort de son maître Jean de Médicis, avait essayé de 
s'implanter à la Cour de Mantoue. Mais il avait l'instinct 
de l'animal traqué, sentait que rien n'était solide pour 



JEAN DES BANDES NOIRES SSH 

lui tant qu'il dépendrait des princes; il était trop com- 
promettant, ils étaient trop capricieux; il pensa peut-être 
à la France, il est certain qu'il eut brillé parmi les gre- 
dins émigrés. Mais là encore, les concurrences étaient 
grandes, le pouvoir ombrageux et fort. 

L'Arétin partit pour Venise. Il y arrivait le 25 mars 
1327, il croyait faire étape ; il avait trouvé le gîte de toute 
sa vie. La lettre qu'il adresse au doge André Gritli chante 
les louanges de l'asile où il fera si largement sa carrière. 
On a comparé, sans penser qu'une comparaison est tou- 
jours fausse, la Venise du xvi'^ siècle à la Hollande du 
xvH"; c'est faire injure à la Hollande, refuge de la pensée 
libre, où Spinosa, Descartes vivent; Venise n'était qu'une 
auberge, on y était en sûreté si l'on n'offensait point l'K- 
tat. Et voilà comment, avec une impudence et une bas- 
sesse dont il aurait pu faire, en un autre temps et sous 
d'autres cieux, presque du génie et à peu près de la gloire, 
Pierre l'Arétin établit sur les lagunes une officine, la pre- 
mière, de chantage et de réclame. C'est dans le Palais 
Bollani, loué par lui, que la grande Presse, avec tous les 
sens de ce mot, fut découverte et mise en train. 

L'Arétin aurait donc pu voir Cosme de Médicis et Ma- 
rie Salvialiau printemps de 1527 à Venise. Les a>t-ilvus? 
ce n'est pas sûr, et ses lettres n'en disent rien. Les deux 
épitres de Marie Salviati qu'il a publiées sont de sa fabri- 
que, ou du moins ont été retouchées par lui; j'ai feuilleté 
quelques milliers de pages, j'en ai transcrit tout autant, 
de l'une et de l'autre; ici, le faux se sent, aux phrases 
creuses et redondantes, à la sottise qui vient flatter le 
marquis de Mantoue. Le testament, on s'en souvient, dé- 
signait le duc d'Urbin, et l'Arétin lui-même avoue l'éloi- 
gnement, l'inimitié qui existait entre Jean de Médicis et 
Frédéric de Gonzague. Cependant, il glisse une phrase où 
Marie Salviati dirait : « Mon mari, Dieu ait son âme, a 
déclaré en son testament qu'il fallait envoyer Cosme au 



334 JEAN DES BANDES NOIRES 

marquis. » Le reste est de même valeur, va jusqu'au gro- 
tesque ; l'Arétin se fait dire ailleurs, par Sébastien del 
Piombo, que Clément Vil a soupiré dans le Saint-Ange, et 
dit comment l'Arétin aurait empêché le sac de Rome, 
en rapportant au Pape les racontages de la ville. 

La gloire même qu'il se targuait de distribuer, lesMé- 
dicis la dédaignèrent. Alexandre l'achetait pour soixante- 
quinze écus, et il avait raison, car les louanges de l'Aré- 
tin étaient stupides, lourdes et fades, filandreuses, sans 
fantaisie. Plus on étudie l'Arétin, plus on est persuadé que 
Dieu le créa pour faire trouver du talent h. François Berni. 

Pour honorer Jean des bandes noires, il n'a su que res- 
sasser dans les six volumes de sa trouble correspondance. 
Gotha du chantage éhonlé, les affirmations de leur inti- 
mité, les assurances du grand rôle que l'Arétin avait 
joué près du condottiere, avec des proses et des vers où 
tout le clinquant de l'époque, la mythologie, une friperie 
théâtrale, se plaquent misérablement. « Je fus son père, 
son frère, son ami, son esclave », disait-il à Cosme. 11 ne 
fut que son valet, et son bouffon. Cosme une fois duc « à 
l'ombre de César », ilaurait bien voulu se mettre lui-même 
à l'ombre de Cosme. « La plus grande preuve d'amour 
mutuel, lui écrivait-il, c'est les deniers qu'on se donne. » 
Et quand un ami de l'Arétin, Louis Dnlce, qui écrivait 
sous sa dictée bien souvent, fait un calendrier universel, 
s'il parle du 30 novembre 1526 et de Jean de Médicis, 
il accumule quatre insanités en cinq lignes ; belle preuve 
que l'Arétin parlait fidèlement du mort et savait garder 
sa mémoire. 

Mais laissons ce drôle; un revers de plume suffit, après 
qu'on l'a bien disséqué, en sa qualité de monstre litté- 
raire, pour le rejeter au torrent des abjections surannées. 
Sa seule utilité fut de conserver une médiocre pléiade 
d'artistes autour de Jean des bandes noires, et de le faire 
sculpter et peindre parles piètres fabricants de cette épo- 



JEAN DES BANDES NOIRES 835 

que. Un jour, aussi, pétri de haines etde rancune, l'Aré- 
lin lâchait quelques lignes où le style se serre et monte ; 
c'est à Césano, l'ancien secrétaire de Jean de Médicis, qu'il 
les envoyait : « Il est vrai que j'aurais pu espérer force 
biens en restant longtemps dans Rome ; mais il n'y a 
pas en ce monde une pire misère que la sujétion du 
courtisan, et je me tiens pour un homme opulent, puis- 
que je vis libre de la servitude cléricale. » Ce jour-là, 
le gaillard eut quelque talent. 

On pense bien que la nuée des flatteurs, une fois 
Cosmel" monté sur le trône ducal, multiplia les dédicace?, 
les allusions, les poèmes. Ce paillasse de François Berni, 
entre un éloge du Pot de Chambre et de sales brocards 
au Pape ou aux cardinaux, délayait le Roland amou- 
reux, déjà si fatigant sous la plume d'un Boïardo. Avec 
l'aplomb d'un cuistre,, il le rallongeait et le refaisait; 
et dans le début d'un de ses derniers chants il insérait 
un éloge ampoulé de Jean des bandes noires. Falugio, 
en 1532, composait une espèce de complainte, traî- 
nante et navrante ; Guazzo, dans sou Mémorial, noyait 
sous les phrases quelques faits bien connus. François di 
Soldo Strozzi, en tête d'une. traduction qu'il faisait de 
Xénophon, mettait une dédicace, et un portrait fort pareil 
à celui d'Angelo Bronzino, que conserve le Musée des Of- 
fices; Gualandi consacrait à Gosme son « Dialogue de l'ex- 
cellent prince,» et racontait un déjeuner à Castello, pour 
marquer son intimité dans la maison pt glisser agréable- 
ment ses éloges; Baldini, premier médecin du Duc, en- 
chérissait encore; et Léoni, dans son ouvrage sur le Duc 
d'Urbin, et Mossi, dans sa Vie de Jean des bandes noires, 
et François Bocchi, dans son Discours sur le plus grand 
soldat. Littérature d'antichambre, qui ne vaut mAme plus 
la peine, après ce siècle, d'être ramassée par l'histoire; 
intarissable comme la platitude et la flatterie, et fragile 
comme les ducs qu'elle encense et les princes dont elle vit. 



336 JEAN DES BANDES NOIRES 

Il y eut quelques biographes ; le neveu de Jean des 
bandes noires, Jean-Jérôme de' Rossi, composait une vie 
brouillée pour les dates, et incomplète, mais riche de tra- 
dition, et de détails personnels, pittoresques, pris dans la 
famille; ce singulier cardinal, dont les papiers ne sont 
pas tous publiés, faisait de la stratégie en chambre et 
voulait imiter Machiavel. Un Tedaldi, qui avait approché 
le condottiere, écrivait à Benoît Yarchi une lettre cu- 
rieuse. Et Luc'Antoine Cuppano, dans ses souvenirs, 
montrait bien que les témoins oculaires ne sont pas tou- 
jours les gardiens les plus fidèles d'une vérité déformée 
par le temps et la vie. 

Le vrai monument, et l'éloge véritable, qui demeuraient, 
c'est les Bandes noires. Sans doute, elles se dispersaient 
d'abord, cherchaient à survivre. Florence les ramenait, 
on hésitait à les confier au comte de San Secondo, bien 
jeune, et de second ordre. Elles survécurent pourtant. Jean 
des bandes noires n'avait rien inventé : les chevau-lé- 
gers, il les avait pris à la France, aux enseignements 
transmis par ces princes à demi français, Julien et Lau- 
rent de Médicis ; on avait vu les Albanais et la cavalerie 
nouvelle sous Louis XII. Pour l'infanterie, les vieilles 
milices, les « scuole, » lui donnaient des cadres; mais 
tout avait été renouvelé, forgé de plus près et plus ferme, 
sous sa volonté vigoureuse. Comme Napoléon prenant 
les armées de la République, il avait su les faire siennes, 
ces bandes encore et toujours célèbres par la seule gloire 
de son nom. 

Tous ses capitaines eurent des destinées brillantes ; 
Saint-Pierre le Corse devint célèbre, Luc'Antoine Cuppano 
passa d'Urbin à Piombino comme gouverneur, et le duc 
Cosme, qui le protégeait avec sa circonspection ordinaire, 
fit recueillir ses papiers quand il mourut. C'est sur les 
bandes noires, cantonnées à San Casciano, qu'on avait 
compté pour arrêter les ennemis dans la route de Rome ; 



JEAN DES BANDES NOIRES 3:37 

(( le nom du Seigneur Jean, dit Varchi, tout mort qu'il 
fût, était en honneur et tPrreur incroyable, » les bandes 
pouvaient encore, Florence tombée, offrir à Cosme la cou- 
ronne, qu'il aima mieux tenir du temps, de la patience 
et de l'intrigue. Frondsberg éloigna' misérablement, leur 
renommée s'accrut encore. En 1530, l'évêque de Saluées 
écrivait à Cosme qu'il retrouvait à Romillybien des an- 
ciens compagnons d'armes « amis et serviteurs ») fidèles 
à Jean des bandes noires; et Cosme lui-même, en 1545, 
réclamait la préséance sur le duc de Ferrare en disant: 
« Le monde entier sait quel était mon père, et surtout 
Sa Majesté Très-Chrétienne; et que jamais si valeureux 
seigneur et capitaine n'exista dans la maison de Ferrare. » 

Le maréchal Strozzi se trouvait fier de recueillir « ces 
vieux capitaines et soldats, bien aguerris sous les ban- 
nières et ordonnances de ce grand capitaine Jeannin de 
Médicis. » Biaise de Monlluc, dans ses farouches Com- 
mentaires, louait le chef et les soldats. 

Et, gloire suprême, deux siècles plus tard, un écrivain, 
nourri à même le peuple et la. vie, se remémorait ses 
années d'apprentissage dans les Marches italiennes^ et 
il écrit : « A chaque régiment qui passait en Savoie, je 
croyais revoir ces fameuses bandes noires qui jadis 
avaient fait tant d'exploits I » 

Voilà le monument, voilà l'éternité du condottiere. 

Mais, on pense bien que les sculpteurs, les peintres, 
les graveurs de la Renaissance arrivée à son crépuscule 
nocturne, accoururent autour de cette mémoire, et aux 
pieds de Cosme fait duc, comme les mouches en été. 
Lorsque le duc régnant, par la grâce de Charles-Quint 
et sous le canon de la forteresse tenue par l'Empire, eut 
écrasé à Montemurlo les derniers débris de la liberté 
florentine, il lui prit des goûts bucoliques, et il embellit 
Castello; le vieux maître maçon de Jean des bandes noi- 
res, maître Pierre de San Gasciano, celui qui fortifia 

23 



338 JEAN DES BANDES NOIRES 

l'Aulla, le poussait à faire un de ces jardins à murs, à ro- 
cailles, à bassins, à grottes, qui auraient transporté d'aise 
notre Bernard Palissy ; Marie Salviati soutenait l'entre- 
preneur. On proposa comme architecte des fabriques et 
des jardins, comme décorateur, le sculpteur Tribolo ; 
Vasari s'étend sur les belles inventions de l'artiste ; on 
pense bien que Jean des bandes noires n'y fut pas oublié. 
D'abord, dans un ensemble symbolique, conseillé par 
l'historien Varchi, sur un fronton, Jean des bandes noires 
devait figurer le Courage ; la Sagesse, ah I pour la Sa- 
gesse, on hésitait entre Cosme le Vieux ou Clément VII. 
Car, ni la lâcheté, ni l'usure n'étaient représentées. 

Mais il fut bientôt question d'un plus grand projet; le 
tombeau que Cosme voulait élever à son père. 

Tribolo fit un modèle, en concurrence avec un pro- 
tégé du professeur d'escrime à la Cour ducale, Raphaël 
de jNIonte-Lupo. C'est Tribolo qui l'emporta, il partit pour 
Carrare afin de faire extraire les marbres nécessaires. 
Lorsqu'il revint, Baccio Bandinelli, plus fourbe, plus 
audacieux, plus courtisan, s'était fait donner la com- 
mande; ce gâcheur de marbre avait pris, via Mozza, des 
blocs réservés pour Michel-Ange î Tribolo ne reçut pour 
se consoler que la charge d'exécuter mainte décoration, 
destinée aux noces de Cosme avec sa première femme. 
Eléonore de Tolède. Parmi ces travaux, il modela, sur 
la place de Saint-Marc, au-dessus d'un piédestal peint 
par le Bronzino, la statue équestre de Jean des bandes 
noires, sur un cheval cabré, foulant au pied des blessés et 
des morts. « On admira surtout, disait Vasari, la pres- 
tesse avec laquelle il la fît, aidé de force gens, parmi 
lesquels le sculpteur Santi Buglioni, qui tomba, s'es- 
tropia d'une jambe et faillit mourir. » 

Bandinelli n'acheva que la base de son monument, 
couvert de bas-reliefs grouillants et confus; la statue, 
mal dégrossie, n'est ni ressemblante ni belle, Jean des 



JEAN DES BANDES NOIRES 339 

bandes noires ressemble à une figure écorchée. D'ailleurs 
Cosme était peu fervent pour ces dessins. Il pr('fi'rait 
ses jardins et ses statues personnelles. San Gallo restait, 
en somme, le seul artiste qui eût fait une image vraie, 
un monument digne du mort. 

11 y eut encore, d'après le moulage pris par Jules Ro- 
main, un buste du Bolonais Alphonse Cittadella, men- 
tionné dans les lettres de l'Arétin qui se contredisent entre 
elles. Louis Anichini voulait faire aussi des intailles, des 
figures en cristal de roche, et Cattaneo Danese, en 1546, 
modela une médaille qui ravissait l'Arétin et le comte 
de San Secondo. Le duc Cosme avait perdu la mémoire 
des traits paternels ; il remercia le courtier d'artistes, 
Pierre l'Arétin qui lui envoyait cette pièce. « Je me 
rapporte pour la ressemblance, disait il, au jugement du 
comte Pierre-Marie et au vôtre. » Puis, enfin, sans parler 
des gravures fantaisistes et des statues moins que vulgai- 
res, dues à de plus récents ateliers, il y eut un portrait 
de Titien, et de petits portraits du Bronzino ; les seules 
œuvres à peu près dignes que l'on relève leur nom. 

Titien avait coutume de peindre les modèles qu'il n'a- 
vait pas vus. C'est ainsi qu'il fit le portrait de François I«^ 
L'Arétin, pour Jean des bandes noires, lui remit le fa- 
meux moulage, et Titien fît une admirable peinture. La 
tête, plus vécue, plus maigre, y est devenue moins 
épaisse que dans la médaille et le buste de San Gallo ; 
l'œil est terrible; le profil, tranché sur un fond très som- 
bre, est animé par une féroce énergie ; les reflets de l'ar- 
mure, et du casque posé sous la main droite, éclairent 
ce portrait livide, à l'impérieuse majesté. L'Arétin le fit 
graver en 1.546, avec une inscription de son crû, et il 
envoyait au duc Cosme cette estampe, mais non pas du 
tout le portrait lui-même. Plus tard, l'œuvre originale 
fut amenée de Venise dans les collections ducales; parmi 
tant de toiles superbes qui sont la gloire des Offices et 



340 JEAN DES BANDES NOIRES 

font rayonner sur leurs murs l'ancienne Italie des artis- 
tes et des guerriers, le Jean des bandes noires peint par 
Titien est au rang suprênne. 

Cosme I" avait voulu faire placer le Biancone, le grand 
homme blanc de Bacciu Bandinelli dans la chapelle des 
Neroni, à Saint-Laurent. Mais la chapelle fut trouvée 
trop petite, et le Palais de la Seigneurie s'ouvrit pour 
la grande statue. Les cendres du mort restèrent à Man- 
toue, dans la sacristie de Saint-Dominique, jusqu'en 
l'année 1685. Elles furent alors ramenées à Florence, 
par Tordre de Cosme 111. 

Lorsqu'en l'année 1857, on rouvrit les tombeaux pour 
mettre la poussière de tous les Médicis sous le pavé d'un 
vestibule, on trouva Jean des bandes noires et Marie 
Salviati presque intacts. Dans une caisse de bois au cou- 
vercle bombé, couverte de velours en lambeaux, et qui 
se trouvait contenue dans une autre caisse grossière, on 
découvrit le condottiere. Le squelette enfermé dans l'ar- 
mure, le crâne clos dans le heaume, étaient intacts; il 
ne manquait seulement que les osselets des mains, con- 
sumés par le temps, et le pied, coupé avec l'extrémité 
du tibia. Les os de la jambe amputée montraient les tra- 
ces d'une opération barbare, mal exécutée et mortelle. 
Quelques fragments rouilles d'armure gisaient autour 
des ossements, le pectoral et cette énorme spalière que 
montrent la médaille de San Gallo et son buste, étaient 
encore en bon état. L'épée manquait. Jadis, le marquis 
François de Gonzague avait, par admiration, demandé 
une de ses épées à Catherine Sforza. Le fils du héros 
illustré par Fornoue, ce joli marquis Frédéric, devenu 
duc par la grâce de Charles-Quint, avait-il enlevé l'épée 
de Jean des bandes noires ? le duc d'Urbin l'avait-il prise ? 
elle était bien lourde pour eux. 

Le cercueil de Marie Salviati, constellé de croix, laissa 
voir, avec un visage réduit aux ossements, un corps 



JEAN DES BANDES NOIRES 841 

trJ's bien conservé. Image de temps simples et pieux, la 
morte avait voulu revêtir les habits des religieuses; 
mère du premier Grand Duc, et celle qui avait conduit 
en France Catherine de Médicis, elle était là, dans sa 
longue robe de serge noire, rongée par les vers du sé- 
pulcre. 

Mais, sur la place qui descend devant la vieille basili- 
que où triompha Donatello, le hasard avait fait revivre 
Jean des bandes noires. Populaire à tout jamais, et de- 
venu, pour rilalie ressuscitée, un personnage de Plutar- 
que, on avait tiré dehors le Grand Diable de Baccio Ban- 
dinelli, qui s'attristait au Palais-Vieux; tandis qu'une 
affreuse statue grise, à la mode nouvelle, s'exilait sur 
un coin désert du Lung'Arno, le vieux marbre jauni par 
le temps, avec sa silhouette gauche, sa cuirasse follement 
ornementée, était porté sur la place de Saint-Laurent; 
il était dressé tout au cœur de Florence. 

Le piédestal à bas-reliefs l'y avait précédé depuis long- 
temps. Le peuple de ce quartier plébéien nommait cela 
« Basi di San Lorenzo » ; à l'angle du terre-plein qui 
monte à l'église, au centre d'un carrefour, le marbre 
avait commencé par trancher crûment sur la terre bat- 
tue, et les dalles grisâtres du lastrico. Une fontaine y 
avait été pratiquée, où les commères du Borgo, les ciane, 
remplissaient leurs cruches, et qui donnait aux beceri, 
les terribles gavroches des vieilles rues, un filet d'eau 
pour leur gosier, desséché de lazzis et de hurlements. 
Peu à peu, le marbre volé à Michel- Ange par le triste 
Bandinelli s'était verdi, doré par places, suivant les jeux 
de la pluie et du grand soleil ; les bas reliefs, polis par 
la main des passants, par les vêtements des oisifs qui 
s'appuyaient là pour pérorer, perdirent leur crudité 
lourde et emphatique. Les Basi devinrent un but pour 
les courses de chevaux barbes qu'on lâchait à la grâce de 
Dieu, dans ces venelles. Entrées dans la vie populaire, 



342 JEAN DES BANDES NOIRES 

ces pierres restaient mêlées à tous les événements du fau- 
bourg, regardées, touchées, accrochées par la carriole, 
éraflées par la planche ou la barre de fer, usées — vi- 
vantes ! Il y a cinquante ans, lorsqu'on leur remit sur 
le dos la grande statue du Palais, on les nettoya, mais 
Florence eut bientôt fait, avec sa lumière et sa poussière, 
de rendre une patine au socle et à l'énorme ébauche. 

Le peuple, amusé de voir assis le chevaucheur légen- 
daire, avait fait une inscription, suivant la mode de la 
ville oii toute statue reçoit son épigramme ou son sobri- 
quet : 

« Messire Jean des bandes noires 
Ennuyé de tant chevaucher 
Éreinté, descendit de selle. 
Et s'assit, pour se reposer 1 » 

Maintenant encore, un marché perpétuel en plein vent, 
fripiers, regrattiers, bouquinistes, crieurs de viande ou 
de citrons, papetiers à quatre sous, vendeurs d'objets 
religieux, et ceux qui étalent les fleurs, et ceux qui ma- 
nient les ferrailles, les vieux balais, les vieilles brosses, 
les'poteries aux formes étrusques, parmi les pourchasses 
de chiens, les laissez-courre de chats, les jurons des 
cochers et les hennissements des mules, tout s'agite, 
piaille, grouille, et vient exhaler les odeurs locales au- 
tour de ce marbre. On peut acheter, aux pieds de Jean 
des bandes noires, un livre ancien, perdu parmi les 
détritus imprimés, ou quelque heurtoir de logis détruit 
par le pic et la pioche triomphante; on trouve là de 
ces sonnets imprimés sur soie jaune ou rose, pareils à 
ceux que l'Arétin fixait au tombeau de Mantoue. 

C'est bien ainsi que devait être honoré Jean des bandes 
noires. Une statue, même mauvaise, quand elle vit au 
milieu du peuple, vaut presque un chef-d'œuvre muet, 
dans l'exil morne d'un Musée. 



EPJLOGUE 



Et maintenant, le livre fait, voici comment ]'ai fait ce 
livre. 

En étudiant Pierre l'Arélin, au milieu des personnages 
qui étaient mêlés à sa vie, une figure frappait surtout. 
Un homme; un prince, avait touché, presque sincère- 
ment, l'implacable aventurier de lettres; et l'Arétin, qui 
raillait tout, paraissait quelquefois sincère en exploitant 
cette mémoire. Les rebuffades du duc Cosme ne décou- 
rageaient pas son culte. Il aimait Jean des bandes noires. 

Or, personne ne connaissait vraiment ce Jean. Même 
à Florence, il a des statues : mais où est son histoire? 
Pour la faire, il suffit d'ouvrir les Archives ; et c'est alors 
un éblouissement, des trésors à fouiller durant des an- 
nées. Toute une vie, avec l'histoire des mœurs, est là, 
demeure intacte; l'Italie, pays merveilleux, comme la 
Belle au Bois dormant, conserve toutes les époques, avec 
leurs témoins et les pierres qu'elles ont foulées. 

Et dans aucun autre pays la recherche n'est plus fa- 
cile, le chemin plus sûr, les reliques plus libéralement 
offertes. 

C'est pourquoi je dédie ce livre à l'Italie, et à Florence. 



8 4 't 



JEAN DES BANDES NOIRES 



Image d'un héros, image de temps monstrueux dans 
l'histoire, puisse-t-il, avec les leçons du Passé, en garder 
la noblesse. Et, si l'histoire des mœurs n'est pas un sim- 
ple jeu d'artiste, si, comme j'en suis convaincu, les faits 
exactement décrits et ramenés jusqu'à la vie doivent 
contenir des enseignements, puifse-t-il donner à ce pays 
et à tous les pays la connaissance, c'est-à-dire l'aversion 
de ceitaines gloires. 

Tout au fond de ces gloires-là, je trouve cette chose 
ignoble : l'adoration de la force. Je ne fermerai pas ce 
livre sans expliquer mon sentiment; j'ai étudié ce per- 
sonnage, mais je n'ai pas pour lui la moindre parcelle 
d'admiration. Le vrai rôle de l'écrivain, c'est d'étreindre 
aussi puissamment et d'aussi près qu'il peut le type 
humain, l'ayant choisi vigoureux et original. Il lui doit 
son attention, ?on labeur ; mais notre respect, noire 
sympathie ne sont point là. L'intérêt de l'artiste peut 
s'attacher à ces hommes, mais son estime est en dehors 
et au-dessus de leur conquête. 

Ce que l'on m'a tant reproché, pour ma plus grande 
joie, mon admiration fort médiocre envers l'art ordinai- 
rement prôné de la Renaissance, ma tolérance à peu près 
nulle pour les lettres italiennes tônibées à la bouffonne- 
rie, au chantage ou au pédantisme de courtisan, rien n'a 
changé : je reste français, et je reste un lecteur de Dante. 
Mais, littérateur et poète, je découvre dans cette histoire 
dont tous les documents subsistent, les passions les plus 
pittoresques. Florence, que Burckhardt, notre maître à 
tous, proclamait « la plus riche cité du monde en ce 
temps-là pour la vie originale, » et « une collection de 
curiosités de premier ordre, » Florence au xvi« siècle, 
n'offrait rien qui valût pour mqi Jean des bandes noires. 

Il suffit qu'on ne nous croie pas, nous autres hommes 
libres, les séidts de tels Cyclopes. Sans la pensée qui 
ressuscite les soldats, même les plus grands, sans les 



JEAN DES BANDES NOIRES -i'i^ 

artistes qui modèlent leur grossière argile, qu'est-ce 
qu'il demeurerait d'eux? La poussière de leurs chevaux? 
les hurlements de leurs massacres? le cliquetis de leurs 
épées ? et à la fin, la renommée de leurs défaites. Car 
cela finit toujours par l'exil, la retraite, un lit d'hôpital. 
La victoire, seule raison d'exister qu'ils semblent avoir, 
ne leur est même pas fidèle. 

Cette poussière du Passé, qui est demeurée aux liasses 
de Florence, de Rome, de Milan, de Mantoue, sur les 
créneaux du Trebbio, elle laisse apparaître un homme 
de second ordre. Pour l'étude, ce sont peut-être les plus 
intéressants. L'imposture est moins constante autour 
d'eux, la vérité n'a pas été aussi assidûment corrompue 
ou tronquée. Et ce mensonge universel qui s'épaissit au- 
tour des figures au premier rang semble moins épais, 
moins impénétrable pour eux. Ces lettres écrites au jour 
le jour n'ont pas été falsifiées. Essayez de peindre une 
Cour du xve siècle à travers la platitude melliflue du 
Cortegiano, ce Dangeau platonicien ; tentez de tenir un 
Cosme P' , dans la masse de documents avariés par la 
flatterie ! Et pourtant, il est sur que le xvi'' siècle italien 
succéda dignement à ce Quattrocento dont un historien 
classique et italien a pu dire : « che fu pure uno deipiù 
scandalosi nella storia del génère umano, » qu'il fut un 
des plus scandaleux dans l'histoire du genre humain ! 

Le seul effort de l'écrivain, au milieu de cette époque 
brutale et qui sent le cadavre, « coupe-gorge et mauvais 
lieu », c'est de ne pas se rebuter par la monotonie de ces 
scandales. On respire vers la grandeur, vers la beauté. 
De temps à autre, on s'arrête, découragé. Quoi, des pas- 
sions si vulgaires? un temps vil, des hommes sans foi ni 
loi, l'argent, le sang, la fourberie partout, la littérature 
aussi lourde que l'art, San Gallo pour sculpteur de choix, 
et, pour poète, l'Arétin ! Puis on se reprend à cette vie, 
que l'on remue à pleines mains. Un roman vrai, mieux 



346 



JEAN DES BANDES NOIRES 



qu'un romao, une élude de mœurs, non plus pillée aux 
Casi ti^agici, et faite sur des cahiers pédants, mais sortie 
de la source même. 

Puis, Jean des bandes noires a ce caractère triomphal, 
d'avoir entièrement montré le don spécial de sa nature, 
et jusqu'à l'extrême. 

Les hommes les plus dignes d'être ressuscites dans 
l'art, les exemplaires souverains de l'humanité, n'est-ce 
point ceux-là qui ont déployé, tout entière, une force 
humaine? Jean des bandes noires apparaît comme un 
être magnifique : son énergie fut complète, et^^dans son 
genre^ il fut parfait. C'est le meneur de soldats, le chef 
guerrier, et d'une espèce qui ne pouvait plus subsister ; 
image extrême d'un ancien monde. Ni tacticien, ni gé- 
néral de stratégie : condottiere, capitaine d'embuscades 
et d'escalades, d'escarmouches et d'avant-garde, un féo- 
dal, et un de ces aventuriers héroïques dont les grandes 
armées trouveront encore l'emploi comme auxiliaires, 
avec Lassalle ou Murât, comparses splendides. 

Jean des bandes noires, créé par deux familles entiè- 
rement contraires dans leur tradition, leurs caractères, 
est un de ces produits uniques dont l'histoire aime à 
s'emparer. On l'a nommé « le guerrier des Médicis ». Et, 
dans cette race bourgeoise et mesquine, d'usuriers poli- 
ticiens, de candidats perpétuels au Saint-Siège, princes 
banquiers, cardinaux gouverneurs de villes et massa- 
creurs par procuration, il fut vraiment guerrier, lui 
seul. D'autres Médicis, comme Julien, Laurent d'Urbin, 
avant lui, et d'autres après lui, son fils Cosme par exem- 
ple, sauront mettre sur leurs habits brodés une belle 
cuirasse, voler Urbin ou Pesaro, exterminer Sienne avec 
l'aide d'un Pape ou d'un Empereur; mais ce n'est point 
leur vrai métier. xVu lieu que lui, l'enfant de Forli, le 
fils de la Sforza, le Romagnol fougueux, c'est un homme 
de guerre, tête, cœur et main, et dans toutes les goût- 



JEAN DES BANDES NOIRES ;J'i7 

tes de son sang ; la bataille perpétuelle, c'est son destin. 
Il doit tirer l'épée, tendre la lance, cogner la masse, 
frapper, tuer. Quand il n'a pas encore l'âge de se harna- 
cher pour la guerre, ou quand par malheur c'est la paix, 
il frappe et il tue par besoin, mettant cruautés et scan- 
dales l'un sur l'autre. Ou bien, il chasse avec furie, et 
plus d'un tiers, dans ses lettres, parlent de faucons, de 
chiens braques, de lévriers, de toutes les bêtes dressées 
à exterminer. 

11 aime tant la guerre, qu'elle le mate et le façonne, 
et il admet la discipline, pour arriver à mieux se battre, 
pour former le bon instrument qu'il lui faut. Le désir 
de tuer fortement, sans irôve, le tempère dès l'âge de 
vingt-quatre ans et en fait un chef véritable. 

A-t-il jamais eu la pensée que Machiavel concevait sur 
lui ■? Songea-t-il jamais à inscrire sur sa bannière noire 
une dtvise pareille à celle de l'autre Romagnol, Albéric 
deBarbiano: « Liber. Ital. abcxler. » « Délivre l'Italie 
de l'étranger! » Non, rien ne montre une telle espé- 
rance en Jean des baçdes noires ; il ne pouvait être le 
Duguesclin de l'Italie. Lorsque Duguesclin était prison- 
nier, il disait : « Les femmes de France fileraient toutes 
leur quenouille afin de payer ma rançon ! » Quand on 
pensa prendre Jean des bandes noires sous Pavie, le peu- 
ple accourut pour le massacrer. 

Et cela, nous en sommes sûrs. La vérité des documents 
parle sur lui. Ce n'est plus de l'entomologie historique, 
les petites notes gommées l'une après l'autre, prises dans 
les livres qui se contredisent, aussi absentes de la vie 
qu'une collection d'insectes morts dans un tiroir. Et ce 
n'est point Jacques Pitti, lequel dit blanc, François Vet- 
tori qui dit noir, Xardi douteux, Jove affirmant : ce sont 
les feuilles de papier scellées au cachet de ces gens-là 
qu'on étudie, écrites ou signées par eux. Voilà pourquoi 
je suis rentré dans les tourbières de l'histoire. 



JEAN DES BANDES NOIRES 



II 



Il est pourtant une noblesse dans cet homme. C'est son 
mépris de la mort. Il l'a bravée partout, et même quand 
elle est venue sous une forme hideuse, il l'a bafouée 
pour lui même tout comme il la prodiguait aux autres. 
Ceux de sa race, du côté Médicis, c'était, Michelet l'a su 
dire : « des misérables ». Mais lui, Pétrarque semble 
l'avoir voulu décrire quand il parle de cette espèce de 
gens 

« Qui répandent leur sang et qui vendent leur ùme. d 

La mort lui fut reconnaissante, à ce généreux serviteur, 
on le prenant après la deuxième blessure. Estropié, que 
devenait-il, s'il survivait? Le temps des renards ou des 
loups-cerviers arrivait, après celui des tigres. C'est 
Cosme I®'"qui réussira cette carrière officielle que son père 
n'aurait point faite. Le caractère de Jean des bandes 
noires n'admettait nulle clairvoyance. Son énergie fut 
gaspillée. On croit rêver, lorsqu'on voit ces agitations mi- 
sérables, ces luttes qui se nouent et se dénouent sans 
trêve, les ennemis d'aujourd'hui, qui étaient hier des 
amis, redevenant des alliés le surlendemain. A ces ambi- 
tions entre-croisées, à ces perpétuels combats pour les 
intérêts immédiats, on trouve enfin un sens : c'est de faire 
apparaître l'homme, sincère, déchaîné, dans la brutalité 
naïve d'une race qui n'avait plus de frein légal ni mornl, 
et qui était encore forte. Jean des bandes noires, toujours, 
a suivi l'exemple de sa mère : toutes les guerres se va- 
laient, et n'avait-il pas vu Catherine Sforza dépenser sa 
vie à des attaques contre les bicoques de la Romagne ? 

Seulement, qu'on ne vienne plus nous dire : « la guerre 
est la plus grande et pompeuse des actions humaines. » 



JEAN DES BANDES NOIRES 349 

La guerre pour la patrie, certes. Mais non toutes les 
guerres. Il eu est de petites, de mesquines, de plates et 
de prosaïques. Celui qui admirait encore les bandes noi- 
res après deux cents années écrivait : « Il y a des métiers 
si nobles qu'on ne peut les faire pour de l'argent sans 
se montrer indigne de les faire, tel est celui de l'homme 
de guerre. » Jean des bandes noires a fait la guerre pour 
la paye et pour gagner un principat. 

Nous connaissons la gloire militaire, on nous en a gor- 
gés, Jean des bandes noires ne nous la fait point respec- 
ter. Parmi les machines à tuer, plus ou moins savam- 
ment construites, qu'on nomme les grands capitaines, il 
fut une des plus grossières et des plus belles, comme une 
arme barbare. Il agissait à la manière d'un élément. Si, 
comme il parait probable, la lutte bestiale et la méchan- 
ceté composent pour une partie le fond de la nature hu- 
Fnaine, Jean des bandes noires incarne un instinct. Alors, 
on pourrait sans doute le nommer grand homme. 

Il fut heureux, il a vécu largement, il est mort à temps. 
Qu'aurait-il défendu, si le fauconneau de Ferrare l'avait 
manqué? Rien, il ne subsistait plus rien, L'Italie s'entre- 
déchirait, Florence était au Pape. Ce qu'était le Pape, on 
le vit. L'ami fraternel du condottiere, Pierre l'Arétin, qui 
savait la vie, écrivait un jour : « Tout est chance et ha- 
sard I » La destinée de Jean des bandes noires fut superbe ; 
puisqu'il ne lui manque pas même la grandeur d'être 
inachevée. 

Florence, 189G. Paris, i9UU. 



T)ors '. pour te célébrer, ô Jean des bandes noires, 
J'aurais voulu des mots fiers comme tes pennons ! 
Pour bien chanter ton los, pour dire tous tes noms, 
Et faire resplendir au vent toutes tes gloires ! 

Tour toi, sous les débris sonores des Histoires, 
Dans la cité du Lys. aux rouges gonfanons , 
J'ai vécu, f ai fouillé, j'ai rampé ^ par ces fonds 
Oii le Passé s'empoudre aux pesantes armoires. 

Q/lventurier sublime, en ton pauvre tombeau 
Ma voix peut t' éveiller ! et quel est le plus beau, 
Ou l'éclair de la plume, ou l'éclair de l'épée ? 

O grand soldat d'hier, sais-tu que l'écrivain 

Porte, à présent, au poing, larme la mieux trempée ? 

S'il ne frappait sur toi, ton labeur serait vain! 



NOTES 



23 



NOTES DU CHAPITRE PREMIER 



Page 1 : t On remarqua la date de cette naissance. » Celte remar- 
que se trouve dans le manuscrit niagliab. XXIV. 2. 11. qui contient 
le texte de la vie écrite par G. G. de Rossi, avec des additions iné- 
dites. 

Ih. : I Décidait que Savonarole, » Cf. Villari, La Sloria di G. Sa- 
vonarolai Florence. 1898. in-8o t. II, p. 150. 

P. 2 : I A la fl'eur de ses ans! s Sciidono Amniirato. Opi/scoH. 
Florence. 1642. in-l» t. III. p. 176. 

Ib. : « Sa mère était. » Cf. Pasolini. Caterina Sforza. Rome, 1893, 
in-S", t. I, ch. II, p. 39 et suiv. - 

Ib. : i en harnais de guerre. » Pauli lovii. lllustrium virorum vilse. 
Florence. 1551, in-i», p. 111. De viid magui Sfortise. 

P. 3 : « De grand sens pratique... i Chron. vénit. ap> Muratori. 
Renan italic Scriptores XXIV, 128. Sanuto. Diarii. III. 56. et chro- 
nique française, ap. Pasolini. II. p. 205. 

Ib. : a Six enfants. » Pasolini. I. p. 99. 116. 215. etc. 

Ib. : «I Par Machiavel. » Dans les Lettres aux Dix du gouvertiemeni. 
htor'ie Florentine, etc. Ed. Passerini-Milanesi. Florence, 1874, in-i2, 
t. II, p. 235. La phrase, beaucoup plus brutale en italien, est 
celle-ci: « E disse a chi la minacciava di fare capitare maie e' fi- 
gliuoli, che ne aveva piena la fica. » 

P. 4 : i En prenant le surnom de de' Popolani. » Cf. Villari. 
Savonarola. I. p. 238. et II. doc. gclxxv. note 2. 

Ib. : « Use présentait à Forli. » Pasolini. II. 11, et Milanesi. Som- 
mario cronologico, dans Arch. storico ital. nuova ser. t. vu. II. 14. 
Florence. 1858. 

Ib. : « Un nouveau présent. » Un document milanais dit : « ogni 
di faciendo portare una cosa et uno una altra. » Pasolini. III. 
Doc. 710. p. 264. du 5 janvier 1497. 

Ib. : « Les Sforza... » Voir Pasolini. II. p. 8. 9. 14. et Doc. n» 707. 
vol. III. p. 260-261. 



350 NOTES 

Ib. : « L'ambassadeur » Cf. Pasolini. Ibid. p. 5-6. et Doc 713. 
t. III. p. 269. Marin Sanuto. Diarii. I. col. 753. 

P. 5 : « Tranchedini. * Pasolini. II. p. 16. et sur toute cette pé- 
riode, Villari. Niccolo Machiavelli e i suoi tempi. 2. éd. Milan. 1895. 
t. I. ch. II, p. 330 et suiv. Leqaiione a Forli. 

P. 6 : « Laurent le Magnifique... s V. Machiavel, ht. fior. IV. 
VIII. XXXVI. p. 420. t. I. éd. Fanfani-Passerini. 

Ib. : « la clef de l'itajie supérieure... » cf. Villari. ibid. p. 33u- 
331. Maintenant encore, « la population de cette contrée est peut-être 
la plus solide et la plus énergique de la Péninsule. Les Romagnols 
ont des passions violentes et de la force pour les servir. Ils sont 
une race de héros ou de criminels. » Elisée Reclus. Nouvelle géogr. 
universelle. Europe méridionale. L'Italie, ch. VIII. p. 380. 

Ib. : « guivre qu'en voit en champ... » La vipera, che il Melanest^ 
accampa. » Dante. Purgat. VIII. 80 c'est la guivre halissanle des 
Ducs de Milan. 

Ib. : <! Les richesses qu'il partageait... » tout ce qui suit, touchant 
Giovanni Popolano, se trouve dans la Vita di Cosimo de' Medici, 
primo gran duca di Toscana, descritta da Aldo Manucci. in Bologna. 
MDLXXXVI. gr. in 4". fruntisp. gravé. 

P. 8 : « Vigoureux » Pasolini. II. p. 3 et 4. 

Ib. : « Questa povera Italia. » Florence, 6 juillet 149G. Archives 
llorentines. Medici avanii principulo, filza LXXVIII, page 26. 

Ib. : « Strozzi » Med. av. princip. fa. LXXVIII. p. 300. 

Ib. : « Et par Montaigne... » V. Rabelais. 1. II, chap. xxrii. . a 
Sancto Petro di Padua » et Montaigne, Voyage en Italie, éd. Alessan- 
dro d'Ancona, Città di Casiello. 1895, p. 140, c'est San Pietro Mon- 
tagnon. Eaux chlorurées sodiques chaudes. Cf. Schivardi. c/uida 
délie acque inine.r. Milan 1875, ji. 461. et Michel Savonarole (oncle de 
Jérôme.) dans De balneis omnihus llaliae etc. Venetiis. 1653, in-fol, 
p. 16 (Bibl. nat. Rés. Te. 4. 154.) 

Ib. : (I J'espère revenir à. ma santé première ». Pasolini. II. 27. 

Ib. : a Sa trente et unième année. » Il était né le 24 octobre 1497 
On peut voir aux Offices un petit portrait, numéroté 3864. 

Ib. : « Le nom de Jean, » toute cette phrase est tirée d'un manus- 
crit inédit, que je possède, intitulé Sloria délia Real Casa de' Medici, 
Papi, Cardinali, Duchi e Gran Duchi di Toscana, gr. in-fol. de 2o8 pi>. 
C'est un de ces Zibaldoni, si curieux, tels qu'en possèdent tu 
grand nombre les bibliothèques, et surtout la Riccardienne, à Flu- 
rence. Le manuscrit sera donné, mes travaux achevés, à la Biblio- 
thèque des archives florentines, si libérale aux travailleurs. 

Ib. : « Scarperia, » petite liourgade sur l'ancienne route de la Haut' 
Italie, dans la vallée du Mugello, à 5 k. de San Piero a Sieve, fon- 
dée en 1306 par les Florentins, sur les plans d'André Pisano. V. 
Giov. Villani. Cronaca. VIII, ch. lxxxvi. t. I<^s p. 2IJ, col. 2 éd. de 



NOTES 3.-) 7 

Tri^sle, 1857, in- 4» ; et Brocchi. Vescrizioni délia provincia del Muqello. 
ecc. Florence, 1748, in-i» p. 1 et 119, cf. encore Marcotti (D') Flu- 
rence et pays eninronnanls, p. 373 ; un Jean d»'. Médiris, en 1351, 
l'avait sauvée. V. Roscoë, Life of L'irenzo de' Medici, culled The Mu- 
qnificenl. Mie. 1799. t. I. p. 8. et (rad. Thurut. Paris, an VIII, t. I, 
p.- 11, et Scipione Ainmirato. Islorie fion-ntiae . Florence 1647, in- 
fol. I, livre X lannée 1351.^ p. 631. Roscoë écrit par erreur la date 
de 1251, et son traducteur aggrave l'erreur en citant le livre I au 
lieu du 1. X. 

P. 9 : « On prétendit «tians un ancien manuscrit cité par Roscoë, 
ap, Pasolini. II. 27, note 1. 

ïb. : t Négociations politiques... u V. Machiavel, lettre à l'illus- 
tre Dame de Forli. 18 oct. 1499. dans Sn-itti inedili risquard. la Sto- 
ria e la milizia. (1499-1512) ediz. illustr. da G. Ganestrini, Florence, 
1857. p. 250. 

Ih. : • amant de la dame... n Pasolini, II, XXVI, 73, i si diceva 
che era amante di Gaterina Sforza. » 

P. 10. « se trouvait auprès de Jean le Populaire. » Pasolini. II, 27. 

Ib. : a Laurent, l'oncle de Jean. » sur ce rôle de Fortunali, V. le 
post-scriptum à une lettre de Laurent, du 18 juin. Med. av. Princ. 
filza. LXXVIIL p. 50. 

Ib. : t toute militaire... » cf. Pasolini. II, 55, et Machiavel. 
Estratti di le Itère ai X di Balia. Ed. Passerini-Milanesi, t. II, p. 142, 

I *• 

Ib. : 1 une prodigalité sans bornes. » Hlippi F'oresti. De plurimis 
Claris scelestisf/ue (sic) mulieribus. Ferrariae, 3') mai 1497, folio GLXX; 
ap. Pasolini, II. 384, et docum. 723, t. lit, p. 276, et Burriél, Vie de 
C. Sforza, III, 3. 

Ib. : Jt moitié femme et moitié soldat... t Pasolini, 11, 121. 

Ib. : a à peine relevée de couches ». Pasolini. I, XXII. 

Ib. : <t On avait inventorié » cet inventaire, de deux pages, fut 
adressé à Catherine Sforza. V. Medici av. Princ. filza LXXVIII, 
p. 27. 

Ib. : a une promesse intervenait... » en latin, sans date. Archives 
de Florence. Miscellaneu Medicea. n" 80. 

Ib. : 1 intérêts commerciaux... » Med. av. Princ. filza CI, lettre 
d'Americo di San Séverine, du 26 oct. 1455. 

P. 11 : « le notaire s'entendait avec Fortunati... » Medici av. Prin- 
cip. filza LXIX, p. 1. 

Ib. : t tutrice de Ludovic-Jean... » a^^. Cronache for livesi di Andréa 
Bernardi (Novacula) pubhlir. da G. Mazzatinti. Bologna, 1896, t. I^'. 
2e partie, p. 213 ; (non mis dans le commerce, cet ouvrage m'a été 
offert par l'éminent professeur et érudit à qui l'on doit cette édi- 
tion d'une chronique curieuse à tous égards.) 

Ib. : ï cette plume qu'elle maniait... » Med. av. Princip. filza LXX. 



358 NOTES 

76. : « le notaire Léonard Strozzi... » Med. av. Princ. filza LXXXV. 
p. 279, au verso. 

Ib. : « Consentez, je vous en prie... s La lettre est dans la f. 
LXXXV. Med. av. Princ. p. 268-269. 

P. 12 : a Catherine répondait... » le 21 avril 1499. Med. av. Princ. 
f. LXX. p. 88. 

75. : « Moralité pieuse... » Y. D'Ancona, Originl del ieatro italiano. 
2* éd. t. I, p. 267 et suiv. et 381-383. (Turin. 1891, iu-8<>). 

Ib. '. « Lorenzino-Lorenzaccio... » cf. Ferrai (L. A.) Lorenzino de' 
Medici. ecc. Milan. 1891, in-12, page 4, (où Giovanni Popolano de- 
vient, par raégarde, Giuliano.) 

Ib. ; « un mémoire, écrit de sa main », dans Med, av. Princip. f. 
LXXXV, p. 284-286. 

76. : <i Nicolas Machiavel... » cf. Le Legazioni ecc. dans l'éd. Pas- 
serini-Milanesi, t. I, p. 28.. 

76. : î un enfant languissait... » Pasoliui. II, 122, et III. Docum. 
d064. 

P. 13 : « cette madone attribuée à Melozzo... » reproduite ap. 
Pasolini. Il, 391. 

76. : « le 14 octobre 1499... » en latin, dans les Carte Strozziane.X. 
224 vo. 229. Arch. de Florence. 

76. : « une lettre brève... » Med. av. Princ. LXXIX. à la page 68. 
« son Prince modèle... » sans parler de P. Janet. Hist. de la science 
polit. II, 11 et suiv. V. même M. Villari, Niccolo Machiavelli.2^ éd. 
t. I, p. 433 et suiv. 

76. : « Alexandre VI avait publié des bulles... » cf. Pastor. Eist. 
des Papes, trad. franc. Paris, in-S", t. VI, livre IX, chap. viii, p. 67 
et notes. 

P. 14 : « les affaires des grands seigneurs... « dans Bernardi. 
Cronaca. t. I, p. II, pages 212-213. 

76. : « le bailli de Dijon... » Antoiae de Bessey, baron de Tri- 
castel. V. Gomines. Mémoires. VIL V. 

76. : « à escarmoucher... » Lettre de Jac. de Sala, Bologne, 7 jan- 
vier 1500; à Maatoue, archives Gonzague, citée par Pasolini. Cale- 
rina Sforza, nuovi documenti. Bologne, 1897, in-8», p. 121, n" 68. 

76. : « en arrière la marche... » Chronique de Jean d'Auton, 
publ. par Maulde la Clavière pour la Société d'histoire de France. 
Paris, 1889, p. 132-136. 

76. : « grande, forte de belle l'ace... » dans Bart. Gerretani, histoire 
{.autographe) de Florence, à la Bibliothèque nationale de Florence, 
p. 260 verso, cité par Pasolini. 

76. : « une lamentable complainte... » de la bibliothèque Tri- 
vulce, à Milan, Lamento di C. S. Riario, de Marcillo Gompagnoni, 
ap. Pasolini. II p. 276-277, et t. III, p. 809-823. 

P. 15 : (I comme le chat avec la souris... » lettre de G. Lucido au 
M" de Mantoue. Archives Gonzague. — dans Pasolini, II, 257. 



NOTES ;;.">!) 

r. 1d : « nn bol ot bon acte on duo forme. » dans la filza. 
LXXXVI. Mecl. av. Princ. p. 2 à 10. (et non pas LXXXV, comme dit 
Pasolini. 11.256.) 

Ib. : a cherchaient à la tuer... » Pasolini. II, 274. 

P. IG : « les bonnes œuvres... » Pasolini, II, 290-291. 

Ib. : « belle et douce » c'est Pasolini, t. II, p. 302, mais au t. 1, 
p. 352, il reproduit sa médaille. V, encore. Litta. Fomiglie celi'bri. 
Rossi. 2, et Armand. Médailleurs italiens du xv* et xvi« siècle. 2« éd. 
t. II. p. 28 et 51. 

Ib. : Il Yves d'Alégre », c'est la vraie forme du nom ; « quittait 
l'étriiM- au Vatican » tout ceci dans Pasolini, II, XXXVl, IV, 
p. 285-304. V. Brantôme. Gr. cap. français. I. 78. éd. de 172_'. 

P. 17 : « en combat singulier ». dans la mémo lettre de .Jacques 
de Sala au M'* de Mantoue : « pare la contessa habia mandato a 
desfidare el Duca Valentino de volere combattere armata cum 
lui... » Pasolini, Ni/ovi doc. p. 121. 

Ih. : on n'emprisonne pas les dames. « Pasolini, II, 285. 

Ib. : (I une renonciation. » Pasolini, II, 294. 

Ib. : -v. Aux côtés de Gaston de Fois... » Pasolini, II, 295, et lettre 
de Bayard à son oncle Laurent Alleman, dans le Loyal Serviteur. 
éd. Michaud-Poujoulat, ch. LIV. note. Les d'Alégre étaient d'Au- 
vergne, race forte et sanguinaire, bien digne de sauver une 
Sforza. 

Ih. : " par la Porte-Romaine... » Pasolini. II, 302. 

Ib. : . des Romagnes... i Pasolini. II, ch. XXIX. 

Jb. : ' j'étonnerais le monde... » Pasolini. II, 304. 

P. IS. « leurs lettres, o dans Med. av. Princ. pages 58, 322 et 324 
de la f. LXXXV. 

Ib. : « la chose-rouge... » Pasolini. II, 254-256. 

Ib. : « souffleter... » Pasolini. I, 359-365. 

Ib. : (' Jeanne de Montefeltro... » Sanuto. V. 799, dans Pasolini, 
II, 317. 

Ib. : « du Palmeggiani... >: Pasolini. I, 195, et II, 23, 26. 

P. 19 ; « passait l'Arno » dans Pasolini. IL p. 302. 

Ib. ; « de Julien Scali. » Vita di Giov. di Medici scr. da G. G. do' 
Rossi, dans Vite d'uomini d'arme e d'affari. Florence, 1866, in-32, p. 74, 
aussi dans S. Ciampi. Notizie dei secoli XV» e XVI, ecc. Florence, 
1833, p. 141, et Vite degli Sforzeschi. con pref. e. note di M. Fabi. 
Milan, 1853, p. 200. J'ai complété ces textes par le manuscrit, iné- 
dit sous sa forme plus étendue, qui est à la bibliothèque nationale 
de Florence, Magliabech. XXIV, 2. 11. 

Ib. : « Paul Riario, Fortunati. » Med. av. Princ. f. LXXVIII, p. 146 
et Pasolini. Docum. 1146, t. III, p. 455. 

//;. : .< les lettres de Blanche... » Med. av. Princ. f. LXXXA^ p. 329. 



360 



NOTES 



Ib. : j l'huissier de la Seigneurie... » C'est le famiglio del rotellino. 
Livre des délibérations, cité par Pasolini, II, 302. 

Ib. : î Ah ! mes Etats... » Pasolini, II, 301. 

1b. : a Machiavel avait, dit. » Pasolini, II, 310. 

Ib. : « dont Augustin Gliigi... « Med. av. Princ. f. LXXVIII. p. 152. 

Ib. : ï le Marquis de Mantoue... » V. une leltre du Marquis Fran- 
çois de Gonzague, du 4 février 1502, dans Med. av. Princ. f. LXXVIII , 
187 ; il avait toujours favorisé le Popotano, dit Aide Manuce dans 
la vie de Gosme I". 

Ib. : i Laurent de Médicis avait affecté... » G. G. de' Rossi. lo<\ cit. 

Ib. : '( lettres acerbes... » Med. av. Pr. f. LXXXV, p. 281-283. 

P. 20 : « petit moine t dam le ms. magliab. cité plus haut. « Ves- 
tito da frate alcun tempo. î V. aussi, Is. Del Lungo. La donna fio- 
rentina. Dans la Vita ilal. nel Trecento. Milan, 1896, p. 129. 

Ib. : « Annalena... » V. Pasolini, II, 331, note, et Richa. Chiese 
florentine, t. X, 153, et 137-138. 

Ib.: 1 n'en faites rien... j Lettre de Rome, 20 janv. 1504. Med. av. 
Princ. f. GXXV, p. 17. 

Ib. ; i de crève-cœur... » dans Scipion Ammirato. Opuscoli. Flo- 
rence, 1642, in-4», t. III, p. 177. 

Ib. : t d'un mal ridicule... » des coliques. 

Ib. : t si commode... » G. G. dei Rossi, loc. cit. 

Ib.: <i que par morceaux... » se non a pezzi... » Pasolini, II, 321. 

Ib. : <i met le linge de ses enfants... » lettres de Galéas Riario, 
de Blois, 25 févr. et 11 avril 1302, pour remercier de sept très bel- 
les chemises à la française ; il proteste que « s'il n'avait qu'une 
châtaigne, il la partagerait avec Sa Seigneurie. » V. enc. lettre du 
mémo, 17 mars 1302. Med, av. Princ. f. GXXVIII, p. 190, 194, 199. 

P. 21 : « des draps et des serviettes... m Pasolini, II. 322-323, et 
Doc. 1174, au t. III. 

Ib. : a charmant par ses sources... « Ben. Varchi. Sloria fioren- 
iina. Livre IX, t. Il, p. 89. éd. de Florence, 1843. 

Ib. : a Montaigne et ses compagnons... » Voyage en Italie, éd. d'An- 
cona, p. 176 et suiv. 

76. : t très instruite... » Pasolini, I, ch. II, p. 40-41. 

Ib.: i k tous les talents... » G. G. de' Rossi. loc. cit. 

Ib. : t Antoine de' Numai... » Discorso di G. B. Tedaldi a Ben. Var- 
chi, Bihl. magliab. cl. XIII. cod. 89. Ciampi, op. cil. p. 89-100. et 
Vite d'uomini d'arme ecc. p. 156 et suiv. 

Ib. : ï battait nourrice et maître... » S. Ammirato. Opusc. cité, 
p. 178. 

P. 22 : « fasciné... » Ammirato. p. 177. 

76. : a l'évêque de I,odi... » Octavien Sforza, fils naturel de Ga- 
léas-Marie. Préconisé par Alexandre VI le 27 oct. 1497. On a vu 
plus haut ses conseils à sa sœur, contre Laurent. 



% 



NOTKS ;5r, 1 

Ib. : « un mariage... o lettre de Jacciues Silvestri à (JallieririL- 
Sforza, de Ronio, 25 mars 1505. i Sono stato di nuovo chol B.""' 
Mgr Ascanio. " Il rapporte qu'A-scagne Sforza « lui a dit que pour 
rien au inonde Elle ne prit un parti pour Jean de Modicis, son 
fils, c'est-à-dire que vous formiez là-bas aucun mariage, parce 
qu'à son avis ce serait votre ruine. « Med. av. Princ. f. LXXVIII. 
p. 272; s'agissail-il déjà du « parentado » avec les Salviati? On 
verra { lus loin que c'est possible. 

Ib. : a Zenobio Acciaiuoli... » lettre du H sept. 1505, à Fortunati. 
Med. av. Princ. f. LXX, p. 180 ; cf, Pasolini. Docura. t. III. — 11 fut 
bibliothécaire de la Vaticane, préfet, de septembre 1518 au 27 juil- 
let 1519. V. Miintz. La hiblioth.du Vatican au xvi* siècle. Paris, 18S6, 
p. 28, et 41, 43, 50, etc. 

Ib. : a Massaconi .. » Med. av. Princ. f. LXX, p. 283. 

Ib. : a Nicolas Serristori. » Med. av. Princ fa. LXX, p. 286. 

Ib. : t jusqu'à la cour de Rome, s V. lettre du frère Domini- 
que Canipano à Fortunati, 24 avril 1508. Med. av. Princ. f. LXX, 
p. 298. 

Ib. : « mendiaient... » Med. av. Princ. f. LXIX, p. 35. 

Ib. : « Baccino de Crémone... » Barthélémy, dit Baccino. V. Pa- 
solini. Niiovi doc. p. 135-136. 

Ib. : « Ses anciens maîtres... » Baldraccani. V. Pasoliui, II, 377. 

Ib. : d Michel-Ange... » lettre^ publiée par Gualandi. Nuova race, 
di lettere sulla pittura, ecc. Bologne, 1844, in-S" et in-l2, 1, p. 24-27 et 
qui est dans Med. av. Princ. f. LXXI, p. 134. J'ai étudié cette lettre 
en détail dans la Gazelle des Beaux-Arls. Janvier 1899, 3<= pér. t. XXI, 
p. 44-50, après avoir revu la lettre originale, à Florence. 

I'. 23 : « avec Pierre-François... » \'. l'arbitrage de G. Benci- 
vieni, 5 juin 1505, ap. Pasolini, doc. 1271. 

Ib. : « ses petits-fils... d Pierre-Marie surtout, le futur héritier 
du titre. Med. av. Princ. f. GXXV, p. 212 et 243, lettres de Blanche 
de' RoSîji. 

Ib. : « oies et canards... » Pasolini, II, 376. 

Ib. ; « médecin hébreu... o Pasolini. Doc, III, n" 1467, p. 186. 

Ib. : s les recettes de ce recueil... o V. Pasolini, II, 378 et Doc. 
III, p. 598-807. 

Ib. : I son fils Octavien... » lettre du 29 avril. Med. av. Princ. f. 
LXX, p. 332. 

Ib. : d soignée par Julien d'Anterigoli, «■ tout ceci dans Paso- 
lini, 11, 335 et suiv, 

Ib. : I son testament... » publ. par Pasolini. Doc. t. III, n' 1355, 
p. 537, est dans Med. av. Princ. S. XGIX, p. 12. 

P. 24 : n des Murate... » so-surs Glarisses, dont le monastère s'élève 
viale Carlo Alberto, à Florence, au bout de la via Ghibellina, der- 
rière Santa Groce et à gauche. Le Guide de Florence, par Marcolti, 



3G2 NOTES 

p. 266, dit par erreur que Catherine « y vint finir sa vie. » C'était 
un lieu de retraite, Léon X, par un bref, l'ouvrait eu tout temps 
à la veuve d'Alamanno Salviati, Lucrèce. — Arch secr. Vatic. 
Arm. XXXIX. T. XXXI. (Leonis X Brevia de anno 1515 ad totum 
an. lois, p. 207 n» 118. Confessionalia. 2 juillet 1515.) 

Ih. : « de grenades,.. « Pasolini, II, 133, et Doc. m, n" 1084. 

//). : « une esclave Mauresque... » Testament, p. 546, V. Guido 
Biagi. Im v'da prioala dei Fiorenlini, dans La vita priuata liai, nel Ri- 
nascimento. Milan, 1896, p. 60, sur ces esclaves ; et Zanelli. Le 
schiave orientali aFirenze. Florence, 1885; on comprend ainsi pour- 
quoi le sultan adressait à l'Arétin une esclave, que la mauvaise 
foi d'un ou deux critiques sans nom prétendent changer en u tur- 
quoise », alors que c'est une s turquaise » une Turque. 

Ib. : « étaient blancs... » Bernardi. Cronaca, t. Il, p. 299. 

Ib. : a son grand amour pour l'Italie. » Pasolini,- II, 280. 

p. 2j : « 11 prétait de l'argent à Machiavel...» Y. Villari. Niccolô 
Machiavelli, t. I, Docum. p. 596, et ibid. p. 423, et, pour Pralo, t. II, 

558-560. 

P. 20 : « Maria, Magdalena, Roniola. » Magdalena, en mémoire 
do sa grand'mère paternelle, Magdalena de' Gondi ; Maria et Eo- 
mola, prénoms florentins. (V. Guicciardini. Opère inedile. Florence, 
1867, t. X, p. 80.) On n'avait pas varié jusqu'ici moins que de dix 
ans sur la naissance de Marie Salviati. J'ai retrouvé dans les 
registres de l'Œuvre de lacathédrale Sainte-Marie de la Fleur 
l'acte de baptême original, au mercredi 17 juillet 1499, « Maria 
Magdalena e Rôla di .Jac» di Giovany (aie) Salviati, nata il di 17 a 
ore 9, nel popolo di San Brocolo. » 

Ib. : « Je ferai, disait-elle » ; dans sa lettre à Pierre l'Arétin, du 24 
décembre 1526, dans Letlere scrilte al signor Pietro Aretino, 1. I, p. 10 
et 11. éd. de 1551. 

Ib. : « aux Offices.. « numéro 3368, dans la salle 8. 

Ib. : « avec les Riario... » lettres d'Octavien, 16 juin 1509. Med. av. 
Princ. f. LXIX, p. 91. de Viterbe, et du 20 juin, f. LXX, p. 359, et du 
22 juillet, ibid., p. 357. 

Ib.: « quatre frères... > Charles F'éo ne comptait pas pour eux. 
V. Pasolini. I. 367. Sur César Riario, patriarche d'Alexandrie, évè- 
que de Malaga. V. P. B. Gams Séries episcoporum. Ratisbonne, 1873, 
p. 49 ; il le fait mourir en 15 'tO à Rome, et date sa préconisation au 
siège de Malaga de 1519. 

P. 27 : « pleurnicher, mendier.. < V. M d. av. Princ. f. LXIX. 
p. 35. a Vi prego faceste ch'io habbia qualchi danarj... » 

Ib.: « une sentence judiciaire. » est dans Med. ac. Princ. f. XCIV, 
p. 45-50. 

Ib. : » Cornélia... « Pasolini, II, 328 et III, Docum. 1323. 

P. 28 : (. l'Arcispedale. » voir, sur cet hôpital, Cocchi. Relazione 



NOTES 003 

ili'llo spéciale di S. M. N. di Firenzc manuscrit 1742. in-ful. col- 
lect. Moréni, à la bibl. Riccardiana, n» 68, p. iH-19. — Buiied. Var- 
clii. Isl. fior. IX, t. II, p. 107. — Le proverbe est : 

« Palle e gruccia 
Beato chi le succia ! » 

76. : » le Lasca. » V. la Slrega, conimedia d'Anton Francesco 
Grazini, ac^ad. fior. detto il Lasca. Venise, 1582. Acte I, se. IL p. 
12. v°. 

Ib. : d Le Trebbio. » V. Carie strozzianp.,-^. 'o^, v<> ; aux arcliivos 
de Florence. — Varchi. op. cil. 1. IX, p. 8d du t. II. 

P. 29 : ï pendant la tempête de 1499. » Pasolini. II, 139. 

Ib. : « Brunetto Latini » ; dans Ernest Renan, Discours sur l'Elal 
des Beaux Arts au xiv siècle, p. 194, et // Tesoro, ecc. V^enise, Sessa, 
1533, 1. III, ch. 9, p. 68. 

Ih. : « dans le recensement fait en 1499... » Inventaire des villas 
de Gafàggiôlo, Trebbio, Fiesole, ecc. Med. av. Princ. fa. CXXIX, 
pièces 36 et 37. « Monitione al Trebbio. » Voir sur le Trebbio (Tri- 
viam) la Descrizione délia Prov. del Mugelto, dal D' G. M. Brocchi, 
Florence, 1748, in-4», carte, p. 52 et 172, et, sur le Mugello, les cé- 
lèbres pages de Giovanni Morolli, dans Sloria fiorentina di li. Ma- 
lespini ecc. e Cronicd di G. Morelli. Florence, 1718, p. 218-221.) Sur 
Cafàggiolo et le Trebbio, cf. Notizie storiche dei palazzi e ville appar- 
tenenti alla R. C. di Toscana. Pisa, 1815, p. 193 et 199. Vasari, dans 
la vie de Nicolas Tribolô, donne une copieuse description de Cas- 
tello. Vite.. éd. Milanesi. VI, p. 71-85. 

Ib. : « Arsenal, vigie... » « Arsenal und Wachtstube, » dit Bur- 
ckliardt. Die cullur der Renaissance. Bàle, 1860, p. 23. 

P. 30 : (i Ludovic le More... » lettre de Gastiglione, 19 sept. 14G7, 
citée par Pasolini. III, Doc. 14. 

Ib. : « pierreux et rocheux. » dés Fiesole. V. Varchi, t. II, 1. IX, 
p. 66. 

Ib. : <.' les tordi, les excellentes grives. » V. Machiavel : « lo vi 
mando, Giuliano, alquanti tordi >y et lettre à Francisco Vettori, 
n» GXXXVII, du 10 déc. 1513, dans Lettere famiUuri di N. Machia- 
velli, pubbl. da Ed. Alvisi. Florence, 1883, p. 307. 

Ib. : « Par la vertus Dieu... simulachre de bataille, » ceci dans 
Rabelais, 1. V. ch. XIV. 

Ib. : (' l'amour des chevaux agiles... » Pasolini, II. 376. 

là.: « Elle, qui demandait jadis... » en 1481, V. Pasolini, 1, 116, 
et III. Docum. 173. 

Ib. : « César Borgia... » Pasolini, II, 168. 

Ib. : « chiens rapides... » dans Burchiello. Rime. Venise, 1553, 1, I, 
p. 48-i9. 

P. 31 : « avec des tiercelets... » ibid. p. 49-50. 



30 't 



NOTES 



P. 31 ; « Un poète de princes... » Ronsard. Œuvres, éd. Blanch<- 
inain, t. IV, p. 43. Eglogue I. 

Ih. : peu parleur... » V. Pasolini, II, 367. 

Ih. : « la palla al calcio... » Varchi. t. II, 1. IX, p. 90, et G. Bardi. 
Discorso del giiioco ciel calcio fiorentino. Florence, 1688. Sur ce jeu, 
V. Clan, note 18 au chap. X du 1. II de II Corteçjiano par Bald. 
Castiglione. Florence, 1894, p. 134-135. 

76. : « Antonio Vaïni... à Imola... » V. Pasolini, I, 321, et sur les 
Yaini au xvii« siècle, Saint-Simon. Mémoires, éd. Cliéruel in-8°. 
t. II, p. 88-90. et 283, et t. III, p. 44-43 ; il se trouve, dans Med. av. 
Princip. f. LXXXIX, 226 des lettres patentes de Léon X à Antoine 
Vaïni, pour lui accorder indulgeiice plénière en récompense d'un 
don fait à la Basilique de Saint-Pierre, 27 avril 1519. 

Ib. : « bonhomie des mœurs lombardes... » V. Gastiglione, Il Cor- 
terjiano, liv. II, X, p. 134-135, éd. Vitt. Gian, Florence, 1894. 

Ib. : mis le pauvre auprès du riche... » Bernardi, Cronaca. t. II. 
p. 298. 

Ib. : o affrontaient Borgia... » V. Tom. Tomasi, La vita di Ces. 
Dorgia. Monte Chiaro, 1671, p. 238 et suiv. 

Ib.: « de friandises... c Med. av. Princ. fa. GXII, p. 4 et 5. 

P. 32 : l'a mené un soir... » V. la lettre dans Med. av. Priyir. f. 
LXX, p. 323, citée en partie par Pasolini, sans indication de ren- 
voi ; Docum. t. III, n» 1345. 

Ib. : « l'habit civil... » lettre du ms. Magliab. miscell. classe VIII. 
varior. 1401, palch. IV, citée par Giampi, p. 102. 

Ib. : « imposera plus tard à Gosme. » V. P. de Boissat, le brillant 
de la reine, ou les. vies des hommes illustres du nom de Médicis. Lyon, 
1613. (Bibl. nat. à Paris, inv. k. 8, 627). Sur le vêtement, V.. Var- 
chi, 1. IX, p. 226 du t. II. 

Ib. : a jusqu'à la mort... » de Boissat, p. 226. 

Ib. : « Soderini comptait avec lui... » V. Filippo de' Nerli. Com- 
me» tari dei fat fi ctvili. ecc. in Augusta, 1728, in-fol. p. 98. 1. V. 

P. 33 : « Un tlatteur... » dans Giovambattista Gini, Vila del Sere77. 
S'. Cosimo de Medici. ecc. Florence, 1611, p. 8-9. Il convient de con- 
trôler sévèrement cette vie fantaisiste. Mais ceci, sent la vé- 
rité. 

Ib. : « écrivait-il à Fortunati... » lettre de Pise, 30 janvier 1510 
(1511 style commun), Med. av. Princ. f. LXXI, p. 63; ils logeaient 
à l'archevêché, chez Gésar Riario. 

Ib. : « les affaires de son héritage... i V. lettre des quatre Riario 
pour réclamer une annuité de ducats. Med. av. Princ. f. GXXII, 
176. — Lettres de Gésar Riario. Med. av. Princ. LXX. 379 et LXXI, 
156, — réclamations d'un créancier, Lodovico Albertino, apothi- 
caire à Forli, Med. av. Princ. f. LXIX, 95, et encore f. LXXI, 



NOTES 3<i.') 

p. 201, 243, et, sur Fortunali, l'eryantene tnedicee, 23 octobre 1500 
et 10 déc. 

Ib. : <L k l'agonie... » De Boissat, ihkl. 

th. : « maitri' de la maison... » Maestro dirasa, c'est le titre donné 
à Fortunali sur la liasse LXXl, Med. av. Princ. 

Ih. : ï il résista... avec tout l'honneur possible... » lettre (publiée 
dans l'Archivio storico italiano. Nuova série, t. VII, disp. 2», n» 14, 
p. Ifi-IT, (n. 4) du 7 août 1510). 

P. 34 : « Le bruit de ta mort... » lettre du 29 janvier 1511 (style 
llorentin, 1510 ; on sait que l'année florentine, commençant le 
25 mars, retardait de trois mois à peu prés, — exactement quatre- 
vingt-trois jours — sur l'année commune), publiée Archiv. stor. 
ibid., p. 18-19. 

Ib. : « Los Huit... )) OUo di Guardia e balia. C'est eux qui bannis- 
saient en 1508 Philippe Strozzi, coupable d'avoir épousé Clarice, 
fille de Pierre de Médicis, rebelle. V. Villari. Nice. Machiavelli, 
l. II, \K 548 et suiv. doc. XII, et, sur celte magistrature, ibid.. Il, 
211, et Gino Capponi. Storia délia Repubblica di Firenze. Florence, 
3' éd., 1888, t. II, p. 365, 111, 32 et 303. 

Ib. : a l'argent... d la première lettre est pour en demander. 
Arch. slùr. ibid., p. 15, lettre du 30 mai 1510. 

P. 35 ; à la shifa... j Med. av. Princ. f. LXX, page 358. 

Ib. : I un billet de trois lignes... /> publié Arch. slor. ibid., p. Iti. 

Ib. : « Jean prenait plaisir... » Med. av. Princ. f. LXX, p. 382. 

Ib. : <r le boute-en-train... » Med. av. Princ. f. LXX, lettre du 
17 févr. 1510, (1511). 

Ib. : « ces gentilshommes... n Bald. Gastiglione. Il Corler/iano, 
l. II. X. p. 135, etc. éd. Cian. 

Ib. : <i florin d'or... » qui valait alors 6 à 8 livres. On disait de 
Pierre de Médicis qu'il n'en dépensait jamais un qui ne lui contât 
8 livres, c'est-à-dire le cours le plus élevé, pour marquer son 
gaspillage. 

Ib. : a le harnachement... " Med. av. Princ. f. LXXI, n» 182, let- 
tre du 13 mars 1510 (1511 St. c) 

Ib. : «. lai livrer des batailles... » lettre de Baccino de Crémone, 
.Med. av. Princ. Cafàggiolo, 13 juill»t 1510. Med. av. Princ. f. LXXI, 
p. 208. 

Ib. : « des Hasardes... » inio bufeclo. Med. av. Pri?ic. f. LXXI, 
n<' 207, du 13 juillet 1510. 

Ib. : « se baigner... » Med. av. Princ. f. LXXI, n" 948, lettre de 
V;nni à Fortunati, 15 juillet 1510. 

P. 36 ; . Ne le mettons pas au désesiioir... » lettre du 20 jan- 
vier 1512. Rome. Med. av. Prinê. f. LXXI, p. 285 et dans l'Arch. 
slor. ibid., p. 20, (n» 7.) 



3GG NOTES 

Ih. : « auprès de lui... » V. les lettres, Arch. stor. ib, 

Ih. : « des promenades au Trebliio... » V. Med. av. Pr'mc. f. 
LXXI, n° 221. 

Ib. : « nef sans nocher... » Dante, Purg. VI, 77. 

/6. : « médiocre gonfalonier... » sur Soderini. V. l'épigramme 
de Machiavel : « va'nel limbo dei bambini. » Dans Villari, Nice. 
Machiavelli, II, 205, et Gino Gapponi. St. délia R. fior., III, IV, 115. 
« Mediocrità prudente. » Pierre Soderini était gonfalonier de- 
puis 1502. 

P. 37 : « Pierre Gapponi... » dans Villari. La Sloria di G. Savo- 
narola, ecc. t. I, 1. II, ch. ii, p. 229 et note 2. 

Ib. : 8 peu sage... » Coniines. Mém. VII, V. p. 289, éd., de 16- 
49, in-fol. 

Ih. : <i en pourpoint... » Gomines. ib., c. tiii, p. 298. 

Ib. : ï éclaboussés de sang par le massacre de Prato... b V. Gap- 
poni, III, p. 123. Villari. Nice. Machiav. II. Doc. XV, XVI, p. 537-559, 
et surtout T^-e Nûi'razioni del sacco di Prato. Arch. stor. t. I, p. 2-27- 
i71, et // Sacco di Prato, ecc. Bologne, 1880, 2 vol. 

Ib. : « Jacques Salviati devenait... » V. surtout Nerli. Commen- 
tari, p. 119-120 du 1. VI. 

Ib. : a sa femme Lucrèce... » V. Paul Jove. La vita di Leone X, 
trad. da L. Domenichi. Florence, 1549, 1. III, p. 143. 

P. 3S : i les dépouilles des victimes... » Jacques Nardi, 1. VI, 
III. 

Ib. : « sa barbe... » leuOssi la barba, dit Pitti. 7*^ fior. 1. II, p. 103. 
Voy. encore Armand, Lf-t Mpûatlh'i'.-r. ilnUcns, p. 94, 191. 104. t. II 

L't iii. 

Ib. : l'aiiii dt; JacquLb baiMuu... » V. Villari. St. u ••. .5«"y- 
narolP, II, IV,: V, p. 98 et docxim. XXVIII, p. ccxxviii. 

Ib. : (c dans son prêche... » Je ite trouve pas ceci dans la belle 
« édition choisie, » donnée par MM. Villari et E. Casanova, mais 
dans l'édition populaire des Prediche, Florence, Salani, 1R89, p. 340 
et suiv. L'édition des sermons et écrits choisis, Scejta di Predi^hr- 
e scritli di F. G. S. augmentée par la curieuse chronique de Simon 
Filipepi, frère du Botticelli, est de Florence. Sansoni, 1898, in-S». 

Ib. : « retournent en pleurant... » Villari. Nice. Machiav. II, 121. 

Ib. : e dépassera de beaucoup... » lettre du cardinal Jean à Ber- 
nard Dovizi de Bibbiena. ap. Villari, ib., t. II, doc. XVII, p. 562. 

Ib. : « la liberté des Fl'-^-iniin^... » Guichardin. Stor. d'Italia, citée 
par Villari, II, 186. 

Ib. : « Et Vetlori... » .suiniminv délia storia d'Italia da/ l')l I al IÔ-27, 
comp. da Francesco Vettori ; Archivio storico italiano, t. XXII» 
appendice. Florence, 1848, p. 293. 

P. 39 : « c'est Macliiavfd qui l'assure... » Vill;iri, II, 121. 



NOTES ;307 

Ih. : ■( la liste du Irousseau... » dans MLsrellaiied Mi'dicfu. sims 
nuiiioro. (Archives d'Etat à Florence. < 

P. lu : a de simarre... a lucno, la rnlie ilorcntiiir. V. \ aichi, 
1. IX, p. 123. La qualvesta si chiaina liicro... » ccc. 

P. 42 : a le 2t mai-s 1512... » lettre de Jacques Salvi;iti. .\fi/d. av. 
l'rinc. f. LXXI, p. 323 et Arch. slor. p. 20, n» S. 

Ib. : « corrompue... » Biirckhardt. Die Cullm- der Ren. p. 127 
et trad. Valbnsa, I, 269. 

Ib. : t la sentence de Savonarole.. » Villari, I, p. 428, sur ceci, 
outre r.\rétin, V. les Regrets do Du El' ■ lîjnnaftV^. Voyageurs 

de la Renaissance, p. 114. 

76. : « rien refuser... » lettre du 7 iiuv. .i/'/i. slor. ib., n" 9 ; ce 
protégé était un chaussetlor condamné à mort. 

Ib. : d lettres de change... » lettre du 1-^ nov. Miscell. Medicea, 
II" 1044 et ArcH.slor. n» 10. 

Ib. : ses bijoux... » un diamant. Il n'avait plus its ; 

ihid. 

Ib. : € k Naples... » lettre du 19 décembre 1512. Aic/i. slor. ib., 
n» 11. p. 22. 

P. 43 : a avant deux mois.>. » Arcb. stor. n» 12, p. 2 ! 
Ib. : <r Pierre-François... » lettre du 13 févr. 1513, p. 12. Med. av. 
Princ. f. LXXI, p. 430. 

P. 44 : a Toso, son valet... » Arch. stor. ib., n» 12. 

Ib. : « en liesse... « V. VilIarL Niccobi Machiav. II, 1, .v . , i . 1.^7. 
— Nardi. hl. fior. II, 1. VI, p. 16, | XIII. — Vasari. Vile, édition 
Milanesi, t. YI, p. 2.^0-255, très erroné quant aux dates, — et Cunti 
Carnasciulescln, seconde l'ediz. del Brac;'i, Milan, 1883, p. 92-95. 

P. 45 : « leur cupidité séculaire... » I. del Lungo, dans la Vila 
ilaliana nel Rinascimenlo, p. 137. M. del Lungo ne dit même pas : 
<i cupidilà... ■» mais « ciipidigia... n qui est méprisant, avec le sens 
de gloutonnerie. 

Ib. : « Bibbiena... di Camarcialescbi. Trionfo délia Deu 

Minei'va, p. 9a. 

Ib. : <t jeté bas leurs armes à Prato... » Guichardin. Storia d'Ita- 
lia, 1. XI. Venise, 1562, t. II, p. 80. « Morirono, non combalteudo, 
perche alcuno non combatte, ma o fuggendo, o supplicando... » 

Ib. : a qu'ils avaient lilirement élu.,. » Paroles de Soderini, dans 
la lettre de Machiavel, à Alfonsina de Médicis (?) dans Leltere fami- 
liari, éd. Alvisi, p. 215. « Vi era stato messo dal Popolo. a 

Ih. : « ivres des fêtes., se remirent, s J. Nardi. St. fior. II, 
XVIII, 20. — Villari. Nice. Machlavelli. II, I, XV, 107. 

P. 46 : « gouvernant leur état... » paroles de Galéas Capella, Com- 
mentarii de rébus ge.'ilis pro resHIutlone Francisci II eoc. Parisiis, 1537, 
in-J6, p. 4, au verst. 



36S 



NOTES 



Ib. : « dépensait un trésor... » Gerretani. Sottunario, p. 43 verso, 
bibl. magliabechiana, cl. XXV, n» 598. 

Ib. : « décapiter... « Yillari, ibid., p. 198 et suiv. J. Nardi, ibid., 
p. 20 et suiv. 

Ib. : « Machiavel... torturé. » Villari, ibid., et Machiavel. Lettere 
familiari, n» GXVIII et suiv. V. aussi dans l'éiition de Florence, 
1843, in-4o, note à la p. 1084, les deux sonnets à Julien de Médicis. 

Ib. : d: dès le 4 mars... » Med. av. Princ. f. LXXI, 313 et LXX, 
435 ; GXII. 10. 

P. 47 : a Joachim du- Bellay... » Regrets, GV. 

Ib, : « le couronnement... » V. God. magliabech. cl. YIII, Varior. 
1401, IV, ap. Giampi. Notizie, p. 102. 

Ib. : tt Julien, frère du Pape... » dans Nerli. Commentaires, 1. A'I, 
p. 125, 

Ib. : « se contentait... » Nerli, Ihid., « créé cardinal... revêtu la 
pourpre... » Pioscoc. The Life and Pontificale of Léo the Tenih. 2« éd. 
Heidelberg, 1828, t. I, ch. i, p. 18 et 36. 

Ib. : « dès le 11 juin... » Med. av. Princ. LXX, 466. 

Ib. : « de songer aux alTaires... » lettre d'Octavien Riario, 24 seiit. 
1513. Med. av. Princ. f. LXX, 469. 

P. 48 : « ont quatre lignes... > Med. av. Princ. LXX, 460. 

Ib. : « dans ses milices, avec le plus belliqueux... » Scip. Aninii- 
rato, Istorie florentine, 2' partie, livre XXIX, p. 320, a erano i suoi 
condottieri... » 

Ib. : I écrit Lucrèce Salviali... » Arch. iilorico. loc. cit., p. 24, 
w 14 ; Véri, c'est le Véri de Médicis, « dottore di legge », dont parle 
J. Nardi. Istorie, 1. VI, XXII, t. II, p. 30. Del bene, imprimé par er- 
reur comme un nom propre dans l'Archivio, a le même sens, par- 
fois (et ici) tout ironique, de iiomo da benel, on disait ainsi, au 
xvii" siècle ce grand homme de bien. 



A Roma, ci vogliono tre 
lisait encore Lucrèce Salviati... >■ Arch. storico. Ibid., 



P. 50 : « trois choses, pain, parure. 
rose, pane, pan7ii e pazienza. » 

Ib. 
n» 15. 

Ib. : « d'Agostino Ghigi... » Lettre de Balth. Turini à Laurent 
do Médicis. Med. av. Princ. GVII, 15. 

Ib. : « Messire Antoine... » lettre du 3 juillet 1514. Med^av. Pritic. 
GXXIII. 600. 

P. 51 : « Bâlthasar Turini décrit... » Misceltanea tnedicea, s. num. 
et Carte Strozzianc, f. GGGXXXIV, p. 78. — V. enc. Med. av. Princ. 
GXXI, 298 ; publiée, avec coupure, dans VArch. slor. n° 126. année 
1881, p. 319, par M. A. Giorgetli, à la suite de son travail : Lorenz" 
de' Medici e Jacbpo. V d'Appiano. 

P. 52 : « le li octobre... » 1514. Med. av. Princ. LXX, 523. 



^ 



NOTES 3G9 

]b. : « Pochintesta... » V. Arch. storico, ihid., p. 26, n» 10. ut note 2. 
— Sisinomli. Storia délie Repubhitche itaiiane. Capolago, 1832. t. XIV. 
CXIII, 385. 

Ib. : « joli cardinal... « il piii belle de' giovani » dit 15. Molosso 
di Gasalmaggioro, dans Cacce di Léon X. Nuova Antulopia, 15 fév. 
1893, p. 619. 

P. P3 : « occire Léon X. « Gerretani. Sommario, p. 46 ; il >'ut la tète 
tranchée, comme il convenait à son nom ; il fut arrêté h Florence. 

là. : a de chevaux sardes... » Med. av. Princ. GXII, 2ïJ. 

Ib. : « liasses... » surtout la fa. GXII. 

Ib. : « au trésorier de Julien... » Domenico Canigiani. — Med. 
av. Princ. GXII, 21. 

Ib. : « de bien en mieux. . « .Med. av. Princ. VI, 71U, 28 juil- 
let 1515. 

Ih. : <i allées et venues de Laurent... ■' lettre précéd. et Arch. 
stor. p. il, n» 18. 

Ib. : « convoquait Fortunati... » Arch. stor. n" 19. 

P. d4 : '< lui plut beaucoup... » Vita di Lodovico, detto poi Giovanni 
dei Mediei il valoroso. Bibliothèque riccardienne, à Florence. Codice_ 
-Woremano, n» 352, in-*». 

Ib. : (c encore un inventaire... j> du 30 mars 1515-1516. dans Mis- 
cellanea medicea, s. num. (Archives d'Etat, Florence.) 

P. 55 : « funérailles illustres... > ceci dans S'.ipiono Aimnirato. 
ht. fior. 2e partie, 1. XXIX, p. 320. 

P. 56 : '< soupçonné l'envieux Laurent... » Gregorovius. (hschichte 
der Sfadt Rom. VIII. p. 241. M. V. Gian a repoussé cette accusation, 
dans S'!' curieux opuscule, Musa Medicea (Nozze Flamini-Fanelli. 
Turin. 1>9.5, p. 8.) 

Ib. : « Saint Marc... » V. Villari. Savonarola, t. 1, p. 36. 

Ib. : « lu Gortegiano... » V. éd. Gian, p. xxiv et livres II et IV. 

Ib. : '( ! our la Gour... i Vettori. Storia d'Italia. Arch. storico, ap- 
pendice i2, p. 306 et suiv. 

Ib, : il rand. blanc... i Gerretani, cité par Nitti, Leone X e la sua 
politica, 0. 26-27. 

P. 57 : V la joie de combattre les Français... » V. Villari. Ma- 
chiavelli. t. III, 1. II, ch. i. — Mignet. Rivalité de François I" et de 
Charles-Quint. Paris, 1815, t. I, ch. i". 

Ih. : « Î"S obsèques... » Gerretani. Sommario. p. 41. — Animirato. 
Ist. fior. t III, p. 31*. 

P. 58 ■ « mascarades. » V. Paride Grassi. Diario, Journal de 
P. G. maître des cérémonies du Palais apostolique sous Jules II 
et Léon X, 1506-1521. — Bibl. nationale. Paris, Manuscrits, coll. 
Dupuy, iv^' 292-295, p. 318-327 du t. 295. 

24 



370 NOTES 

Ib. : « adolescents, ou à peu près... » V. Michelet. La Réforme. 
Paris, 1855, p. 48. ■ 

Ih. : « Paris de Grassis... » Paride Grassi. Diario. au tome 295, 
p. 391. 

Ib. : « à Rome qu'il appelait... » V. Jac. Pitli. Apol. dei Cappucci. 
Arch.stor. IV, II, 321. 

P. 59 : « avec une douzaine de compagnons... « V. Ricotti. Sto- 
ria délie Compagnie di Ventura in llalia. Turin, 1893, II, p. 253. 

Ib. : s Tristan le Corse... » G. G. de' Rossi dans Vite d'uom. 
d'arme, p. 79. 

Ib. : « Parmi les Corses... « V. Délie relazioni dei Corsi colla 
Bepulibl. fior. e con Giovanni D. M. délie Bande nere, da Giov. Livi. 
Arch. stor. ser. IV, t. XIII, 1884, p. 427-430, la lettre de Gosme I 
est aux Archives d'Etat de Florence, f. 614 med. Carte di Go- 
simo, I, c. 13. Scipione Ammirato {opuscoli, loc. cit., p. 182), semble 
avoir confondu, — et Ricotti. t. II, après lui, — cette première en- 
treprise avec celle de 1320-1521, où Ludovic Utïreducci perdit la vie. 
Ou bien c'est dans la vie de G. de' Rossi que serait l'erreur, répétée 
par Milanesi, et deux fois. Les termes qu'emploie l'Ammirato sem- 
blent mettre l'erreur à son compte. V. plus bas, à janvier 1521. 

///. : « Léon X en donna... » Les Salviati étaient richement 
pourvus. Jacques était trésorier de Romagne et administrateur de 
la gabelle, ainsi qu'on peut voir dans un « motu proprio pro Jac. 
de Salviati. » Arch. Valic. Arm. 29, T. 66, 1515-1523. Diversi Romae 
et Florentiae. 

Ib. : « les emprunts... ■» par l'entremise de Dante Gori, à Sainte- 
Marie-Neuve, 500 ducats. Carte slrozziarie, GCCXXXIV, p. 189. 

Ih. : i pleuré par l'Arioste... « da'ns sa Canzone : « Anima eletta. 
che nel mondo folle. » Rime. Venise, 1360, in-12, p. 15-17. — V. Cian. 
Musa Medicea, p. 7, et notes 33 et 36. 

Ih. : « à Jean Lapucci de Poppi... » V. Nitti, ibid., p. 21, et Gior- 
getti. Lorenzo Dei Medici capitano générale délia Repubbl. fior. Arch. 
<^lor. 1883. p. 210-211, et les notes. 

P. 60 : « ni respect... o Giorgetti, loc. cit. p. 205. 
76. : « le César Borgia. » Relaz. di Roma di Marino Zorzi, dei 1517, 
dans Nitti, p. 29, note 2. 

P. 61 : ses tares physiques. » Ceci est crûment expliqué dans 
Villari, Machiavel, III, 3, « una fistola che rendeva disgustoso 
l'avvicinarlo. » Sur sa politique, outre les ouvrages déjà cités, 
V. Marin Sanuto. Diarii, II, colonne 1318. — Biirckhardt. CuUtir, 
I, 107, note 1 et 122-123. — Arioste. Satires, VII, edit., autographiée. 
Bologne, 1875, a Messer Bonaventura Pistofilo. — et Documenti ed os- 
servazionl risgiiardanti la polilica di Leone X. Arch. siorico délia So- 
cietà romana di Storia patria. vol. XIX, 1893. — Vettori. p. 293 et 
suiv. 



f 



NOTES 871 

76. : 6 Irt 18 août. » Bref dans Medlci Eclcsiasliche. u" 'J4iS. Archives 
d'Etat: à Florence. V. enc. 951, etc., et Verdi. Gli ultimi anni di Lor. 
D. M, duca d'Urbino. lol5-1519. Este, 1888, p. 117 et suiv. 

Ib. : « méprisable... » Gian. Musa medicea, p. 25. 

//;. : ï comme Guidobaldo... » Hiirckhardt, I. 44-46, et 120. 

Ih. : « les armes françaises... ■> Martin du Bellay. Ménioires, etc. 
Paris, 1588, in-fol», ch. i, p. 23. 

76. : « le livre des comptes... " Med. av. Princ. CXXXIl, p. 97 
verso et 102. payé en ducats de la (Chambre, qui valaient un peu 
plus d'un écu, soit cent deux et demi pour cent écus. Nntizia de' 
Cambi, di Bern. Davanzati, p. 97-102. Dans Vocabolavio délia Crusca, 
edit., de 1738, t. II, p. 255. Il ne semble donc pas juste de dire : 
a messo il sig. Giovanni in ordine de' suoi proprii danari una com- 
pagnia ecc. », comme l'écrit G. B. Cini dans sa Viln del Serenis- 
simo. S. Cosimo de' Medici. Florence 1611, 1. I. p. 9. 

76. : plein de deniers... » G. Giusti. Froverbi toscani, etc., 
pubbl. da G. Gapponi. Florence. 1873- p. 158. 

P. 62 : e à la mode des Orsini... o Giorgctti, dans Arch. star. 1883, 
p. 19o. 

76. : « Nicolosa... » V. Lettere di Cortigiane del sec. XVI, Florence, 
1884, p. 9. 

76. : î Le Triomphe de In Luxure. » V. Bibliotechina Grassoccia, 
n° 8. Florence, 1888, p. 45. 

76. : « l'Arétin l'a dépeinte... » Ragionamenti, etc., éd. de 1584. 
Journée iii=, p. 332. 

76. : « Lucrèce Maman-ne-veut pas. » Arétin, Ragionamenti. ibid., 
p. a27-328 et 311, et J. Du Bellay. Regrets, sonnet G. 

P. 63 : « les modes florentines... » cf. Savonarole. Prediehe. edit. 
Baccini, p. 34-35, et F. Moneti. Délia vita e costumi dei Fiorentini. 
Bibliotechina grassoccia, n» 8. 

76. : « chassait du côté de Viterbe... » Paride Grassi. Diario, ibid., 
— Marin Sanuto. Diarii. t. XXIII, col. 143. — V. sur ces chasses. 
D. Gnoli, Le Cacce di Léon X. Nuova Antologia, 1" et 15 février 
1893, t. GXXVII, p. 432-458 et 617-B48. 

76. : ï était à Rome... o lettres de Goro Gheri à madame Alfon- 
sina. Copialettere di Goro Gheri. .Arch. d'Rlaf. Florence, GCLXXXIV, 
t. I, 12?, verso et 125. 

76. : « Jean de Médicis était demeuré à Florence... » Goro Gheri 
à Balthasar Turini de Pescia. 17 oct. 1516, ibid., p. 108 verso. 

Ib. : <i au commencement de novembre... i ibidem, 126 verso. 

Ib. : « un inventaire... <> Med. av. Princ. GIV, 24. 

76. : ir parle fait des noces... » "V. Francesco Brandileone. Il con- 
tralto di matrimonio dans Stiidi fjiuridici dedicati e offerti a Fr. Schup- 
fer, etc. Turin, 1898, p. 266-311. 



372 NOTES 

P. 64 : « Guichardin... » V. ses Ricordi autohiografici. Opère iné- 
dite, illustr. da G. Ganestrini. Florence, 1867, tome X, p. 70-76. 

Ih. : « J'avais dit à Marie... » lettre de P. Salviati, Med. av. Princ. 
GXIl, 47 ; retrô : au magnifique et généreux, seigneur le seigneur 
Jean de Médicis son très honoré parent, à Florence. 

Ih. : « beau bénéfice... •> Goro Gheri à Raphaël de Médicis. « un 
des plus beaux d'Italie. » Copiai. I, 147; à madame Alphonsine, 
ibid., 147 verso, et lettre du Cardinal Bibbiena. Lettere ai Principi, 
1581. t. I, 32 verso. Pierre Salviati monta sur les marches du trône 
pontifical avec les barons romains, le Dimanche du Gaudete, 3« de 
l'Avent, comme « Nouveau Prieur. « c'était la voie du cardina- 
lat. V. Paride Grassi. Diario cit. t. 295, p. 431. 

Ib. : « son frère Bernard... » V. Virgili. Nozze Lensi-Tortoli. Flo- 
rence, 1898, p. 12, et Guglielmotti. La Giierra dei Pirati. ecc. Flo- 
rence, 1895, I, p. 309, 323, etc. 

Ib. : « leurs noces... » la date erronée de 1517 est dans le som- 
maire chronologique, d'ailleurs souvent utile et excellent, donné 
par VArchivio storico, p. 9-14, en tête des lettres. La vraie date, pour 
l'année, est dans : Spogli di carie scritture attinenti a fainiglie floren- 
tine, fatti da Pier Antonio di Filippo dell' Ancisa. Archives d'Etat, 
Florence. BB. p. 34, 674 verso; II. p. 158. NN. p. 371, col. 2. — 
Dans Litta. Famiglie iUust?-i, ecc. tav. XII. — Dans Imhoff. Genea- 
logiae XX illustr. in Italia familiarum. Amsterdam, 1710, p. 113, 133, 
et 179-190 : une lacune dans le copie-lettres de G. Gheri empéclie 
de savoir le jour précis, mais rend presque certaine une date qui 
se fixerait entre le 3 et le 23 novembre 1516. (Copialett. di G. Gheri. 
I, 139-143). 

Ib. : » San Brocolo... » Guichardin. Ricordi, p. 74. 
Ib. : « peintres siennois... > par Ambroise Lorenzetti. Vasari. 
Vite, I, 523 ; la forme nouvelle est Procolo, l'église, aujourd'hui aux 
Communautés des Scuole-Pie, n'est plus paroisse. Elle subsiste, au 
coin de la via dei Pandolfini et de la via dell' Acqua, à gauche en 
venant de l'Arno ; c'est tout auprès, dans le Borgo Albizzi, que les 
Salviati eurent leurs plus anciennes demeures. C'est devant Saint- 
Procule que fut tué François Yalori. V. Nerli, 1. IV, p. 79, et Ri- 
cha, t. I, p. 339 et suiv. Lez. XVIII ; le « coin des Salviati » jouxtait 
cette église, octroyée aux moines noirs (bénédictins). 

Ib. : robuste, trapu... » Ritratti di capitani illustri. Rome. 1635, 
190-192, et l'iconographie, ci-dessous ch. vi. 

76. : larges yeux farouches... » portrait de Vasari au Palais 
de la Seigneurie, (salle de Jean de Médicis,) appartements du syn- 
dic, reproduit par Alinari, et dans l'ouvrage de Pasolini, II, p. 34. 
Sur ce portrait, Marie porte le voile des veuves. 

P. 65 : « opulents Florentins... j Guichardin. Ricordi, p. 71. Sur ce 
palais, V. Bigazzi. Iscrizioni e Memorie délia Città di Firenze. Flo- 
rence, 1886, p. 233. — Leland. Legends of Florence. Londres, 1896, 



NOTES 373 

II. p. 95, — et D' J. Marcotti, Guide de Florence, p. 109. — C'est le 
no 4 du Corso. Les Pères des Ecoles pieuses, sorte d'Ignorantins, 
Stolopi (délie Scuole pic) y tiennent une école. — V. Deiizie degli 
eruditi toscani. Florence, 178G, XXll. 121. V. aussi. Varchi, 1. IX, 
t. II, p. 112. 

76. : « Hélène de Pioinhino... » Carte Slrozziane, GGGXXXIV, 78. 
— Sur les mariajjres du temps. V. encore le document XVIII du 
travail de A. Giorpetti. Arch. stor. 1881, p. 325. 

76. : « quatre- vingt mille. ■> Grassis. Diario, ibid. 

Ib. : les comptes... » Garte strozz. GGGXXXIV, 477. Gâtai, 
p. 656. 

76. : « des joutes et des tournois. » G. G. de' Rossi. Dans Vite 
d'uomini d'arme, ecc. p. 77, il convient de remettre en ordre les 
'faits de cette vie, curieuse parce qu'elle vient de la tradition orale 
et familiale, mais désordonnée et confuse. Ici. le « allora si fecero » 
ne peut se rapporter qu'au mariage, Gosmc étant né deux mois 
après la mort du duc Laurent. 

76. : <i épousé la cuirasse » mot du Cortcgiano, I, XVII, édit. Cian, 
p. 40. 



NOTES DU CHAPITRE II 



P. 66 : « l'image était sans trêve... » La Vita nuova, edit., Giuliani. 
Florence, 1868, p. 4, et Boccaccio. Vita di Dante, edit. Macri-Leone. 
Florence, 1888, p. 45. 

76. : (1 instrument de son despotisme... » G. Biagi. La oita privata 
dei Fiorentini, p. 93, dans la Vita ilaliana nel Rinascimento, Milan. 
1895. in-12. 

P. 67 : « le bel exemplaire de Dante, o Vasari. Vite, III, 317 
et note 3. 

76. : « peintes pour le Popolano... » Vasari, 111,312. La Naissance 
de Vénus est aux Offices, n» 39. V. Catalogue of the royal Uffizi 
Gallery in Florence, 1897, p. 134; et le tableau Vénus avec les Grâces, 
plus souvent nommé Primavera, est à l'Académie, n" 80. V. Guida 
délia Galleria antica e moderna, ecc. di E. Pieraccini. Florence et 
Rome, 1893. p. 80. 

76. : « des formes les plus civiles. » Med. av. Princ. LXXVIII, 69. 

76. : « ma femme... » Consorte mia. 



374 NOTES 

76. : Jean fat malade. » Lettre d'André Castaldi, 23 nov. lol6. 
Med. av. Pr. GXII, 45. 

Ib. : 6 le milieu de Décembre... » lettre de Marie Salviati, 10 léc. 
1516. Med. av. Princ. GXII, 49. 

//).:« le 3 janvier. » Med. av. Prmc. CXII, 27. 

Ih. : » la paix de Noyon... » toute cette seconde guerre d'Urbin, 
dans Guichardin. Isloria d'Italia, XIII, I. — Vettori. Somyna7-lo cit., 
p. 321-320. — Gapponi. Storia délia Rep. di Firenze. 140-142. — Vil- 
lari. Marhiavelli, III, 19. — Roscoe. The Life and Pontificale , ecc. Il, 
XIV, 279-295. —V. enc. G. B. Leoni. Vila di Francesco Maria délia 
Povere ecc. Venise 1605, et F. Ugolini. Sloria de' conti e duchi d'Urbino. 
Florence 1859, t. II, p. 211 et suiv. 

Ib. : ï ennemi personnel de Laurent... » Guichardin, XIII, I, « per 
l'odio che aveva contro a L. D. M. » et Ammirato, ib., p. 322. 

Ib. : [iris à Ravenne... » Giovio. Vita di Léon X, trad. dal Dome- 
nichi, 1549, p. 143, et surtout Scip. Ammirato, Ist. III, 321-332. 

Ih. : « l'ennemi des prêtres... » Vettori, p. 322. 

P. 68 : « qui faisaient huit cents hommes. » Un chevau-léger 
représentait la moitié d'un homme d'armes. V. Varchi. St. fior. et 
Machiavel, Legaz. II» a Roma, dans Ere, Ricotti, Storia délie Comp. 
di Ventura. II. Documenti, nota XXV, p. 469. 

Ib. : « jusqu'à seize cents... » Vite d'uomini d'arme, p. 80. 

Ib. : (I on lui écrit. » lettres de François Suasio, 6 janvier ; de 
Marie Salviati, 7 janvier ; de Jacques Salviati. 12 janvier 1516-1517, 
dans Med. av. Princ. GXII, 26, 27, 28 ; — celle de Suasio publ. aussi 
Arch. stor. n° 22, p. 29. 

Ib. : <' Et il écrit pour demander de l'argent, o Med. av. Princ. 
LXIX, p. 115. 

P. 69 : « à Firensuûla... n clef de la route vers Bologne. V. aus.si 
Machiavel, lettre à Alfonsine de Médicis. Opère, p. 1082, édit. de 1843, 
et, dans Carte Strozziane. IX, 88, liasse relative à cette guerre d'Ur- 
bin. — La lettre est du 10 mars ; publiée dans VArch. storico, avec 
une erreur de comput, toujours si facile à laisser échapper dans 
ces dates inextricables par leur irrégularité. Mais elle est bien, le 
texte seul le prouve, de cette année 1517. V. Arch. stor. n° 41, p. 46. 

Ib. : a à Pesaro... » 14 avril 1517. Med. av. Princ. LXX, 104. 

P. 70 : I Fortunati faisait ce qu'il pouvait, > lettre du 3 janvier 
publ. dans VArch. stor. n" 27, p. 32-33. 

Ib. : t cô Frà Bartolommeo délia Porta... o Arrh. stor. p. 33 note : 
Vasari. Vite. IV. 198-199. — Catalogue of the Vffizi Gallery, p. 212. 
n» 1265. 

Ib. : i l'ancien gonfalonier Soderini. n V. sur son séjour peu hono- 
rable à Rome, Gino Gapponi. Sto7-ia délia Rep. di Firenze. III, VI, 
131. 

P. 71 : I En Romagne. » Patentes de Laurent duc dTTrbin à 
Jean de Médicis. Med. av. Pr. XGIII, 584. 



NOTES 37.') 

P. 71 : « de Cortone à Gosono, do Gésène à Monlefelf^-o, ■ Mcd. au. 
Princ. GXII, 76, et 164. Arch. Slor. p. 3U-31, où sont l.rs Patentt^s 
pontificales, — lettre à Fortunati. Meil. av. Princ. LXIX i:)3. 

76. : » Plaise à Dieu... » lettre du 11 juin, de Florence. Mecl. av. 
Pnnc. LXIX, 134, publiée par Roscoe, t. IV, p. 240 ot Arch. nlor. 
n» 23, p. 29. 

Ib. : tâtonnements... Sorbolungo... o dans Scipioii' Animi- 
rato. Ist. fior. III, XXIX, 324-328. 

76. : « ses tlatteurs » Vettori. Sommario, p. 326. 

Ib. : a Nardi... » Storie délia cilla di Firenze, VI, t. 11, p. 3o-36. 

Ib. : « par la plume élégante de Bembo. « Pelri Bembi pali-icii ve- 
neti epislolae omnes. Leonis Pont. Max. nomine scriptarutn liber XV"», 
p. 360-361. s. 1. n. d. dédié au pape Paul III; sur ce séjour de Lo- 
renzo à Ancône, V. Storia d'Ancona, dalla sua fondazionc all'anno 
1532, da Ag. Peruzzi, Pesaro, 1835. t. II, p. 415. 

P. 72 : <i trois mois. » Vettori, ihid. 

Ib. ; « le mal napolitain... » Pitti, II, p. 118. 

Ib. : <r BiJ)biena, le factotum... « Cian. Musa Medicea, 13. ibid. 
« obscène, b Gaspary. Slor. délia letteratura il. Turin, 1891. II, XXX, 
228. et d'Ancona. Origini del tealro ilaliano. 11, 88. 

76. : i les Italiens à Pesaro... ji Ricotti. St. délie comp. di Ventura 
II, VI, I, p. 256. qui a pris le récit dans Ammirato. loc. cit. p. 328. 

P. 73. a i Burghi... ■> à mi-chemin de Sanl'Arcangelo et de San 
Léo, dans la montagne; aujourd'hui Borghi. 

16. : « Lonzano. » c'est Longiano, entre Géséne et Sant'Arcangelo 
de Romagne. — Med. av. Princ. GXIV, 294. 

Ib. : « écrit en personne. » lettre à Fortunati. Med. av. Princ. 
LXIX, 133, de Borgonovo. V. encore ibid. 137, 138. 

P. 74 : « Jean Salviati prenait la pourpre. » La prise de cha- 
peau fut fêtée à Florence le dimanche 26 juillet 1517, « puis il s'en 
alla dans sa maison, son père habitait lors à la porte Saint-Pierre, 
dans son ancien palais, qui fat celui des Portinari, prés le Coin 
des Pazzi. o (C'est le palais du Corso, n" 4.) Delizie degli eruditi tos- 
cani, XXII, 127; sur Jean Salviati, outre les historiens cités, voir 
Eggs (J. G.) Purpura docla seu vilae, legationes, etc. S. 7?. E. cardina- 
lium... Francfort et Munich. 1710-1714, au livre IV, p. 404, et sup- 
plément, 1729, III, p. 384. — Cantelorius. Pars altéra elenchi S. R. E. 
Cardinalium. 1659. — Letlere a' Principi. II, 112-114. — Ademollo. 
Marietta de' Ricci. III, 1210. — « Joannes de Salviatis, Prothonota- 
rius, aftinis Papae, florentinus, qui nec sperabat nec cogitabat... 
diaconus cardinalis sancti Cosmae et Damiani... » dit Paride Grassi. 
Diar-io. t. 295, pages 566, 578, 608. 

76. : 1 cinq cent mille... 80,000... 150,000 ducats j> Villari, iVtcco/d 
Machiavelli. III, II, VI, 22. — Vettori. Sommario. 339.— Le Pape em- 
pruntait aussi à sa sœur Lucrèce. En 1520, il donne <> Lucretiae 



376 



NOTES 



iiostrae secundum carnem germaiie sorori, cui in summa septeni 
nuUium ducatorum auri de caméra... obligatos esse fatemur... » 
les revenus de la gabelle en Romagne jusqu'à extinction de la 
dette. Arch. Vatic. Arm. 29, t. 68. Divers. Gam. 1519-1320, folio 
179 verso. 

Ib. : f que Michel Ange. » Gopialett. di G. Gheri, I, 127, lettre au 
duc d'Urbin du 29 cet. 1316, et ibid. p. 163 verso. 

Ib. : « de belles lettres patentes... » Med. av. Princ. GXII. 77, v. 
Arch. Storico, p. 32, n» 26 ; datées de Rimini, 27 juillet 1517, scellées. 

Ib. : « ne pas entendre ses lettres. » lettre à B. Turini. Copialet- 
1ère. I, 118 v». 

P. 75 : « Le marquis François de Gonzague... » sa lettre est 
dans Med. av. Princ. CXII, 79, celle de Sun serviteur François Collo, 
ibid. 78, — sur le marquis, Voir M. Equicola. Storia di Manlova. 1610. 
Mantoue, p. 198-290, 1. IV, — et // fioretto délie Croniche di Mantova. 
Mantoue, 1741, p. 71-78. — Burchkardt. Die cultur, 1. I, p. 44, et 
Lettere a' Principi, 1581, 1. I. p. 66. 

P. 76 : (' les bannières... » lettre de Gésène, 8 août 1317. Med. 
av. Princ. LXIX, 148. — la lettre de Fortunati est Med, av. Princ. 
GXII, 82. 

P. 77 : « menacer d'excommunication... » Pergamene medicee {Ar- 
chives d'Etat, à Florence) 1500. 10 décembre. 

Ib. : exempter de redevances... » le 23 octobre 1500, Gésar Ria- 
rio, archevêque de Pise, dont Gascina, la cure de Fortunati, dé- 
pendait, exempte du cens annuel de 4 sous de grain, dus par la 
paroisse de Sainte-Marie et Saint-Jean à Gascina, François fils de 
Thomas fils de Marc Fortunati, sa vie durant. — Pergamcne me- 
dicee. ibid. 

Ib. : î une dot... augmenté... » V. Scip. Âmmirato. Istoria. III, 
XXIX, 325. 

Ib. : « écrivait le parcimonieux... j» dans Med. av. Princ. GXII. 82, 
et Arch. stor. p. 32-33, n» 27. 

P. 78 : les écritures prouvent. » Carte Strozziane. cit. filza 
GGGXXXIV. ant. n» 477. già 510 cancell. — catal. p. 656. 

P. 79 : femme de grand cœur n genei'osissirna et probatissima fe- 
mina. t> Bibliot. Riccardiana. Godice moreniano, n» 59, p. 2, et sur 
un portrait qui est au Belvédère de Vienne, V. Bibl. nanonale, à 
Florence, catalogue Passerini, Geneal. Salviali, n" 203. 

Ib. : e de Savonarole aux soldats. » dans Sermones R. P. F. Hier 
Savonarole, in adventu Domini super archam Noë ecc. Venise, 1536, p. 31 

Ib. : la première lettre de femme... » Med. av. Princ. GXII, 93 

Ib. : <t Alcibiades platoniciens. » Monseigneur Paul Jove écri 
vait à l'historien-prètre Bened. Varchi : « ricomandate mi... al gen 
til vestro Alcibiade platonice s ; cet adverbe est un adjectif pos 
sessif. — lettre citée dans Ferrai. Lorenzino de' Medici . p. 485. 



I 



I 



NOTES 377 

P. 79 ; "« les délia Stufa » V. Amiuirato. III, p. 80, 108, lO'J. 144. etc. 

11). : un emprunt de 50,000 florins. » Aniniirato, tbid. p. 329. 

Ib. : ht 20 août, Goro Gheri... » Copialett. II, 484, au verso. 
Lettre au Légat. 

Ib. : « Le 21, nouvel onire... » Medici av. Prinr. GXII. 86, et Arch. 
stor. n" 28. p. 33-34. 

Ib. : « Gheri double l'estafette... » lettre de Gheri à Jean de Mé- 
dicis, magnifique capitaine d'armes, à Borgo (San Seiiolcro). Med. 
av. Pr. CXIL 12. 

76. : la iilus mal conduite. » Ammirato, ib. 327, copit'' par Cap- 
poni, Faliretti, etc. 

P. 82 ; « son portrait de Titien » Au Musée des Oflices, n» 605 ; 
celui de la Duchesse Eléonore de Gonzague au n" 599. Calai, of tlie 
Ufjizi Gallery. p. 137-138. et Cavalcaselle et Crowe, Tiziaiio, la sua 
vita e i suai lempi, Florence, lb77, t. I, p. 388-391. — P. Aretino. Let- 
tere. Paris, 1609, p. 179. etc. 

Ib. : a de chicanous, plus doctoresque... » Ammirato, ib. 324. 

Ib. : « huit cent mille ducats... » Ammirato. ib. 332, et Biblioth. 
Nationale, à Paris, mss.. Ital. 15, p. 647. o Spese (Leone X.) più di 
800.000 ducati, la maggior parte prestito de' Fiorentini. » 

Ib. : « mascaraiie pontificale.., » V. Luca Landucci. Diario ftoren- 
tino, 1450-1516. Florence, 1883. p. 352-359 ; et Paride Grassi. Diario 
t. 295 cit. p. 318-327. 

Ib. ; « San Léo... d Dante. Puiv/atoire, ch. IV, vers 25-27. « Vassi 
in San Léo... » et B. Baldi, dans la Vila e fatti di Federigo I di Mon- 
te feltro etc. Borne, 1824 1. 1. 

Ib. : s Camille Orsini... » Ammirato, ib. \). 329. 

Ih. : « faire une algarade... » Ammirato, i6. 325. 

P. 83 : « et les bravant. » Ammirato, Opuscoli. III, 18f)-182. 

Ib. : « les auteurs anciens. « Ammirato, ib. 331. 

Ib. : « il substitue les chevaux barbes... » G. G. de' Bossi, dans 
Vile d' iiomini ■l'arme, ecc. p. 80, et Tedaldi, ibid. 

Ib. : 6 bourguignotes. -> armets simplifiés, avec joues articulées, 
qui se relient sous le menton. (Gâtai, du Musée d'artillerie à 
Paris, par le Colonel L. Boberl, 1890, t. IL p. 19 et 191-199.) 

Ib. : l'admirable agencement de ses bandes... » Fabretti. Sto- 
ria délie comp. di Ventura, II, 264-266. 

Ib. : « révélait beaucoup plus de choses. » J. J. Rousseau a dit : 
« La guerre ne fait guère que manifester des événements déjà dé- 
terminés par des causes morales que les historiens savent rare- 
ment voir. » Emile. IV, p. 202, édit. stéréotype 1783. 

Ib. : « De Guichardin... î au livre XIII, p. 159 du t. III, Bibl. 
classica economica. Milan. 1884, et p. 189 du t. II. éd. de Venise. 1562. 

P. 84 : <t Baptiste de Mantoue... t dans Burckhardt. Cultur. 1, 
107, note 1 ; et trad. Valbusa. I, p. 144. 



378 NOTES 

Ibid. : u et Pasquin n'avait-il pas dit... » dans une Pa^^quinade 
ou Pasquille extrêmement rare, S. L. N. D. (Bàle, 1520?) 'intitulée 
Pasrjulllus Marranus exul etc. 10 feuillets p. ia-8°. — 1^' lettre : Pas- 
quillus Marranus, exul, Romanus, Marforio Romano, quondam 
collegae suo, S. :... <i Dulcissima illa et gratissima Pontifici triginta 
Gardinalium creatio, ex qua quingenta ducatorum niillia conflata 
sunt, Franciscum Urbiuatem e sede Ducali propulerit... s — Ant- 
verpiae, penultima mensis Junii, anno MDXX. — sur la forme Pas- 
quillus pour Pasquin, V. Rabelais. Pantagruel, I, VU : » Pasquilli, 
doctoris marmorei... etc. », dans « les beaux livres de la librairie 
de Saint Victor. » 

76. : « en face de l'Albanais ■> Ammirato, Opuscoli, t. III, p. 180- 
182. 

P. 85 : « encore imberbe. » Ammirato. ibid. p. 180. 

Ib. : « un roi Barbare... b ibid. 

Ib. : Antoine Vaini... » lettre du Trebbio, 7 septembre 1511, à 
Jean de Médicis, Florence, Med. av. Princ. CXII, 89. 

Ib. : « leur grain, leur vin... » lettre de Guido Vaini à Fortunati. 
Borgo San Sepolcro, 10 sept. 1517. Med. av. Princ. LXIX, 159. 

P. 86 : « Goro Gheri. » V. Cerretani. Sommario manoscr, p. 33 v". 
44. — Vettori. p. 308. — Pitti. p. 117. — Fil. de' Nerli. 1. VI, p. 131. 
— Letlere o' Principi. 1581, t. I, p. 21, 22, 160, et trad. de Belleforest, 
1574, n»« 38, 39; et Bembo. Lelt. scr. per Leone X, p. 115, 1. V. 

Ib. : a il imitait jusqu'à leurs maux. « il avait le mal de Laurent, 
le I mal français ». « sendo, dit Cerretani, per il mal franzese et 
per la fatica ammalato. » Sommario, p. 56. 

Ib. : « Son copie-lettres. » V. Molini. Docum. ined. I, 68, et plus 
haut: notes au ch. I. 

Ib. : « il en arriva deux. » celle de Marie Salviati est dans Med. 
av. Princ. CXXIII, 519 ; celle de l'Angélique, dans Med. av. Princ. 
CXII, 100. 

P. 88 : un vieil auteur » dans G. Biagi, La vita privala dei Fio- 
rentini, I, p. 51 et The private Life of the Renaissance Florentines, p. 14 ; 
le mss. de Paolo di Ser Pace di Gertaldo est à la Bibl. riccar- 
dienne, n» 1383. § 18. 

Ib. : « sauter en croupe d'un cheval... » Ciampi, ibid. 

Ib. : « le proverbe tlorentin... » Giusti. Proverbi, p. 161. 

Ib. : « le 9 janvier 1518. » Copialett. del Gheri, t. IV, p. 60. 

P. 90 : « rouge de vergogne... » Arch. stor. 1883, p. 215, note 2. 
lettre à son fils. 
Ib. : « dès le 14 janvier. » Copialett. IV, 68-69. 
Ib. : « clouait sa porte... » Vite d'uomini d'arme, 141. 

P. Ql:» un cartel... » Miscell. medicea. Archives d'Etat, Florence, 



k 



NOTES ;J79 

n-" 316-319, 321, 323 (puMié dans VArcfi s>nr n^ 29, p. 34-35), 32(i, 
328, 330, 331. 

P. 92: ■< ancien rival... V. l'Arch stor. 1881, arliclos cités de 
M. A. Giorgelti. 

76. : avec Philip{pe Strozzi... ■> Lelt. di Corii/jiane, p. 14 et Cor- 
tigiane del secolo XVI. 

P. 93 : de chasses. » G. B. Cini, 1. I, p. '.' ; l'auteur alliiiju<3 la 
querelle au sire de Piombino lui-méiue. Ce n'est point sa seule 
erreur. 

76. : « le marquis Louis de Gonzague... « Arch. slorim, n" 3(J, 
p. 35-36. — Louis, marquis, comte do Rodigo. petit-fils do Louis IL 
fils de .Jean-P'rançois; et d'Antoinette des Baux en Provence. C'est 
la branche cadette, qui forma les ducs de Sabbioneta. Mort en 
1340, ce marquis Louis fut Is père de Louis Rodomont, le compa- 
gnon d'armes et l'ennemi de Jean de Médicis; lequel vécut de 
1500 à 1370. Le titre de comte de Rodigo vient d'un échange fait 
avec la branche aînée. Rodigo est une bourgade au N. O. de Man- 
toue, sur la route d'Asula. V. Litta. Fam. ill. ital. IH, Gonzague. 
pi. XIV, et Francisco Sansovino. Dell' origine e dei falti di'lla case 
ill. d'Italia. Venise, 1582, p. 359. Sur Sabbioneta, le beau travail 
de Gh. Yriarte, Gazette des Beaux-Arts, janvier-mars, 1898. 

76. ; « Gazzolo... <i c'est Gazzuolo, entre le Mincio et le Pô, prés 
de Mantoue. Louis de Gonzague y avait un palais et un jiiuséo 
d'antiques et de moulages, on y jouait la comédie. (Mûntz. llist: 
de l'Art pendant la Renaissance. Italie, IT, p. 282.) 

P. 94 : <i selon les régies... » Y. Mutio. Il Duello. Venise, 1560, 
p. 28, et Fausto da Longiano. Duello regolato a le leggi de l'honore, 
ecc. Venise. 1559. 

76.: ï le 14 janvier... .> 1318. V. Med. av. Princ. GXII, 104. 

P. 95 : « à Ferrare... .> lettre du 18 janvier. Miscell. medicea, 331. 
76. : ton frère » fratello [cugino sous-entendu.) 
76. : la réponse de son adversaire, o Miscell. medic. 317, 318, 
elle dut être envoyée en deux endroits. ^ircA. stor. n» 32, p. 37-38. 

P. 96 : a comme appelé... » reo, c'est-à-dire l'accuse'. V. Mutio, 
ibid. 1. IL p. 54. 

76. : « Balthazar Turini.. o il avait reçu « gratià familiarita- 
tis » le Priorat de Saint Jacques do Lupeto, au diocèse de Pise, 
possédé par Léon X lui-même avant son élévation au Pontificat, 
(19 mars 1313); dans Hergenrœther. Leonis X, P. M. Regesta. Fribourg 
en Brisgau, t. I, p. 19. Ce précieux recueil s'arrête en octobre (16) 
1515. — V. aussi Vasari. Vite, et Milanesi, IV, 47. — Mûntz. Ra- 
phaël, sa vie, etc. Paris, 1886, p. 222, 226, 295-296, 674, et 800 et 
Hist. de l'art pend, la Renaissance. II, 800. 

76. : « pour ce qui est du défi... » Copiai, di G. Gheri, IV, 88, let- 
tre du 31 janvier 1517-1518. 



380 NOTES 

P. 97 : « Albizzi, vieille famille très pallesque. » V. Gino Gap- 
poni. St. délia Rep. di Firenze, III, V. 134. Yillari. f^icc. Machiavflli , 
II. I, XIV, 178-179. Nardi, tome L 1. V, LVI, p. 430. 

Ib. : t de courtisanes... » V. Med. av. Princ. CXIX, 51, et Lett. di 
Cortig. p. 71, et Cortigiane del secolo XVI, p. 144. 

là. : « trésorier... » Tedaldi. ap. Giampi, Notizie ecc. p. 70 et Vite 
d'uomini d'atome, ecc. p. 158. 

Ib. : ï se trompait dans ses comptes. » Y. sa lettre à son maître. 
31 janvier 1518. Med. av. Princ. GXII, 105 ; cela ne l'empêche pas 
d'être tout à fait homme de confiance à la Curie. Pour ne pas in- 
terrompre le récit, je place dans cette note le relevé des comptes, 
pris dans les Spese private di Leone X. — En nov. 1519 : 

fo 42. F. d. AUiizzi reçoit — 400 ducats. 

t° 47. le 17 novembre, en 1520, id. — 200 (or large, di caméra.) 

Le 23 juillet. — Le même, 30 duc. 6 Jules 1/2. 

f» 90. le 18 nov. 1520. — Le même, 80 ducats. 

f» 92. le 22 nov. — le même, 70 ducats. i 

f'' 93. le 25 nov. — le même, 6 duc. 4 Jules. " î 

(Archives d'Etat, Rome. Spese private di Leone X. 1519-1520, t. IL) 

f» 6 v", le 28 janvier en 1521 ; le gouverneur du château de Palo, | 

pour F. degli Albizzi, 10 ducats. J 

(Mêmes archives, fascicule contenu dans Spese private di Clé- 
mente VIL 1523-1527, et contenant le spese di Leone X, dal 16 déc. 
1520 al 20 nov. 1521 ; au folio de tête, on lit : « Copia lib(e)ri D. se- 
rapice ; » et, fo 30™ : « Ex originali copiatus per me, Gentilem de r^ 

Gualdo, R™' Gardinalis Armellini camerari S. R. E. servitorem. 
Rome, die 17 febr. 1522. » 

Enfin il existe encore dans les archives du Vatican, Arm. 29, t. 70, 
(1317-1520) la pièce suivante, concernant le rôle de F. des Albizzi .1 

dans les Marches, en 1520 : .': 

f» 20: « R. Ep. Ostiensis Gard. S. Georg. D. N. Pp. Gameranus. |. 

Represaliae pro domino F"» de Albicis. Datum Romae, die XIIII ,i 

Martii 1520 in Cam. Apostol. 

« Gum dom. Franciscus de Albicis S. D. N. famiUaris ad castrum 
marciani et alla loca perusine diocesis se contulisset, per S. D. N™ 
ad sedandum scandala deputatus fuerit... pro labore et mercede 
sua duorum mensium quibus ipse Franciscus... prefuit.. et trium 
aliorum mensium quibus per substitutum dicta loca custodiri fecit, 
in summo centum quinque (GV) ducatorum auri, vel circn, cre- 
ditor exstitit; prout per brève... » etc. 

76. : « Paul Luzasco. » dans Giampi, ibid. p. 103 et 169. Vite d'uo- 
mini d'arme, 143. 144. 

Ib.: de Révère en Mantouan. » Med. av. Princ. GXII, 109. 

Ib. : lire et écrire. » De' Rossi. Vite d'uom. d'à. p. 134. ^ 

>? 

V, 



NOTES 381 

Ib. : « le 6 février. » Miscell. tnedic. 319. Arch. storico, p. .39, noSS. 
Jb. : « le 19 février « 1517-1518. dans Copialetl. di G. Gheri. IV, 
88. 

P. 98 : <r Du Gant » Scip. Amiiiirato Opusc. III, 179, a confomlu 
avec une autre auberge, située dans le. Bourg Saint Laurent, l'hô- 
tellerie de la Cloche, delta campana, dont parie le Lasca dans sa 
Sfrega, N'enise, 158^, p. 39 verso. Acte V, scène dernière. L'hôtel- 
lerie du Gant devait être dans la rue du Gant, qui existe encore 
entre la piazza dei Giudici et la via dei Neri, près du Lung' 
Arno délia Borsa. 

Jb. : sous la foi de Florence » ; on suit, ici, Cerretani. Sommario. 
p. 48. 

Ib. : « Dauphin (François)... » baptisé le i9 avril, il était né à 
Amboise en février. V. Du Bellay, Mémoires, I, p. 24, Paris, 1588. 
'L'infaillible Muratori l'a confondu' avec Frangois II. Annali d'Ita- 
lia, X, tiô, et Roscoë. The life and pontificate, etc. II, 554, note 14. 

P. 99 : « froides noces. •> Cerretani, p. 50. 

Ib. : a Catherine de Médicis ». Michelet a dit : « Un ver, né du 
tombeau de l'Italie. Elle était fille d'un père tellement gâté de la 
grande maladie du siècle, que la mère, qui la gagna, mourut en 
même temps que lui au bout d'un an de mariage. La fille elle-même 
était-elle en vie? Froide comme le sang des morts, elle ne pouvait 
avoir d'enfants qu'aux temps où la médecine défend spécialement 
d'en avoir. » Hist. de France, t. IX. Les guerres de religion, Paris, 
1856, ch. III, p. 43. Le « ver du sépulcre » naquit, on le sait, en 1519, 
le 28 avril, en même temps que mourait sa mère ; Laurent mourut 
sept JDurs après. Ammirato. III. 335. 

Ih. : « aux Stinche. » V. Illustratore fiorentino per l'anno 1840. 
Florence. 1839. sulle Stinche ecc. dall' a))b. F. Becchi, éd. 2« da P. 
Fraticelli, p. 24-38. 

Ib. : « pour sauvegarder mon honneur... t Ammirato. Opuscoli, 
III, 179. 

Ib. : <r des duels, o Mutio. Il Duello. 1. I, ch. XXI, p. 32, IL Vil, 
p. 69, et le risposte cavalier esche, 1. 11, I, p. 136 et III. VII, 190, où 
Gosme I" est arbitre. 

76.: son ennemi Jacques Salviati. o Cerretani, p. 56. 

Ib. : « Tous les principaux citoyens. » Gheri, Copialett. IV, 
118 verso. 

P. 100: « chiaccherie vecchie. > Lett. di Principi. 1577, Livre III, 
p. 125. 

Ib. : « Jamais homme cruel. » Gomines. Mémoires, VII, XI, 505. 

Ib.: « son manifeste... » Miscell. medicea. 316, et Arch. stor. n» 34, 
p. 39-40. 

P. 101 : t Marie Salviati d'abord » ; lettre de Florence, 22 février 



382 NOTES 

1517-1518, dans Med. av. Princ. GXII, 53, et Arch. stor. n» 37, p. 
42-43. 

P. 102 : <t Mezzoprete. » ce nom de valet, Pierre l'Arétin le pren- 
dra, comme celui de Fora, pour ses comédies; Fora sera dans la 
Talanta, Mezzoprete dans le Philosophe, v. mon livre, L'Arétin, Paris, 
1896, ch. V. p. 303 et 329. 

P. 103 : une lettre directe à son adversaire.. « Miscell. medic. 
n" 330, et Arch. stor. n» 35, p. 40-41. 
76. : « la lettre suivante... » Arcli. stor. n» 36, p. 41-42. "J 

P. 104 : « le portrait des Offices... Une belle reproduction a été l 

donnée dans Catherine de Médicis, par H. Bouchot, Paris, 1899. 

Ib. : « Suasio. » Med. av. Princ. LXXXV, 416. 

Ib. : ï le ribaud de Petit Corse. » Copiai, di G. Gheri, IV, 127-129, 
il confessa par la même occasion qu'il avait assassiné un Gascon à 
Anghiari. 

Ib. : <i le 26 février, s Copiai, di Gheri, IV 130. 

Ib. : « un bref... » Archives du Vatican. Arch. secr. Armad. 44, 
tome 5. Leonis PP. X. Brev. ad Princip., et alios, ab anno 1513 ad 
1518 « Jo. de Medicis ut veniat ad Urbem... » fol. 151 y, 23 fév. 1518, 

P. 105 ; j chez les Strozzi ■> Copiai, di Gheri. 129 v». 

Ib. : « la chasse et les mignons, j Lettre de Pierre-François d. 
M. à Jean d. M. Med. av. Princ. GXII, 227, et de Jean de la Stupha 
(Stufa) ibid. p. 52. 

Ib. : « giboyeux... 9 Fr. Garcano, degli uccelli da Preda. Venise, 
1586. Dédicace, p. III, et Torq. Tasso, Epist. a Ere. de' Gontrari M. 

(1572) dans Lettere. éd. Guasti, 1853-55, I, 27. 1 

Ib. : 1 un peu singulière. » Gheri. Copialetl. IV, 131 v. .f 

76. ; « des chiens à Gastello... » Arch. stor. n" 38, p. 43; dans Med. î 

av. Princ. GXII, 54. 

76. : « toujours inconsolée. » ibid. n° 55; et Arch. slor. n" 40, p. 45. 

76. : « son père.. » Med. av. Pr. GXII. Arch. slor. n» 40. p. 44-45. 

76. : (' conciliabules » Gheri. Copiai. IV, 134. 

P. 106 : <i que la justice est observée.. » Gheri, Copiai. IV, 134 v°. 

76. : 6 le supplice. » Gheri, Copiai. IV, 136 v. 

76.: « Pise... » ibid. 138. - V. Villari. Savonarola. I, II, IV. 273, 
note. 

76. : a ses épées, un justaucorps » lettre à Gharles Féo, dans - 

Med. av. Princ. GXXlII,-^20. .|' 

76. : « Jean Salviati..\ » Med. av. Princ. GUI. 42; v. enc. GXII, 58. * 

76. : reçu princièrement.- » Gheri. Copiai. IV, 146, ■? 

P. 107 : « comme s&n ^propre frère.. » Med. av. Princ. CXII. 72, et v 

Archivio storico, 1858. disp. 3» (n» 15) p. 4, n» 48; Il mars 1518. rap- "1 

portée au comput 1519 par erreur ; comme le prouve le texte même. ^. 

76. : « disait Jacques Salviati... » Med. av. Princ. GXII, 57. Arch. % 

stor. n" 42, p. 46-47. f- 



NOTES 383 

Ib. : « primeur de la senti-nce... » Copialett. IV, 151 v". 

Ib. : « Spectables Huit de Garde... » la sentence est dans l'arliti et 
Deliberalïoni degli Otto di Guavdia. vol. 170. Janvier avril 1517-1518. 
pages 44-45, aux Archives d'Etat, à Florence. 

P. 108: Pise était interdite... » Gheri. Copiai. IV, 155 v". 

Ib. : ï Cibù... » Med. ao. Pr. CXII, 119 (datée par erreur 1519, 
Arch. stor. XV. n- 49, p. 5; t. enc. Med. av. Pr. CXII, 137.) Sur ce 
dangereux prélat, v. L. Stufietti, Il cardinale Innocenzio Cyho. Flo- 
rence, 1891; et A. Virgili. Franc. Ttemi. Florence. 188», p. 492. 

Ih.: I Pierre-François... Jacques Salviati... » Med. av. Princ. CXII, 
67 et 68. 

Ib. : « de Gonzague... » Med. av. Pr. CXII, 118. 

Ih.: « Ma femme... « autographe. Med. av. Pr. LXXXV, 417. 

P. 109 : « à Florentze... » in Firent-.e. 

Ih.: « Charles Féo.. » Gheri, Copiai. IV, 173-174. 

///. : « insistèrent.. » lettre de Jean Salviati. Med. av. Pr. CIII, 43. 

Ib. : (1 Enfin, le 4 avril » Gheri, Copiai, IV. 186 V. 

Ih. : » une lettre de Fortunati. » Med. av. Pr. CXX, 153. 

P. m : une autre grossesse, malheureuse »; la trace s'en trouve 
uniquement dans celte ligne du ms. Magliabech. cl. XXIV, 2, H. 
« Ilebbe ancora un altro figliuolo, di che la moglie si sconciù... » 
(p. 179); et dans la lettre de Marie Salviati. du 23 mars 1520. Med. 
av. Pr. CXII, 235. 

Ib. : « au Trehbio... >- Med. av. Pr. LXXXV. 418. 

Ib. : « son frère le cardinal.. » Med. av. Pr. CIII, 44, et Miscell. me- 
dic. s. n. 

Ih. : (T François Sforza. . » Med. av. Pr. CXII. 128. 

Ib. : « des éperviers... » Miscell. medic. et Med. av. Pr. LXIX, 187. 
Arch. stor. n"' 43-44, pp. 47-48. 

Ib. : <i François I"... » V. Caccc di Léon X, p. 443. 

Ib. : d jalousement... » V. P. Berabi, Epist. LepnisX. P. M. nomine 
script. 1. X, lettre I. loanni Neronj, etc. et surtout, sur ces chasses, 
Giovio. Vita di Leone X, trad. de L. Domenichi, 1. IV, p. 306-310. 

Ib. : i on essaya les éperviers.. » Lettre du Gard. Salviati. Med. 
av. P. CXII, 150 et Arch. stor. n» 45. p. 48. 

Ib. : « Serapica. » Le Cacce, etc. p. 441-442. P. Aretino. Ragiona- 
menti, 1584, 11, I. p. 68 ; V Archivio storico, p. 48, n" 45, en a fait ser 
Apica, ce qui est inattendu, et veut dire Messire Apica. 

Ib. : « le 27 juin... » G. Gheri à Ben. Buondelmonti. Copialett. II, 
38 V. 

Ih. : t au Trebbio. » Med. av. Pr. CXII, 163. 

P. 112: Viterbe. » Mec?, av. Pr. CXII, 186. 
Ib. : « l'évéque Octavien... » Arch. stor. n» 46, p. 3. 
Ih. : <t Je vous prie Iden... d Med. av. Pr. CXII, 185; l'asnée, c'était 
une charge de 120 kilos. 



384 NOTES 

Ib. : « l'embarras des affaires... » Arch. stor. n" 47, p. 4. 

Ib. : a vers la Toscane >; en tout ceci, où se placerait la course 
sur mer, faite de Fano cette année-là? il y a confusion évidente 
avec l'année 1523, dans le sommaire donné i)ar l'Arch. stor. p. 10, 
n° i4 de l'année 1858. 

Ib. : c aux belles fontaines » proverbe connu. V. aussi Giusti, 
Proverbi, p. 214. 

Ib. : « Gordieu. » Rabelais. V, XV. 

Ib. : « le barigel.. . Gheri. Copialelt. III, 325-226. 

P. 113 : « dans la nuit du 1". » Gheri, ibid. III, 229-230. 

Ib.: ï des Agli... ^ prés du Marché Vieux, maintenant démoli, v. 
une reproduction de cette place dans le grand ouvrage édité par 
la municipalité Florentine, Il Cenlro di Firenze. etc. Florence. 1900, 
in-4'>, pages 4, 70. Les Aulx, les Agli, sont une antique famille, de 
celles qui avaient une tour fortifiée. V. ibid. pages 13, 52,44-45 
et 50, et Marrotti. Guide à Florence, page 46. Cette place était fort 
petite. Brunelleschi, les Pollaiuoli travaillèrent à cet ancien quar- 
tier. 

Ib. : c fines lames.. » God. Magliabech, XXIV, 2, II, page 178. 

Ib. : a Pierre Alamanni. » Gheri. Copiai. I, 122, et Ammirato. 
t. III, p. 213. 

P. 114 : « Jacques Guichardin. <> Med. av. Pr. CXII, 202. 

Ib. : « payait ses dettes.., » G. de' Piossi, dans Vite d'uomini d'arme, 

ecc. p. 78, et Giampi, Notizie, p. 143. 

Ib. : « En mars 1519. » Med. av. Princ. GXII, 2. .'*' 

i. 
p. 115: a un conseiller » c'est H. Morone. V. plus bas, même a 

chapitre, aux guerres de la Marche. • 

Ib. : li If Gorse lui dit. » de Boissat, Le brillant de la reine, etc. « 

p. 230. f 

Ib. : ■(' trente-six chevaux » ou mules. Fabroni. Vifa Leonis X. 
Pise, 1797, notes LXIX, 291. Roscoë, t. II. p. 545-546. — Vasari. 
Vite, IV, 389. — Gaye. Carteggio inedito d'artisti ecc. II, 146. 

Ib. : « dévouement filial. » Vettori. Sommario, p. 328. 

Ib. : « le joug du Pape... » Villari. .V. MachiavelU, III, 23. 

Ib. : « rongé., torturé.. » Vettori, ibid. et Jac. Pitti. Ist. fior. II, 
118. t. 

P. 116 : (1 un bouffon... » Villari, ibid., p. 24. 

76. : « corbeau d'Arétin... » Aretino. Lettere. édit. de 1609, I, 15, 
au Duc de Mantoue. 

Ib. : le 12 juin 1519... » Vita di Cosimo d. Medici da Aldo Ma- 
nucci. Bologne, 1586, p. 32. — Tedaldi, qui est très douteux pour les 
dates, donne le 10 juin; ap. Giampi, p. 90. Du reste, les meilleurs 
détails sont chez lui. 

Ib. : « Jésus, Marie, t Arch. storico, n' 50, p. 6. 

P. 117 : « Marie, de Pierre-François... » C'est Marie Soderini, 



NOTES :>x:. 

inére de Loronzino ou Lorenzaccio; c'est encore, la femme d'André 
de Médicis, dit lirutto, ou le Laid, et qui était, elle, en son nom. 
Fran(;oise de Linari; c'est la femme de Pierre de Tolosin de Mé- 
dicis, la Constance Gapponi; c'est la femme de Gaspard Boni, 
Constance Bini. Elles entourent l'accouchée, suivant la coutume 
florentine, que peignent, au chœur de sainte Marie Nouvelle, les 
fresques du Gliirlandajo. 

P. 117 : « droit chez le Pape. » Teduldi, iOid., et dans Vite d'uo- 
mini d'arme, p. 15S-159. 

P. lis : c les paysans du Trebbio... « AlJe Manuce, ibid., p. 32 
et sqq. 

P. 119 : « Malatesta Baglioni » qui trahit Florence en 1530. 

Ih. : 1 guerre... chasse. » Med. av. Pr. CXll, 3 et 264. (Du Card. 
Armellini.) 

76. : <' Flore de Padoue. » Med. av. Princ CXII, 263. Y. eue. 
ibid., 35. 

Ib. : <i Pierre l'Arétin. » Ragionamenti, 1584. Giurn. 3». et il ragio- 
namento del Zoppitio, p. 311. 

P. 121 : Giberti... » V. mon livre sur l'Arétin, Paris, 1896, p. 20. 

Ib. : « Du Pasquin... » — « Lassa andar le cortesane, — se non 
vuoi disfarte al tuf to : — come l'altre son puttane. — ma più car'ven- 
don lor frutto. d Consigli utllissimi, ecc. cité par V. Cian. Galanterie 
ilaliane del secolo XVI. Turin, 1887, p. 60. Y. Arturo Graf. Atlraverso 
il Cinijuecento. Una Cortigiana fra Mille. Turin, 1888, p. 22.j. 

76. : a Frédéric de Gonzague... <> Med. av. Pr. CIII, 6. 

76. : <i bonnets noirs... » Med. av. Pr. CXIX, 15. 

P. 122 : « le Pape donnait... » Arch. d'Efat, à Rome. Spese priva le 
di Lèo7ie X. 2c vol. 28 juillet 1516 — 5 janvier 1519. Date du 6 nov. 
1519 : 400 écus ; 17 nov. : 200. 

76. : « très illustre Seigneur... disait-elle. » Med. av. Pr. GXll. 
296. 

P. 123 : « toile de lin... » elle lui en avait deniandé « deux ânées » 
due sùma ; l'ânée valait alors à 120 kilogr. V. Hauser. Ouvriers 
du temps passé, xv« et xvi^ siècle. Paris, 1899, p. 94. Y. la lettre 
dans Med. av. Pr. CXII, 186. 

P. 124 : a Sanga... son père... » Letl. a Principi, 1581, II, 105, 110, 
121, 130, 138. Délie lettere di XIII tiomini illustri, ecc. Yenise. 1361, 
1. II, p. 39-78. — P. Ildefonso. Delizie degli eruditi toscani, XY. — 
Ademollo, Mariella de' Ricci, 2075. 

P. 125 : <i du Cardinal Jules... d Cerretani. Sommario, 54-55. 
76. : e Ancône... » Pasolini, I, 21. 

P. 126 : <i à jamais guerrier. <> Pline disait déjà : « Regio gen- 

2.J 



386 NOTES 

tium vel fortissimaruni Italiae. « Hist. nat. IIJ, 17. V. Gliisleri. 
Allaniino storico d'Ilatia. Tav. 25. Bergame. 

Ib. : « son aigle... « V. Tre libri de gli uccelli da Preda del Sigr. 
Franc. Garcano, detto Sforzino. Venise, 1586, p. 149, I. Il, chap. 
37, délie Aquile; et // falconiere di J. A. Tuano (de Thou) trasf. da 
P. A. Bargeo. Venise, 17H5. p. 18-19, sur l'usage des aigles en fau- 
connerie. 

Ib. : « payé, loué... » Burckhardt. Cullur. p. 97. 

76. : u mille papiers... » Archivio storico, n"» 51-59, et .VeJ. av. 
Princ. VI, 711. — GXIX, 20, 9, 108. — GXII, 222, 232, 235, (lettres 
de Marie Salviati.) — GXX, 11, 21, 24, 27, 40, 50, 125, 202, 261, 303. 
316, 317," 318, et liste de la p. 260. — GUI, 7. — GXIX, 46. — GXX, 
49, 105, 108, 110, 134, 156. — Je cite ces lettres dans l'ordre où je 
les ai mises en œuvre. 

P. 127 : « la solde... o Pasolini, II, 281. 

Ib. : « les devriez voler. » Arch. stor. n» 53. Lettre du 4 déc. 1519 

76. : « Amadei... » Arch. stor. n° 54, p. 9, et Giovio. Vifa di Lan X. 

1. IV, p. 291, qui l'appelle « auttore di cose nuove. » 

76. : UfTreducci... » Ammirato, III, 327, cod. Magliabech, XXIV. 

2, 11. 

76. : « Quand Fermo. » Giusti. Proverbi, p. 216. V. G. de Minicis. 
Monumenti di Fermo, ivi, 18. 

76. : « Jérôme Brancadoro, le Corse... » Arch. slor. n» 54. Tout 
ceci confus et brouillé dans les biographies imprimées. — On pré- 
tend que Jean le tua de sa main. La lettre du 27 mars 1520, ihid., 
p. 11-13, suffit à montrer que non. — Gf. encore Cronache délia 
Città di Fermo, ecc. dans Docum. di Storia ital. pubbl. a cura délia 
Deputaziotie sugli shtdi di Stor. palria per le prov. di Toscana, dell' 
Umbria e délie Marche, t. IV, p. 195 et 256 Florence, 1870. 

P. 128 : « Marie Salviati. » Arch. stor. 40. 57. p. 13. Med. av. Pr. 
GXX, 69. — GXXI, dern. lettres. 5. 20, 28, mars 1520. 

P. 129 : (f dépouilles... UfTreducci... » lettre de Paolo Oricellari, 
29 mars. Med. av. Princ. GXX, 53. — Du vice-chancelier, ibid., 
34. 

76. : « Pescaire... » cod. magliab. cit. Ammirato, OpuscoU, IIP. 
182. 

Ib. : « désobéissants et suspects... » Siimplo brève tracto délia co- 
pia délia Instruclio7ie mandata da Rotna nella Marca : alli 111. S. Jo. 
de Medici e Gonte Guido Rangone, ecc. Lett. Est. agli Otto di Pra- 
tica, del 1519 at 1521. Archives d'Etat. Florence, cl. X, dist. <:. 
n" 12. Stanza IV, Armad., 7, n» 19. 

76. : « la main coupée... » Marin Sanuto. Diarii, t. XXVlll. 
p. 271. 

76. : 6 l'annulaire. » G. G. dei Rossi, dans Vite d'uoni. d'arnw. 
p. 133. 



I 



1 



NOTES 387 

lli. : « FréJérii- de Mantoue. i> Med. av. Pr. CXX. 8. 
Ib: : Jean de la Slufa... •> Med. av. Pr. CXX, 22. 

1'. 130 : « Nicholosa... . Med. av. Pr. GXXI, 18, et Corti/^iane del 
sec. XVI, p. 138-140. — Lett. di Corligiane, p. 9. 

P. l;]l : « au Duc d'Url)in. o Carie Sirozziane, CXXI, IS, dit 
M. Ferrai (lett. di Gortig. p. 10, note de la p. 9-10). Mais il con- 
fond assurément avec notre document précité, au moins pour la 
numération. La filza Slrozziana contenant les corresjjondances de 
Laurent est le n» IX, 88. — La date seule de notre lettre (1520), 
outre l'adresse, prouvaient qu'elle no fut pas adressée au Duc, 
mort l'année précédente. 

Ib. : « le cardinal Salviati... » il avait reçu l'évéché de Fermo en 
février 1518. Ci-on. di Fermo, op. cit., p. 253. 

Ib. : « à table... » lettre de G. Salviati à sa sœur Marie, fi mars 
1520. Med. av. Pr. LXXXV, 422. 

II). : <i un seigneur dira... » Saint-Simon. :Wé/»oi>es, édit. Glîéru(d. 
Paris, 1857, t. XL ch. xiii. p. 221. 

Ib. : « le Carnaval... » sur le Carnaval en ce temps et sous ce 
Pape, Y. Ademollo. Il Carnevale di Rorna, al tempo di Aless. VI. 
Giulio II et Leone X, 1499-1520. Firenze, 1891, pp. 10-93. 

Ih. : « Stéphane Colonna... » Med. av. Pr. CXX. 5. 

//). : « Julie... » cf. AriHin. liaç/ionam. p. 311 et 331. 

P. 132 : « un capitaine... « cod. niagliab. XXIV, 2, H, p. 180. 

16. : a Philippe Strozzi... ■> Carte Strozzi-Uguiccioni, fa. 108, 
n» 37. Lett. scr. da Fil. di F. Strozzi a Lorenzo suo fratello. 
(Arch. d'Etat, Florence.) 

P. 133 : le Léopard... » el Pardo. Voici le nom complet : Ca- 
mille Pardo Orsini (1491-1559), comte de Monopollo, marquis de- 
Tripalda, seigneur de la Mentana. Capitaine général de l'Eglise, 
il reçut, le 3 févr. 1541, le fief de Marmande en Agenais. (Catal. 
des actes de François I". T. IV, p. 178, n» 118-19.) 

P. 134 : i les deux cents Orsini... o l'jïe di Sforzeschi. p. 202-203. 

— Vile d'uomini d'arme, p. 78. — Giampi. Notizie, [i. 143. 
//;. : " du vice-chancelier... » Med. av. Princ. CXX, 38. 

Ib. : u Jérôme Morone... ■) Med. av. Pr. GXIl, 111, 112. — CXX, 
60, 61, 147 et 259. — G. E. Saltini. Girolamo Morone, dans Y Arch. 
storico, ser. III, t. VIII, 1868, p. 59 — 124; les lettres à la p. 108. 

— Carlo Gioda. Girolamo Morone e i suoi tempi, 1887, p. 190. Ghap. 
VI. — et dans Milano nei suai monumenti storici, par R. Bonfadini, 
au t. II, la Congiura ilaliana del Cancelliere Morone. Milan, Trêves, 
189. 

Ib. : t àme damnée... » fiam lotus sforlianus, dit-il, dans ses Letlere 
ed orazioni latine, edit., da D. Promis e Gius. Millier. Turin, 1863, 
III, 255. 



388 NOTES 

Ifj. : « ses intérêts... » Med. av. Pr. CXX, 73: 77, — et lettres de 
Dante Gori, 81-88, 94, U6, 118, 143, loi, 206, 225, 230, 261, 3S1, 285. 

Ib. : « stradiots... » lettre de V. Vitelli. Mec/, av. Pi-. CXX, 87. Sur 
V. Vitelli, V. Lfttere di div. ill. Slgnorl ecc. ali lll. S^ V. Vitelli. 
Florence, 1551. 

Ib. : « chevaux... » lettre de Marlino, maître d'écurie, mis aux 
l'ers un peu plus tard. Med. av. Pr. CXX, 11. 

Ib. : a au trésorier Albizzi... » Med. av. Pr. GXIX, 31. 

Ib. : <i Marie Salviati... » Med. av. Pr. CXII, 235, 24 mars 1519- 
1520. 

P. 133 : « Sainte Marie Neuve.,. » livres du notaire Alfonso 
S-. Bartholomei de Gorsis. {36). G. p. 196-197. Au 18 juin 1520 : 
« Obligatio Dni. Joh. de Médicis » avec l'hôpital de S. Marie Neuve, 
— florins 2, 985 ; solid. 5; den. 7. — Jacques Salviati gérant des 
biens et dettes. 

Ib. : Angélique la Vénitienne... » Med. av. Pr. GXX, 133. 

Ib. : d Louis de Gonzague... » Med. av. Pr. GXX, 132. 

Ib. : « au quartier St. -Jean... » V. I germini sopra quaranta meri- 
Irici délia cilla di Fiorenza, dans le t. A'III, de- la Bibl. grassoccia. 
Florence, 1888, p. 51-73. 

P. 136 : « cette autre lettre... ^> Med. av. Princ. CXXI, 193. 

P. 137 : « Prosper Golonna... » lettre du 17 juillet, de Bologne, 
Med. av. Pr. GXX, 139. 
Ib. : « le 14 juillet... » Med. av. Pr. GXX, 135. 

P. 138: « l'anneau du pécheur... » c'est à-dire de Saint Pierre 

On sait que les brefs s'expédiaient sous cette forme : « Datum Ro- ^ 

mac, apud Sanctum Petrum, sub annitlo piscaloris, die... Ponti- 'M. 

ficatus nostri, anno... » ■«: 

Ib. : « le 16 juillet... » « die XVI julii MDXX. P. n. anno octavo. » ^ 
Arch. d'Etit. Florence. (Brevi.) 

P. 139 : » tout lui revient. » Med. av. Pr. CXX, 140, 135, 160, 161, 
163, 174. — Arch. slor. n» 38, p. 13-14. 

Ib. : <i le bref même... » lettre de F. Albizzi, 20 juillet, Med. av. t 
Pr. GXX, 145, et lettre du vice-régent de Fermo, ib., 164. %' 

P. 140 : « excitait en sourdine. » Arch. stor. n" 59, p. 15. .; 

Ib. : « diviser les troupes... » même lettre d'Albizzi. GXX, 145. 
Ib. : « en belles paroles... » Arch. stor. n» 60, p. 15-16. 
Ib. : « de mille ducats... » Med. av. Pr. GXIX, 49, 54, 84, et CXIV, 
302. 

Ib. : « Gornélie Riario... » Med. av. Pr. CXX. 162. 

P. 141 : « Lorenzina... » Arch. stor. n" 39. — Med. av. Pr. GXIX. 
48. — Arch. slor. n° 60. 

Ib. : cinq daims... » Arch. slor. n° 61, p. 16-17. 



NOTKS ;}X!> 

P. lil : « fièvre... > M''d. av. l'r. CXX, 176, l'JT. Arrh. slor. n» 63, 

p. n. 

Ib. : « lo Moiléiiais Martin... . Med. au. Pr. GXIX, 85, 86, .'i'J, 62, 
S7. — CXX, 180. — et .Irch. slor. n<" 65-68, et 71. 

Itj. : <i D'Ancône à Castel-Durante... » Med. uv. l'r. CXiV, 303. 
Castel-Durante, aujourd'iiui Urbania, sur la route de Borgo San 
Sepolcro à Urldn. pros du col Picheraro, à 275 m. 

P. 142 : c le bruit de sa mort... » Med. ao. Pr. CXX, 198. 

Ib. : « Jacques Salviati... •> Med. av. Pr. CXX, 201, 29o. 

Ib. : j les dots princiéres... » Epislres des Princes, ecc. trad. par 
F. de Belleforest. Paris, 1.574, lettres de Bibbiena, 14 juillet 1518, 
p. â5. et du 8 déc. 1518, p. 78. 

Ib. : « à François Albizzi... » lettre à V. .\lbizzi. Med. au. Pr. CIX, 
88, et Arch. slor. n» 69, p. 20. 

P. 143 : « ces capitaines... » Med. av. Pr. CXX, 198, et MiscelL 
medic. 334. 
Ib. : 4 billets gritlonnés. . > Med. av. Pr. CXX, 347. 
Ib. ; Yitelli... « Med. av. Pr. CXX, 199. 

Ib. ; « Albizzi... » Med. av. Pr. CXIX. 69 et Arch. slor. n» 72, p. 22. 
Ib. : <, Marquis de Mantoue... ■) Med. av. Pr. CXX, 311-312. 
Ib. : <■ Corses... ^Med. av. Pr. CXX, 207, 226. 

P. 144 : « un bref... » XXV Sept. MDXX. Arch. d'Etat. Florence. 

Ib. : 6 Lucrèce Salviati... > Med. av. Pr. CXX, 218. 

Ib. : « le mielleux Armellini... « Med. av. Pr. CXX, 219. 

Ib. : « Jules de Médicis... Arch. slor. n° 73, p. 22. 

Ib. : « un chien volé... » Med. av. Pr. CXX, 237. 

Ib. : 1 k Saint Léon... » lettre de L. de Gastrocaro aux Huit de 
Pratique. Lett. Int. agli 0. D. P. cl. X, dist. 6, n» 20, c. 170. 

Ib. : « six cents chevaux... > lettres d'Armellini et listes d'hom- 
mes. Med. av.Pr. CXX, 253, 248, 249, 260. 

Ib. : « une réduction d'effectif... » Med. av. Pr. CXX, 256. 

Ib. : c le Pape l'aimait... » Med. av. Pr. CXX, 258. 

P. 143 : d des fromages... o Arch. slor. n» 74, p. 23. 

Ib. : «c lanterner... « Med. av. Pr. CXX, 274. 

Ib. : du Pape lui-même... » Med. av. Pr. CXX, 294. 

Ib. : 1 le sage Cardinal Salviati... » Med. av. Pr. CXX, 237. 

Ib. : a Durant ces derniers mois, Cosme... e lettres de Marie Sal- 
viati. Med. av. Pr. CXX, 216, 231, 293, 344, et LXXXV, 493. — Arch. 
slor. n° 70, p. 21, et 73, p. 24. 

Ib. : « à ses soldats, à ses dettes. » Med. av. Pr. CXiV, 305. 

Ib. : « Caëtani... » Med. av. Pr. CXX, 327, 332, toujours pour Ca- 
mille Orsini. On sait que Sermoneta, l'objet du litige, conserve un 
ancien castel des Caëtans, ses ducs. V. Sur ces Caëtans, Saint-Si- 
mon, Mém. XVIII, ch. xvr, p. 4t9. 

Ib. : t des tournois... » lettre de F. Suasio. Med. av. Pr. LXXXV, 



390 XOïKS 

421, publ. par A. Virgili, dans Xozze Lensi-Torloli. Florence, 1898, 
p. 12-13. 

P. 146 : e Rabelais... » La Sciomachie, etc., Lyon, 1549, in-S". 
Ib. : « L'année 1521... " Michelet. Hist. de France. Réforme, ch. viii, 
p. 149. 

P. 147 : « universelle araignée... » c'est le mot du tlamand Geor- 
ges Chastellain sur Louis XL 

76. : « risquer sa vie... ■> V. Paul -Jove, Illusfrium virorum vitae. 
Florence, 1551, in-fol. Vita Ferd. Davali Piscarii. L. II, p. 306. 

I/j. : « la plus bouillante jeunesse... » Piicotti. Sloria délie comp. di 
Ventura, II, VI, II, p. 264. 

Ib. : 6 Dominique le Corse... ^ Med. av. Pr. CXII, 26o, et Arch. 
storico, ser. IV, t. XIII, 1884, p. 427-430. 

Ib. : « Mercure Bua... » M'-d. av. Pr. CXXL 5. V. enc. CIII, p. 12. 
V. Sur ce personnage, f gentilhomme vénitien », la Correspondance 
politique de Guillaume Pellicier, publ. par A. Tausserat-Radel, Paris, 
1900, p. 219 et 311; le tombeau de cet aventurier se trouve à Tré- 
vise, dans l'église Sainte-Marie Majeure. C'est une œuvre char- 
mante du Bambaja, prise en Lombardie, à Pavie, où elle était 
originairement destinée au monument du musicien F. Gaffurio. Ainsi 
la tombe même de ces pillards est volée! V. Arle e sloria. Florence, 
1897, numéro du 15 juillet, article du D^ D. Sant'Ambrogio et ibid., 
n» du 15 novembre. 

Ib. : « Octavien Riario... » Med. av. Pr. CIII, 15. 

P. 148 : « François Sforza... » lettre de Worms, 5 avril 1521, 
Med. av. Pr. CIII, 28. 

Ib. : « faveur de Charles-Quint...» lettre du 16 oct. 1520 : « la 
Rev. del Duca e stato molto ben visto nella Corte di Cesare in 
Anversa, et accarezato del Imperatore ecc. non mancho se fusse 
lo Infante suo fratello, ecc... » Med. av. Pr. CXX, 259. 

Ib. : « Comte de Corrège... » Med. av. Pr. CIII. 14. Litta remar- 
que qu'un Charles de Corrège fut ambassadeur du Duc de Ferrare 
auprès de François I", et mourut en France en 1521. 

Ib. : « l'examen du maître... » Antonio Mossi. Compendio délia 
vila del S. Giov. de' Medici, ecc. Florence, 1608, p. 72. 

76. : « estaquade... » stecchato. V. Brantôme, au Discotirs sur les 
duels. 

Ib. : « il abandonna cette coutume... » Tedaldi, dans Ciampi, 
p. 73. — Vite d'uomini d'arme, p. 179-180, la suite, ibid., et dans 
de' Rossi. 

P. 149 : « ce n'est point Machiavel... » quoi qu'en dise l'étrange 
livre de C. Mini, la vita e le gesta di G. de' Medici o storia délie 
bande nere (? !) ecc. Florence, 1851. ch. ii et xix. 

Ib. : <f de Savonarole... » Discours du 14 déc. 149j, dans Villari. 
Savonarola, I, II, IV, p. 275. 



NOTES 301 

P. 150 ; « de rUccello... ■> n» 1273, au Louvre. V. Vasari. Vile, éd. 
Milanesi. t. 11, p. 214. 

76. : « les cuirasses sont conservées... » au musée du Bargello, 
à Florence. Catalogo del Museo Nazionale di Firenze. Rome, 1898, 
p. 22. 

Ib. : « la forte cuirasse fruste... » V. Revue de l'Art. Paris, 1897, 
11° 6. (Septembre). 

Ib. : « les balles aplaties... » Tedaldi, dans Cianipi, p. 'j'.i. \ Ue 
d'uomini d'arme, p. 119. 

P. 151 : 3 Ronsard... » La Franciade, I; éd. Blanchemain. Paris, 
18.j8, t. III, p. 73. 

îb. : 1 exécrait la France... ■> Villari. Machiavel. III, II, VI, 
p. 18-19, outre les ouvrages cités sur la politique de Léon X, on 
suit ici Paul Jove, vie de Léon X, dans la trad. de L. Domenichi. 
1. IV, p. 314 et suiv. et Lod. Dolce, Vita dell' invittiss. e gloriosiss. 
imperadov [sic) Carlo quinto. Venise, 1561, p. 22 et suiv. — On peut 
feuilleter, mais avec prudence et critique, Robertson, Storia del 
regno dell' imp. Carlo quinlo. Milan, 1820, t. il, 1. II, p. 177 et suiv. 

P. 1")2 ; « un évéque... « c'est Jove, loc. cit. 

Ib. : <t la haquenée... s Mignet. Rivalité, etc. t. I, ch. III, p. 293. 

Ib. : « condottiere de la Sainte Eglise... » Med. av. Pr. GUI, 13. 

Ib. : a de magistrats... » Med. av. Pr. CXXI, 19, 243. — CIII, 
9, 10, 11. .8, 16. 17. — cm, 18-20. 21-23, 24, 25, 26, 27, 29. — GXXI, 
145. 

Ib. : i garnison... » GXXI, 26, 73. CIII, 30-33. 

Ib. « paie ». GXXI. 81, 75. 

Ib. : a recommandation... .. GXXI, 86. — GXIV, 306. — CXXI, 
134. 

Ib. : » d'amitié... » GXXI. 74. (Cl. Salviati.) 

Ib. : « Pescaire... -> CXX, 28. 

P. 1.^3 : paysans .. » CXXI, 105, 108. 

76. : « en calomniait... » GXXI, 110. 

Ib. : « décacheter... » GXXI, 122, (lettre du Gard. Silvio Passe- 
rini,) on trouve une lettre du même, aux Huit de Pratique, tou- 
chant l'entente avec les Baglioni, dans Lelt. Int. agli 0. d. P. del 
1521, cl. X, dist. 6, n» 21, p. 111. 

Ib. : <! Blanche Riario... « Med. av. Pr. GXXI, 147. 

Ib. : » Manfredi... •- Med. av. Pr. XLI, 467. 

Ib. : t dans le moindre détail... > lettre de Marie Salviati. Med. 
av. Pr. CXX. 841, et Arch. Stor. n» 75 et 76, p. 24. 

Ib. : 1 à Viterbe... .irch. Slor. n° 77, p. 24-25. 

Ib. : <• Guido Rangone. . ■> sa lettre dans .Med. av. Princ. GXXI, 62. 

P. 154 : Curé, que j'honore... » lettre à Fortunati, Arch. Stor. 
n" 77, p. 25-26. 



302 



NOTES 



P. 15o : 6 ses agents... » lettre de B. Raimondi, Med. av. Pr. CXXI, 
133, 135. 

//(. : (i; Montaigne... » Voyage en Italie, éd. d'Ancona, p. 250-252, 
et notes, sur les courses de Juifs nus, etc. et J. du Bellay, Regrets, 
sonnet GXII. 

//). : « de Gastiglione... » Cortegiano. IV, 195 et 199, édition de 1559. 

P. 156 : « Frédéric de Gonzague... » Med. av. Pr. CXXI, 3. V. aussi. 
Equicola. De' Commentari Mantovani, libr. IV» p. 208-209, et sur un 
-palio gagné par Laurent le Magnifique V. P. Caracciolo, la glono 
ciel Cavallo. Venise, i585, ch. v, p. 395. 

Ib. : « Jean de la Stufa... » Med. av. Pr. CXXI, 158. et 161, et 
aussi 151. — Arch Slor. n» 80, p. 26-27. 

Ih. : « Gorse Barinci... » Med. av. Pr. CXXI. 154; 162, 163. 

P. loi : « chevaux de guerre... « Y. D. Mora. H soldalo. Venise. 
1570. I, VI. p. 32-33 ; et Gornazano, de re militari. Florence, 1520, 
1. II, p. 37-53. 

Ib. : « Prosper Golorina... o Med. av. Pi 
168, 169. — CXXII, 360 et suiv. — et 177. 
p. 27-30. 



CXXI, 152, J66, 167, 
Arch. Stor. n"^ 81-83. 



P. 138 : « du Trehbio... . Arch. Stor. n° 84. p. 30. 

Ib. : « Guichardin... » Opère inédite, t. VII, la Legazione delV Emi- 
lia, p. 206. — et dans Med. av. Pr. CXXI, 196. — Arch. Stor. n» 86, 
p. 31-32. —Y. enc. Med. av. Pr. ibid. n- 150. 

Ib. : 1 Guido Rangone... » Med. av. Pr. CXXI, 131. — Y. enc. Arch. 
Stor. nt> 88, p. 33. 

P. 139 : par le Duc Julien... » Arch. Slor. n° 87, p. 32, et Sanuto. 
Diarii, t. XXVIl, p. 353. 

Ib. : « Pescaire allait à Gènes... t> Med. av. Pr. CXXI, 170. 

Ib. : « dénûment... » Med. av. Pr. CXXI, 175, 207. 

lô. : « la dispersion... » Med. av. Pr. CXXI, 172, 213, 214, 217, 219, 
et 208, adressée à lest. 

Ib. : « les cartes de la Lombardie... » Med. av. Pr. CXXI, 136. 

Ib. : « ces fillettes.!. » Med. av. Pr. ibid. et Arch. Slor. n" 93, p. 36. 

Ib. : (I les plus belles escarmouches... » Martin Du Bellay. .Ve- 
moires, 1. II, p. 35. 

Ib. : « On en parle singulièrement... » lettres de F. Suasio. .irch. 
Stor. n»' 90-91, p. 34-36. 

P. 160 : « gâchis fastidieux... » dans le latin de Jovo ; Vita Pis- 
carii, et de Gapella, de rébus gestis pro restilutione Francisa II ; dans 
Sanuto, Diarii, t. XXXII. etc. 

Ib. : « Autour de Parme... » Ammirato. Opuscoli, 111, 182-184. 

Ib. : « le 4 octobre » G. Nardini aux Huit de Pratique. Lett. Int. 
agli 0. D. P. del 1321. cl. X, dist. 6. St. IV, Arin. 7, n° 21, p. 329* 



NOTES 311 :i 

10. : disait Suasio... j Arch. Slor. n» 94, p. 37. 

P. 161 : <- Du Bellay... » Mémoire!, II. 57. 

Ib. : « à N'aju'io... » appelé Boveri par Tetlahli, Vaunj par Migiitt ; 
village au-dessus de Cassano d'Adda, au confluent <le l'Adda et du 
lirenibo. (Cartes de l'Etat-major italien. F» 70. Torino. s. 46°.) 

//;. : se jeter tout armé... » dans Amiuirato, G. do' Rossi, Te- 
daldi, loc. cil. et Jove Vila Piscarii, p. 329. 

P. 162 : « Capella... » V. de' Rossi dans Vile d'uom. d'arme, p. S9. 

Ib. : « allait au ciel... » Arch. Star. n° 9o, p. 37-38. 

II). : « jo me courroucerai... » Med. av. Pr. GXIX, 97. — Arch. Stor. 
n"^ 92-03, p. 35-36. 

Ib. : Il cardinaux, marquis... » Mignet, Ricalile', etc. I. 300, d'après 
Ranke. — De" Rossi, dans Vite d'uom. d'arme, p. 89. 

P. 163 : « dans un bois... « De' Rossi, th. p. 83. 
10. : Hercule Poète... » Ammirato, OpuscoU. 111, 184, sqq. 
Ih. : « son cheval s'al>attit... » Tedaldi. dans V. d'uom. d'c^rme. 
p. 163-164. 

P. 164 : « François Sforza... a sa lettre dans Med. av. Pr. GXXl, 
222-223. 

II'. : n Fortunati, devenu... » Arch. mediceo. 89. — Medici eccle- 
siastiche. 926. 

Ih. : « le Pape est à la Magliana... » Arch. Stor. n" 9o, p. 37-38. 

Ib. : « le 14 novembre... « Mignet. 1, p. 305. Du Bella}'. II, p. 60. 
etc. 

P. 165 : « le poison... » Parido Grassi le dit formellement. 

Ih. : « à Romme... » Rabelais. PanUtf/ruel. lY, XIl. 

Ib. : » l'Arioste... » satire VII, a M. Bonaventure Pistoidiilo 
duc'» sec^'» ; cf. le satire autografe di Lud. Ariosto. éd. du w" cente- 
naire. Bologne. 1875, et Satire, éd. da Lod. Dolce. Venise 1560, p. 86. 

Ib. : « Frère Marien... » sur ce Frà Mariano. V. Arturo Graf. 
Attraverso il Cinquecento : un buffone di Leone X. pp. 366-394. et spé- 
cialement, p. 390, note. Voir les lettres officielles écrites, au sujet 
de cette mort si médiocrement vénérable, à la seigneurie de Flo- 
rence par les cardinaux Jean Salviati et Ridolfi, dans Lellere alla 
Signoria; Esterne, dal 1517 al 1523. Archives d'Etat, Florence, cl. X. 
dist. 2. n» 79. page 194 et 204 Rome, 6 Dec. 1521. 

Ib. : « Barnabe Malaspina... » Arch. Stor. no 96, p. 38-39. 



394 NOTES 



NOTES DU CHAPITRE III 



P. 166 : « le duc de Ferrare. » Lett. EU. agli. 0. d. P. del lo2j, 
n° 19, p. 212. 

Ib. : « à Rome... » Marin Sanuto. Dlarii, XXXII, p. 227. on trou- 
vera les plus minutieux détails sur les allées et venues de Jean de 
Médicis dans les t. XXIV. p. 612-613, 615-615. — XXV, p. 299, où il 
y a une confusion. — XX VII, p. 353. — XXVIII, p. 385. — XXIX, 
p. 511. — XXXI, p. 21, 28, 214, 330, etc. — XXXII, p. 66, 117, JIS, 
119, 146, 156, 206, 218, 286-287, 369, 382. 

P. 167 : « paires de chausses... » Arch. slor. n° 97, p. 39. 

Ib. : bien gardé... » Med. av. Princ. VI, 714. 

76. : (1 il refusait... » Galéas de Médicis aux Huit. d. P. — Lelt. 
Est. agli 0. d. P. n» 19, p. 223 224. 

Ih. : 9 le cardinal Jules... » du même. Ibid. n" 225. 

76. : la difficulté d'élire un Pape... » V. les détails dans Mignet. 
Rivalité, I, ch. iv, p. 309-320. 

Ib. : les parieurs baissaient... » Arch. slorico, 1859. n» 17, t. IX, 
disp. prima, lettre n° 99, p. 3-4. 

Ib. : d Sigismond Varano... » dans Mignet, il est nommé par 
erreur Jean-Marie, qui est le nom de son oncle, l'usurpateur favo- 
risé par Léon X. V. Mignet, Rivalité, p. 315. — Cf. Fabretti, op. cit., 
IV, 25. — Villari. Nice Mcf^hiavelli. III, II. IX, 130. — Capponi. 
Stor. délia Rep. di Firenze. III, VI, VI, 154. 

P. 168 : « il restait à Rome.., » Arch. stor. n° 100, p. 5. 

76. : « ses camps des plaines lombardes... » Med. av. Pr. GXIX, 107. 
Arch. stor. n» 101, p. 5-6, et lettre de Galéas de Médicis aux Huit 
de P. dans Lett. est. agli 0. d. P. del 1521, n» 19, p. 259 v». 

76. : « Maenza, Roccagorga... » Med. av. Pr. CXXlI, 186, et Arch. 
stor. n" 102, p. 6-7. 

76. : le Barbare, l'absent... » Guichardin, 1. XIV, p. 278 v", édit. 
de 1562, t. II. 

76. : « est à louer... » Mignet, p. 320. 

Ib. : « les Baglioni... » V. Fabretti. Biografie dei Capitani ventu- 
rieri delV Umbria, (scritte et iliustr. con documenti, da Ariodante...) 
Montepulciano, 1842-1846, 5 vol. in-8», au t. IV, p. 1-212, et, pour 
Jean-Paul Baglioni, au t. III, p. 119-23o. 

P. 169 : 4 Guichardin... » Lett. Est. agli 0. d. P. n" 19, p. 445-446. 
76. : il recrutait... » Lett. Est. ibid., page 459. 



NOTES .'j;».') 

//;. : « soulTrrint mal... » letlro de Marie Salviati. Met/, av. Pr. 
CXXT. 8, et Arch. slor. n" i02. p. 7, et Miscell. medic. n- 239. 

76. : <• Laurent Cainbi... » Lelt. Interne agli 0. d. P. w 20, p. Hl . 
V. enc. Lett. Est. w i9, p. 473. 

///. : i les bandes noires... •> tûut<; cette guerre dans : Uriiino, 
Agenti Ducali, classe prima. Divis. G. GCXXW'UI. Lettere scritle 
(15-22 et 1528) al Duca d' Url)ino da alcuni suui agenti di Firenze, 
toccanti la reslituzione délia Provincia di Montefeltro, la condotta 
di esso Duca al servizio délia Repul)l)lica, e le nuove correnti, 
(liasse non paginée,) aux Archives d'Etat. Florence. 

76. : « ses requêtes... » Lett. Int. n° 20, p. 207. 

76. : 1 Les Huit se hâtaient... » lellere degli Otto di Pratica, cl. X, 
n" 61, st. IV, arm. G. Otto di Pratica. Cart. Missive. Regislri, 38, 
p. 127-128 et 128-129. 

76. : " passaient le 21 janvier... ■> Lett. Int. aijti 0. d. P. n° 20, 
p. 210. 

76. : « Montepukiano... » Lett. Int. n» 20, p. 223. 

76. : « Val di Chiana... » V. Ricordi délie cose avvenide in Pentgia, 
dcW anno 1517 al 1561. Scritti da Niccolo di Zuccone, dans Fabretti, 
op. cit., t. IV, p. 35-36, au 23 janvier 1522. et Fabretti. Cronaclie 
délia città di Perugia, t. IL (1393-1361) Turin, 1888. 

P. 170 : Maudite et malheureuse fesse... » Dante. Purgaturio, 
XIII, 23. 

76. : <■ Riccialboni... > Lett. degli 0. d. P. n" 37, p. 123. 

7//. : « commencer à vaincre... » Lelt. Est. agli 0. d. P. n° 27, 
p. 261. 

76. : « deux cents ducats... o Lelt. degli 0. it. P. 1521, cl. X. dist. i, 
n" 60, st. IV, arm. 6, n- 37, p 104-103, et 124 V. 

Ih. : trois connétables... » Lett. Est. Agli 0. d. P. n° 20, p. 230. 

P. 171 : » Zanobi Briza... ■> Lett. degli 0. d. P. cl. X, n- 61. — n» 38, 
p. 136 V et n" 37, p. 125 v». 

76. : Passignano... » Lett. Est. n" 20, p. 260. — Lett. degli Otto, 
n« 37, p. 128. 

76. : » les Huit de Pratique regrettaient... « Lelt. degli Otto, n" '■''. 
p. 131. 

P. 172 ; « leur pleine confiance... » Lelt. degli Otto, n« 38, p. 139. 
76 : « le 3 Février... » Arch. slor. n» 104, p. 8-9. 

P. 173 : a Passerini, évêque de Gortone... » Lelt. degli Otto d. P. 
n" 38, p. 144. 

76. : « Fontignano... o lettre datée de « Montefontigiano, in su 
laco perugino, » dans Lett. Est. n" 20, 297, ib. n" 19, p. 92. 

76. : « sans pain... » Lelt. Est. n» 28, p. 334. 

76. : (f des jours meilleurs... » Lett. Est. n° 28, p. 342. 

76. : (' se plaignaient... » Lett. d. 0. n" 37, p. 138 v". 

76. : « infructueux... •> Lett. d. 0. n» 38, p. 130-151. 



39(3 



NOTES 



P. 174 : « ses capitaines... » Lelt. Est. n» 28, p. 271. 

Ib. : Leurs longues lettres... » Lett. degli Ollo d. 1'. n» 37, 
p. 146. 

Ib. : « parmi les Français... ■> lettre de Loys de Lavenue, gentil- 
homme français, à J. d. M. Med. av. Pr. CXXI, 240, qui sign<- 
ï vostre bon amy. » 

Ib. : « le 28 février... » Lett. D. 0. d.P. n» 37, p. 17. Quatre lettres, 
publiées sous les n<" 112, 113, 114, 115, par VArch. storico, 1859. 
n' 17, se rapportent, non à 1523, mais, comme le prouve leur con- 
tenu, à cette année 1.522, et les deux dernières, celles du Cardinal 
Jules, ont rapport au traité de février avec le Duc d'Urbin. 
(p. 13-14.) 

P. 173 : Jean-Tliomas Manfredi... » dans Urbino, cl. I, div. G. 
GGXXXVIII. Sans pagination, au 28 février 1522. 

Ib. : « le 4 mars. . » lettre d'Alexandre Nerio au Duc, ibid.. 
ï 4 mars 1522, à 3 heures de nuit. » 

Ib. : I Jean-Marie Yarano... » ibid. On sait que la fille de Jean- 
Marie et de Catherine Cibô, sœur du Cardinal Innocent, dut épou- 
ser, en 1532, Cosme de Médicis. V. Ferrai. Lorenzino de' Medici, ch. 
III, p. 96. 

Ib. : 1 Pennabili... » Lett. D. 0. d. P. n" 37, p. 161. , 

Ib. : « foi iQviolable... » Lelt. D. 0. d. P. n» 37, p. 162. Cette lettre 
diffère de celle publiée dans VArch. stor. n" 105, p. 9, par plusieurs 
détails. Le texte se retrouve dans Med. av. Pr. CXX, 123. 

Ib. : (S des moindres détails... » Lett. D. 0. d. P. n" 38, p. 167 \° 
168 et Med. av. P. GXXl, 123. .irch. stor. n» 105, p. 9. Y. sur cette 
fin de guerre, Med. av. Pr. CXXI, 238, et sur ces reprises des prin- 
cipicules. Piomanin, Storia documentata di Venezia, vol. Y, ch. vu, 
p. 353-354. Yenise, 9 vol. in-S" — et Fabretti. Biografie, etc., t. V. 
p. 502-503. 

Ib. : « Charles Fée... » Med. av. Pr. CXIY, 307. 

Ib. : « fourbe Cardinal... » Y. A'illari. Nice. Machiavelli, III, II, 
ch. IX, et Capponi. Storia délia Rep. di Firenze, III, VI, ch. vjt. — 
Ammirato. 7*^ fior. III, XXIX. 

Ib. : <i Jean-Thomas Manfredi... o dans Urbino, ibid. à la date du 
20 mars 1522. 

Ib. : a l'archevêque de Capoue... » C'est l'allemand Nicolas 
Schomberg, qui écrivait à Jean de Médicis en avril 1521. Med. av. 
Pr. cm, 27. Sur ce personnage Y. Lett. dei Principi, et Yillari. 
Nice. Machiavelli, III, p. 136, 297-. 

P. 177 : <r les subtils Vénitiens. .. » V. Maria Sanuto. Diarii, 
XXYII, 353. 
Ib. : a tiraillements... Capponi, ibid. p. 154. 

P. 178 : « de funambules... -> Cian. Musa medicea, p. 24. 



NOTES 897 

Ih. : « le liuc de Bari... » Marin Sanutn. Dttirii. t. XXXIII, p. ;j4, 
70, 85, 88. 94. 

1/j. : on publiait... » Sanuto. ibid. p. H5. 

I/j. : « le 30 mars... » lettre de F. Guichardin au Cardinal de Mé- 
dicis, dans Op. ined. t. VII. La Le(/azione delV Emilia, GLXXXII, 
p. 403. V. la lettre du Cardinal à Jean, 18 mars, Arch. stor. n" 113, 
où il est parlé de Guichardin. 

Ib. : « Je montrerai... » Vile d'uom. d'arme, p. 144. 

P. 179 ; » Polésine... » Guichardin, ih. lettre GLXXXIII p. 40G-407. 

Ib. : « Goro Gheri... » dans les mêmes papiers Urbino. 

Ib. : 1 on disait... » lettre de Manfredi au Duc d'Urbin, 3 avril 
lois, ibid. 

Ib. : « Martin du Bellay... » Mémoires, 1. 11, p. 65. 

Ib. : « Guichardin... » lettres citées, et Ilisloria d'Italia. 1. XIV. 
p. 283, etc.. de 1562, t. 111, p. 239, etc., de Milan, 1884. in-12. 

76. : « fort vilainement... » Sanuto. ibid. p. 143. 

Ib. : a Le comte Ballliasar Gasliglione... » Lettere del Conte B. 
Castiglione, édite dall' abb. P. A. Serassi, Padoue, 1769-1771, t. 1. 
Lcll. di Neyozi, p. 21 et 22, lettres du 8 et du 5 avril 1522. 

Ib. : « grandissimes alYaires... » Med. av. Pr. CXXI, 2.ï9, et Arch. 
slor. no 106, p. 9-10. 

P. 180 : « une bonne crue... » Gui.:hardin, lettre CLXXXlll. 
Ib. : « Par le trompette... » Miscell. medic. n° 321, et Arch. stor. 
n- 107, p. 10. 

Ib. : Raimondi... » Med. av. Pr. CXXI, 2G0. 

P. 181 : " la Bicoque... ■> narrée en détail dans Mignet. Rivalité, 
1, IV, 111, p. 327-340. — Dans G. Capella, 1. Il, p. 34-33. — Dans 
P. Yerri, Sloria di Milano. Milan, 1830, t. 111. p. 13-15. — Dans Du 
Bellay. Mém. 1. Il, p. 68-70. 

P. 182 : « Brantôme... » Les vies des grands capitaines français : 
M. de Lautree. Leyde, 1699, p. 162. sur Jean de Médicis, v. encore 
ibid. t. 1. p. 199. éd. de 1722 : M. de Lesparre et ib, 80-81. 191-192. 
383-386. 

Ib. : «r ses troupes admirabb-s... » Jove. Vita Pisrarii, I. 11. p. 
322-323. 

Ib. : e le bras meurtri... » Sanuto. Diarii, XSXIll, p. 214. 

Ib. avec les Provéditeurs... » Sanuto, ibid. p. 217, 220, 230, 233- 
236, 2tl. 

Ib. : « il y entra seul... ■> B. Castiglione, 1, 111, 22. Lettre de 
Rome, le 8 avril 1322. 

P. 183 : dans le mois de juin... » Sanuto, ibid. p. 247-248, et Med. 
av. Pr. LXXXV, 429. il existe à Rome, dans la Bibliothèque du 
Vatican, un recueil qui contient, au dernier feuillet, la pièce sui- 
vante : Summa de le conventione et capituli fatti Ira lo lllmo Sigr. 
Prospero Colonna capitanio générale de la Maestà Cesarea, et 



308 NOTES 

Moiisignor de lo Scuto Marescalco de Foys, Monsignore Ponpon- 
tarmino (sic), sigr. Marchese de Salucio, sigr. Federico de Gon- 
zaga. sigr. Johanino de Medici, Monsignore Bonaval, et tutti 11 Capi- 
tani Regii in la città di Cremona... » Bibl. Vatic. God. Yalic. lat. 
8214. Avvisi del 1323 (?) e 1524. 

Le personnage désigné sous l'étrange nom de Ponponlarnuno, 
c'est Antoine de Créquy, seigneur de Pontdormy, V. Du Bellay. 
^Mémoires, II, 110, et Brantôme. Vie des grands capitaines français, I, 
210-211. — S'il est une chose plus bizarre que les noms italiens 
tels que les accommodent les écrivains français, ce sont les noms 
français à la façon de l'Italie. Lescun devient lo Sciido, Pontdormy 
Ponpontarmino ; et tout le reste à l'avenant. 

Ib. : Il exigé sa paye... -) Du Bellay. Mém. Il, 73, où cette époqu'' 
est aisément confuse. 

Ib. : « L'on me méprise... » Tout ceci dans Jove, Vita Piscarii. 
1. III, p. 328-329. Le subtil évéque de Nocera, serviteur des Médicis. 
a certainement recueilli un témoignage oculaire. Il correspondait 
avec Jean des bandes noires lui-même. Voy. Med. av. Pr. GXXI, 8fî, 
lettre de Paolo Jovio, Physico: Jove fut d'abord médecin. 

P. 184 : « voix effroyable... « Vile d'uom. d'arme, p. 132. 

Ih. : « pour Rome... » Arch. stor. n° 108, p. 10. 

Ib. : « à Eeggio... » V. L. Cliiesi. Reggio nell' Emilia sotto i Ponli- 
fxci Giulio II, Leone X. Adriano VI, ecc. Reggio, 1892, ch. vu, p. 104- 
103. 

Ib. : ï des milliers... » Mignet. Rivalité, 1, 338. 

P. 183 : « ont mangé le cœur... t à Novare. Dans ]M. Du Bellny. 
Mémoires, II, 67. 

Ib. : « traditionnelles... » Burckhardt. Die Cultur. p. 21-22. 

Ib. : « la chanson... n Canto dei balestrieri. Dans Canti carnasria- 
leschi ecc, édit. Guerrini. Milan, 1883. p. 68. — celle des Land- 
skneclits, ibid. p. 169. 

Ib. : « Marie Salviati... » Arch. stor. w 108, p. 10. 

P. 186 : « aux premiers jours de juin... » V. lettre de Guichardin 
n° GLXXXV, au cardinal de Médicis. Op. inéd. p. 407, du t. ^'III; 
Manfredi (Urbino. ibid.) dans sa lettre du 6, fait une erreur. 

Ib.: « quitté Crémone... » même lettre. 

Ib. : <i Jean-Jérôme... » Vite d'uom. d'arme, etc. p. 83. 

Ib. : « San Secondo... » parmense, ville au N. 0. de Parme, en- 
tre le Taro et le Pô. 

P. 187 : « Isabelle de la Lune... » Ferrai. Lorenz'nio di Medici 
ch. III, p. 90. — Bandello. Novelle, t. lY, p. 341-342, (partie IV, 
nouvelle XVII), je croirais plutôt qu'elle était de Luna. prés la 
Spezzia (Luni,) donc israélite. 

Ib. : « du comte Ph. de' Rossi... » lettre de Manfredi au duc 
d'Urbin, 9 juin. {Urbino.) 



NOTES 8!V.) 

Ih. : c Borreto... » village à 51 kiluiii. de l'arme, en pleine iiioiilu- 
gne, non loin de Fornoue. 

Ib. : « les Impériaux... u même b-tlre du 9 juin. V. aussi, cud. 
magliabech, cl. Vlll. 4. 1401, in fui. -c. 2S et suiv. la lettre de 
Luc Antoine Guppano. 

là. : « avec le duc de Milan... » lettre de Manfredi. 12 juin, au 
duc d'Urbin. 

Ib. : « Franijois Albizzi... » Med. av. Pr. LXXXV: 429 ; un mènK; 
accord interviendra pour Crémone, en 1526, des Espagnols et Al- 
lemands aux Italiens, v. Letlere. di Princ. 1581, t. II, p. 14. 

P. 188 : « Brisiga... » lettre de~ Manfredi, 14 juin, ibid. 
Ib. : « vers le 20... » Med. av. Pr. CVi. 183. (Signât, autographe 
de Jean d. M. à une lettre écrite par F. Albizzi) et Arch. sior. u" 

109, p. 11. 

P. 189: <■ de Bologne... » Med. av. Pr. CVI, 137, et Arch. stor. ïi" 

110, p. 11. 

Ib. : « Marie Salviati... o Med. av. Pr. CXXI, 277. Arch. Stor. n'^ 111, 
p. 11-12. 

Ib. : « capitaine effronté... « sur Luzasco, v. lettre de Ma^frei i 
du 12 avril 1522. [Urbino. ibid.) 

P. 190 : « Encore à Florence... ■> VArch. stor. n» 112, p. 12, raji- 
porte à ce moment une lettre qui est, je l'ai dit, de 1522. 

Ib. : « plus de haine... » lettre de Manfred du 18 juill-t 1322. 
{Ibid.) 

Ib.: « Adrien VI... » v. Jove. La vita di lladnano Sesto, trad. {.er 
M. L. Domenichi. Florence, 1549. Baschet. La diplomatie vénitienne, 
les Princes dé l'Europe au xvi« siècle. Paris, 1862, p. 180. — Leltere 
di principi. Rome, 17 mars 1323, dans Burchkardt. Culiur. p. 124, 
note 3, et trad. Valbusa, 1, 166, note I. 

Ib. : <i prétendu... » V. Seb. Ciampi. Notizie p. 7, où il cite, d'après 
lanocki, le mss. Miscell. 226 de la bibl. Zaluscienne à Varsovie, où 
se trouverait, pp. 44-48, une prétendue <t Medici Joannis, Leonis X, 
Rom. Pont. Agnati, ab Hadriano IV ad Sigismundum I Poloniae 
Regem Nuntii an. 1322 oratio ad Regem dicta. » La bibliothèque 
Zaluscienne, que j'ai recherchée à A'arsovie, y fut volée par les 
Russes et partagée entre la Bibliothèque impériale de Saint-Pé- 
tersbourg, l'Etat Général et l'Académie de Médecine. (Lettre du 
secrétaire de la Bibl. imp. à Varsovie. 8 févr. 1897.) Aucune re- 
quête n'a pu me valoir des détenteurs pétersbourgeois la copie de 
ces pages, mentionnées ainsi que suit dans: lanociana, sive claro- 
rum atque illustrium Poloniae auctorum. ecc. Varsaviae et Lip- 
siae, 177-79, p. LXXXV : « Johannes de Medicis, Leonis X Summi 
Pontificis cognatus ; linguae Polonicae peritissimus ; coniponendi 
Prutenici negotij causa, post Zacharium Ferrerium, Episcopum 
Gardiensem, ab Hadriano VI P. M. ad Sigismundum I Polonia ■ 



400 NOTES 

Hegem, mense seplembri anni MDXXIl, Nuncius missus fuit. Oralio 
ab ipso ad Regem latine dicta. Regiaeque Majestatis responsum 
eadem lingua datum. Jii voliimine Miscellaneo Zalusciano inter 
codices mss. sub numéro CCXXVI» collocato, p. 44-48, reperiun- 
tur. » 

Est-ce un discours d'école, comme le célèbre discours de J.-J. 
Trivulce à Charles YIII, publié en 1601? S'agit-il du Milanais 
Jean-Jacques de Médicis, marquis de Marignan (1477-1555) ? ou, 
ce qui est infiniment plus probable, l'erreur vient-elle de cette 
phrase : i nobilem virum Joannem Albertum marchionem brande- 
burgensem, fainilia nobilissimum, ex sorore nepotem tuum «qu'on 
lit, à la date du 29 septembre 15-22, à la p. 154 du t. Yl des Acta Tomi- 
ciana, epistole, legationes, responsa, actiones, res gestae Sereniss. 
Princ. Sigisraundi ejus nom. I. Régis Poloniae ecc. Posnaniae, 1852. 
La parenté de Jean de Médicis avec Bone Sforza, femme de Sigis- 
mond 1, put accréditer la légende. 

Quoi qu'il en soit, il suffit de lire les adresses de la correspon- 
dance conservée dans la liasse GXXI, Medici avanli Principato, pour 
trouver Jean des bandes noires, cette année-là: 

en septembre, au Trebbio ou à Pavie. 

en octobre, à San Secondo. 

en novembre, à Florence, à Reggio. 

en décembre, à Arezzo, etc. 

76. : a Promesses... » Ammirato, Opusc. III, 186. — Ricolli. 
Star, délie comp. di ventura, II, VI, I, p. 260-261. 

Ih. : t Sac de Rome... » ein Yorspiel, » dit Burckhardt. CuUur, 
p. 123-124, et trad. Yalbusa, t. I, p. 165. — F. Yettori. Sommario, 
p. 333. 

P. 191 : « D'Espagnols, d'Impériaux... » Prov. toscani, éd. G. 
Giusti, p. 210. 

Ih. : 1 François I"... » Med. av. Pr. GXXI, 355 ; l'Arch. storico. 
sous le no 20, p. 28 du t. XIY. attribue cette lettre à 1516-1517. La 
place du document dans les liasses rnédicéennes, la logique des 
événements, le rapportent avec certitude à 1522. L'adresse porte : 
« à mon cousin le Seigneur Johannin de Médicis... » 

76. : « le Duc François II... » Manfredi au duc d'Urbiii. Florence, 
3 mars. (Urbino, fîlza cit.) 

76. : « à Rome... s Med. av. Pr. LXXXY, 435 et GUI, 35. 

76.: « sa sœur Blanche... » Med. av. Pr. XGIY, 284. 

76. : « Trebbio, . » lettre de F. Zanobi Acciajoli à Fortunati. Med. 
av. Pr. LXIX, 263. 

76.: « la peste.., » lettre de Manfredi, 3 Mars 1523 et 22 avril 1523, 
— et Guicliardin. Stor. d'ilalia. I. XY, au t. III, p. 273, de l'éd. 
milanaise, et lettre («lal datée dans l'archivio; de Raimondi. n» J27, 
11 janvier 1533, et non 1524. 

76. : « douteuses et longues... » Med. av. Pr. GXXI, 383. 



NOTES 'lOl 

Ih.: « Guichardin... » ihiil. ji. 276. 

l/>. : « repris |)ie<l à la i-uri''. ■> Guiclianliii, ifi. )i. 270 et 2vSG. — 
(iiûvio, la dla di lladr. VI, p. 43;i-43ii. 

V. 192: « à Regtiio d'Emilie... ■> lettres <li's lia.sse3 LXXXV et 
CXXT, Med. av. Pr. 

Ut. : « gentille... » Prov. toscans; ibid. p. 21('). 

M. : « supplié d'éloigner... ))dan.s Curlpgrjlo del lli'y:/u„, nio (nrch. 
d'Etat, Reggio) 25 janv. 2o avril 1522; carleçjQio degli .inziani, 1522; 
Riformagioni del coinune di Reggio, lo22-1323 ; cités par L. Cliiesi, 
Reggio nelV Emilia, ecc. ch. VII, pp. 104-125. 

P. 193 : « une lettre de Guichardin... « de Moléne, 29 nov. 1522. 
Cavleggio degli Anziani, 1522, dans Chio.si, p. JIO, note 1, et toute sa 
ct.)rrespbndance au t. Vil des Opère inédite, p. 222, fin. 

//). : « délectable... Vite d'iiom. d'arme, p. 98. 

//;. : « à la chasse et à l'amour... » ibid. p. 99. 

//). : « Mon très cher... » Med. av. Pr. GXXI, 431. 

M. ; « sur Marie Salviati... » Med. av. Pr. LXXXV, 429. 

Ib. : » Pierre-François... •> Med. av. Pr. GXXIII et aussi Ferrai. 
Lorenzino d. M. app. II, n- 2, p. 441-443, .573. 

Ih. : « Je vous proteste... » lettre du 15 mai 1523, de Reggio, dans 
Guasti. Alcuni falli délia prima giovinezza di dosinio d. M. dans le 
Giorn. stor. degli Arch. Toscani, II, I, 41, année 1858. 

P. 194 : « Sa nièce Angèle de' Piossi... » Vite d'uom. d'arme, \k i\l. 

Ih. : « Un Piodomont... » Castiglione. H Cortegiano. éd. Cian. 1. I, 
XVII, p. 40. 

1/j. : « Pandolfini... » Vile d'uom. d'arme, p. 140. 

Ib. : « dès 1520... /) lett. scr. ail' Aretino, édition de Venise, Mar- 
colini, 1551, t. I, p. 7. lettre de V. Vitelli, Voghera, MDXX. Sur le 
séjour de l'Arétin à Piome en 1520, il y a une lettre de Niccolô 
Martelli : « eravano in Roma sedendo Leone X,... voi a pena alli 
XXVIII anni (l'Arétin est né le 29 avril 1492)... Nel superl^o giar- 
dino del ]\Iagn. Agostino Chigi.^ » V. Il primo libro délie Letlere di 
N. Martelli, MDXLVI, in-4» lettre du 1" sept. 1540, p. 6. Je pour- 
rais, ces lettfes en main, m'attarder à relever diverses inepties 
déposées le long de mon livre sur l'Arétin par différents critiques, 
transalpins ou autres. Mais pourquoi ramasser leurs noms? je 
préfère ajouter des textes nouveaux aux textes déjà publiés. Quant 
aux critiques, aux « botoli », leur peine éternelle, c'est de vérifier 
à chacun de leurs livres (?) la sentence de Montesquieu : « Je ne 
sais quel mérite il y a à faire de pareils ouvrages; j'en ferais tout 
autant si je voulais ruiner ma santé et mon libraire. » 

P. 195 : « au cardinal Jules... » v. le premier chapitre de mon livre 
sur l'Arétin, et les documents publiés par Armand Baschet, dans 
VAi'chivio slorico, 1866, t. III, p. 105-130, les travaux faits sur l'A- 
rétin par des Italiens n'ont, en dehors de quelques documents mal 

26 



402 



NOTES 



employés, aucune espèce de valeur, à l'exception d'un chapitre, 
Un processo a P. Arelino, tjue M. Arturo Graf a placé dans son li- 
vre : « Attraverso il cinquecento, » pp. 87-167. 

Ih. : <i la ville des bouirons... » Proierbi toscani, p. 217. 

Ib. : « ambassadeurs burlesques... » v. les Lettere scrilie aW Are- 
lino, dans l'édition donnée à Bologne : Letlere scrilie n Pietro Are- 
lino, emendate a cura di T. Landoni, G. Vanzolini, e Alb. Bacclii 
délia Lega, Bologna, 1873-1875, 4 vol. 

Ih. : <i écrivait l'Arétin .. » Documents publ. par A. Baschet, let- 
tre VI, Reggio, 1523. — Arch. sto7\ cit. p. dl5. — (Archivio Gonzaga. 
^lantoue. ¥i\zsi Modena Reggio ecc. E. XLII.) 

Ib.: (' les Malaspina... » v. Memorie storiche délia Lunigiana, par 
l'abb. Emm. Gerini, Massa, 1829, 2 vol. in-8'' (œuvre d'ailleurs mal 
oudonnée.) Par une étrange erreur, Ricotti place l'achat de l'Aulla 
en 1524, (II, VI, II, p. 266.) Sur la Lunigiane féodale, l'ouvrage le 
plus complet a été fait par M. Eugenio Branchi, Sloria délia Luni- 
giana feudale, Pistoia, 1897- 1S98, 3 vol. in-S"; pour l'Aulla voir le 
volume II, p. 253-255, et aussi le vol. III, p. 220 et cf. G. Sforza, 
Saggio d'una bibliogriifia slorica délia Lunigiana. INIodène. 1872-1875^ 
in -4°. 

l'. 196 : (' loulour de sang... -> la deuxième station de la ligne entre 
l'Aulla et Parme est un village qui se nomme Licciana-Terrarossa. 
(Je nom de Terre-rouge convient à tout ce pays, formé d'une argile 
rougeàtre, d'un conglomérat de poudingue et de détritus couleur 
de sang figé. 

Ib. : « Gibô, Gènes... » Vile d'uom. d'arme, p. 98, on chercherait 
en vain ces détails dans l'ouvrage cité du D' L. StafTetti, au ch. I". 

Ib. : a la Garfagnana... » v. Leltere di Lodovico Arioslo, per cura di 
A. Cappelli. Milan, 1887, préface, p. LXXIII, XGVII, GVI, et p. 
227 et suiv. citées plus bas, pour 1524. 

Ib. : « Charles VIII... » Mém. de Comines. 

//;. : « la vapeur de Valdimagra... Conrad... » Dante. Infemo. 
XXIV, 145. Purgatorio. VIII, 116. 

Ib. : î Dès le 28 février... » lettre de Jean de ^Nlédicis au cardinal 
de Médicis dans Letl. Est. agit 0. D. P. 1522, août 1523. n" 24. p. 
144-145. 

P. 197 : « le sire de Monaco-.. » Vile d'uom. d'arme, p. 140. 
Ib. : a débile François II... n Signore dcbole. Yettori. Sommario, 344. 
Ib. : « corsaire... » les Grimaldi, Grimaud, sont originaires de 
ces montagnes des Maures, dans le Var, où les repaires de pirates 
existaient encore en plein xvi" siècle. Le village de Grimaud con- 
serve la ruine du castel. Quant à Monaco, le proverbe italien est 
bien connu : 

« Son Monaco sopra un scoglio,. 
Non semino e non recoglio 
Pure viver voglio. » 



NOTES 403 

Monaco suis, sur un écm-il 
Je ne sème ni ne recueille,' 
Et pourtant vivre vueil. » 

11 est toujours vrai. Monaco vit d'argent ccunié. Sur l'histoire de 
ce pays à cette époque, v. Gustave Saige, DocumeiUs hisloriques re- 
latifs à In principauté de Monaco. Monaco. 1890, in-i", tome II, 1494- 
1540. 

Ib. : « sorti du château... » lettre de Manfredi, 25 avril (Ur- 
bino.) Ce document prendra place dans l'histoire du château de 
Milan, que prépare mon ami M. Luca Beltrami. 

II). : 1 je sais ce qui m'attend... » Vile d'uom. d'arme, p. 147-148. 

Ih. : « Spinetta... » Lelt. Est. agli 0. d. P. n° 24, p. 247, 7 mai 1523. 

11). : « les affaires... « Med. av. l'r. CYI, 119. .4rcfi. slor. n° 117, 
p. 1.5. 

Ib. : « de sa main... » Med. av. Pr. (exposi'o en 1897 dans les vi- 
trines des Archives, n» 186) autographe; et Arch. stor. u" 116, 
p. 14. 

Ih. : a rendre compte... » Med. av. Pr. LXVll, 46. cette lettre, 
du 10 janvier 1523, a été mise par erreur, dans l'Archivio Storico, 
à 15:24, comme aussi les suivantes. (n<" 126-127, p. 21-22 du n" 17, t. 
IX, 1859.) 

Ib. : t ne payait pas même... » .Med. av. Pr. CXXI, 332. 

Ib. : « du Trèbbio.., » Med. av. Pr. Glll, 30. 

Ib. : par le temps qui court... » Med. av. Pr. CXXI, 403, lettre du 
24 juin. 

Ih. : <t un mois après... » Med. av. Pr. GXXI, 322, et Arcli. stor. 
n^ 108. p. 15-10. 

P. 198 : « Lazare Malaspina... » Med. av. Pr. GXXI, 385. 

Ib. : « grosses rançons... » Vile d'uom. d'arme, p. 98 ; la lettre 
de Raimondi, dans Med. av. Pr. GXXI, 332, prouve que, dés la fin 
de 1522, les affaires de Lunigiane étaient on train. 

Ib. : « Luc Antoine Cuppano... » né à Montefalco, au cœur de 
rOmbrie ; il était alors très jeune. 11 mourut gouverneur du 
château de Piombino. On trouvera ses lettres sur Jean des ban- 
des noires dans le codice magliabechiano de la cl. VIII. 4. 1401. in 
fol. aux pages 28 et suiv. et (celle-ci sans attribution précise) 
dans le même manuscrit et dans Ciampi, Notize, p. 191. — Sur sa 
carrière et ses relations avec l'Arétin, on verra le chapitre \i* ci- 
dessous, qui contient l'histoire sommaire des bandes noires après 
1526. 

Ib. : t son œil droit... ■) l'Arétin, Lellere. I, p. 181, 9 nov. 1537, 
<.( à Cosme de Médicis... » les renvois donnés par PhiL Ghaî-les 
(Essai sur l'Arétin. Paris. 1851, p. 409,) et par Ferrai (Lorenzino.) 
sont inexacts, v. plus bas au dernier chapitre les pages 332 à 340. 
■ Ib. : ï Qui se font à Mantoue... » v. la lettre citée de l'Arétin, de 



10 'i 



NOTES 



Reggio 1523, et mon livre sur VArétin, p. 18 et suiv. sur ces escof- 
fions. 

P. 199 : « chercher le frais... » Med. av. Pr. GXXI, 429. 

]fj. : « de maintes affaires... » Miscell. medic. 424. 

II). : « des biens Uffreducci... » Med. av. Pr. GXXI, 430. 

Ih. : « craint et opprimé... »■ « ecco Leone, cominciando a temere 
la giovane militi,a del Signor Giovanni, cerca di opprimerlo... » 
Lett. dell' Aretino. a la S. Maria. (Salviati) de' Medici, le 8 sept. 
1538. — Lettere di M. P. Aretino. Paris, 1609, I, p. 147. 

Ih. : Je ne seray à mon ayse... » François 1'='^ au connétable de 
Montmorency, 23 août 1523. Bibl. nat. Paris, fonds Béthune. vol. 
8569, dans Mignet. Rivalité, I, IV, 360, v. sur les levées de « francz 
archiers » la (Ironkjue du roi François /e^ publ. par G. Guilïrey. 
Paris, 1860, p. 36-37. 

P. 200 : «une conscience à l'Italie... » ce qui précède est résumé 
de Mignet. lOid. et de Martin du Bellay, Mémoires, II, p. 82, 89, 90. 

//;. : « tant de fantassins descendront... » ces vers et les suivants, 
dans Le satire et altre rime piacevoli del S. Hercole Bentivoglio. Ve- 
nise, 1546, p. 12 verso. 

Ib. : « une Gonzaguo... » v. pour ceci Michelet, Réforme ; Paris, 
1855, ch. VIII, p. 184-185. 

P. 201 : « Saint Pol. <■ Mignet écrit Saint Paul. Je suis l'ortlio- 
graphe de du Bellay, et celle du pays même; Saint PoZ n'est point 
saint Paul, pas plus que San Piero n'est San Pieiro. 

11). : « au siège de Marseille... » chanson des « aventuriers de 
guerre » : — « Mais que ne soit dedans le capitaine Rànce... » 
Brantôme. Gr. cap. fr. Monsieur de Brion. p. 360, et Michelet. Ré- 
forme, p. 222. 

Ib. : « aux portes de la mort... » il mourut avant la fin de l'an- 
née, le 28 décembre. 

Ib. : « péniblement et mal... » Miscell. medic. 439. 

76. : « Contrat de la charge... » Archives d'Etat. Milan. Sezione 
storica. Registro Ducale. N» 10, 1° 49, tergo. 

P. 202: écus au soleil... » l'écu au soleil pesait 3 gr. 25; Mi- 
gnet (Rivalité, I, 126) en calcule la valeur relative à 55 fr. 23 en 
1519. D'après ce chiffre la somme énoncée ici serait de 1500 X 55,23, 
soit 82,875 francs. 

P. 203 : « Trezzo sur l'Adda... » v. L. Ferrario. Trezzo e il suo 
Castello. Milan, 1867, chap. IX, p. 94. 

Ib. : « maître aimé... » « Sfortiarium nomen in magna gratia 
esse apud omnes fere populares Mediolanensis ditionis constabat », 
écrit Sepulveda. — v. J. G. Sepulvedae Cordubensis opéra, ecc. Ma- 
drid, 1780, I, p. 24. — Verri. Storia di Milano, |III, I, p. 7, note 1. 



NOTES 40') 

r. '204 : <• infaticabli.' ^[oron... » Gaill:ii-il. lllsL ihi roi François h' 
t. Jll, p. l(ti>, dans Voi-ri, t6i(/. p. 21, 

Ib. : <■ f<irt mal si-rvi... » Miscell. medic. ri" 430. 

//;. : « un l)io^'raplio... » Ainmirato, Opuscoli, 11]. 

//>. : » (lit-il à Suasio... » Med. av. /V. CVI, 1 iG, .(/r/i. slor. n» il'.i. 
p. n. 

r. 205 : (< lies chevaux barbes... » .^]ed. ar. l'r. CVJ, 184, 18"). Arch.' 
slor. n» 120, p. 17 ; 121, p. 17-18 ; et Med. av. Pr. XCIV, 283. 

Ib. : 1 liilli't de faire ]iart... » Med. av. l'r. CXXI, 44o. — V. Com- 
tnentarii di G. Si/nieonl... sopra alla tetrarchia di Vinegia, di Milano, 
di Manlova ecc. Florence. 1548, p. 108 tergo : Genealogia de' Gonzaghi. 

Ih. : « d'augmenter... » Lefl. Est. agli Otlo di Pratica; septenilire- 
octol)re 1523, n» 30, p. 46, et p. 119. 

II). : « vite, vite, vite... » Med. av. Pr. CXXli, 361, et Arch. slor. 
1868. — Girolamo Mo7'one, da (J. Saltini, Docuni. VII, p. 111, — v. 
Sanuto, Diarii. t. XXXIV, p. 23.j. 

Ih. : « dans uni- litière... » Anuuirato, ihid. 

1'. 206 : « Iv Pape Adrien VI... » Mignet : Rivalilé, I, 462. — Sis- 
mondi, Stor. délie rep. ital. XV, 56. 

Ib. : « une élection... .) Conclivi dei Pontifiai romani, s. 1. 1668, p. 
1.51-160. 

Ib. : (I Nous nous mangerions... » lettre de G. de' Ghettini. Pal- 
laroni, 28 sept, dans Lell. Est. agli O.d. P. n» 30, p. 161-162. 

Ib. : « les gonfaloniers... » lettre du M" de Mantoue pour Bene- 
detto de la UUa. Med. av. Pr. CXXI, 401. 

Ib. : « toiit entier... « v. Sanuto, ibid. p. 424, 450, 459. 

Ib. : les Vénitiens... .> Sanuto', XXXIV, 474, et t. XXXV, p. 50, 
51, 5i, 58, 81. Barnalié Visconti fut blessé le 2 octobre. 

Ib. : « Morganl de Parme... •> Ammirato, ibid. e-\ Vile (fuom. 
d'arme, 102. 

P. 207 : « prendre Morgant... > Paul Vetluri aux Huit de Pra- 
tique. Lelt. agli 0. d. P. n» 30, p. 420-430. 

Ib. : V rendre aux Français... » lettre de Galéas de Médicis aux 
mêmes. Lell. Est. agli 0. d. P. n" 32, p. 9. verso. 

Ib. : « en morceaux et boucons... » Sanuto. Diarii, XXXV, 154, 
156, 158-159, et 162. 

Ib. : « a. San Secondo... » .Med. ac. Pr. CVI, 155 ; Arch. slor,no 122, 
p. 18, et réponse, au n« 128, p. 22-23. 

Ib. : « J'ai entendu dire... » J. Manfredi à Jean de Médicis. Med. 
av. Pr. CXXI, 461. 

P. 208 : « de Barnabe Visconti... r> lettre, de Goro Gheri aux 
Huit. d. P. Lell. Est. agli ollo di P. n» 32, p. 99. 

<i Ib. : a Golonna mori])ond... » Bibliol. Valicane. Cod. Vatic, lat. 
8214, avvisi ecc. f» 17 « é alquanto sbattuto » et f" SSO»" : « Il sigr. 
P. C. ha havuto l'olio santo. » 27 déc. 



40G . NOT.:S 

Ib : 8 manqué de pain... » Sanuto, Ibid. p. 145. 

Ib. : « Voici Clément VII... » même Itittre de l'Arétin. Letlere, t. 
I, p. 147. 

//;. : (I le 5 Décembre... » Med. av. Pr. GVI, 97. — Arch. slor. 
n» 123, p. 18. 

■ P. 209 : « les Riario... » Arch. slor. n" 124, p. 19. 

Ib. : ï de sa main... » Med. av. Pr. CXXII, 374. L'Arch. slor. n" 123, 
p. 20, à la note 1, renferme une erreur : « al Cardinale nostro » 
désigne Jean Salviati et non le Cardinal Jules, pour la raison 
péremptoi.re qu'il ne pouvait alors, étant Pape, se donner une lé- 
gation à lui-même en qualité de Cardinal. Sur ces affaires de 
Rome, V. encore, la lettre de F. Suasio à Fortunati, 23déc. 1523. 

P. 210 : « le Duc de Milan... » Miscell. medic. n« 472. — Arch. sto- 
rico, 1868, I. p. 111. — Sanuto, Diarii, XXXV, p. 306. — Lell. Est. 
agli Otlo. d. P. n° 32, p. 319; — lettre de Grossini dans Cod. Valic. 
lat. n" 8214 (lettere mss. al Duca di Mantova), Biblioth. Vaticane. 

Ib. : « le Duc de Bourbon... » MiscelL medic. n" 413. 



NOTES DU CHAPITRE IV 



P. 210 : « Du temps du Pape Léon... » Med. av. Pr. : LXIX, citée 
par Ferrai, Lorenzino, p. 16. — v. encore CIII, 37, lettre de J. Gui- 
chardin. 
Ib. : « anime Fortunati... » Med. av. Pr. LXIX, 543. 
Ib. : î aimé par les Papes. » « svisceratamente amato dal Papa 
Clémente VU. » dit Cerretani. 
-^ Ib. : vingt ducats... deux cimts... quatre encore... » Archives 
,- (/ d'Etat. Rome. Spese private dit Clémente VII, 1523-1527. (mss. conte- 

7 nant un fascicule, cité plus haut, de 1521). î<" 50, 5i, et 54 tergo. 

P. 212 : « très chère épouse... » Med. av. Pr. LXXXV, p. 446, (de 
la main de F. Allnzzi, sign. autogr.) 

P. 213 : « le Duc de Milan... » Med. av. Pr. CXXII. 7. 

Ib. : <i Lannoy, venu... « Jovii. De vita F. Davali Piscarii III, 
343. 

Ib. : « Marie Salviati... » Med. av. Pr. CXXl, 358, Arch. stor. no 129, 
p. 22-23. 



NOTES 'i07 

P. :J14 : « lo ûl Févri.'i- au soir... - Mal. av. Pr. GXXIJ, S. .\rrli. 
s(or. ns 131, p. 24-23. 

Ih. « Curt'', j'ai parle au Pain'... ■> Arc/i. s!or. n° 130, p. 24. 

P. 2i^ : Il au Prince de Brisifriiaiio. ■> .fl/e^/. rti'. Pr. XCIV, 285- 

28(i. 

//y. : Suasio... » .l/r/;. slor. n» 132, p. 25. 

P. 216 : (. avait vu le Pape... » ],eltre <le ^[arie Salviati dans 
Med. (IV. Pr. GXXII, 21 et Arc/i. slor. u» 133. p. 26-27. 

Jb. : (' Cornélie... » v. Med. av. Pr. C-XX, 162. 

Ih. : « ce compagnaccio d'Arétin.... » Sa lettre est dans Med. av. 
Pr. GXXII, 106. Il s'y surpasse ou iinniondice pédantesque. G'est 
là, sans doute, ce qui jilait tant à tels critiques, bandili de Man- 
toue ou hololi de Turin, piliers d'illisibles Pievues. 

Ib. : <i à Piebec... » non datée (Mignet, Jove, Gapella) ou mal da- 
tée (Uu Bellay) cette escarmouche est fixée à un jour précis par 
une lettre de raml)assadeur vénitien, à Milan, Charles Gontarini ; 
dans Sanuto. Z>iarj7, t. XXXV, p. 378 et 3S1. 

P. 217 : a Monseigneur, avait-il dit... » Chronique de Bayart, par 
le loyal serviteur, ch. LXIV, éd. Buchon. Paris, 1836, p. 117-118. 

Ih. : « Ghemis?s blanches » Jove. Vila Piscarii, 1. III, p. 343-344. 
— Du Bellay. Mémoires, 1. II, p. 99. — Gai. Gapella, De reb. geslis 
pro reslilut. ecc. 1. III, p. 56. 

Ib. : li'S Italiens commencèrent par dire, o Sanuto. loc. cit. 

P. 218 : « En février... » Sanuto. Diarn, XXXV, pp. 410, 412, 413, 
433.441, 452, 482. 

Ib. : « deux mille Valaisans... » Sanuto, XXXV, 378. 

Ih. : « Gambolô... etc.» Vite d'uom. d'arme. 103. 

Ib. : « voulut quitter le camp... » Sanuto. ibid. XXXVI, p. 16, 48, 
49, 52, 54, 60, 71, 78. 

P. 219 : « Morone... » Sanuto, ihid. p. 82, 83, 84, 93, 94. 

Ih. : « Garlasco. » « Jove. Vita Piscarii. l. III, p. 345. — M. Du 
Bellay. Mémoires, 1. II, p. 99-100. 

Ih. : (I AJjbiategrasso... » Il existe, sur ce moment de sa vie, un 
livre intitulé Giovanni délie bande nere, racconto storico del secolo 
XVI, di Luigi Gapranica. Venise, 1857. Si je dis que c'est un « roman 
historique » je pense que j'aurai tout dit sur la valeur de cet ou- 
vrage. — V. Sanuto. XXXVI, p. 230, 231, 242, 245, 274. 

76. : <! pestiférée... » Du Bellay, p. 101 ; sur les misères du Mila- 
nais en ce temps-là, v. Montaigne. Essais, i chap. 40. « Pendant 
ces dernières guerres de Milan... » etc. 

76. : « la Lunigiane... » Lettre de B. Raimondi, prisonnier à 
Pontremoli. Arch. stor. n» 134, p. 27. 

P. 220 : « Le bossu a fait sa main... » Sanuto XXXVI, p. 107. — 
V. enc. ibid. 133, 136, 138-139, 169. 



4().s NOTiiS 

Ih. : « Jamais, disaient les Vénitiens... h ib-d. p. 217. — Voir sur 
ce mois, Saiiuto, ihid. les pj». 142, 14i^, 150, io'2, 160, 17o, 179, 192-194, 
190-199, 202, 201, 208. 

II). : '( malade... » Sanuto, Ib. p. iOfi. 

Ib. : trois cents Suisses... » Jove. ibid. p. o44. 

Ib. : « Caravage. . » Sanuto. ib. p. 242. 

76. : « blessé par un coup... » Du Bellay, ib. p. lOi. 

P. 221 : « sa mort... » Le loyal serviletir. ch. LXIV. p. 118-11'*. 
et lettre de Beaurain à Charles-Quint. Archives de Vieime, dansMi- 
gnet. Rivalité. I. SOI, note, fi mai 1324. 

Ib. : « était là... » Jove. ibid. p. 3.51-352. 

Ib. : « Gaprino, Abbiate... » Jove. ib. p. 3.')3, et lettres de D. Gap- 
pini dans Cod. Valic. lai. 8214 (Lettres an duc de Mantoue) à la Bi- 
bliothèque du Vatican. 

Ib. : « Nous les tuerons... » Vile d'tiom. d'arme, p. 105. 

//). : « retirade... » Brantôme. Grands cap. framais. Monsieur l'a- 
miral de Bonnivet. p. 201. 

Ib. : « devant Abbiitegrasso... )) Med. av. Pr. GXXII, 39. Arch. 
star. 1868, n» IX. p. 112. 

Ib. : « Pescaire... » Med. av. Pr. CXXII, 41, 42, 53. 

Ib. : « Morone... » Med. av. Pr. CXXII, 28, 60, 63, 66, 09, 88, et Arch. 
slor. ibid. p. 112-126. V. enc. une lettre de Jean de Médicis à Cnii- 
chardin. Med. av. Pr. GXIV. 309. 

Ib. : « et le Duc... » Med. av. Pr. CXXII, 49, 53, 59, 9I, 9&, 98, 98 
bis, et Arch. stor. ibid. — Med. av, Pr. ib. 72, cette dernière inédite. 

Ib. : « de Ferme... » Med. av. Pr. CXXII, 52. 

//;. : « Rossi, Vitelli... « Mel. av. Pr. ib. p. 40, lO.'i, 108, et Arch. 
stjr. n» 13.?, p. 28. 

P. 222 : « Blessé légèrement... » ZanobiBrizzi aux Huit de Prati- 
que, dans Lelt. Est. ugli 0. d. P. a» 34, p. 421. — Lettres du même 
aux mêmes, sur les détails cités de la guerre, ibid. p. 316, 324, 413- 
414, 423, ,'celle-ci avec un plan du pays), 431, 433, 468, 481-482, 485- 
486, 364, 393. — Lettres aux mêmes, de Ant. Adorno, ibid. p. 419 ( t 
de Galéas de Médicis, p. 460.' 

Ib.: « cinq mille... » Med. av. Pr. CXXII, 70. 

Ib. : (. du Trebbio... » Med. av. Pr. VI, 715. — V. enc. CXXII, 113; 
et Arch. stor. n» 136, p. 29. 

Ib. : « Busch (etto)... » Robert Huschotto, v. lettre c.e Z. Brizzi, 
du 30 mars. Dans Leit. Est. ckjH 0. d. P. p. 326 et le testament, 
page 320, ci-dessus. 

P'. 223: « n'est plus cruel... » Lelt. delV Aretino. 11,235. 
Ib. : « Qu'on ne le tue pas... » Med. av. Pr. CVI, 310. 
Ib. : « à Biagrasso, le 23 avril... » Med. av. Pr. CVI, 310. 
là. : « Guichardin... » Stor. d'Italia. I. XV, p. 312 du t. III, éd. >\r 
Milan, 1884. 

P. 224 : « le 23 Mai... >. Sanuto. t. XXXVI, p. 362, 370, 373. 



NOTES 'i(»;i 

II). : « où l;t iiuiss;im-e <lu rui ilc France... » (luiclianliii, (///(/. 
p. 313. 

Ih. : « de l'Arétin et des autres familiers... » V. rétojinanlc lettre 
de .J.-B. Manfredi dans Med. ur. /*r. C.\X1, 33S, — et, pour l'Arétin, 
M.'d. ai'. Pr. CXXII, 106, dont V.lrc/i. Slor. IS.'iO. t. 18, p. 133-134, en 
note du document 170. a donné des fragments, et filza GVI. Di Reg- 
fjio, il ili del giiidilio MDXXIV. — Enfin, les Lett. di Corliyumc 

V. 220: « au fameux Luzasco... » L'-ll. deW Arelino, II, 2SJ. 

Ib. : « les fresques... » V. mon travail sur Bernardino Luini, Ga- 
zette des Beaux-Arts, août 1899 à mars dOOO. 

//;. : « Glarice ou Claire Visconti... » Rassegna nazioiuilp. 18!)8. 
Avril, article de A. Virgili. p. 087; et Carte stvozziane, LUI, !) i^t 
suiv. C'est cette (llarice. appelée par Brantôme, dans la vie de 
Bonnivet, la « signora Glérice » que Verrj (Storia di Milano, III, 
25), appelle si bizarrement « la signora Clerici ». Ce qui prouve 
que les erreurs ne sont pas notre monopole à nous autres Fran- 
çais, et que l'on peut s'échapper même aux noms de son propre 
pays. V. Brantôme, Gr. cap. fr. I. il2. 

Ih. : « aimait son duc. » Med. av. Pr. CXXll, 115. 

P. 227 : « trop pauvre... » Arch. slor. 1859, t. 18, docuni. n" 137, 
p. 109, èiMed.ar. Pr. CXXll. 118. 

Ih. : « Busseto... » V. plus haut, et Guichardin. Op. ined. vu, 
CLXXXII, p. 403. Les Pallavicini reçurent Paul III à Busseto en 
1513. V. Segni, St. fiorpuHne. X, p. 274, édit. de 1723. 

11). : (i le bref Papal... >' Aux Archives d'Etat, Florence. 

P. 228: « ses largesses... » Archives d'Etat, Rome. Spese pi-ivatc 
di Clémente VII. (1523-1527) f"' 57 v°, 59. GO, 61. 

//). : « San Secondo... ■) Med. ar. Pr. LXXXV, 461. 
IIj. : « De Lucrèce Salviati... » Med. av. Pr. GXII, 13. 
Ih. : « le 14 juin... » Med. av. Pr. LXXXV, 466. 
Ib. : « Pierre-François... » Med. av. Pr. LXXXV, 408. 

P. 229: « l'AuUa... » Med. av. Pr. LXXXV, 409, 470. 

Ib. : « rameau sec... » V. Litta, fam. eelebri. ilal. t. VIll, pour l'im- 
mense propagation des Malaspina. 

Ih. : « de' Rossi, parents... » Litta. ibid. t. II, fam. de' Rossi. 

II). : (' Les Salviati... -) Med. av. Pr. CVI. Lettre de Laurent 
Salvia'.i au Cardinal .Jean, de Busseto, 29 juin. .Jean Salviati était 
al irs légat du Pape en Lombardie. 

Ib. : « dix maçons... .> Lettre à Suasio, Med. av. Pr. Cl"/, 129 ; v. 
une lettre de Suasio, pour la remonte, Med. av. Pr. LXXXV, 451. 
Le maitre maçon toujours employé par Jean de Médicis était maî- 
tre Pierre de San Casciano, v. Vasari. Vilu di Siccold delta il Tri- 
bolo. Vite, VI, p. 71. 

Ib. : « l'Arioste... » Letlere di Lodovico Arioslo, per cura di Ant. Cap- 
pelli. Milan, 1887. Préface, p. LXXXVI, et suiv. p. XGVII. 



410 



NOTES 
V. D'Ancona, Manuale délia leller. ilal:, 



]/). : « son caraclfi'c. 
11, -J62. 

Ib. : « deux mille mètres... » Elisée Reclus. Eiiivpe méridionale, 
p. 402, note. La carte de l'Etat-major italien (Istituto geogr. mili- 
t-ire. ediz. 1894, f'^ 13" ; Firi'?ize), donne 1946°' pour le Pisanino, 1964 
pour le Rondinajo, 1700 pour le Saint-Pèlerin, 1859 pour le Pannia 
délia Groce. 

P. 230: « Philippe Pacchione... » L'anecdote est dans Garofolo, 
vita di L, Ariosto, Orlamlo furioso, éd. de 1584, Venise. F. de' Fran- 
ceschi et Gomp. in^» (v. Gamba, Ser. di Testidi Lijiqua. ecc. Venise, 
1839, p. 19), et dans le Manuale délia lell. Ualiana comp. da Al. d'An- 
cona e 0. Bacci, t. II, Florence, 1895, p. 259. 

76. : « aux érudits... » préface de A. Gappelli. aux Letlere, 
p. LXXVIIL 

Ih. : 1 route inique... » Satire IV, et Elégie citée dans Gappelli, 
LXXVIII, note. [Opère Minori di L. Ar. I, 218, Florence, 1857). 

Ib. : « hordes d'assassins... » Sat. V. vers 154 et suiv. 

P. 231 : <i Gamporegglano... » Letlere. p. 227,232. 

Ih. : li torturant les prêtres... a « A un Gappellano d'un prête 
hannotirato tanto li... -> Lettre GXLII, p. 235. 

76. : « la méthode pittoresque des lansquenets... >■> V. ces détails, 
impossibles à laisser même entrevoir, dans Brantôme. Gr. capil. 
étr. Vie du colonel Fransberç/, p. 309 : « tel soldat allemand et capi- 
taine se trouva, qui avait une chaîne, » etc. 

76. : « avoir ces ribauds... » Lett. ib. p. 236, 237, 238. 

Ib. : « sa dextérité .. » G. B. Pigna. Vila di L. Ariosto, dans l'édi- 
tion du Roland furieux, Venise, 1572, édition sottement expurgée 
et gâtée par G. Ruscelli. 

76. : les bandits... s V. le livre de P. Molmenti, 7 handili délia 
I\ep. Veneta. Venise, 1896, ch. IV^. 

76. : <- à l'insu... . Lelt. di L. A. CL, p. 253-256. 

76. : « la Bastia... Simone... ,. Lett. GXLVIII, 249 et 2oG. 

Ib.-. « Spinetta... » V. Maccioni, codicc diplom. délia fam. MaLis- 
pina, Pise, 1759. 

P. 232 : (' B. Gastiglione... ,) Lettre du 23 août. Letlere, t. I, 1. III, 
p. 139. 

Ib. : « un a:cueil paternel... » Gastiglione, Letlere, 1, III, 12C. 

76. : « mille trente-cinq ducats... » Spese priv. loc. cit. p. 61. 

76. : <s stradiots... » Gastiglione, Lell. I, III, 131. 

76. : « aux actes... » l'ile d'uom. d'arme, p. 128, et 140. On pré- 
tendait qu'en 1522, il avait attendu le marquis de Mantoue dans 
un bois, près de Marniirolo, trois jours durant, pour l'assassiner. 

76. : « Alphonse de Ferrare... » Lelt. deW Ariosto, p. 256, note. 

Ib. : « Lannoy... » Ammirato. Opusc. III. 

76. : (< sa sœur... » Gastiglione, Lelt. I, III, 126. 



NOTES 'i I I 

//(. : « (lu carilinal Corner... j Sumito, hittrii, XXX VT, p. o09. 

Ib.: « Florence, qui n'aimait pas... « V. La lettre de Frediano 
dei Orieellari, Bagnano-en-Lunigiaiie, 30 jiiillot, dans Lcll. lui. /ii/li 
0. di l\ Janvier-sept. 15:24, n" 34, p. 191. 

Vi. : « l'année suivante... ■> V. jilus lias, et Saiiuto. Diarii.i. XI;, 
p. 12, 13, 39 et 41. 

P. 233: a bàtartls favoris...» Y. .lac. l'itli. Sommario, p. 12^, et 
F. dei Nerli. Comment, d. f. riv. 1. Vil, p. 140-141. _ 

Ib. : les logements des troupes... Lell. Est. agli 0. di P. n" 35, 
p. 175. 

]b. : <■ Quatre mille ducats... » Arc/t. d'Etat. Home, Spese prirule. 
cit. f"' 61, 61 V» 62, 62 v», 65. 

Jb. : « On sait bien... » Miscell. medic. Lettre du 28 juin, 1.524. 
(date au verso). « Guardate che natura dice. » 

Ib. : « d'hommes plus froids... » Med. av. /'/■. GXX, 2i4. 

P. 234 : « des hommes tels que lui... » Med. av. l'r. GXX, 245. 

76. : ^' Abbiategrasso... » V. le Discours de Tedakli. Vite d'uom. 
d'arme, p. 169-172. 

Ib. : <i prêtres can'ipagnards... ■) \'ite d'uom. d'arme, p. 206-207. 

Ib. : « l'Arétin... » V. Spese pr'œale, f" 66. 

Ib. : « par son chancelier Gattinara... » Bucholtz, Geschichte der 
Regierufig Ferdinaiid's des Ersten. Vienne, 1831-1838, t. II, p. 503-519. 

Ib. : « Gérard de Pléme... » V. Correspondenz des Art/>e?'s Karl. V. 
Herausg. von D' Cari Lanz. Vienne, 1846, t. I, p. 139-145, lettre 
LVII ; la citation est à la p. 142. 

P. 235: (; Li vigne de Xéron... » Sur ces jardins, v. Pienan, VAnle 
Christ, Paris. 1873, ch. VII, p. 165. 

Ib. : 9 la Garmesse de Malines... » lo<\ cil. p. 142-143. 

Ib. : « Sonne un peu... » Vite d'uom. d'arme, p. 141. 

Ib. : a le 21 août... » Arch. Vatic. Divers. Cam. tome 7i, f» 128 v" 
129. « F. Armellinus, etc. 111°"' D"" -loh. de Mèdicis... » Les lettres 
« motu proprio « de Glément VII y sont citées comme du 21 ; le do- 
cument même est du 31 août 1524. 

Ib. : a avoir bon vin... » Med. av. l'r.Yl. 721. 

P. 236 : « assassinées par l'habitant... » Med. av. Pr. VI, 718. 

Ih. : a. Fano... Gomnène... » Amiani. Memorie istoriche délia cilla di 
Fano. 1751, t. II, p. 129. 

76. : « Pierre l'Arétin... » Mazzuchelli, Vita di P. A. Padoue, 1751, 
p. 20-21. 

76. : « Giberti... '■< Aretino, Lellere, VI, 8, II, 58. Villari, Mec. Ma- 
chiavelli, III, II. XV, 297. 

Ib. : <i à l'étonnant Pierre l'Arétin... » Lett. scrille al sig'. P. Are- 
tino ecc. 1. 1, p 5, éd. de ioai. 



'•12 



NOTES 



l'. 237 : « dans l'antique et nol)le cilé... » Lellcre iJell' Aretino, a 
la Signora Girolama Fontanella, 1. Il, pp. 82 v", 84. 

//*. : « Raolo... » Rolo, prés Xovi di Modena, village insignifiant, 
entre Reggio et Carpi. 

//;. : « Fortunati, si bien en cour.,..» Med. av. Pr. LXIX, 290, 292, 
330, 333, 329, 242, ecç. et Due letlere d'un' antica genl'ddonna, lb24-152o. 
puhl)l. da Alessandro Gherardi, (estr. dalla Mlscellanea fiorentina di 
erudizione e Sloria. Num. 20, vol. II, Florence, 1898, in-S". 3 pp.) 

II/. : « les faucons de chasse... » Med. av. Pr. CVI, lo5. 

///. : « à Città di Oastello... » Med. av. Pr. GXXII, 126, Arc/i. slor. 
n» 138, p. HO. 

I/j.: « de Busto-Arsizio... » existe aux Arch. de Florence, daté du 
28 septembre 1524, par acte certifié de Nicolas sriccesseur de feu 
TlTomas Thadée dei Ghorelli, notaire public à Florence ; et à Milan, 
Arch. d'Etat, avec la date tlu 1='' octobre, donné à Pizzighettone; 
V. enc. Buslo Arsizio, nolizie slorir.o slalisticlre race, du Luigi Ferra- 
rio. ivi. 1864, p. 31 et doc. VI, pp. 252-258. 

P. 239. « L'éternelle proie... -> V. Coniines. Méuioires, 1. v. p. 170. 
(année 1476). 

Ib. : « .Jove, Bonafede, Marzi... » au cloître Saint-Laurent, à 
Florence ; à la Chartreuse du Val d'Ema; dans le chœur de l'église 
de l'Annonciation, à Florence. V. Vasari, éd. Milauesi, t. VII, p. 
624-625; et Revue de l'Art ancien et moderne, 10 août 1898. Léonard 
Bonafede fut parrain de Catherine de Mcdicis ; v. sur ce prélat, Va- 
sari, vita di Ridolfo del Grillandaio. Vite. t. VI, p. 539. 

Ib. : « l'année 1522... » la médaille est datée sur la tranche. Le 
buste tel qu'on le voit au Barg^dlo ne montre aucune date. Le ca- 
talogue du Musée, bien incomplet, n'en dit rien. En revanche, la 
collection Garrand y étale le détail de ses bibelots. V. Calai, del 
Museo Nazionale di Firenze ecc. Roma, 1898, — et Armand. Les 
Mêdailleurs ilaliens etc. t. I,2e éd. 1883, p. 157. — Cicognara, Sloria 
dalla scu/lura, Venise, 1813, t. II, LXXXVI, 3. — Revue de l'arl ancien 
et moderne. Numéi'o du 10 septembre 1807. Jean des bandes noires, 
esquisse d'iconographie. P. 127. — Une photographie du buste dans 
d 'ux poses a été exécutée jiar Brogi, à Florence, n" 10021. 

P. 241 : « Courage donc... » Captivité du roi Fran(;ois 1=', publ. 
par Aimé Ghampollion-Figeac. Paris, 1847, p. 117. 

Ih. : « Du féal Bonnivet... « Brantôme. Gr. cap. français. iSIonsieur 
de Bonnivet, p. 208. 

//). : « le Duc de Milan... » Miscell. medic. 717, et Med. av. Pr. 
LXXXV, 489. 

■p. 242 : « le 27 octobre... » Med. av. Pr. LXXXV, iS8 ; et Onaltro 
leltere dei secoli AT» e XVh, pubbl. da A. Virgili, Florence, 1898. 
Nozze Lensi-Tortoli, p. 14-15. 



NOTES ',[:'> 

Ih. : o (In Petit Cheval... » Med. av. /'/•. VI, 722. 

II). : Je suis arrivr à San Secoiulo... ■> Arrh. stor. doc. ii" i:j'.t, 

Ib. : « les olVres ue Frani^ii.s I"... » Carie Strozzkine, CLVIl, puM. 
lans Np'oocialioiis diplomatir/ues île la France avec, la Toscane. Paris, 
1861, t. II. p. 78.i-786, avec la date erronée de 15:25. et dans IM/vA. 
s(or. doc. n" 140, p. 1 12-113; tous ces documents imprimés sont tirés 
dns filze CLVJI-CLXIIl des Carie Slrozziane, aux Archives de Flo- 
rence, ^r. A. Virgili a imprimé dans son excellent travail « Gin- 
vanni délie h. n. nel campo francese sotte Pavia » le nom de « Vi- 
comte de la Mothe au Grogny. » V. Ra.f.spffna nazionale, vol. LU, 
16 avril 1800. Florence, p. 682. — Et l'Arc/i. storico imprime : « La 
Motte Guagnio. >> M. Desjardins a rétabli h* véritable nom. 

Ih. : « Salviati, nommé... « V. Lelt. Esl. nrjU 0. d. P. n" 35, p. 434. 

P. 243 : « le lendemain, 16... » Arrh. s/or. ir 141, p. 1!3. 
Ih. : « touché Saint Antoine... » ib. n' 142. 
Ih. : « le l'J novembre... » Néf/. diplom., etc., II, 780 
Ih. : « le 25 novembre... » Nég. dipL, etc., II, 797. 
//'. ; « les affaires de sa sœur... » Arch. slor. n°^ li4, 143, 145, li6. 
Ih. : « le roi m'a fait bon visage... » Arch. slor. doc. no 147. 
Ih. : « la liberté, la dignité... /> Lelt. di Principi. Venise, 1564-1)81, 
1. 1, t. 1, i>. 165 v° et la Irad. de Bellet'orest, Paris, 1.".72 {abrégée}. 

P. 244 : « Fortunati... » Med. av. P/. LXIX, 354. 

Ib. : (1 Conlazzo... » Arch. stor. doc. n" 147. 

Ih. : « Aléandro... ■> Carie Slrozz, LU. 52. — Virgili, p. 683-684. 

Ih. : « Sanga. . > Lelt. di Principi. Yenifie, 156i, t. I, p. 143-145. 

P. 245 : « les Vénitiens... » Sanuto. Diarii, t. XXXVII, p. 259. 

Ib. : a trouble et fourbe... » V. Mignet. Rivalité., etc., II, cb. i, 
p. 18-27. 

Ib. : « le comte de Garpi... » lettre du 13 déc. au Roi. Archives na- 
tionales. Paris, sect. hist. f. 964, n« 59. ap. Mignet, II, 24, note. 

Ib. : « Sommaire du traité... » Summarium foederis inter S"^. D". 
Nosb'um Clementem Vll^"^ et Venetos ex una p. et Franciscum Regem 
Frunciae ex altéra. Die XII decembris 1524. j Bibl. nationale. Paris. 
Mss. Ital. 227, p. 72-73, et Carte Strozziane, aux Archives de Flo- 
rence, CLIU, p. 59-62; cette liasse contient aussi des lettres de 
François 1". 

Ib. : « les écrivains à la solde impériale. » V. Memorahilis obsidio 
Ticmi sive Papiae.. etc., par Hadrianus Barlandus. Anvers, 1526, in- 
\2, page 7. 

76. : « ingénieux... » mot de Paul Jove. Vila Piscarii, 1. V, p. 366 
et suiv. d'où se tirent les faits suivants. 

Ib. : « pas une sortie... a V. Sanuto, ihid. p. 121-257, où fourmil- 
lent les menus incidents. 



4 i i 



NOTES 



16. : « passe en revue... » Carie Slroz-z. lettre de Al. tlel Gaccia. 
filza GLU, 45, 179. Dans Virgili, p. 684-683. 

P. 246 : « des féciaux romains. » .Jove. loc. cit.. p. 366. 

///. : a le petit roy... s Brantôme. M. l'amiral de Bonnivet, p. 205. 

Ib. : a la lièvre et le rêve... » Michelet. Rome. Paris, 1891, ch. xviii, 
p. 299. 

Ib. : « enivre éternellement... » Stendhal. Vie de' Napoléon, frag- 
ments, chap. VII. « La belle princesse Visconti avait essayé... » 
etc. 

P. 247 : « Bernard ïusso... » Prima parle délie lellere di M. Ber- 
jiardo Tasso. Venise, 1562, p. 8-1). 
Ib. : (t trente-six mille écus... » Sanuto, XXXVII, 236. 
Ib. : n Duc d'Urbin... » Sanuto, ibid. p. 252. 
Ib. : « le Seigneur Jeannin... j Sanuto, ibid. p. 237. 

P. 248 : « Du Bellay. . » Me'tnoires, IJ, p. 115. 

Ib. : « de' Piossi... » Giampi. Notizie, p. 157. 

Ib. : s à l'Arétin... » Letlere scritte aW Aretino, lool, t. 1, p. 6. 
— reproduite dans VArch. slorico, doc. n» 154, p. 120. Outre que 
pour ces années le sommaire des faits donné par PArchivio n'est 
qu'erreurs, une note déclare « qu'on ne sait d'où le chev. Moïse a 
tiré cette lettre. » Or, cette lettre est à la 2^ p. des lettres à l'Arélin. 
V. aussi la réimpr. de Bologne citée plus haut. 

Ib. : a k émarger... » Arch. d'Etat. Rome. Spese privale, etc., 
f<" 65 v : mille ducats à Jean de Médicis. 



« 66 100 « 

« « 50 « 

« « 822 « 

Cf. même recueil, f"" 67 



à Marie Salviati. 
à Pierre l'Arétin. 
à Jean de Médicis. 
68, 68 V», 70 V», et infrà. 



P. 249 : <s parchemin... » il existe un modèle de ces condotle aux 
Archives de Milan, Polenze Eslere, Francia, 20 déc. 1326, curieux à 
consulter, 3 pp. in-fol. 

Ib. : « Le marquis de ]Mantoue... en 1319,.. » Mémoires de Fleurun- 
fjes. Paris, 1836. (Panthéon littér. t. XVI), p. 272. 

Ib. : « Julien et Laurent... » Gerretani. Sommario, p. 35 v» ; sur 
l'ordre de St. Michel, il existe à la Bibl. Sainte-Geneviève de 
Paris, une Institution de l'Ordre à Amboise, par Louis XL 1«^ 
4 août 1469, Mss. vélin, in-4». 

Ih. : « Brisignano, Melfi... » Bibl. nationale. Paris. Mss. Glairam- 
bault, 1242, p. 1509. V. enc. Saint Simon. Mémoires, p. 89-90. 

Ib. : « récompenser les lionnes atîections... » Même recueil 
• Glairambault, p. 1410. 

P. 250 : « le collier perdu... » V. dans Glairambault 1242, à la 
p. 1649 : « à Pierre Mangot orfèvre du Roy... paîment pour 2 col- 
liers... pièce que le Roy a retenu pour luy parce que à la dernière 



NOTES ur> 

joui-noo devant Pavie le sien fust perdu, cl l'uiitru à son r(,usiii Ir- 
Sgr de Lautrec, ■> par lettres, à Angoulesnies, 1326. 

///. ; six cents écus... » Arck. slor. doc. n» 153, p. liM. 

If>. : <i Duc d'Albany... » Clairambault, 1242, p. JC39. 

là. : « rarchcvéque de Brindes... » Néfjoc. delà Fr. av. la Tu.s,aiir, 
11. 803 ; état dos troupes, ih., p. S07. 

Ifj. : <. le vice-légat... » Carie Slrozziaiie, CLII, p. 200. 

Ih. : 1 à Borgo San Donuino... » Carie Strozz. CLII, 324. V. la li t- 
trc du Roi à Jean Salviati. Ség. île la Fr. av. la To.sc. II, 81ii. 

P. 251 : « à cheval, toute la nuit... » Carie Slroz:. (JLII, p. 348-350. 

y/'. : » en retraite... » Sanuto, XXXVil, 333. 

16. : <i les De' Piossi... » lettre conservée aux Archives d'Etat, de 
Milan, publ. dans VArcli. slor. doc. n" 151, p. 118, c'est par erreur 
que les Archives niil-anaises indicjuent : « à Giacorno Salviati. » 

Ih. : « de fer... » — « Le peuple de Ferrare est un peuple de fer » 
dit J. du Bellay, Regrels, sonnet CXXIV. \ . enc. Miihelet. ///*/. 
(le France, t. XI, p. 54, et Burckhardt, Culliir. p. 49, etc. 

Ih. : « le 30 décembre... » Carte Strozz. CLII, 519. 

Ib. : Alexandre del Caccia... » sur ce personnage. V. Lellere ili 
G. H. Busitii a Benedello Varchi ecc. Florence, 1861, lett.eXI, p. 113. 
c era cosa de' Salviati... » occ. et G. B. Tedakli. dans Cianipi, 
Nolizie, p. 98. 

II/. : Au Palais Médicis... » Miiiitz. lli>l. île l'.irl. à rrpofii/t' de 
la Renaissance, t. II, p. 788. 

Ib. : on paya... » Sanuto, XXXVII, 395, 397, 40S. 410. 

Ib. : c la première bataille... » Sanuto, ibld. p. 284. 

P. 252 : « (Gastel) Sanl' Angelo... » Arch. stor. n» 153, p. 119. 

Ih. : « ses affaires... » Carie Strozz, GLllI, 131,143,247, 306.— 
Med. av. Pr. LXA'III, 458. — Arch. slor. n»' 152, 135, 156. 

Ih. : c Pavie, démunie... » Virgili, loc. cit. p. 687. 

Ih. : <i sorties, embuscades, traître... » Sanuto. XXXVII, p. 431, 
458, 464-466, 483-4S4. 

Ib. : « brûlant... » ibid. p. 527. 

Ib. : « dans les marais... » ih., p. 531. 

Ib. : <! chevaux tués... » ib., p. 539. 

Ih. : « pris... » ib., p. 576. 

//). : « un stratagème'... » Mignet, II, 34. 

//'. : « par mépris... » Sanuto, ibid. p. 626. 

Ib. : <!. Leyva... » V. sur ce féroce palefrenier, un pamphlet inti- 
tulé : « L'Apparition de Ganellon, de Anthoine de Levé, et de Se- 
liastien de Monte Cuculo, etc. » Lyon, 1542. 8 feuillets, (anc. coll. 
Pichon.) 

Ih. : a Sacrée Majesté... » Ciampi. Nolizie, p. 157. 

P. 253 : « les Grisons... » ibid. p. 138, et Virgili, p. 690-692. — 
Carte Slrozz. LIV, p. 54 et suiv. 



11 G 



NOTES 



V). : « le 10 lévrier... » Carie Slrozz. LIV, p. 164 et suiv. 

Ib. : « de ïrevellero... » Virgili, loc. cit. p. 693. — V. aussi un 
autre travail du même auteur, Ollo glomi avanli alla bail, di Pn- 
ria: Arch. slorico, 1889, p. 174-189. 

V. 254 : « le camp ennemi... » Négoc. fr. av-x la Toscane. II, 826- 
827. Arch. stor. doc. n" 155, p, 121. 

Ib. : « les flatteurs des Salviati... » lettre du chancelier du Cardi- 
nal Jean, Bernard di Maestro Giorgio, dans Med. av. Pr. LXXXV, 
499. 

Ib. : « Magnifique sœur... » tbul. p. 300. 

P 255 : « artillerie... » sur l'artillerie de Louis XII, V. les Mém. 
de Fleuranges, p. 221-222, « Testât de l'artillerye du Roy. » 

Ib. : « Je n'aurai de repos... » V. Jove. Vita Piscarii. 1. V, p. 387. 
C'est le meilleur de tous ces nombreux récits. 

//). : « Grammont... » Virgili. Olto giorni, ecc. p. 183 ; et G. délie 
B. n. iiel campo franze.se ecc. p. 695. 

Ib. : « Testa dePadoue... » Ciampi. Nolizie, p. 159. 

P. 236 : « à quatre doigts... » Virgili. Olto giorni, ecc. p. Ito. Du 
Bellay (p. 117) dit ; « au talon... » V. plus bas la lettre du Gard. 
Salviati. 

Ib. : « Lannoy prit soin... » Cod. Trivulc. n" 1321 ; de Pavie, 
21 février 1325. Bibliothèque Tricnlce, à -Milan. Je dois cette copie à 
M. Em. Motta, le savant arclùviste des collections Trivulce. 

Ib. : « balle de onze grammes... » C'. L. Robert, Catalogue du Mu- 
sée d'Artillerie. Paris, 1893, t. IV, p. 6. 

Ib. : « la grève, pièce d'armure... » Catal. du Musée d'Arlillerie, 
t. 11, p. 28. • 

Ib. : « Nigrino de Mantoue... » Spese pria, di Clémente VU, f" 70 V, 
« per an lare, a vedere il Se' G. d. M. duc. cinquanta di caméra... » 
et ibid. f" 72 « Duchatti 27. » 

76. : « Giberti... » Nég. de la Fr. av. la Toscane, II, 831-832. 

Ib. : « médicale... » V. De tormentariorum Vulnerum natuia et cu- 
ralione Liber, Jo. F. Rota auctore. Bologne, 1553. 

P. 237 : « le 22 février... » Med. av. Pr. LXXXV, p. 302-303, et lettre 
de B. d. M. Giorgio, p. 505. 

P. 259 : <i rester au camp... » Carte Slrozz. LIV, 297 et suiv. — 
Virgili. G. d. D. n. nel campo. ecc. p. 696. 

Ib. : (I sain ou malade... » Carte Strozz. LIV, 342-3. 

Ib. : « le bref du Pape... » Arch. secrètes du Vatican. Armoire 44, 
t. 9. (Minutae Brevium ad Principes Clem. VII per Sadoletum 
exoratae. folio 89.) 

P. 260 : « mis en pièces... » Carte Strozz. LIV, 390-391. — Virgili, 
ibid. p. 697. 
Ib. : « le 24 février... » Med. av. Pr. LXXXV, p. 303 bis. 



NOTES U7 

P. 260 : (( j'(au)rai... » (liav)ro, mot arracliô par lu cachi't. 

P. 21)1 ; « le deuxième cantonnoineiit... » (luicliardin. Sloria d'I' 
lalia, XV, p. 331 du t. IJI, édition de 1884. 

Ib. : c Diego de Avila... » V. la Charte que lui octroya (Iharles- 
Quint, dans le Calaloffo kislorico-descriptivo de in l{eal Annei-ui de 
Madrid, por el Conde \'. de Valencia de Don Juan. Madrid. 1898, 
in-4''. 

II). : « Itlessé au visage... » Brantôme. Frartçois /", p. 209. 

Ib. : « de son destrier... » Sanuto. Diarii, XXXVIII, 40-41. V. 
dans la Gazette des Beaux-Arts, juin 1891, mon compte rendu de 
l'ouvrage édité par M. Luca Beltrami, « la Battaglia di Pavia, il- 
lustrata negli arazzi del marcheso del Vasto al Museo di Napoli, 
écc. » Milan, 1896, 1 vol. in-folio, tiré à 350 exempl. J'ai dû ce bel 
ouvrage à la courtoisie de M. Beltrami, qui en a fait une pul)li- 
cation vraiment définitive. 

Ib. :« les meilleurs gentilshommes... » V. Cronk/ue du Rojj Fran- 
çois I", p. 45-46. 

Ifj. : 4 Seigneur Janin... » lettre de Lyon, le 29 mai 1522. Med. av. 
l'r. CXXII, 373. 

P. 262 : » Odet de Foix... » lettre du 26 mars 1522. Med. av. Pr. 
GXXII, 218. 

16. : (r le Dataire Giherti... » Dans Nég. de la France av. la Tos- 
cane, I], 833. 

Ib. : « unanimes... » Brantôme. Gr. cap. étrangers. Jeanyiin de 
Mêdicis, édit., de Leyde, 1665, p. 319. — M. Du Bellay. Mémoires, 
1. II, p. 117. — et Med. av. Pr. LXXXV, 509. 

76. : <r et Su'ifolk... » V. le livre de M. Beltrami, planche I, et récit 
à la p. Yiii, col. I. 

76.: « François I", le juif Abraham... » ce qui suit est tiré de la 
brochure intitulée : c Document! inediti intorno a Maestro Abramo, 
medico mantovano del secolo XVI. « Mantova, tip. di L. Segna, 
1867, 56 pp. in-80 publiée pour les a Nozze Simonetta-Quintavalle » 
par Garlo d'Arco elle chanoine Guillaume Braghirolli. L'exem- " 
plaire que j'ai eu sous les j'enx est celui de la Bibl. publique de 
Mantoue. J'ai à remercier, à ce sujet, pour son obligeante cour- 
toifsie, M. l'avocat Joseph Cadenazzi, sénateur du Royaume d'Ita- 
lie ;' — cf. aussi, Portioli (Attilio) Discorso su mastro Abramo, cirurgico 
di Frederico II Duca di Mantova; dans 1-es mémoires de l'Académie 
« vergilienne, » Mantoue. On sait que dans sa patrie, comme à la 
Sorbonne de Paris, Virgile a nom Vergile. 

P. 263 : « Barigazzi... » sur ce nom, v. ibid, note à la p. 21. 

Ib. : s un bref du Pape... » v. Alcuni Brevi di Clémente VII, sulle 
ferite di Giovanni di Medici, pubbl. da Ant. Guasti. Archivio storico, 
1886, p. 193 et suiv. — le bref cité et la lettre au marquis sont 
aux p. 198-199. 

27 



418 NOTES 

Ib. : 1! \o camérier... <• Med. av. Pr. LXXXV, oO"î. 
Ih. : « étendait sa légation... » Lelt. Est, agli Otto d. P. n» 33 
p. 263. 

P. 264 : « ti'aitement à la française... » v. les noms des chirur- 
giens royau.x. dans l'ouvrage du D' T.e Paulmier, Ambroise Paré. 
Paris, 1885. Pièces justificatives, III, p. 153-154. 

P. 265 : " ses liandes noires, ses relations... » Med. av. Pr. CXXII, 
138. — GXIV, 312. — cm, 39. 

Ib. : a Antoine Pucci... » \ég. de la Fr. av. la Toscane, II, 838. An- 
toine Pucci, Florentin, évéque de Pistoïe, v. Capponi, St. délia 
Rep. fier, t. III. VI, V. p. 150. Clément VJl le fit cardinal « de' SS. 
Quattro Goronati. » V. Panvinio (Onofrioi ap. Platina, délie Vite dei 
Pontefici ecc. Venise, 1643, p. 643. 

Ib. : « à l'évêque de Pistoïe... « Lettre de B. Valori aux Huit d. 
P. Lett. Est. agli 0. d. P. n» 37, p. 45-46. V. sur cette visite, Gui- 
chardin. St. d' Italia, 1. XVI, p. 353, édit., de 1884. 

Ih. : « venait d'écrire à Lannoy... » Papiers d'Etat du Cardinal 
Granvelle, pul)l. sous la dir. de Gh. Weiss, Paris, 1841, t. I, p. 266. 

Ib. : « amy et non désespéré... » ib. p. 267, v. les terribles de- 
mandes de l'Empereur, p. 270 et le mémorial de Glénient VII en 
1526, même volume. 

Ib. : « les communes de la Lunigiane... » Bibola, Vecchiotto, Go- 
rasco. — Archives de Florence. Medici laïche, n" 973, 15 avril 1535. 

P. 266: <i le licencié Brancamante... » Med. av. Pr. GXXII, 146. 

Ib. : tombé d'une grande espérance... « lettre de G. Gesano. 
Med. av. Pr. GXXII, 143. — Arch. stor. n" 137. p. 122. 

Ib. : « ses lieutenants... » Guppano. Med. av. Pr. LXXXV, 413. 

Ib. : « aux bains... » Med. av. Pr. LXXXV, 453. 

Ib. : « Abano... » v. Michel Savonarole. De Balneis. Venise, Giunti, 
1553, in-4'' p. 1-36. — les bains d'Abano à la p. 16. Ceux de Saint- 
Pierre aux Bains, où mourut le Popolano, à la p. 17 verso ; v. enc. 
pp. 37, 70,259, 268. — Michel Savonarole, médecin du marquis Lio- 
nel d'Esté, est, je l'ai dit, l'oncle du réformateur .Térôme. 

Ib. : « il conjurait le chancelier... » v. Documents cités sur M« 
Abraham, n" XII et XIII. 

76.: « Illustrissime Monseigneur... » la lettre est dans Med. av. 
Pr. GXXII, 147. 

P. 268: 6 fille de financiers... ■> v. sur son caractère, Alfred von 
Reumont, Gescfiichte Toscana's. Gotha, 1876, t. I, p. 73-75. 

Ib. : « par milliers, par six cents... » Spese priv. di Clémente VII, 
anno 1524, fo(il, — 1035 duc. — anno 1525, f" 71 v», — 600 duc. — v. 
fo» 68-70, 72 v». 74, 75, 77, où Marie Salviati en reçoit et Gosnie, et 
Fortunati, et l'Arétin. 

Ib. : « (jue Lucrèce Salviati... » Spese. ibid, f" 72 v", 30 avril ; 
V. enc. fo 77 v», pour Jacques Salviati. 



NOTES 410 

Ih.: « elle écrivait à Jean... » Med. av. Pr. CXII, 16, et 30. 

P. 2(19 : « les lettres suivantes... » Med. av. Pr. LXXXV, .*ill. 

Ib.: « le mal d'entrailks... « Med. av. Pr. CXXIl, 157, et Arc/i. 
sior. documents n"» lo8-159, p. [-23. 

Ib. : » des cantonnements... » v. Carte Sirozziane, GLVIl, .32-45, 
179, 180; dans cette dernière, Colornio est Colorno, au N.-E. de 
Parme. 

Ih. : t des campements iinpossil)les... •> Med. av. Pr. liyi'S.H, lfi2. 
Arch. stor. doc. n» 160, p. 124-125. 

///. : Monseigneur Illustrissime... » Med. av. Pr. CXXII, 155. 

/A. : « de Guicliardin... » Med. av. Pr. CXXll. 15*3. cette lettre ne 
figure pas dans le tome VII des Opère inédite, « La Presidenza 
délia Romagna. » Elle est du 23 mai, Ravenne. 

P. 270 : « plus d(! sept cents ducats... » Guichardin à Sigismond 
Santo. Faenza, juin 1525. lettre CXX, même vol. des Opère ined. 
p. 250, et encore. GLI, p. 307. CLX, p. 323, CLXXII, p. 341. 

Ib. : « àVenise, par Ghioggia... » Marin Sanuto, Diarii. XXXVIII, 
p. 335. 

76.: (< palais des Giustiniani... «> à l'entrée du Grand Canal, à 
droite, aujourd'hui l'hôtel de l'Europe ; sur les payeurs au camp, 
v. De Republica Venetortim, Leyde, 1628, in- 16, p. 300-309. 

Ib. : a quelques semaines... » dates des lettres, Med. av. Pr. CXII, 
— et Carte Strozziane, CLVII, 80. 

Ih. : « de sa meute... » Med. av. Pr. 159. 160 et 191. 

P. 272 : « pour s'y guérir des infections... > Lefl. deW Aricilo, 
préface, p. LXXII-LXXIII. 

Ib. : ï Léon X... a v. Bonav. Pistofilo. délia Vita di Alfons. h pubbl. 
da Ant. Cappelli. (Atti e Memorie di storia palria. ecc. Modène, 18G7, 
ser. I, t. III, p. 516-517.) « Ferrara... occupata dal... Duca Alfonso 
immeritamente... » et Guichardin. SI. d'italia, 1. XIII, ch. Y, p. 194- 
195. éd. de 1884. 

76. : ï Philippe Chabot... » Bibliothèque nationale, Paris, mss. 
fr. 3070, p. 41. Ane. num. 8595, sous lequel le publie Molini, dans 
Documenti dl storia italiana, Florence, 1831. t. I", p. 190-191. 

76. : e Cantalupo... » ses lettres, mêlées d'un chitïre facile, et 
dont la clef existe, sont dans Med. av. Pr. CXXII, 164, 165, 166, 169. 

76. : ï Marguerite d'Alençon... » v. Cronique du Roy François P', 
p. 47-48. 

Ib.: 1. k Madrid... ■> v. dans Molini. Docum. I. XCIX, p. 188. le 
sauf-conduit donné par Lannoy à Montmorency. 

P. 273 : « derrière un faisan... o Med. av. Pr. LXIX, 381. 
76. : « Charles Masi... » Lettere Interne agli Otto di Pratica. Mars- 
Août 1525, n» 33, p. 297-298, 308-309. 329. 330, 331, 318. 
76. : « un bénéfice... » Med. av. Pr. XCIV, 280. 
76. : « son Trebbio... o Med. av. Pr. XCIY, ibid. et 282, 283. 



420 NOTES 

Ib : <i sur la fin de 1524... » Miscell. medic. 492. 

Ib. : « de Florence... Marie Salviati... » v. la lettre in-exteuso 
{Med. av. Pr. GXXIV et GXXII, 172.) dans Ferrai, Lorenzino de' M. 
Appendice II, II, p. 441-443. 

P. 274: <i Passerini... » Med. av. Pr. GXXII, 173, .irch. stor. doc. 
no 161, p. 125-126. 

Ib. : « Vous savez, répondit Jean, s Med. av. Pr. XGIV, p. 281. — 
î''errai, ibid. p. 443-444. 

Ib. : <i Notre très cher... » .Med. av. Pr. GVI, 194. 

P. 275: « les Malaspina... i> Lettere Int. a. 0. d. P. n° 38, p. 392, 
397, 416, 428, 434, 440, 441, d'où ce récit est tiré. 

Ib. : « deux mille cinq cents écus d'or... a le chiffre est exact 
dans Sanuto, Diarii, XL, 39-41 ; la quittance est aux Archives Ma- 
laspina de Mulazzo, filza 6, en date du 27 sept. 1523, v. Branchi, op. 
cit. t. Il, p. 255, note 1. 

P. 276 : tout de suite à détrousser... » Lett. Est. A. 0. d. P. 
no 37, p. 403. — Lett. Int. n» 39, p. 5-6, 8, 59, GO, 69, 72, 78, 79, 82, 83, 
84, 85, 86. 

Ib. : « en treize cent six... » on connaît les vers admirai les de 
Vincent Monti : 

8 ... 11 fato avverso 
Stette contro il gran Vate. et contro il fato 
Morello Malaspina. Egli all'illustre 
Esul fu scudo... » etc. 

V. Fraticelli. Studi inediti su Dante Alighieri, Florence, 1846, p. 
195-208, et Scartazzini (G. A.) Enciclopedia Dantesca. t. II, Milan, 
1899, p. 1181-1184. 

La maison de Mulazzo, — petit bourg montagnard entre Villefran- 
che-de-Lunigiane et Pontremoli, — que le marquis Franceschino 
Malaspina donna pour asile à Dante, est située au centre de la 
bourgade. Elle a été vendue, en février 1900, au tribunal de Pontre- 
moli, par acte du notaire Parente Stupio, de Sarzana, elle était 
désignée sous le nom de o Maison de Dante ». Dante aurait été 
procureur des Malaspina à Sarzana. — V. dans Bartoli. Storia délia 
lett. ilal. t. VL p. II, appendice, le travail de L. Staffetti, / Maies- 
pina ricordati da Dante. 

Ib. : « qui avait tué son neveu... » Med. av. Pr. [GVI, 94. .\rch. 
stor. doc. n« 162, p. 126-127, — et Med. av. Pr. ibid. p. 153. 

Ib. : s le petit Gosme... » Med. av. Pr. GXXII, 183. 

P. 277: d pour faire vivre... i Sanuto, Diarii, XXXIX, 202. 



NOTES 481 



NOTES DU CHAPITRE V 



P. 278 : La ville aux belles femmes.,. » Misson. Nouveau voyage 
en Italie. La Haye, 170i, I, p. 301. 

Ib. : « les Corses.. » lettre d'Olivier, ca}». Corse, de Bastia, 23 
nov. 1523. Med. av. Pr. CXXII, 184, v. sur ce personnage, Falugio 
(Giov.) Morte del fortissimo signer Giovanni de Mndici. Venise, 1532, 
(Magliabechiana, Miscell. t. 44.) 

Ih. : n Morone... » v. Girolamo Morone, da C. Gioda, ch. VII. 

Ib. : « Pescaire... » mort le 30 novembre de ses trois blessures 
reçues à Pavie, v. Paul Jove, et aussi Lanz, Corresponde/iz des Kai- 
sers Cari. V, tome I, doc. LXII, p. 151. 

P. 279 : « répondait Guichardin... t Opère ined. t. VIII. La presi- 
denza délia Romagna. CLXXX, p. 358-539, et CLXXXII, p. 361, à 
César Colombo. 

Ib. : a au Treb])io... » lettre à Suasio, Med. av. Pr. CVI, 136. « Gito, 
cito, cito... « — Arch. stor. doc. n» 163, p. 127. 

76. « Expérience de la Très-Haute... » publié par M. Pasolini, 
entérina Sforza, t. III, p. 599-807, avec tuus les éclaircissements. — 
V. une lettre de Cuppano, Med. av. Pr. LXIX, 398. 

P. 280 : <r le follet... » Vite d'uom. d'arme. — Ammirato. Opusc. 
cil. — Cantù, Storia dei Ilaliani. Turin, 1856. t. V, ch. CXXXIII, 
p. 153. — Sur le folletto florentin, v. C. G. Leland, Legends of Flo- 
rence, 1895-1896, t. I, p. 54, 160. 

Ih. : î compagnons de lit... » Lettere delV Aretino, III, 172; sur les 
mœurs de l'Arétin, peintes par lui-même, v. l'immonde lettre, de 
Reggio, dans la filza CVI, Med. av. Pr. (année 1524.) 

Ib. : € au milieu d'octobre... » Arch. storico, 1866, article, cité plus 
haut de Armand Baschet. Doc. n» XIX, 14 cet. 

Ib. : t une rude leçon... » v. Ant. Virgili. Francesco Berni. Florence, 
1881, I« partie, ch. VI, p. 94-119. 

Ib. : c l'excellent Schio... » Baschet. Docum. n° XXVI; des bé- 
litres m'ont reproché d'avoir appelé Scledio, dans mon Arélin, ce 
prélat. C'est pourtant le nom que lui donne, en ce document (p. 129) 
l'Archivio et Armand Baschet. Il est probable que mes critiques (?) 
n'avaient pas vu le document, ou, l'ayant vu, n'étaient pas de 
bonne foi. 

P. 281 : t cent deux ducats d'or... » Spese privais cit. f" 79 verso, 
1525, a di 5 d'ottobre : « E a di ditto dati al R'^^ Arciveschovo di 



422 



NOTES 



Capoa per dare a Pietro Arelino duchatti cento d'oro lax'glii. — 
d. 102, j. 5, b. 1. ï 

V. enc. fo 82, 83 v», 84 v°, 97 v, 98, pour les dons à Fortuuati, 
Cosme, Jacques Salviati, etc. 

Ib. : « le matelassier... » ibid. i° 84 v. 

Ih.: « copieux.... » Cantù. St. dei liai. t. V. 1. XII, ch. CXLIII, 
p. 465. 

Ib. : fantaisistes... » Philarète Ghasles, Etudes sur W. Shakespeare, 
Marie Stuart et l'Arél'm. etc. Paris, 1851, p. 407-409, IV ; l'une des 
deux narrations est copiée sur l'autre. Le lecteur cherchera la- 
quelle. 

Ib. : « d'autres, ont insisté... » v. F. D. Guerrazzi. Vita di Fr. 
Ferruccio, Milan, 1865, t. I, ch. II, p. 180-181. 

P. 282 : « Jean de Turin... Saint Pierre... Amie de Yénafro... » 
Brantôme. Les duels. Leyde. 1722. p. 138-141, et Disc, sur les duels, 
réimpr. de Paris, 1887, p. 103-104. Sa narration, comme tout ce qui 
regarde les bandes noires, dont il a connu les anciens chefs et les 
débris transformés, est la meilleure. — V. aussi G. G. de' Rossi, 
dans Giampi, Notizie, p. 160, et Ammirato. Opusc. III. 

Ib. : « Saint Pierre le (^lorse... » né en 1498, à Bastelica, district 
d'Ajaccio, élevé chez les Médicis par charité, (v. Lévi. G. d. b. n. e i 
Corsi. toc. cit. p. 430. Sur sa carrière Y. Brantôme, éd. Lalanue. 
VI, 213 et G. de Gesari-Rocca, Ilist. généal. de la maison d'Ornano, 
Paris, 1892.) il fut fait en 1527, par charge créée, colonel général 
des bandes corses, servit en Piémont, lutta opiniâtrement contre 
les Génois, et mourut le 17 janvier 1567, en Gorse, sous le poignard 
d'un domestique. — V. Lettres de G. Pellicier, n»' 235 et 264, p. 354 
et 398. 

P. 283 : lettres d'affaires... » de Marie Salviati, pour recom- 
mander aux Seigneurs un plaideur nécessiteux. Lett. Est. alla Si- 
ynoria. dal 1525 al 1532, cl. x, dist. 2. 40. p. 265, — et Med. av. Pr. 
GUI, 41, — de Goro Gheri, vice-légat en l'absence de Jean Salviati, 
venu en Espagne pour négocier la liberté de François I". Bolo- 
gne, 17 février. Med. av. Pr. GXXII, 196. 

Ib. : « de Piombino... » Med. av. Pr. GXXII, 194. 

Ib. : un défi porté... » Med. av. Pr. GXXII, 198. 

P. 284 : « Et, s'il veut être homme de bien... » Med. av. Pr. GXXII, 
197. 

76. : « Guichardin... » Slor. d'Italia. t. III, 1. XVI, chap. v, 
p. 392, édit. de 1884. 

Ib. : « par signes, prodiges... j Cronique de François l", éd. Guif- 
frey, p. 50. 

P. 285 : « A tous ces maux... ignavia... » Guichardin. 0/Je/-e ined. 
t. VIII, lettre GXLVII, p. 332-33». 



NOTES 428 

II). : « Pierre Strozzi... •> loltro de G. Pellicier au l^ii, n» MK 
l>. 07. Venise, 26 aoiU 1o40; V. Tausserat-Radfl. op. cil. 

P. 280 : « Illustre et valeureux sei^'nour. ■> Mcd. ar. l'r. CXXII, 
203. — Arch. stor. doc. n» lOi, p. 128. 

P. 287 : !' Oarpi... » Alliert-Pie, comte île (^arpi, ami de la France 
fut dépossédé par Charles-Quint, et sa seigneurie fut achetée en 
15:30 par le Duc de Ferrare. V. Lanz, op. cit. leltr'' de Laniioy 
citée, après Pavie, qui propose de le déposséd<r. 

Ib. : a une première avance... <> Sanuto, Dinrii. XL, 709. V. encore 
o36, 665 et XLI, 09-Sl. 

//-. : • le Duc de Milan... ibid. t. XL. p. 387-388. 

P. 288 : " se gardaient... » Ammirato. loc. cit. 

Ib. : « rappels de fonds... » Med. av. Pr. CXIV, 314. 

Ib. : peste, sauterelles... » Ag. Peruzzi. ^toria d'Ancona. Pesaro. 
1S35, t. II, p. 42'J-i30. 

Ib. : « payer les Suisses... » Guichardin aux Huit de Pratique, 
dans Letl. Est. (ifjli Otto d. I'. Mars -mai 1326. n» 42, p. 169. V. en- 
core les liasses 44-43. 

Ib. : les pirates... 5 V. les lettres de Benibo pour Léon X, 1. XII, 
lettre 8, aux Vilerbiens *• Piratarum punicorum... » et Mern. ial. 
délia cittn di Fana, ccz. t. II. 11!), 129. — Burckhardt. Ciiltur, p. 96. 
.'t trad. Valbusa. p. 128-129. 

Ib. : « sous les pieds de Laurent... -) Macliiav<dli. Ldjro del Prin- 
cipe, chap. XXVI, éd. de 1530, p. 79-82. 

Ib. : « sa lettre fameuse » du 15 mars 1525-i;)26, dans Lett. f'am. 
di y. Machiavelli. pubblic. per cura di E. Alvisi. Florence, 1883, 
p. 170-481. 

P. 290 : 6 Machiavel l'a démasquée... 1 Discorsi sopra la prima 
deçà di Tilo-Livio. Livre I. ch. XII, p. 39-42. éd. de 1330 « alla tes- 
tina. » 

P. 291 ; une galère, un hrigantin. <> V. Jal. Glossaire nautique. 
Paris, 1848. p. 737 et 342, et l'image d'une galère pontificale, dans 
Il Gazelle des Beaux-Arts, année 1873, t. I, p. 244. 

Ib. : d Paal Vettori... » P. A. Guglielmotti. La guerra dei pirali e 
la marina pontificia. Florence, 1894, t. 1, 1. III, ch. xxi, p. 258. 

Ib. : <i le Pape prenait... » Lett. Esl. agli 0. D. P. janvier-septem- 
bre 1326, n°41, p. 69. 

Ib. ; (I cette pauvre Italie... » Med. av. Pr. LXIX. 414, à Fortunati, 
à la Tupaïa. 

Ib. : Marie Salviati... » Med. av. Pr. CIII, 45. 

Ib. : <i Raphaël de Médicis... » Miscell. Medic. 236. 

Ib. : « Averardo Salviati... » .Med. av. Pr. CIII, 133, de Parme. 

P. 292 : « le bref de la galère... » Med. av. Pr. CXXII, 231. 
Ib. : « brigantin... » Jal. Glossaire nautique, loc. cit. décrit ce na- 
vire comme un petit bâtiment du type des galères, mais n'ayant 



43 'i NOTES 

qu'une voile, et huit à seize bancs d'un seul rameur, maniable et 
léger. 

]h. : « fuste... » bateau qui tenait, suivant l'agencement des bancs, 
du brigantin ou de la galère » ihid. p. 126. — « trois fustes s. Am- 
niirato. Opusc. III, suite. 

Ih. : « les accords signés... » V. Mignet. Rivalité, t. II. ch. VIII, IX, 
p. 171-208. 

//). : « à Sinigaglia... » Med. av. Pr. CXXII. 248. 

Ib. : « la chasse... /> Ammirato, ifjid. 

Ib. : « ses comptes... » ce qui suit est tiré des pièces 28 et 29 de 
Med. av. Princ. GIV. 

P. 293 : « eijployée sur terre... » lettre de Cesano. Med. av. Pr. 
GXXII, 258. — Y. aussi 252, 269-270, 383. — et Arch..sto>: doc. n»» 165, 
166, 168, pages 128-132. 

Ih. : « le Duc de P^errare... <> Med. av. Pr. GXXII. 229, 263, 282. 

Ib. : « Suasio... » Med. av. P. GXXII, 274, 280, et Arch. sfor. doc. 
n" 167, 169, pages 131-133. — V. encore la lettre de Dante Gori, 
GUI, 40. 

Ih. : a rapportait un Dominicain... » Med. av. P. GXXII- 278. 

Ib. : de Gognac... s Mignet. ibid. ch. IX, p. 209-239. 

P. 294 : t mêlées de victoires... » ibid. p. 204. 

Ib. : toujours la France... » Sanuto. Diarii. XL. 7*4. 

76. : le 6 juin... » lettre de Giberti. Letl. di Principi. éd. de 1564. 
Venise, t. I p. 188 v» — 189, et trad. de Belleforest. Paris. 1574, 
p. 157. 

76, : « Guy Rangone... » sa lettre dans Med. av. Pr. GXXII, 289. 

76. : « du 10 juin... » Aux Archives d'Etat, Florence. 

76. : « Vitello Vitelli... » Guicliardin. ht. dltalia, 1. XVII. t. IV, 
ch. I, p. 23, éd. 18S4. 

I'. 295 : (' demain matin... ■> Guicliardin. Opère ined. t. IV, lettre 
XIX, au dataire, p. 57 ; j'ai comparé cette correspondance avec les 
originaux conservés aux archives secrètes du Vatican. Particolan, 
n" 2. — Gette lettre, au f» 1 v<», est datée « in Palazzo apostolico. « 
V. aussi Op. ined. ibid. p. 60. « il S. Giovanni ed io... » 

76. : « Parme... » Arch. secr. Vat. ih. i° 3. — Op. ined. XXII. p. 62. 

Ib. : « Plaisance... » Arc/i. secr. Vat. ib. f» 7. — Op. ined. ib. XXV. 
p. 71. 

76. : « Paul Luzasco... » Arcfi. secr. Val. ib. f<' 7. — Op. ined. ib. 
p. 76, et XXVI, p. 77 ; et Sanuto. XLI, 741. 

76. : « de général... » Sanuto. Diarii. XLI. 711. 

76. : ï modénais... » V. lîitratli et elogi di capilani illustri. Rome, 
1635, p. 206-207. 

76. : « le silence... » Sanuto dit : « Vizardini non parloe... » 
Diarii. XLII, p. 90-91, lUO, 108. 

P. 296 : « au commencement de juillet... » Arch. secr. Vatic. ibid. 
f«16. -^ Op. ined. ibid. XXXVIII. 113. 



NOTES 425 

Ib. : « l'élan de l'Italie... i i popoli... sollovati in sjieranza... 
Lettre de Giberti dans Lett. di l'rinc. t. I, p. 189. 

Ib. : * content, délibéré... » Mss. Béthune, 8509, ap. Mignet. 
p. 225-226, notes. 

//'. : « recevoir Paul Luzasco... » Arch. secr. valic. ib'ul. f" 45. 
(ceci est inédit.) 

Ib. : «■ lîs pages du fertile Arétin... o Med. av. l'r. GXXIl. 299; 
la date de cette lettre, Reggio beccu, est à la fois une allusion flat- 
teuse à Re becco, et une sale calem))redaine ; becco veut dire cocu. 
(A''. Machiavel. Mandrngola. 2-fi, dans le Vocabolario délia Cnisca, éd. 
de 1729. t. I, page 407, col. 2.) 

P. 298 : a Vénitiens, duc d'Urbin. . » Arch. secr. Valic. ibid. f»* 
49, 64 ; ceci complète la lacune qui existe, pour juillet 1520, dans 
les Opère inédite. 

Ib. : » du marquis do fionzague... » ibid. f" 80, et sur Guy Kangone, 
fo 94. 

II). : d'outre en outre... t Sanuto. XLII. 22. 

Ib. : « connaissait à merveille, i Guichardin. Lettre chiffrée au 
dataire, 17 juillet. G. — Arch. valic. secr. ibid. f" 84. 

Ih. : c la route de Gassano... o Arch. secr. Vat. ibid. i° 97. 

Ib. : a les coups d'artillerie... i ibid. 97, et Letl. Est. agli 0. d. P. 
n» 41, p. 221. 

Ib. : de Pavie à Monza... » ibid. i" 130. — et Opère ined. XLV, 
p. 138. 

Ib. : 4 pour l«s pertes fréquentes... « Istor. d'Ilalia, t. IV, 1. XVII, 
ch. IV, p. 53. V. la réfutation de G. G. de' Rossi, dans Vite d'uom. 
d'arme. 

Ib. : datent du jour... » ibid. 

P. 299 : ï un sou de la France... » Arch. secr. vatic. ibid. f» 145. — 
Op. ined. Ibid. XLIX, 130-151. 

76. : « Guichardin veillait... t Arch. secr. valic. ibid. î° 92 v". Nota 
dei failli del Sf Giovani. 

Ib. : au jour bien clair... » Guichardin. Isl. d'Ilalia. ibid. ch. II, 
p. 35. 

Ib. : Malatesta Baglioni... » pour la libération d'Orazio. — V. sa 
lettre du 27 juin au Pape. Arch. Secr. Valic. Principi. 1. f° 89 v° « ex 
agro Laudensi. » à ce sujet. V. Opère ined. ibid. p, 124. — cf. sur 
cette période, Med. av. Pr. GXXII, 303, 3U6, 209. et LXXXV, 377. 

Ib. : of le roi de France.,, n de Ghàtellerault. 16 juillet 1526 ; au 
duc de Milan. Archives d'Etat, Milan. 

Ib. : « de Tours J. F. Gantalupo... » Med. av. Pr. GXXII, 311. 

Ib. : « k Bourges... » Med. av. Pr. GXXII, 317 ; Guichardin en parle. 
Op. ined. lettre XGVIII, p. 286. 

P. 301 : u l'évéque de Bayeux... » Louis de Ganossa. ambassa- 
deur à Venise depuis 1534. Lellere di Principi. 1. II. Venise. 1581, 
f» I-II, et Guichardin, loc. cit. p. 16i. 



426 NOTES 

Jb. : « les deniers de France. « Med. av. Pr. CXXII, 320. 
Ih. : c< le 20 août... » Med. av. Pr. CXXII, 321. 

P. 302 : « le Lasca... » éd. Verzàni. p. 00-06, cité par Flamini, 
Studi di Sforia letleraria italiana e straniera. Livourne, 1895, p. 362. 

Ih. : « d'outre monts... » par exemple, Desportes imitant l'Arétin. 
Flamini. ibid. — pour les arts et les lettres, les exemples de la con- 
tagion sont aussi attristants qu'innombrables. Comédies, poèmes, 
invasion générale de l'humanisme; architecture corrompue, maîtres 
français dévoyés, sacrifiés, Ecole de Fontainebleau, etc. etc. Tous 
ces malheurs coïncidant avec l'iconoclastie delà Réformation, au- 
trement coupable et vandale que la Révolution, trop accusée. 

Ib. : Machiavel... » V. Lettere familiari, éd. Alvisi. Lettre de Fr. 
Vettori, du 5 août, n» CGXIII, p. 496-499. 

Ib. : pleine de boulevarts... ■> ib. lettre àGuichardin, du n mai, 
ce VII, p. 487. 

Ib. : « ces figures do l'Art de la Guerre... » éd. de 1350. I siHle 
libri delV arte délia guerra, p. 186 à la fin. 

Ib. : « des neuf de la milice... » V. Villari. Nice. Machiavelli, t. I, 
p. 531. (en 1507.) 

Ib. : « sous Léon X... » V. Gamba. Série dei tesH di Linçjua. ecc. 
Venise, 1839, p. 187. col. 2. n° 601. 

P. 303 : 1 Bandello... ■> Novelle di Matteo Bundello. Turin, 1853, 
t. II. parte prima. Novella XL, p. 19-34. 

P. 304 : « Madame Paula... » Med. av. Pr. CXXII, 318. — Arch. 
slor. doc. n» 170. p. 133-135. 

P. 300 : « de Musso... » sur ce personnage, surnommé le Médi- 
chino, voir Brantôme. Gr. Cap. étrangers., p. 244-238. le marquis de 
Marignan. C'est lui qui avait pris Chiavenna. Cf. Râlia, etc. von 
J. G. von Weineck. Davos, 1616, in-fol. livre XIII. p. 200. 

Ib. : déserta... » Guichardin. Op. ined. IV, lettre LV, p. 165. 
(3 août), et 168. 

Ib. : <i cuisiniers ducaux... » V. Christofuro di Messisbugo (cuisi- 
nier du duc de Ferrare.) Libro novo nel giial s'insegna a far d'ogni 
sorte di vivanda. ecc. Venise. 1552, (n. éd. en 1549.) p. 25-27. 

Ib. : « les écuyers tranchants... ■» G. B. Rossetti. Dello scalco ecc. 
Ferrare, 1584, 1. II, p. 49 et suiv. 

P. 307 : <f ce samedi... » Sanuto. Diarii. XLII, 282. 
Ib. : « s'était rendu... » Guichardin, lac. cit. p. 154 et 163. 
Ib. : « Traître, tu as trompé... » ibid. p. 157. 
Ib. : « en le perdant... » ibid. p. 159. 
Ib. : » il bondissait... 9 ib. p. 173, 187. 

Ib. : e à la fin de la campagne... » Sanuto. ibid. p. 368, 394, 395. 
403. et jusqu'à la p. 746. 
Ib. : a de Modéne... » Philippe dei Nerli, l'auteur des Commen- 



NOTES 427 

taires cités plus haut, avait épouse urif belle-sœur de Jean de Mé- 
dicis ; V. Guichardin, ibid, p. 189. 

P. 308 : « l'Arétin... » Ouichardin. ihid. p. 193. C'est « Pietro i 
et non « Pagolo > qu'a écrit, ou voulu écrire Guichardin, dont 
la plume fourche aisément sur les noms. 

Ib : « les princes italiens... » v. Annali di Arezzo ecc. dall' abb. 
P. Farulli, à la p. 183. Foligno, 1717, in-4«. 

H). : « il vint au camp... » v. jdus bas, au sujet de Fano. — Leti. 
scr. ail' Arelino. I, p. 9. — Sur la querelle, v. enc. p. 209, 220, 233. 

Ih. : « des Suisses... » Guichardin, ihid. p. 205. 

II). : « mercenaires... » v. ce qu'en dit Gomines. Mém. Y, 170. 

]h. : « dépenses... » Guichardin, ihid. 216. 

Ih. : « Julia... » ih. p. 227. 

Ib. : « tierce double... » ib. p. 360. 

Ib. ; <- des grenades... ^ Med. av. Pr. CXXII, 333, 333. 

Ih. : <i dans une joute... » Guichardin, ibid. p. 317. 

P. 309 : Pompée Golonna... » le 20 sept. ibid. 338, et non (comme 
écrit Villari, Machiavel, III, 343), le 20 juin ou eu juin. 

Ib. : <i un billet... ■> Med. au. Pr. GXXII, 340. 

///. : <f Crémone... « v. Lelt. di Princ. Il, 14. et Guichardin ihid. 
401. 

Ib. : « on arrêtait l'ordre... » Med. av. Pr. GXXII, 327. 

Ih.: d rien sans lui... « Guichardin, ibid. 291. 

Ib. : c des poudres... t ibid. p. 297. 

Ib.: " les attaques... » ih. 333. 

Ih. : 1 la vie... ■> « la vita di questo esercito, ■> p. 421. 

Ib. : « du besoin réel... » ibid. p. 308, 323. 367. 

Ib. : <t d'effectifs... ;> ih. 367. 

Ib. : « jambe, fièvre... d ib. 392, 396. 

P. 310 : 4 à la France... » ib. 407, 423. 

//'. : " l'Arétin... » Lett. scr. alV .iretino. t. I. p. 7. 

Ib. : <i lui écrivit... « Arch. secr. Vatic. Politic. n" 16, f" 872. — C'est 
la copie dont il est parlé dans la lettre au Dataire, Op. ined. IV, 
CLIII, p. 429; v. enc. Leti. di Principi. II, 15; et même tome des 
Op. ined. p. 432-433. 

Ib.: <r Albizzi... » Lett. Est. agli O.d. P. oct. 1526 —'avril 1528, 
n» 46, p. 7. 

Ib. : « indisciplinée... » Guichardin, Op. ined. VI, 557. 

Ib.: « leur bourse... » Guichardin, ib. 533. 

Ih. : « fromages... » Med. av. Pr. GVI, 179, 187, 193 et Arch. stor. 
doc. no 24, p. 136. 

Ib. : « on se battait... » ib. p. 444. 

Ib. : (r le 12 octobre... » Guichardin, îèirf. 448. — Med. av. Pr. LXIX, 
421 ; Arch. stor. doc n» 171, p. 135. 

P. 311 : ? par une décharge... » Guichardin. ibid. 498. 
7/^ : '( Ne répliquez point... -> ib. 446-447, et 450-451. 



428 



NOTES 



Ib. : a n'était pas de la main... s ib. 45o, 458. 

Ib. : de la Stufa... » ib. 459, 468, 470. et Med. av. Pr. GXXII. 351. 
Ib. : « Guichardin au Dataire... » Guichardin, ib. 463. P. -S. à 
la lettre GLXIY. 
Ib. : d Rangone... » ib. p. 480. 
Ib. : « dit ouvertement... » ib. p. 482, 

P. 312 : « à bien payer... » ibid. p. 487. 

76.: « Fano... t sur cette affaire, v. Guich. ibid. p. 489, 491, 497, 
503,504, 511. 

Ib. : <s 21 juin 1524... » ap. Amiani, Mem. cités t. II, 129, et Maz- 
zatinti. Gli Archivi délia storia d'Italia, vol. II, fascic. II, p. 236. 
Rocca San Gasciano, 1899. (Cette pièce se trouve dans la X« section 
des archives,) v. Repertorio dell' ant. Arch. com. di Fano, comp. da 
Mgr A. Zonghi, Fano, 1888, et l'article de P. Berti, sur ce reclasse- 
ment, dans l'Arch. stor. it. ser. V. t. III, p. 361 et suiv. année 1889. 

P. 313: « de la Stufa... î Guich. ib. p. 511 et Lett. Est. a. 0. d. 
P. n» 46, p. 118. 

Ib. : « s'entremit... s Letl. scr. ail' Aretino. t. I, p. 8-9. 

76. : » les premières déconvenues... i lettre dans Med. av. Pr. 
LXXI, 924. 

Ib. : i malgré la trêve... i Bibl. du Vatican. Codice Ottoboniano lat. 
21 j7. (Diario di Giov. de Fine) p. 138. « Summus Pontifex suas co- 
piis... manere ad nutum Régis... etc. » et p. 135 : « Remanserunt 
in obsidione... » et Bald. Gastiglione. Lettre à l'archevêque de 
Gapoue. Letlere. éd. cit. t. II, p, 98 du livre VI. 

P. 314 : « et la Toscane... » Letl. Est. a. 0. d. P. 46, 80. 

Ib. : « Ferrare complice... » Guichardin, Op. ined. p. 542. 

76. : a neuf mille... » Lett. Est. agli 0. d. P. n»^ 46, 83 ; sur cette 
période, v. Carte strozziarip CXXX, 24 v''-2o, qui reproduit avec 
quelques variantes les pp. 574-575 du t. IV, des Op. ined. ; pour ce 
qui suit, toute la fin du 1V« tome cité, et Marin Sanuto, Diarii, 
XLIII, 306-362. 

76. : (t Frondsberg... s v. Ganestrini. Docum. par servire alla storia 
dellamilizia ital. ecc. Florence, 1851. {Arch. stor. t. XV) p. GV. note. 
Aucune bibliothèque où j'ai pu travailler ne possède l'ouvrage de 
Reissner, Francfort, 1560, cité par Reuniont et Ganestrini, v. Arch. 
stor. année 1846, append. III, p. 416. 

P. 313: « Masin dal Forno... » v. Supplemento délie Groniche 
del R. P. J. Phil. da Bergamo. ecc. Venise. 1540. in-fol. 1. XVIII. 
p. GGLX v. 

76. : <i les ponts-levis... » Sanuto, XLII, 308. 

76. : j de toute guerre... » Lettre du général Dupont & Maurice 
Dupin. 23 fructidor an VIII ; (G. Sand. Hist. de ma vie. III, I, 25, 
éd. Pion. 1857), Borgoforte fut démantelé par l'Autriche en 1866. 

76. : I trois livres et demie... » Lettere Int. agli Otto di Pratica, n» 
21, p. 283. 



NOTES 42!> 

II).: <i sa tactique... » l'idéo venait df lui, comme le prouver le 
eodice Moreniano 352 in-i" do la Idlilioth. Riccardicnut' à Florence, 
page 154 v". 

76. : « plus nombreux... » la lettre de Bourbon à l'Empereur 
(29 oct. 1526) ap. Mignot, 11,275, annonce 12 à 13.000 landskn..'chts. 

P. 316: 1 se jeta sur eux... » Lettre de l'Arétin à F. Albizzi. 
Lell. 1. I, p. 5. 

76. : I s'étaient allégées... » J. Quicherat, /7is/oi>e dw co^/îiwe. etc. 
Paris, 1875, XVII, 389; les pièces d'armure à l'épreuTe de l'arque- 
buse, n'étaient pas à l'épreuve du fauconneau ni du sacre, ib. p. 

Ih.: (L la pesante balle... » Maindron ne donne {les Annes, VIII, 
312) qu'une livre pour le poids du boulet de fauconneau, mais c'est 
sous Henri II. J'ai pris mon poids dans la liste des munitions pour 
la citadelle de Pise (lettres aux Huit. loc. cit.) On peut, sur l'ar- 
tillerie de cette époque, outre Fleuranges, loc. cit., voir F. Mar- 
tini di Siena (1439-1502) Trattato d'nrc/ntetiura civile e mililare. — 
Gibrario (L.) Studi storici. Turin, 1851. DelT armi da fuoco dal l'IOO 
al 1700, p. 231-283 ; à la p. 253, c'est également le poids de 3 livres 
qui est indiqué pour la balle de fauconneau. — Quarenghi (Ges.) 
Tecno-cronografia délie armi da fuoco italiane. Napoli, 1880. — Grassi. 
Dizionario militare ilaliano. Torino, 1833, et le cat. cité du colonel 
Robert. 

76. : <i on transporta... » sur sa blessure, v. Lionardo Morelli, 
ap. Delizie degli eruditi toscani. Florence, 1785, t. XIX, p. 230. 
(Gronaca II»). 

76. : î Saint-Nicolas du Pô... » petit village entre Borgoforte et 
Ostiglia, vis-à-vis Portiolo. 

76.: i le Ducd'Urbin... i lettre du 25 nov. Archives de Mantoue. 
Piubrica. E. XXVI, 2. Je dois l'indication de ce document et du 
suivant à l'extrême obligeance de M. Stefano Davari, le savant 
directeur de VArchivio storico Gonzaga, les précieuses archives des 
Gonzague. 

76. : « le secrétaire du marquis... s Benedetto Agnello, lettre du 
25 nov. (Arch. mantov. Rubrica F. II, 8.) sur les rapports de ce 
personnage avec l'Arétin, dans la suite, v. mon livre sur \'A?-étin, 
ch. IV, p. 250. 

P. 317: ï qui nous chasse?... » Varchi, Stoi'ie. 1. II, p. 100: « Ghi 
ci caccia?.. î 

76. : « jusqu'à Mantoue... s Sanuto, XLIII, 32G. — Gf. aussi Bil)l. 
Vatic. Cod. Ottobon, 2137 cité-, p. 139. a Johannes inquam Medices, 
etc. » 

76. : « ridiculement anoncées... » ces bravades sont dans les 
lettres de Galéas de Médicis aux Huit de Pratique. Lett. Est. n" 46, 
p. 91-92 et 89, 26 et 28 nov. et de R. dei Girolami Lett. Int. agli 
slessi. nov. déc. 1526, p. 47 et 154. 



430 . NOTES 

r. 318: ï Louis de Gonzague... » v. les documents cités sur M 
Abraham, pages 15-16. 

Ib. : « Rodomont... » Ritratti di cap, illustri. cités, p. i9o-196. 

Ib. : (! parla de confession... » pour ce qui suit, lettre de l'Aré- 
tin à F. Albizzi, Lett. t. I, p. 5 v°-9 ; en citant cette lettre, l'Ar- 
chivio storico (doc. 173, p. 136-140) a cru devoir en abréger et alté- 
rer le texte. 

. P. 319: « son pied... » Sanuto, XLIII, dit « il le prit à la main, 
en jurant vengeance » p. 348. 

Ib. : « son testament... » Archives d'Etat. Florence, Div. del 
Principato. — Classe : dopo il diario d'eiichetla. filzaXI, n» 2, et Ar- 
chives de Mantùue, confrontées et complétées dans l'Archivio sto- 
rico, document dernier, pages 144-147. 

P. 320 : i Boschetto... » v. Guichardin, Op. ined. IV, p. 585. 

P. 323 : « l'éphèbe délicieux... ;> v. Mûnlz. hist. de l'Art pendant 
la Renaissance, t. III, p. 265. 

Ib. : c pâle et fade... » Ritratti di Cap.illustri. p. 214-215. 

Ib. : a son neveu Pierre-Marie... » Guichardin. Op: ined. IV, let- 
tre GCXXI, p. 595. 

P. 324: « ces emplâtres... » l'Arétin, lett. cil. p. 8 v" changé en 
ï letto j> par l'Arch. storico, qui a modifié tout le passage, p. 139. 

Ib.: « les funérailles... » Sanuto, XLII, p. 365. 

Ib. : du sépulcre... » Lett. delV Aretino, à Luc Antoine Cuppano, 
1. I, p. 225. 

Ib. : a Jules Romain..-, un autre sonnet... » ibid. p. 563 v 266, et 
ib. p. 10, à Marie Salviati. — 1. III, p. 82. 

Ib. : t rebuté... » lettre de l'Arétin à Cosme I«" Lett. 1. II, 198 v». 

P. 325: « le poète... » Gœthe, Faust. « Selig der don er im Sie- 
gesglanze findet 1 » 



NOTES DU CHAPITRE VI 



P. 326 : ï Gastruccio... » Machiavel. La Vita di Castniccio Castra- 
cani da Liicca. éd. de 1550, p. 109. 

Ib. : « de Modène... » la date « in Parma », est bitlee et remplacée 
par Modena, lettre du 2 déceml)re 1526, dans Lett. Est. agli Otto d. P. 
no 46, p. 120-127, (non imprimée dans les lettres de Machiavel.) 



NOTES 't31 

Jb. : (■ sur Parme... o Lelt. Est. a. Oil. F. n» 46, p. 132. 

P. 3:27 : « Prions Dieu... » lettre au fjouverneur de Bulogne. 
Op. ineil. IV, GCXXJV. 601. 

//*. : « nous avons perdu... » au Marquis de Sahicos, dernière 
lettre dut. IV, p. 603. 

Ih. : « le Pape... o publié dans Alcuni Hrevi di Clem. VU, etc. d'après 
les Archives secrètes du Vatican par A. Guasti, dans l'Arcli. sto- 
rico, 1888, p. 201-202 ; mais l'original, (lue Guasti (p. 281, note) sem- 
ble avoir ignoré, se trouve dans les Archives lloronlines, (Perga- 
mene medicee, cat. DO, p. I.) la lettre au marquis de Mantoue, celle 
au roi de France, la bénédiction in extremis, qui arriva trop tard, 
ibid. p. 109-203. 

Ib. : a monstrueux malheur... » lettre anonyme dans Med. av. Pr. 
LXXXV, 582 (nom coupé au bas.) 

Ib. : • l'évéque d'Arezzo. — Minerbetti... >■> Med. av. P/-. LXXXV, 
584. 

Ih. : le Dataire... » lettre de Giberti, ibid. 383. 

76. : « Acciaioli... » V. Nég. de lu Fr. av. la Toscane. II. 866-867, et 
aussi 860 et 864-865. 

Ib. : i le duc d'Urbin... « ses deux lettres dans Med. av. Pr. 
LXXXV, 612 et 633. La lettre au roi n'est pas dans cette dernière. 
Il est vraisemblable que Mario Salviati l'envoya. 

P. 328: ï Un jour, il était tout petit... <> Le Brillant de la Reine. 
etc. p. 269, qui dit la tenir d'un témoin, et biugr. citées ; pour les 
bandes, le Brillant, p. 270. 

Ib. : « pour Venise... » en janvier 1327, lettre de Camerino. 
serviteur de Marie Salviati, dans Med. av. Pr. LXXXV, 144, citée 
par L. Ferrari, Lorenzino d. M. ecc. App. II, VII, p. 446-448, — v. 
encore Reumont, Gesch. Toscana's, tome I, p. 75-76, en observant 
qu'il est erroné de dire que Jean des bandes noires avait voulu 
léguer son fils « zu Federigo Gonzaga. » C'est une flatterie men- 
songère de l'Arétin, comme on verra plus bas, qui lança cette opi- 
nion, infirmée par le testament même. 

P. 329 : a Riccio... s> sur ce personnage v. Ferrari, Cosimo dei 
Medici, Duca di Firenze. Bologne, 1882, p. 44-46 ; v. sa lettre dans 
Med. av. Pr. LXXXV, 414 ; et surtout Alcuni fatti délia prima gio- 
vinezza di Cosimo I ecc. illustr. da G. Guasti, dans Gtorn. stor. de- 
gli archivi Toscani. II, I, p. 13-64 et IV, p. 293-321, année 1858. 

Ih. : t Foscari... le Grand Conseil... » Sanuto, Diarii, XLIII, 
616, XLIV, 33. Foscari venait d'être élu ambassadeur à Florence. 

Ib. : c Acciaioli... « Nég. de la Fr. av. la Tosc. II, 880 et 908. 

Ih.: « engraissait... » Med. av. Pr. LXXXV, 415. 

Ib. : « pour démentir la chute... » Med. av. Pr. LXXXV. 529. 

Ih. : (T une ou deux lettres... » Med. av. Pr. LXXXV, pp. 541, 542, 
546, 533, 567, 568, 643, 648, 650, 639, 663, mêlées aux lettres adressées 
à la même par Riccio et Camerino. 



432 NOTES 

Ib.: a Fortuuati négligent... » Med. av. Pr. LXIX. 
Ib. : a dans ces couvents... » Med. av. Pr. GVI, 143. 

P. 330 : le 26 avril... » Sanuto, XLIV, 585, « havea fatto prepa- 
rare un lautissimo disnare. » 

Ib. : « au Pape... » Miscell. medic. s. n. 

Ib. : « le sac de Rome... » prédit par Savonarole en propies ter- 
mes. Prediche sopra Ruth e Michea, fatte l'anno 1496, ecc. dans Villari, 
op. cit. I, 410, et dans Fra Benedetto, Cedrus Libani, poemetto pubbl. 
dalP. Marchese. Arch. s/or. it. Appendice, VIT, 69-95. Villari, I, 
I, 10, 202. —V. enc. Burckliardt. Cultiir, l2i-[io. — Les récits prin- 
cipaux sont rassemblés dans II sacco di Roma del MDXXVII, publ, 
par G. Milanesi. Florence, 1867. Celui de Jacques Bonaparte a été 
traduit à Florence, en 1830, sous le titre Sac de Rome écrit en 1527 
par Jacques Bonaparte témoin oculaire, trad. de l'italien par N. L. B. 
J'ai trouvé dans le manuscrit G. A. 112 in-folio, à la Bibl. Ambroi- 
sienne à Milan, écrit par Jacques Malaguzzi, puis par François 
son fils, — outre des Pasquins, un fragment de l'Arioste, un Priape 
de Bembo, — une de ces Passions, inédite, qui commence ainsi : 
a Anno domini 1527, etc. Passio Domini démentis PP. VII secun- 
dum Marcum. In illo tempore... etc. j Elle est dignement placée 
là. — Quant aux médailleurs, on sait que Gellini donna pour revers 
à deux médailles et monnaies papales de Clément VII un Christ nu 
attaché à la Colonne (Armand, Me'd. it. I, 148,) et dans une médaille 
que je possède, Francesco di Girolamo dal Prato a composé de 
même avers et revers, avec cette inscription autour du Christ : 
« Post multa plurima restant. » V. Armand, ibid. t. I, 141, n" 2... 11 
faut citer minutieusemeut ces textes pour une telle époque, où c'est 
surtout la vérité qui semble invraisemblable. 

76. : « à Riccio... « Med. av. Pr. LXIX, 433, 434, 432, 435, 458, et 
autographes, ibid, 497, 498, 499, 502. — V. enc. 503, 545, 546, 550, 552. 

Ib. : « des tuteurs officiels... » Capponi, St07-ia délia Rep. di Fi- 
renze, t. II, append. V, p. 528. 

P. 331 : << ayarissime... » — <r era avarissimo, » dit Villari, Nice. 
Machiavelli, III. II, XVII, p. 354. 

Ib. : « Topaïa... « v. Elogi d'uom. ill. toscani. Lucques, 1772, III, 
GXXXI. 

Ib. : « os bénis... » lettre de Marie Salviati, écrite à Castello 
le 23 oct. 1528, adressée à un personnage dont le nom manque. 
(Commence par « Magnifiée vir, uti frater honorande. Risposi liieri 
alla di V. M. delli XII del présente... ^ finit par « non manchar 
altrui di guiderdoni et gratitudini. » Je dois la communication de 
cette pièce, rongée par le temps et l'humidité, mais authentique 
et curieuse, à M. V. Guastalla, antiquaire à Florence. 

76. : ï en 1535, Gosme plaidait... » Med. av. Pr. LXXXVI, 23-28- 
29-33 — 378-401 ; il y eut déclinatoire d'incompétence. 



NOTES 'i.VS 

P. 331 : « Clômont VII... » v, son Tealament ddus Alciini documunli 
cite servono ad iUiistrare il Pouli/icalo e la vHa privala di Cl. VU, race 
(la P. Berti, (iiornale stor. d. Arch. tosc. II, 2, lvS:i8, p. 120-128. 

11). : « remplois... » testament de Marie Salviati, daté du 30 mai 
loll. Archives de Florence Cartidario cm/iprendente è^ conlralti l'i/h- 
Idici o privali spelt. al Dtica Cosimo. (1537-1546,) pp. 38-40. 

Ib.: « mendiaient... » Cian. Musa Medicea. p. 46, noti' 6, et aussi 
p. 7, et la lettre lirutale de Marie Salviati, iV«/. av. Pr. LXIX. .=)52. 

P. 332: « laver, raccommoder... » L'Arétin. Hagionamend. Terza e 
ultima parle. Venise, 1589. Entretien deuxième, de le Cortl ; — 
mon livre, à la p. 360 ; — et Baschet. Les puissances de l'Europe au 
xvi" siècle, p. 135 et suiv. Rôle personnel de Cosine I". 

Ih. : si i>assionnément charitable... » v. l'exemplaire rare, peut- 
être unique, di' Franceschi. Vila di Maria Salviali. 10 pages sans 
nura. in-S», intitulé : « Vita délia S. Maria Salviata de Medici, per 
Giovanni Franceschi al Populo Fiorentino, » à la fin : stampato in 
Roma per Ant. Blado. Asulano. MDXLV. — Bibl. riccardienne. 
Agrj. alla Bihliogr. Moreni. n» 287. Bil)l. Moreni, H. 4, 58. — Aux 
pages 6, 5 verso, et la lettre dans Letl. int. alla iignoria del 1521 al 
1532, cl. X, dist. 2, n" 40, p. 215 : « essondo io sempre stata fautrice 
ecc. » 

Ib. : a barliare espagnole... » Antonio di San Gallo. Meoioric an- 
liche. Biblioili. mag/iabech. Mss. II, II, 191. p. 30-32. 

Ib. : « tout le sang... « v. Giorn. slor. dei Arcli. losc. II, I, 1858, 
doc. B. p. 26-27. 

Ib. : t Une oraison funèl)re... Varchi... » Orazione fwierale ecc. 
rec. nell' Ace. fior. da M. Ben. Varchi sopra la morte dell' 111"^ 
et E"™!» S. Maria Salviata d. M. ecc. —Florence, 1549, (57 p. in-12.) 

'Ib. ; « à la cour de Mantoue... » j'ai résumé le lourd travail de 
Luzio, qui défend et décrit l'Arétin en bon confrère, — en confrère 
mineur ; — dans le 1" chapitre de mon livre. 

P. 333 : B le 25 mars 1327... » Luzio. /'. A. net primi suol annia Vene- 
zia. ecc. 1888, p. 10 ; cette date, étant donnée par l'Arétin, et par ce 
critique, n'est pas absolument certaine. Mais qu'importe? la cJiro- 
nologie d'un tel drôle est indifférente. 

Ib. : « au doge André Gritti... » Lellere dell' Arelino. I. 2 v''-4. 

//'. : <i une auberge... » Sorel. Montesquieu, p. 47. 

]b. : « Bollani... » Lettere. VI, 37-38. 

]b. : « les deux épitres... " Lellere scritte aW Arelino. I, p. 9-1 1. 

1*. 334 : 6 Sébastien del Piombo... » ibid. p. 11-12. 

Jb. : 1 Alexandre... » Letl. delV Arelino, I, p. 64. 

Ih. : « ressasser dans les sis volumes... » v. Lettere dell' Arelino, 
t. I, p. 36,76, 81, 93, 94 v», 120, 128, 147, 164. — II, 198 v», 199, 235, 257, 
281 v. — III, 82 V», 172, 271 v. A mesure que le temjis passe, les 
souvenirs se font plus rares. 

28 



A34 



NOTES 



II). : « les deniers... » ibid. I, p. 181. 

II). : u Dolce... » Giomale délie hblorie del mondo ecc. Venise, 1572, 
p. 430. J'ai consulté l'exemplaire du Marquis GinoGapponi, acheté 
à Florence. 

V. 335 : « à Gesano... » Lett. III, 272, v. encore même volume, de 
nombreuses lettres au même. 

Ih. : « monté sur le trône... » en 153". 

Ib. : « Berni... » Orlando inammorato, rifalto di ntiovo da M. Fr. 
Berni, Milan, ln42, — sur Berni, l'intéressante apologie citée de 
M. Virgili, et son édition des Rime, Florence, 1885 ; l'éloge de Jean 
de Médicis occupe les strophes 5 à 10 du chant LVII, dans l'édition 
de Milan. Guigoni, 1877, in-12, t. II, p. 334, le rimeur loue surtout 
le désintéressement du héros, et dit que la guerre, après lui 
« devint une taverne » « tosto diventô taverna. » 

Ih.: « si fatigant... » même l'allemand Gaspary se lasse de ces 
rapsodies,v. Sforia délia lelteratura italiana trad. da V. Rossi, Tu- 
rin, 1887-1891, p. 267, partie I du volume II, et p. 163, partie II du 
même volume. 

76. : ff Falugio... « Giovanni Falugio. Morte del fortissimo signor 
Giooanni di Medici, composta per Giovanni Falugio da Lancisa. 
MDXXXII, Venise. (Magliab. Miscell. t. 44.) Il y a aussi des La- 
menli slorici dei secoli XIV, XV e XVI. Bologne, 1888, 2 vol. et un S« 
en 1890. — Et j'ai trouvé, outre les épitaphes publiées par Ciampi, 
Notizie citate, à Florence, mille cahiers se répétant l'un l'autre, 
dont je prends ces brèves indications ; — Bibliothèque riccardienne, 
Manni (D. M.) Zibaldone di Notizie patrie, in-4'' mss. M. p. 419, 
col. I, et DY, p. 451. — God. Moreniano, 352 in-4». Vila di Lodovico 
detto poi Gio. dei Medici il Valoroso. — Baroncelli. (Gosimo) Origine et 
descendenza délia Casa Medici, ecc. mss. in-4". Moreni, n" 24, p. 242- 
257. — A Rome, aux Archives du Vatican, Arch. secr. Politic. varia 
tomo 86, f°' 261-266, une copie de Tedaldi. Ihid. au f° 267 et suivants, 
un poème, au comte Louis Rangone, Laynento de Francisco Horec- 
chino dé Bologne sur la mort de Jean de Médicis, avec une curieuse 
gravure sur bois placée en tête ; ibid. f» 268, un sonnet de Goro Ca- 
siano, des épitaphes répétées, — et ibid. f" 269-306, une vie de 
Gosme I". — Bibl. Barberini, via Quattro Fontane, codice XXXI, 
48, fo 19, (antico f. 31) épitaphes et copiées. — Tout cela sans nou- 
veauté ni valeur, mais qu'il fallait voir enfin, pour le dédaigner 
ensuite. 

Ib. : (I Guazzo... » Hist. di tulle le cose degne di memoria. ecc. Ve- 
nise, 1540, da Marc Antonio Guazzo, p. 4 et 40. 

Ib. : « di Soldo Strozzi... » le Guerre dei Greci scrilte da Senophonle 
ecc. trad. dalid. greconelV ital. per Francisco Strozzi, Venise, 1550, 
portrait ; la lettre de l'auteur à l'Ardinghelli, et sa préface manus- 
crite, sont dans les Carte Strozzi-Uguiccioni, aux archives de Flo- 
rence, filza CLXV, p. 179-183, avec, à la fin, un ovale du médaillon. 



NOTES 'i3.') 

dans loqui'l est écrit : « Ici dedans le portrait d'aiirès nature du 
très iiivincil)le seigneur Jean Médicis. » 

llj. : a Gualandi... » De opl. principe <liulo</us, auctore I. B. Guu- 
lando. tlorence 1551, p. 3 et 124-l2o. 

II). : 1 Baldini... » Vila di Cosimo Medtci ecc. Florence, lo73. J'ai 
citt'', plus haut, les autres vies, comme Manuce et Cini. 

II). : « Leoni... » Viia di Francisco Maria ecc. Venise, 1605, p. 225, 
34i'-34:5, 349-350, 365-366. 

///. : « Mossi... » Ant. Mossi, Compendio delta, vila del Sigr. Gio- 
vanni de Medici. Florence, 1608. — V. enc. les Nolizie storirhe ilaliane, 
de M. Rastrelli, Florence, 1781, p. 51, 55. et Elogi degli nom. ill. 
loscani da B. Bruni. Lucques, 1771, tome 11, p. 368 384. — Je ne ci- 
terai que pour mémoire Moréri, qui est erroné, sur ce point, ou 
des opu.scules comme The Warrior Medici, de Mme G. Phillimore, 
Londres, Pickering, 1887, et The Age of condotlieri, de 0. BroM-ning 
où les dates sont peu respectées, (p. 230. « lie died ou december 20. .>) 
liOndres, Methuen, 1891. 

Ih. : « Bocchi. .. » Discorso di Francesco Bocchi, Fiorenlino, achixle' 
maggiori guerrieri. ecc, Florence, 1573, 111-4°, p. 33-35. — V. encore 
Paul Paruta. Islorie Veneziane. Venise, 1748, 1" partie, p. 483. 

P. 336 : « de' Rossi... » j'en ai cité les éditions diverses, j'ai relevé 
les variantes du Codice magliabechiano. XXIV, 2, 11, p. 1-XXXV, 
qui porte cette inscription « è di Mons. di Fois, o Le manuscrit 
est à la Riccardienne, et les manuscrits sur la guerre, les Discorsi 
du fécond prélat sont aux Archives du Vatican, inédits; v. sur lui, 
le Père Irénée AtTô, vila di G. Girolamo de' Rossi, ecc. Parme, 1785, 
et Litta, t. II. (fam. di Rossi.) 

Ib. : e Tedaldi... » v. Ciampi. \otizie. 

Ib. : t Guppano... » Cod. mar/liah, cl. VII, 4. 1401 in-fol. p. 28. 

Ib. : a les bandes noires... San Secondo... » Guichardin. Op. ined. 
t. V, lettre L, p. 107, et le bref de Clément VII aux capitaines des 
gens de pied, dans Alcuni Brevi pubbl. da A. Guasti. Arch. stor. 
y, II, p. 100-201. 

Ib. : (S rien inventé... » v. Quicherat. Histoire du costume, p. 347- 
348. 

Ib. : «f les scuole... » v. Canestrini. Doc. per servire alla sloria 
délia mil. ital. 1851, et Varchi, 1. IX, t. IL p. 117. 

Ib. : « Saint Pierre le Corse... » Lettres citées de G. Pellicier, 
éd. par A. Tausserat-Radel, p. 354 et 398. 

Ih. : « d'Urbin à Piombino... 3 Lettres de l'Arétin à Cuppano, 
I. I, p. 223, II, 208, etc. 

Ib. : ses papiers... » je dois cette indication à M. Carlo Garne- 
secchi, archiviste aux Archives d'Etat, à Florence, qui a bien 
voulu, après tant d'autres services, la relever pour moi dans une 
lettre tV'Annibal Fabbroni, au secrétaire ducal Barthélémy Con- 
cino, du 5 février 1337, tilza medicea, 466, carleggiu universale del 



436 NOTES 

Duca Cosimo, p. 351. On ne sait ce que sont devenus les documents 
dont parle cette lettre. 

Ib. : a. à San Gasciano... » Sac de Rome par J. Bonaparte éd. du 
Panthéon littéraire, t. XVI, p. 197, col. I. 

P. 337 : « dit Varchi... » livre V, t. I. p. 339. 

Ib. : a Frondsberg... » v. Guichardin, Op. ined. t. V, lettre GXL, 
p. 389, et GXLII, 343, et la triste chanson de Frondsberg dans le 
recueil allemand « Des Knaben Wunderhorn » éd. de Halle, 1891. 
2e partie, p. 528 : « Mein Fleiss und Miih icli nie hab gespàrt » etc. 
et pour les lanscjuenets, Georg Liebe, der Soldat m der deutschen 
Vergangenheit. Leipzig, 1899. 

Ib. : « en 1539, l'évéque de Saluces... » ^ég. de la Fr. ao. hi Tos- 
cane, m, 18. 

Ib. : « lui-même, en 1545... .> ibid. III. 104-165. 

Jb. : a le maréchal Strozzi... » Brantôme. Gr. cap. étr. p. 587. 

Ib. : <t Montluc... o Commentaires. Paris, 1671, in-i2, t. I, 1. I, p. 51. 

Ib. : <s un écrivain... » J.-.J. Rousseau. Confessions, t. II, 1. \ . 
p. 22, éd. de Genève, 1782. (C'est en 1732, qu'il lisait les Grands 
capitaines de Brantôme.) 

P. 338: (' Tribolo... » Vasari. Viladi Niccolô detlo il Triholo. Vile 
éd. Milanesi, t. VI, p. 71, 89, et vie de Bandinelli, même vol. p. 
170. — Et Gellini. Mémoires, année 1535, (éd. de Milan. 1806. t. J. 
p. 267 et suiv.) 

P. 339: « Cittadella... » v. Lell. de l'Arélin, III, 82-82. — Gayt-. 
Carteggio, ecc. t. II, n" CCXXI, p. 311-313, et Archioio storico ital. 
1874-1875, t. XX, XXI. 

Ib. : (I. Anichini... » Arétin, lor. cil. 

Ib. : « Danese... * Areti.no. Lell. IV, 47. — Lell. scr. alV Arelino. II. 
p. 11. — Gampori. Mem. biografiehe, ap. Armand, Médail/eurs, t. III, 
p. 193. — Heiss. I.,es Médailleurs de la Renaissance. Florence, 1881, 
!■■" partie 155, XX, 7. — Si cette médaille est bien celle que M. Heiss 
a publiée, elle est sans valeur iconographique. V. pour plus de 
détails mon article, Jean des bandes noires, esquisse d'iconographif. 
dans la Revue de VArl. 10 sept. 1897; le portrait de Titien et les 
monuments capitaux y sont reproduits. 

Ib. : « gravures fantaisistes... » le Palais-Vieux contient, dans 
les salles du syndic, des portraits de Vasari. Enea Vico grava le 
condottiere. Et les fameuses manufactures des Arazzi, les Gobe- 
lins florentins, tissèrent ses exploits. Le Palais conserve ces mo- 
numents sans intérêt historique ni artistique. 

Ib. : « Bronzino... » Offices, salle 8, non numéroté, 1" cadre à 
droite de l'entrée. 

Ib. : « le fameux moulage... » Vasari. Vile, t. VII, p. 445. 

Ib. : « admirable peinture... » elle est aux Offices, Ecole véni- 
tienne, salle II, n» 514. v. Cntal. of Ihe Royal Uffizi Gallery. Flo- 
rence, 1897, p. 140-14L 



W 



NOTES 'i.i7 

Ih. : '< fit gravor... » Bottari. Racn. di letlere ecc. Milan, ISi'2, t. I, 
n» XXV, [j. 67 d. s'intaglia tuttavia. » L'erreur do Growe et (.la- 
viilcascllr, Tiziano ecc. Florence, 1878, II, p. 72 est peu expli- 
cal)lc. 

P. 340 : " à Saint Laurent... » v. Morcni, Descriz. délia i/rnn ca- 
pella ecc. Florence, 1813. — E. Marchionni, Guida dette HK. Capp. 
Medicee ecc. Florence, 1801. — Arclniio slorico ital. ser. V, t. 1, 1888 , 
p. 338-340, — et Archives de Flon-nce, Atti internazionali. n" i'.'iO , 
(exhumation.) 

Ih. : (1 à Catherine St'orza... ■> l'asoliui II, 407. 

P. 341 : « Plutarque... » H l'Iutarco ilaliano. ecc. da C. Mariani, 
couronné par la société pédagogique italienne. Milan, 18()9, pages 
3:29-3.52; ce livre contient aussi Napotéon Bonaparte. Ne le lui dispu- 
tons pas ! 

II). : « affreuse statue... » par Thémistocle (îuerrazzi, dans 
une niche des Offices, au sud le long du quai Lung' Arno Archibu- 
sieri ; v. F. Bigazzi. Iscvizioni e memovie delta citlà di Firenze, Flo- 
rence, 1889. pages 119, et 169-170. 

P. 342: « cinquante ans... » en IS.'JI), v. J. Marcotti, Guide-souve- 
nir de Florence, p. 193. 

P. 344: Burckhardt... •> Cullur. p. 80, ettrad. Vatbusa. I, 111. 

P. 345 : a un historien classique et italien... d Villari, G. Savona- 
rola, II, IV, IL p. 30-37. 

11). : « coupe-gorge et mauvais lieu... » Taine. Les origines de tu 
France contemporaine. Paris, 1894, t. 11, ch. III, II, p. 118-119 : « En 
Italie pendant la Renaissance... la société devenait un coupe-gorge 
et un mauvais lieu. » 

P. 347 ; Albéric de Barliiano... » Pasolini. I, 5, note. 

Ih. ; (J Duguesclin... > — <i n'a iilairesse en France, qui scache fil 
filer — qui ne gaignast ainçais ma finance à filer. » Mss. Bibl. 
nat. 7224, f» 86, ap. Michelet, Hist. de France. Paris, 1845, III, 452. 

P. 348 : « Michelet l'a dit... » Lettre à madame Edijar Quinet. dans 
Cinquante ans d'amitié, Paris, 1899, p. 237. 

Ib. : « Pétrarque... » — k Gercar gente e gradire — Ghe sparga'l 
sangue e vende l'aima a prezzo. a 

Ib. : « la plus grande et pompeuse... » Montaigne, Essais, II, XII, 
éd. de Bordeaux (texte de 1585) t. II, p. 59. 

P. 349 : (' Il y a des métiers si nobles... ^i Piousseau, Emile, 1. I, 
p. 35, éd. de 1783. 



438 



NOTES 



Au terme de cette Libliographie qui est l'échafaudage de 
mon livre, je serais bien malheureux si je ne pouvais expri- 
mer ma reconnaissance à tous ceux qui m'ont aidé si puissam- 
ment, en Italie; ce furent, aux Archives de Florence : M. Ales- 
sandro Gherardij qui a poussé la bonne grâce jusqu'à relever 
pour mon oeuvre, dans ses recherches personnelles, ce qu'il 
trouvait d'intéressant; M. Carlo Carnesecchi, dont le voisi- 
nage obligeant à la salle de travail me fut si utile ; MM. Eugène 
Casanova, Giorgetti, Marzi, toujours prêts à aider le chercheur. 
A la bibliothèque nationale, M. le baron Podesta, conservateur 
des manuscrits, M. Bigazzi, le bibliographe apprécié de la 
Toscane. M. Nardini, à la Riccardienne, m'a communiqué les 
plus rares opuscules. Les archivistes de l'Œuvre du Dôme, à 
Sainte-^NIarie de la Fleur, m'ont aidé dans la trouvaille d'un 
document perdu jusqu'à ce jour. M. Edouard Philipson m'a- 
donné des indications bien utiles. A Milan, aussi, MM. Bel- 
trami, Verga, Molta, Fumagalli, archivistes ou bibliothé- 
caires, et mon ami M. Diego Sanl' Ambrogio, m'ont rendu 
facile l'abord de mon très long chemin. A Rome, la bien- 
veillance de S. E. Mgr le cardinal Mathieu m'est un singulier 
appui. 

J'ai pu, grâce à la courtoisie du prince Paul Borghese, vi- 
vre des heures inoubliables dans ce château du Trebbio, qui 
est demeuré presque intact. Je me suis assis dans les salles où 
vivait Jean des bandes noires. 

Et comment parler de l'appui, de la sympathie que m'a té- 
moignés tout d'abord M. Alessandro d'Ancona ? indulgent 
comme les vrais maîtres, il ne s'est pas contenté de donner 
à îiion premier livre sur l'Italie, à l'Arêtin, le témoignage ho- 
norable et public qui m'eût fait oublier, s'il en était besoin, les 
attaques intéressées ou négligeables qui m'étaient parties sous 
les pieds. L'illustre professeur a fait, pour ce livre -ci, tout 
ce que peuvent conseiller une science et un caractère hors de 
pair; conseils, aide matérielle et morale, il m'a tout prodigué. 

Que tous ces amis (Je l'œuvre et de l'auteur reçoivent l'hom- 
mage d'une reconnaissance dont rien n'affaiblira la force. 



Quant aux critiques d'un certain ordre, — ceux qui aimaient 
l'Arêtin d'une tendresse si touchante et qui l'ont si bien dé- 
fendu contre moi, — je leur dédie cette sentence de leur cher 



NOTES 430 

Pietro : c'est la règle de ma conduite à leur égard : « Laissez 
aboyer qui aboie! Hor lasciate abbaiar, chi abbaia..; » (Let- 
tres. I^ 70, à Louis de Gonzague.) 

Et, simplement pour leur ôter quelques occasions de four- 
ber, j'ai voulu, en accuuiulant ici la presqu'entière série de 
mes notes, leur vider sur la tête ma corbeille à papiers. Ilg 
y pourront piller à l'aise. 

Paris. Mars 1900. 



TABLE DES MATIÈRES 



Chapitre I". — De la naissance au mariage. (1498-1516) ... 1 

Chapitre II. — Les premières guerres (1517-1521) 66 

Chapitre III. — Campagnes pour Florence. — Jean des ban- 
des noires passe à la solde de la France. — Siège de Cré- 
mone. — La vie àReggio d'Emilie. — Les Malaspina. —Clé- 
ment VII Pape. (1521-1524) 166 

Chapitre IV. — Les grandes guerres. — Jean des bandes noi- 
res au service de la France. — La blessure sous Pavie. (1524- 

1525) 210 

Chapitre V. — La vie de corsaire à Fano. — I^es dernières 

guerres. — La mort. (1525-1526) 278 

Chapitre VI. — Après la mort 327 

Epilogue 343 

Notes du chapitre I" 355 

Notes du chapitre II 373 

Notes du chapitre III 394 

Notes du chapitre IV 406 

Notes du chapitre V 421 

Notes du chapitre VI 430 



IHPRIIURIE GiNÉRALE DE CBATILLON-E-SEINE. — A. PICHAT. 



f) 



BINDiNG SECT. JUL 25 1977 



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DG 


Gauthiez, Pierre 


5a 


Jean des bandes 


.8 


noires 


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V *^ 


1901